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Lectionnaire catholique pour le 13 août 2005

Grec / Septante (gr)

IHSOUS NAUH, κεφαλίς 24,  στἰχοι 14-29

14 καὶ νυ̃ν φοβήθητε κύριον καὶ λατρεύσατε αὐτω̨̃ ἐν εὐθύτητι καὶ ἐν δικαιοσύνη̨ καὶ περιέλεσθε τοὺς θεοὺς τοὺς ἀλλοτρίους οἱ̃ς ἐλάτρευσαν οἱ πατέρες ὑμω̃ν ἐν τω̨̃ πέραν του̃ ποταμου̃ καὶ ἐν Αἰγύπτω̨ καὶ λατρεύετε κυρίω̨
15 εἰ δὲ μὴ ἀρέσκει ὑμι̃ν λατρεύειν κυρίω̨ ἕλεσθε ὑμι̃ν ἑαυτοι̃ς σήμερον τίνι λατρεύσητε εἴτε τοι̃ς θεοι̃ς τω̃ν πατέρων ὑμω̃ν τοι̃ς ἐν τω̨̃ πέραν του̃ ποταμου̃ εἴτε τοι̃ς θεοι̃ς τω̃ν Αμορραίων ἐν οἱ̃ς ὑμει̃ς κατοικει̃τε ἐπὶ τη̃ς γη̃ς αὐτω̃ν ἐγὼ δὲ καὶ ἡ οἰκία μου λατρεύσομεν κυρίω̨ ὅτι ἅγιός ἐστιν
16 καὶ ἀποκριθεὶς ὁ λαὸς εἰ̃πεν μὴ γένοιτο ἡμι̃ν καταλιπει̃ν κύριον ὥστε λατρεύειν θεοι̃ς ἑτέροις
17 κύριος ὁ θεὸς ἡμω̃ν αὐτὸς θεός ἐστιν αὐτὸς ἀνήγαγεν ἡμα̃ς καὶ τοὺς πατέρας ἡμω̃ν ἐξ Αἰγύπτου καὶ διεφύλαξεν ἡμα̃ς ἐν πάση̨ τη̨̃ ὁδω̨̃ ἡ̨̃ ἐπορεύθημεν ἐν αὐτη̨̃ καὶ ἐν πα̃σιν τοι̃ς ἔθνεσιν οὓς παρήλθομεν δι' αὐτω̃ν
18 καὶ ἐξέβαλεν κύριος τὸν Αμορραι̃ον καὶ πάντα τὰ ἔθνη τὰ κατοικου̃ντα τὴν γη̃ν ἀπὸ προσώπου ἡμω̃ν ἀλλὰ καὶ ἡμει̃ς λατρεύσομεν κυρίω̨ οὑ̃τος γὰρ θεὸς ἡμω̃ν ἐστιν
19 καὶ εἰ̃πεν 'Ιησου̃ς πρὸς τὸν λαόν οὐ μὴ δύνησθε λατρεύειν κυρίω̨ ὅτι θεὸς ἅγιός ἐστιν καὶ ζηλώσας οὑ̃τος οὐκ ἀνήσει ὑμω̃ν τὰ ἁμαρτήματα καὶ τὰ ἀνομήματα ὑμω̃ν
20 ἡνίκα ἐὰν ἐγκαταλίπητε κύριον καὶ λατρεύσητε θεοι̃ς ἑτέροις καὶ ἐπελθὼν κακώσει ὑμα̃ς καὶ ἐξαναλώσει ὑμα̃ς ἀνθ' ὡ̃ν εὐ̃ ἐποίησεν ὑμα̃ς
21 καὶ εἰ̃πεν ὁ λαὸς πρὸς 'Ιησου̃ν οὐχί ἀλλὰ κυρίω̨ λατρεύσομεν
22 καὶ εἰ̃πεν 'Ιησου̃ς πρὸς τὸν λαόν μάρτυρες ὑμει̃ς καθ' ὑμω̃ν ὅτι ὑμει̃ς ἐξελέξασθε κύριον λατρεύειν αὐτω̨̃
23 καὶ νυ̃ν περιέλεσθε τοὺς θεοὺς τοὺς ἀλλοτρίους τοὺς ἐν ὑμι̃ν καὶ εὐθύνατε τὴν καρδίαν ὑμω̃ν πρὸς κύριον θεὸν Ισραηλ
24 καὶ εἰ̃πεν ὁ λαὸς πρὸς 'Ιησου̃ν κυρίω̨ λατρεύσομεν καὶ τη̃ς φωνη̃ς αὐτου̃ ἀκουσόμεθα
25 καὶ διέθετο 'Ιησου̃ς διαθήκην πρὸς τὸν λαὸν ἐν τη̨̃ ἡμέρα̨ ἐκείνη̨ καὶ ἔδωκεν αὐτω̨̃ νόμον καὶ κρίσιν ἐν Σηλω ἐνώπιον τη̃ς σκηνη̃ς του̃ θεου̃ Ισραηλ
26 καὶ ἔγραψεν τὰ ῥήματα ταυ̃τα εἰς βιβλίον νόμον του̃ θεου̃ καὶ ἔλαβεν λίθον μέγαν καὶ ἔστησεν αὐτὸν 'Ιησου̃ς ὑπὸ τὴν τερέμινθον ἀπέναντι κυρίου
27 καὶ εἰ̃πεν 'Ιησου̃ς πρὸς τὸν λαόν ἰδοὺ ὁ λίθος οὑ̃τος ἔσται ἐν ὑμι̃ν εἰς μαρτύριον ὅτι αὐτὸς ἀκήκοεν πάντα τὰ λεχθέντα αὐτω̨̃ ὑπὸ κυρίου ὅ τι ἐλάλησεν πρὸς ἡμα̃ς σήμερον καὶ ἔσται οὑ̃τος ἐν ὑμι̃ν εἰς μαρτύριον ἐπ' ἐσχάτων τω̃ν ἡμερω̃ν ἡνίκα ἐὰν ψεύσησθε κυρίω̨ τω̨̃ θεω̨̃ μου
28 καὶ ἀπέστειλεν 'Ιησου̃ς τὸν λαόν καὶ ἐπορεύθησαν ἕκαστος εἰς τὸν τόπον αὐτου̃
29 καὶ ἐλάτρευσεν Ισραηλ τω̨̃ κυρίω̨ πάσας τὰς ἡμέρας 'Ιησου̃ καὶ πάσας τὰς ἡμέρας τω̃ν πρεσβυτέρων ὅσοι ἐφείλκυσαν τὸν χρόνον μετὰ 'Ιησου̃ καὶ ὅσοι εἴδοσαν πάντα τὰ ἔργα κυρίου ὅσα ἐποίησεν τω̨̃ Ισραηλ
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27 a) Expression laconique qui doit suffire à évoquer toutes les actions de Dieu accomplies en Égypte.


29 b) Les vv. 28-31 sont presque textuellement repris au début de la seconde introduction au livre des Juges, Jg 2.6-10. Cela souligne l’unité rédactionnelle des deux livres.


29 c) Le même titre était donné à Moïse, Ex 14.31 ; 1.1 ; cf. Dt 34.5, et le sera à David, Ps 18.1 ; 89.4, 21, préfiguration du « Serviteur de Yahvé », Isa 42.1.


Le livre de Josué se divise en trois parties : a) la conquête de la Terre Promise, 1-12 ; b) la répartition du territoire entre les tribus, 13-21 ; c) la fin de la carrière de Josué, et spécialement son dernier discours et l’assemblée de Sichem, 22-24. Il est certain que ce livre n’a pas été écrit par Josué lui-même, comme l’a admis la tradition juive, et qu’il met en œuvre des sources variées. Dans la première partie, on reconnaît, dans les chap. 2-9, un groupe de traditions qui se rattachent très probablement au sanctuaire benjaminite de Gilgal. Les chap. 2 et 9, l’histoire d’une femme, Rahab, et celle d’un groupe d’étrangers, les Gabaonites, encadrent ce premier ensemble littéraire. Dans les chap. 10-11, on trouve deux histoires de batailles, celle de Gabaôn et celle de Mérom, auxquelles est rattachée la conquête de tout le sud puis de tout le nord du pays. L’histoire des Gabaonites, chap. 9, en enjambant sur 10.1-6, fait le lien entre ces deux groupes de chapitres, vraisemblablement réunis avant la fin de l’époque monarchique.

Les traditions recueillies dans les chap. 3-8 ont été conservées à Gilgal, un sanctuaire de Benjamin ; la figure de Josué, qui est un Éphraïmite, pourrait bien y être secondaire ; sa présence dans les récits veut souligner que, dès avant la royauté, l’entrée en Canaan s’est faite sous un chef unique. L’aspect étiologique de ces récits, c’est-à-dire leur souci d’expliquer des faits ou des situations qui restent observables, est indéniable et obéit à une motivation historique. Dans les récits relatifs à Jéricho, chap. 6, et à Aï, chap. 8, l’historicité des événements rapportés est difficile à prouver et ne reçoit pas l’appui des découvertes archéologiques.

La seconde partie est un exposé géographique d’un genre tout différent. Le chap. 13 localise les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé, déjà installées par Moïse en Transjordanie, d’après Nb 32, cf. Dt 3.12-17. Les chap. 14-19 concernent les tribus à l’ouest du Jourdain et combinent deux sortes de documents : une description des limites des tribus, qui est d’une précision très inégale et qui remonte pour le fond à l’époque prémonarchique, et des listes de villes qui ont été ajoutées. La plus détaillée est celle des villes de Juda, 15, qui, complétée par une partie de villes de Benjamin, Jos 18.25-28, répartit les villes en douze districts ; elle reflète une division administrative du royaume de Juda, probablement sous Josaphat. En manière de compléments, le chap. 20 énumère les villes de refuge dont la liste n’est pas antérieure au règne de Salomon ; le chap. 21, sur les villes lévitiques, est une addition postérieure à l’Exil, qui utilise cependant les souvenirs de l’époque monarchique.

Dans la troisième partie, le chap. 22, sur le retour des tribus d’outre-Jourdain et l’érection d’un autel au bord du fleuve, porte les marques de rédactions deutéronomiste et sacerdotale ; il a pour origine une tradition particulière dont l’âge et le sens sont incertains. Le chap. 24 préserve le vieux et authentique souvenir d’une assemblée à Sichem et du pacte religieux qui y fut conclu.

À la rédaction deutéronomiste, on peut attribuer, outre des retouches de détail, les passages suivants : 1 (en grande partie) ; 8.30-35 ; 10.28-43 ; 11.11-24 ; 12 (sauf la liste) ; 22.1-8 ; 23 ; la révision de 24. La manière dont le chap. 24, retouché dans l’esprit du Deutéronome, a été maintenu à côté du chap. 23, qui s’en inspire mais est d’une autre main, fournit l’indice de deux éditions successives du livre.

Celui-ci présente la conquête de toute la Terre Promise comme le résultat d’une action d’ensemble des tribus sous la conduite de Josué. Le récit de Jg 1 offre un tableau différent : on y voit chaque tribu luttant pour son territoire et souvent mise en échec ; c’est une tradition d’origine judéenne, dont les éléments ont pénétré dans la partie géographique de Josué, Jos 13.1-6 ; 14.6-15 ; 15.13-19 ; 17.12-18. Cette image d’une conquête dispersée et incomplète est plus proche de la réalité historique, que l’on ne peut restituer que d’une manière conjecturale. L’installation dans le Sud de la Palestine se fit à partir de Cadès et du Négeb et surtout par des groupes qui ne furent que progressivement intégrés à Juda : les Calébites, Qenizzites, etc., et les Siméonites. L’installation en Palestine centrale fut l’œuvre des groupes qui traversèrent le Jourdain sous la conduite de Josué et qui comprenaient les éléments des tribus d’Éphraïm-Manassé et de Benjamin. L’installation dans le Nord eut une histoire particulière : les tribus de Zabulon, Issachar, Asher et Nephtali étaient établies depuis un temps indéterminé et ne sont pas descendues en Égypte. À Sichem, elles se rallièrent à la foi yahviste que le groupe de Josué avait apportée et elles acquirent leurs territoires définitifs en luttant contre les Cananéens qui les avaient asservies ou qui les menaçaient. Dans ces différentes régions, l’installation se fit en partie par des actions guerrières, en partie par une infiltration pacifique et par des alliances avec les précédents occupants du pays. Il faut retenir comme historique le rôle de Josué dans l’installation en Palestine centrale, depuis le passage du Jourdain jusqu’à l’assemblée de Sichem. Considérant la date qui a été indiquée pour l’Exode (Introduction au Pentateuque), on peut proposer la chronologie suivante : entrée des groupes du Sud vers 1250, occupation de la Palestine centrale par les groupes venant d’outre-Jourdain à partir de 1225, expansion des groupes du Nord vers 1200 av. J.-C.

De cette histoire complexe, que nous ne restituons que par hypothèse, le livre de Josué donne un tableau idéalisé et simplifié. Il est idéalisé : l’épopée de la sortie d’Égypte se continue dans cette conquête où Dieu intervient miraculeusement en faveur de son peuple. Il est simplifié : tous les épisodes se sont polarisés autour de la grande figure de Josué, qui mène les combats de la Maison de Joseph, 1-12, et à qui est attribuée une répartition du territoire qui ne s’effectua pas par lui ni d’un coup, 13-21. Le livre s’achève par les adieux et la mort de Josué, 23, 24 ; ainsi, du début à la fin, il en est le personnage principal. En lui, les Pères de l’Église ont reconnu une préfiguration de Jésus : non seulement il porte le même nom sauveur, mais le passage du Jourdain, introduisant avec lui dans la Terre Promise, est le type du baptême en Jésus qui introduit à Dieu, et la conquête et la répartition du territoire sont devenues l’image des victoires et de l’expansion de l’Église.

Cette terre de Canaan est bien, dans l’horizon de l’Ancien Testament, le vrai sujet du livre : le peuple, qui avait trouvé son Dieu au désert, reçoit maintenant sa terre, et il la reçoit de son Dieu. Car c’est Yahvé qui a combattu pour les Israélites, Jos 23.3-10 ; 24.11-12, et leur a donné en héritage le pays qu’il avait promis aux Pères, 23.5, 14.

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ΚΑΤΑ ΜΑΤΘΑΙΟΝ, κεφαλίς 19,  στἰχοι 13-15

13 τότε προσηνέχθησαν αὐτω̨̃ παιδία ἵνα τὰς χει̃ρας ἐπιθη̨̃ αὐτοι̃ς καὶ προσεύξηται οἱ δὲ μαθηταὶ ἐπετίμησαν αὐτοι̃ς
14 ὁ δὲ ’Ιησου̃ς εἰ̃πεν ἄφετε τὰ παιδία καὶ μὴ κωλύετε αὐτὰ ἐλθει̃ν πρός με τω̃ν γὰρ τοιούτων ἐστὶν ἡ βασιλεία τω̃ν οὐρανω̃ν
15 καὶ ἐπιθεὶς τὰς χει̃ρας αὐτοι̃ς ἐπορεύθη ἐκει̃θεν
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Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.

Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.

Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.

L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.

Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.

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