12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous la parabole. » |
16 Il dit : « Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » |
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
Tous les systèmes religieux les plus marquants — qui, notons-le, se sont formés dans des régions chaudes — comportent une notion de pureté rituelle et, inversement, de souillure. On entend habituellement par là, à vrai dire, la saleté: la sueur, la poussière qui s'y colle, la suie, et ainsi de suite. Tout cela donne à l'homme une apparence telle qu'il est indécent de se présenter non seulement devant le Très-Haut, mais même devant les autres. L'Ancien Testament ne fait pas exception, bien que l'accent de la notion biblique de souillure se déplace sensiblement vers le domaine moral.
Le Christ ne rejette pas les notions mêmes de souillure et de purification. Mais, dit-il, ce ne sont pas des choses extérieures et accidentelles qui te rendent indigne du regard du Tout-Puissant, mais ce qui s'accomplit dans ton propre cœur. À l'hygiène de la chair, il oppose une sorte d'hygiène de l'esprit: ce ne sont ni la saleté ni la suie qui souillent l'homme — l'homme lui-même, selon la parole d'Abraham, n'est que poussière et cendre —, mais le fait de pratiquer activement le mal. C'est cela qui altère le dessein de Dieu sur le monde, c'est cela qui défigure la créature.
Il est naturel que nous en soyons scandalisés, comme les pharisiens, car il nous est bien plus commode d'établir une propreté extérieure que de nous libérer du mal dans notre propre cœur. C'est un point de contrôle essentiel de la vie spirituelle: ne préfères-tu pas l'apparence à la réalité?
Mais, entre autres choses, les paroles de Jésus-Christ dans l'Évangile d'aujourd'hui sont une révélation importante sur le Père. Jésus explique aux disciples et à nous-mêmes que le Tout-Puissant regarde l'essence des choses. Si tu essaies sincèrement d'aider ton prochain, c'est ce désir lui-même qui compte aux yeux de Dieu, et non la faiblesse de sa réalisation, car dans ce cas il supplée lui-même à ta faiblesse. Mais si tu commets une vilenie, elle demeure une vilenie aux yeux de Dieu, si respectable que puisse être sa forme extérieure.
12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous la parabole. » |
16 Il dit : « Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » |
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
Jésus a parlé plus d'une fois de l'aveuglement des pharisiens, entendant sans aucun doute par là un aveuglement spirituel. Mais à quoi tient-il ? Les pharisiens semblaient pourtant avoir tout ce qu'il fallait pour l'éviter. Personne d'autre ne possédait alors une religion aussi riche et aussi dense spirituellement, et aujourd'hui encore, la découvrir révèle parfois des profondeurs que l'on est loin de trouver dans toutes les traditions. Mais, à l'évidence, aucune tradition ne garantit à elle seule une vie spirituelle pleinement vécue. En règle générale, la tradition religieuse ne crée d'ailleurs pas non plus, par elle-même, d'obstacles à une vie spirituelle normale, sauf dans les situations où il faut déjà parler d'une dégénérescence spirituelle complète de la communauté. Manifestement, ce n'est pas la religion en elle-même qui est en cause, mais l'attitude que l'on adopte envers elle. Toute religion — si l'on parle, bien entendu, de celles que l'on appelle habituellement religions révélées — est le fruit, d'une part, d'une révélation reçue et consignée dans le langage d'une tradition qui existait déjà au moment où elle a été reçue, et, d'autre part, de la religion proprement dite, avec ses formes établies. Cependant, même la révélation consignée par la tradition peut se scléroser spirituellement : ceux qui s'y réfèrent ne voient alors plus la révélation qui a engendré ces formes, mais les explications de celles-ci, élaborées par la tradition religieuse dont le langage a jadis servi à consigner la révélation reçue. Cela se produit quelle que soit la religion concernée : il semble que nous ayons ici affaire à une loi spirituelle générale, à une sorte d'entropie spirituelle, qui se manifeste précisément par le fait que la composante spirituelle de toute tradition religieuse diminue avec le temps, tandis que sa composante extérieure et formelle augmente. Sans résistance consciente à ce processus, toute religion finit tôt ou tard par mourir spirituellement, dégénérer et se formaliser. Mais cette résistance est impossible sans une nouvelle révélation ; or la plénitude de la révélation est précisément le Royaume que le Sauveur a apporté au monde. Toute religion possède toutefois certains mécanismes spirituels et psychologiques d'autodéfense et de reproduction d'elle-même, qui se déclenchent généralement chez les personnes religieuses d'eux-mêmes, indépendamment de leur volonté. Tant qu'une personne religieuse ne les désactive pas consciemment, elle ne verra pas le Royaume. Et les désactiver est parfois loin d'être simple psychologiquement : la religion absorbe en général l'homme tout entier, déterminant complètement sa vie extérieure comme intérieure. Désactiver la protection psychologique liée à la religiosité lui donne le sentiment d'être totalement sans défense face au monde hostile qui l'entoure. On ne peut s'y résoudre que pour le Royaume. Si l'homme ne se décide pas à franchir ce pas, il conserve sa religiosité. Mais il perd alors le Royaume. Au mieux, pour un temps ; au pire, pour toujours.
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
En quoi la foi de cette Cananéenne est-elle si grande ? Toute mère est prête à tout, à toute humiliation, pour la santé de sa fille. Peut-être que, pour Jésus, l'important n'est pas ce qui a suscité la demande de cette femme, ni le point de départ de son chemin de foi, mais la distance qu'elle parcourt sur ce chemin. La Cananéenne est païenne, et les Juifs ne fréquentent pas les païens ; Jésus garde donc le silence. Lorsque les disciples s'adressent à Lui, Il rompt le silence et rappelle que Dieu aide précisément Son peuple. L'entendant, la femme demande néanmoins de l'aide. Elle se sépare ainsi de son peuple au nom d'une relation avec le Dieu d'Israël. Par Sa phrase suivante, Jésus montre que l'on ne peut contraindre Dieu à aider : Il n'accepte pas l'approche magique de la relation avec Lui qui est caractéristique des païens. Sa réponse signifie qu'elle consent à recevoir la miséricorde de ce Dieu qui est nouveau pour elle. Ainsi, en quelques minutes, elle passe de la païenne qui exige sans relâche de Jésus ce dont elle a besoin à une femme qui fait confiance au Dieu d'Israël et consent humblement à Sa miséricorde.
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
Le refus initial du Christ non seulement de guérir la jeune fille, mais même de répondre simplement à sa mère, paraît étrange. Nous nous sommes habitués au fait que, jusqu'ici, Il n'avait refusé la guérison à personne et prenait soin de tous, et soudain Il réagit ainsi simplement parce que celle qui L'a sollicité est une païenne.
Aujourd'hui, nous sommes enclins à considérer avec neutralité l'appartenance de quiconque au monde païen, et lorsqu'il s'agit de relations humaines, il doit en être ainsi. Mais ici, il est question de délivrer la jeune fille d'influences spirituelles négatives qui avaient provoqué sa possession. Or, dans leur pratique religieuse quotidienne, les païens s'adressaient constamment aux puissances spirituelles inférieures. On peut se rappeler les paroles du Christ sur ce qui arrive lorsque des démons chassés reviennent dans une âme laissée vide, car les païens qui n'adorent pas le Dieu d'Israël peuvent fort bien les laisser rentrer. Dans de telles circonstances, chasser les esprits impurs n'a aucun sens.
Mais l'humble demande de miettes formulée par la païenne témoigne de la force de l'amour maternel qui surmonte les préjugés enracinés. Après cet humble aveu, qui montre en substance qu'elle s'approche de la foi, Jésus vient à sa rencontre. Même les quelques miettes de foi de la Cananéenne ont suffi pour que sa fille reçoive non pas des miettes de la table, mais le don dans sa plénitude.
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
En lisant le récit de la guérison de la fille de la Cananéenne, on ne peut que s'émerveiller de la mesure dans laquelle le Seigneur respecte la liberté humaine. Lorsque nous nous adressons à lui avec des demandes, y compris des demandes de miracles, il pose toujours la question de la foi. Crois-tu que je puisse faire cela ? Les Israélites qui affluaient en foules immenses vers Jésus croyaient qu'il était le Christ, le Fils de David, ou pensaient du moins qu'il était un prophète et un juste envoyé par Dieu, dont le Tout-Puissant entendrait la prière. D'une manière ou d'une autre, ces gens attendaient secours et guérison du Dieu unique, Créateur du ciel et de la terre.
La Cananéenne, elle, venait d'un peuple païen qui non seulement n'attendait pas le Messie, mais ne professait même pas la foi au Dieu unique. Pourquoi s'est-elle adressée à Jésus ? Était-ce seulement parce que la nouvelle des guérisons qu'il accomplissait s'était répandue dans tout le pays ? Ou peut-être la maladie de sa fille lui était-elle si pénible qu'elle ne réfléchissait pas aux aspects religieux de cette guérison… Humainement, il aurait été naturel de lui demander en quoi elle croyait, car elle aurait difficilement pu obtenir cette guérison sans la foi. Dieu n'est pas une force impersonnelle dont on peut se servir, mais une Personne à laquelle on peut s'adresser. Comment donc demander quelque chose à Celui en qui l'on ne croit pas ?
Mais le Seigneur ne pose pas de question directe à la Cananéenne. Il propose sa propre vision de la situation, disant que seuls ceux qui croient au Père peuvent être ses enfants dans sa maison. Dans le texte grec, le mot traduit par « chiens » dans la traduction synodale russe est au diminutif, « chiots », et n'a rien d'offensant. Les petits enfants et les chiots qui courent ensemble dans la cour ont beaucoup en commun, mais leurs relations avec le Maître de la maison sont tout à fait différentes. Ainsi, la Cananéenne reste libre de prendre sa propre décision, de déterminer elle-même à quelle puissance de grâce elle demande de l'aide. En faisant ce choix et en acceptant l'image proposée par Jésus, elle manifeste une humilité rare, qui ne reste pas sans récompense.
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
L'histoire de la Cananéenne suscite parfois des questions et de la perplexité chez les lecteurs de l'Évangile. En effet, le consentement de la femme aux miettes qui reviennent aux chiens signifie-t-il seulement la reconnaissance de sa situation devant Jésus et Ses disciples, ou bien y a-t-il ici encore autre chose, qui dépasse le cadre des relations personnelles de la Cananéenne avec Jésus et de sa propre condition pécheresse ?
Jésus Lui-même disait souvent qu'Il était « envoyé seulement aux brebis perdues de la maison d'Israël ». Au peuple de Dieu. Au peuple auquel Lui-même appartient selon la chair. Et maintenant, répondant à la demande des disciples d'aider cette femme malheureuse, Il leur dit ces mêmes paroles. Qu'est-ce donc : une étroitesse nationale ou religieuse ? Non, bien sûr. L'étroitesse nationale et religieuse était déjà étrangère à la prédication des derniers prophètes, qui disaient qu'à l'époque messianique des représentants de nombreux peuples se tourneraient vers le Dieu d'Israël, et que dans le Royaume messianique il y aurait place pour tous. La raison était manifestement ailleurs. Dans le ministère du Messie, il existe une logique propre, déterminée non par Jésus Lui-même, mais par Son Père céleste.
C'est précisément cette logique, liée au plan du salut, qui exigeait que, pendant Son ministère terrestre, Sa prédication et tout ce qui s'y rattachait, y compris les guérisons et les autres manifestations de la puissance du Royaume, fussent limitées au peuple de Dieu. Le reste viendrait ensuite, après l'achèvement de Son chemin terrestre, après la Résurrection et la Pentecôte. Peut-être la raison en était-elle que le Royaume a commencé son mouvement dans le monde précisément le jour de la Pentecôte ; ce jour-là seulement, il s'est ouvert en plénitude à tout chercheur, tandis qu'avant la Pentecôte le Royaume ne pouvait être ouvert, dans la mesure où il pouvait s'ouvrir à l'homme avant la Pentecôte, qu'au peuple de Dieu. Il n'y avait là ni cruauté ni limitation, mais seulement le plan de salut de Dieu et Son dessein sur la manière dont Son Royaume devait entrer dans le monde. Or toute guérison supposait justement une participation au Royaume.
Une inclusion dans ce processus spirituel qui déterminait son entrée dans le monde et son établissement dans le monde. Un processus dans lequel il était encore trop tôt d'inclure les païens. Mais s'il s'agit simplement d'effleurer le Royaume, alors c'est possible. Sans revendiquer quoi que ce soit, sans rien attendre d'autre que la guérison désirée de sa fille. La femme acceptait que, pour le Messie et pour le Royaume, elle et sa fille ne soient personne et restent personne, si telle était la volonté du Dieu au nom duquel guérissait ce Thaumaturge.
Mais au moins une miette de la table de ce Royaume, pour sa fille, était-ce possible ? À une telle demande, bien sûr, il ne pouvait y avoir de refus. La femme reçut ce qu'elle demandait. Elle le reçut en acceptant de rester, pour le Royaume, personne et rien. Apparemment, elle comprit intuitivement ce que nous ne comprenons souvent pas aujourd'hui : on ne peut recevoir quelque chose de Dieu que lorsqu'on devient partie de Son plan. Ne serait-ce que fugitivement, pour un instant. Mais en cet instant on peut tout recevoir. À condition, bien sûr, de ne compter sur rien d'autre que cet instant que Dieu t'a fixé.
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
29 Étant parti de là, Jésus vint au bord de la mer de Galilée. Il gravit la montagne, et là il s’assit. |
30 Et des foules nombreuses s’approchèrent de lui, ayant avec elles des boiteux, des estropiés, des aveugles, des muets et bien d’autres encore, qu’ils déposèrent à ses pieds ; et il les guérit. |
31 Et les foules de s’émerveiller en voyant ces muets qui parlaient, ces estropiés qui redevenaient valides, ces boiteux qui marchaient et ces aveugles qui recouvraient la vue ; et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël. |
32 Jésus, cependant, appela à lui ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger. Les renvoyer à jeun, je ne le veux pas : ils pourraient défaillir en route. » |
33 Les disciples lui disent : « Où prendrons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? » |
34 Jésus leur dit : « Combien de pains avez-vous » — « Sept, dirent-ils, et quelques petits poissons. » |
35 Alors il ordonna à la foule de s’étendre à terre ; |
36 puis il prit les sept pains et les poissons, rendit grâces, les rompit et il les donnait à ses disciples, qui les donnaient à la foule. |
37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et des morceaux qui restaient on ramassa sept pleines corbeilles ! |
38 Or ceux qui mangèrent étaient quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. |
39 Après avoir renvoyé les foules, Jésus monta dans la barque et s’en vint dans le territoire de Magadan. |
Quand nous lisons dans l'Évangile que cette femme était cananéenne, cela ne signifie pas qu'elle était « de seconde catégorie », ou d'une origine mauvaise, ou qu'elle avait encore déplu à Jésus par quelque chose. Nous savons, pour l'avoir lu dans l'Évangile et simplement senti dans notre coeur, que Jésus est toujours prêt à aider et à guérir les pauvres, les pécheurs et les rejetés. Pour les premiers auditeurs de l'évangéliste, il était parfaitement clair qu'elle était une païenne authentique, c'est-à-dire qu'elle croyait aux dieux païens, les adorait et leur offrait des sacrifices. C'est précisément pourquoi le Seigneur soumet sa foi à une telle épreuve : pour l'aider elle-même à comprendre pourquoi elle s'adresse à Lui pour demander de l'aide, et non à ses dieux.
Ici, une ligne est comme tracée entre les représentations païennes de l'homme et le recours à Jésus, c'est-à-dire la prière. La prière au Christ, et au Père dans le Christ, est incompatible avec le paganisme. Or le paganisme lui-même n'est pas nécessairement la foi en d'autres dieux ; c'est aussi, chez les chrétiens, l'espérance tout à fait ordinaire placée non dans le Dieu unique, mais dans quelque chose d'autre : l'argent, ses propres capacités, son parti politique, le « on verra bien », etc. Le paganisme, c'est quand nous ne vivons pas pour Dieu, mais pour quelqu'un d'autre, le plus souvent simplement pour nous-mêmes. Si donc, étant de tels païens, nous voulons demander quelque chose au Christ, nous adresser à Lui dans la prière, il nous faudra, avec cette femme cananéenne, passer par une réévaluation complète de notre foi et comprendre pourquoi nous nous sommes tournés vers le Christ, et non vers nos idoles...
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
29 Étant parti de là, Jésus vint au bord de la mer de Galilée. Il gravit la montagne, et là il s’assit. |
30 Et des foules nombreuses s’approchèrent de lui, ayant avec elles des boiteux, des estropiés, des aveugles, des muets et bien d’autres encore, qu’ils déposèrent à ses pieds ; et il les guérit. |
31 Et les foules de s’émerveiller en voyant ces muets qui parlaient, ces estropiés qui redevenaient valides, ces boiteux qui marchaient et ces aveugles qui recouvraient la vue ; et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël. |
32 Jésus, cependant, appela à lui ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger. Les renvoyer à jeun, je ne le veux pas : ils pourraient défaillir en route. » |
33 Les disciples lui disent : « Où prendrons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? » |
34 Jésus leur dit : « Combien de pains avez-vous » — « Sept, dirent-ils, et quelques petits poissons. » |
35 Alors il ordonna à la foule de s’étendre à terre ; |
36 puis il prit les sept pains et les poissons, rendit grâces, les rompit et il les donnait à ses disciples, qui les donnaient à la foule. |
37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et des morceaux qui restaient on ramassa sept pleines corbeilles ! |
38 Or ceux qui mangèrent étaient quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. |
39 Après avoir renvoyé les foules, Jésus monta dans la barque et s’en vint dans le territoire de Magadan. |
La lecture d’aujourd’hui nous propose de nouveau deux épisodes qui, à première vue, ne sont pas directement liés entre eux : la guérison de la fille de la Samaritaine (v. 22–28) et le miracle de la multiplication des pains, semblable à celui décrit au chapitre précédent (v. 29–38 ; cf. Mt 14:13–21). Pourtant, il existe un lien entre eux. Et ce lien passe par le Royaume, dont la manifestation est à la base des événements décrits dans les deux épisodes. Car les miracles comme les guérisons mentionnés dans les récits évangéliques parlent toujours, au fond, d’une seule chose : du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, « s’est approché ».
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » |
24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » |
26 Il lui répondit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » — |
27 « Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » |
28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et de ce moment sa fille fut guérie. |
29 Étant parti de là, Jésus vint au bord de la mer de Galilée. Il gravit la montagne, et là il s’assit. |
30 Et des foules nombreuses s’approchèrent de lui, ayant avec elles des boiteux, des estropiés, des aveugles, des muets et bien d’autres encore, qu’ils déposèrent à ses pieds ; et il les guérit. |
31 Et les foules de s’émerveiller en voyant ces muets qui parlaient, ces estropiés qui redevenaient valides, ces boiteux qui marchaient et ces aveugles qui recouvraient la vue ; et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël. |
32 Jésus, cependant, appela à lui ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger. Les renvoyer à jeun, je ne le veux pas : ils pourraient défaillir en route. » |
33 Les disciples lui disent : « Où prendrons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? » |
34 Jésus leur dit : « Combien de pains avez-vous » — « Sept, dirent-ils, et quelques petits poissons. » |
35 Alors il ordonna à la foule de s’étendre à terre ; |
36 puis il prit les sept pains et les poissons, rendit grâces, les rompit et il les donnait à ses disciples, qui les donnaient à la foule. |
37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et des morceaux qui restaient on ramassa sept pleines corbeilles ! |
38 Or ceux qui mangèrent étaient quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. |
39 Après avoir renvoyé les foules, Jésus monta dans la barque et s’en vint dans le territoire de Magadan. |
Une fois encore, l'Évangile reprend le récit où Jésus distribue du pain au peuple, et désormais le sens intérieur de ce qui se passe est clairement indiqué. Entre les deux descriptions de repas, nous rencontrons une personne pour qui recevoir de Jésus ne serait-ce que les restes de ce pain signifie recevoir une vie renouvelée. C'est une femme païenne qui demande la vie non pour elle-même, mais pour sa fille mourante. Extérieurement, son dialogue avec Jésus ressemble à un concours d'esprit : Jésus esquisse une petite scène parabolique (les chiens et les enfants), et la femme s'insère habilement dans Ses images, prouvant ainsi son droit aux « miettes de pain ». Mais, en réalité, le Christ ne la loue pas pour une réponse ingénieuse, mais pour sa foi, car ce qui lui arrive est précisément un acte de foi : elle reconnaît en Jésus Celui Qui donne le pain de vie. Dans sa douleur et son besoin, les paroles du Christ sur le pain céleste, que les disciples comprenaient si difficilement (cf. Jn 6), deviennent pour elle parfaitement claires, et elle touche au mystère du salut, au mystère du pain de vie, le Christ.
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » |
12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
Aujourd'hui, nous ne comprenons peut-être pas très bien ce qu'est la souillure. Dans le langage de l'Écriture, celui qui s'est souillé est une personne devenue rituellement impure, ce qui l'empêche d'entrer dans le Temple tant qu'elle n'a pas accompli un rite de purification assez long et pénible. L'impossibilité d'entrer dans le Temple signifie la rupture de la communion avec Dieu et avec les hommes, le non-accomplissement des commandements de Dieu et, par conséquent, un châtiment inévitable. C'est pourquoi les Juifs craignaient tant l'impureté rituelle, et ils devaient être très prudents pour ne pas toucher quelque chose d'« impur » ni manger quelque chose d'« impur ». Imaginez une telle vie, constamment sur ses gardes, et vous comprendrez que Jésus apporte véritablement la libération de l'homme de sa dépendance envers le monde extérieur. Mais la séparation d'avec Dieu reste toutefois possible: elle est liée au péché, à l'état pécheur du cœur humain; et cet état, à son tour, détermine la manière dont nous communiquons, dont nous parlons. « Ce qui sort de la bouche vient du cœur », dit Jésus (Mt 15:18). Il faut donc veiller non pas à ce qui nous entoure, mais à ce qui est en nous et à la manière dont cela se manifeste dans nos paroles, dans notre communion les uns avec les autres; autrement, à nous non plus il n'est pas permis d'entrer dans le Temple (voir Mt 5:23-24).
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : |
2 « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. » — |
3 « Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : « Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre », |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : |
8 Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. » |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » |
12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous la parabole. » |
16 Il dit : « Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » |
La vie humaine est toujours liée, d’une manière ou d’une autre, à « l’étude des enseignements et des commandements des hommes », depuis le code de la route jusqu’à toutes sortes de « lavages des mains » (chacun peut réfléchir à ce qu’il faut entendre par là). Il est évident que le conflit de ce récit évangélique naît du fait que la tradition humaine se trouve séparée du commandement de Dieu. Pourtant, il n’est pas toujours facile de mesurer cette séparation, car les pharisiens eux-mêmes tiraient de la loi de Dieu les règles relatives aux ablutions. En expliquant ce problème à Ses disciples, le Christ fait passer la question du domaine de la casuistique et des règles à celui de l’éthique, ou plus exactement de l’amour. C’est à cette lumière que l’on comprend pourquoi la règle qui consiste à consacrer à Dieu les biens destinés aux parents contredit la volonté de Dieu. C’est par rapport aux commandements fondamentaux de l’amour de Dieu et de l’homme que l’on comprend clairement ce qui souille l’homme et ce qui ne le souille pas. Nous ne pouvons échapper aux lois et aux règles humaines... mais leur valeur, leur conformité à la Vérité, se vérifie précisément selon qu’elles conduisent à la réalisation du don principal de Dieu, l’amour, ou qu’elles nous en éloignent.
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : |
2 « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. » — |
3 « Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : « Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre », |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : |
8 Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. » |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » |
12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous la parabole. » |
16 Il dit : « Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » |
Pour les auditeurs de l'évangéliste Matthieu, la Loi de Moïse n'est pas simplement un recueil de règles et de prescriptions incompréhensibles. Matthieu rapporte les paroles du Seigneur Jésus disant que « le ciel et la terre passeront plutôt qu'un seul trait de la Loi » (Mt 5:18). En quoi consiste donc l'opposition entre le Christ et les pharisiens ?
Pour les pharisiens, la Loi est un ensemble de commandements qu'en accomplissant, l'homme peut plaire à Dieu, se rapprocher de Lui, accomplir Sa volonté pour l'homme. Telle est, en général, l'approche de toute conscience religieuse pour laquelle l'essentiel des relations de Dieu avec l'homme consiste à accomplir certaines actions que Dieu prescrit aux hommes. Une approche familière, n'est-ce pas ? Que dit donc le Christ de la Loi ? Dans Son interprétation, l'amour des parents se révèle supérieur à l'offrande au Temple, la pureté du coeur plus importante que la pureté des mains. Voilà vers quoi tend la Loi de Moïse. Alors, pour vivre selon la Loi de Dieu, il faut être plus attentif au coeur, aux relations avec Dieu et avec les hommes, qu'à l'accomplissement de lois ou de règles.
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : |
2 « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. » — |
3 « Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : « Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre », |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : |
8 Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. » |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » |
12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous la parabole. » |
16 Il dit : « Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » |
Le reproche de transgresser la tradition vient de ceux pour qui le respect de la tradition est devenu une fin en soi. Deux positions s'affrontent, le débat porte sur la question de savoir qui observe réellement la Loi : celui qui accomplit les prescriptions extérieures, l'enveloppe nécessaire de la Loi, ou celui qui observe l'essence de la Loi, même si, vu de l'extérieur, il semble enfreindre l'accomplissement littéral des prescriptions. Mais le problème est aussi ailleurs : beaucoup de règles pieuses ont été inventées par les hommes, elles ne viennent pas forcément de Dieu. Mais combien souvent l'humain cache ce qui est donné d'en haut, et ainsi nous commençons à substituer à la volonté de Dieu nos propres représentations de celle-ci !
Cependant, l'accomplissement « correct » des normes pieuses, indifférent à l'état véritable de l'âme, n'est pas nécessaire au Seigneur. En se gardant de la souillure rituelle venue de l'extérieur et, plus largement, de toute influence négative étrangère, il est trop facile de perdre de vue le mal qui est le nôtre et qui nous souille. Mais ce qui se niche en nous peut s'avérer un mélange plus explosif que les influences négatives venues de l'extérieur. Car c'est nous qui les acceptons ou les rejetons.
Si une telle approche scandalise quelqu'un, cela signifie que ces personnes ont des représentations fausses de la vie spirituelle. Les paroles du Christ sur le déracinement de la plante qui n'a pas été plantée par le Père céleste résonnent avec gravité. Mais elles contiennent un sérieux avertissement : si nous voyons qu'un homme a accepté de céder au scandale et s'est écarté des voies du Seigneur, n'est-ce pas parce qu'au départ il a rejeté Sa volonté au fond de son monde intérieur ?
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : |
2 « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. » — |
3 « Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : « Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre », |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : |
8 Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. » |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » |
12 Alors s’approchant, les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi ? » |
13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : « Explique-nous la parabole. » |
16 Il dit : « Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. » |
La lecture d'aujourd'hui touche l'une des questions les plus importantes de la vie religieuse : celle du rapport entre l'Écriture sainte et la tradition. Pour toute religion, le problème de la pureté rituelle a toujours été central : car la pureté rituelle détermine la possibilité même de participer pleinement à la vie religieuse. Il n'est pas étonnant que les adeptes des écoles religieuses pharisiennes, en hommes d'une piété exceptionnelle, aient posé à Jésus des questions concernant les normes juives et les règles de pureté rituelle. La question du lavage des mains fait partie de ces questions (v. 1-2).
Il ne s'agit ici, bien sûr, pas d'hygiène, mais d'une ablution purificatrice qu'il fallait accomplir avant le repas. D'ailleurs, la référence à la « tradition des anciens » suppose manifestement qu'il ne s'agit pas d'un commandement de la Torah, c'est-à-dire de l'Écriture sainte, mais de son interprétation liée à la tradition pharisienne. Jésus répond par une question à la question : peut-on remplacer le commandement donné par Dieu et clairement exprimé dans l'Écriture par des opinions humaines formées au sein de quelque tradition que ce soit, même autorisée ? Car toute tradition est le fruit de la créativité humaine, tandis que le commandement est donné par Dieu (v. 3). En répondant ainsi, Jésus semble s'écarter de la question, du moins pour un temps. Pourtant, très bientôt, Il y répond aussi, ramenant Ses auditeurs à la compréhension de la pureté que la Torah présupposait dès l'origine (v. 10-11, 16-20).
Mais à une lecture plus attentive, il devient clair que cette réponse est directement liée à la question de la tradition authentique et de la tradition illusoire. La tradition authentique place toujours au premier plan l'état spirituel de l'homme, ainsi que sa relation avec Dieu et avec le prochain. C'est cela qui détermine le destin de l'homme dans le Royaume, et aussi, d'ailleurs, s'il pourra même y entrer. Pour la conscience religieuse, en revanche, la forme extérieure est importante ; toute religiosité porte en elle quelque chose de magique, même lorsqu'il s'agit de la religion de la Révélation. Et il arrive souvent que les expressions extérieures de la religiosité deviennent plus importantes que l'essentiel. Sans doute, Dieu est plus important que la famille ; mais cela signifie-t-il que l'offrande au Temple est plus importante que l'aide aux parents âgés ? À peine, car une telle offrande ne détermine pas en elle-même la qualité de la relation de celui qui l'offre avec Dieu. Bien plus, elle peut très bien devenir un moyen d'oublier ses parents âgés sans éprouver le moindre remords : formellement, le commandement n'est pas violé ! Un tel formalisme est toujours présent, à un degré ou à un autre, dans toute tradition religieuse.
C'est sans doute pourquoi Jésus n'a créé aucune religion nouvelle : car le christianisme n'est pas une religion, mais la vie même dans le Royaume, et Il rappelle sans cesse à Ses auditeurs que la tradition authentique est précisément l'expérience du Royaume. Une telle tradition n'a pas besoin d'être maintenue artificiellement : elle ne perdra jamais sa signification et entrera organiquement dans le Royaume, en devenant sa partie intégrante.
Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible. Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit. | ||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||