12 Alors s'approchant, les disciples lui disent : " Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t'entendre parler ainsi ? " |
13 Il répondit : " Tout plant que n'a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. " |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : " Explique-nous la parabole. " |
16 Il dit : " Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s'évacue aux lieux d'aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c'est cela qui souille l'homme? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme. " |
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
Tous les systèmes religieux les plus marquants — qui, notons-le, se sont formés dans des régions chaudes — comportent une notion de pureté rituelle et, inversement, de souillure. On entend habituellement par là, à vrai dire, la saleté: la sueur, la poussière qui s'y colle, la suie, et ainsi de suite. Tout cela donne à l'homme une apparence telle qu'il est indécent de se présenter non seulement devant le Très-Haut, mais même devant les autres. L'Ancien Testament ne fait pas exception, bien que l'accent de la notion biblique de souillure se déplace sensiblement vers le domaine moral.
Le Christ ne rejette pas les notions mêmes de souillure et de purification. Mais, dit-il, ce ne sont pas des choses extérieures et accidentelles qui te rendent indigne du regard du Tout-Puissant, mais ce qui s'accomplit dans ton propre cœur. À l'hygiène de la chair, il oppose une sorte d'hygiène de l'esprit: ce ne sont ni la saleté ni la suie qui souillent l'homme — l'homme lui-même, selon la parole d'Abraham, n'est que poussière et cendre —, mais le fait de pratiquer activement le mal. C'est cela qui altère le dessein de Dieu sur le monde, c'est cela qui défigure la créature.
Il est naturel que nous en soyons scandalisés, comme les pharisiens, car il nous est bien plus commode d'établir une propreté extérieure que de nous libérer du mal dans notre propre cœur. C'est un point de contrôle essentiel de la vie spirituelle: ne préfères-tu pas l'apparence à la réalité?
Mais, entre autres choses, les paroles de Jésus-Christ dans l'Évangile d'aujourd'hui sont une révélation importante sur le Père. Jésus explique aux disciples et à nous-mêmes que le Tout-Puissant regarde l'essence des choses. Si tu essaies sincèrement d'aider ton prochain, c'est ce désir lui-même qui compte aux yeux de Dieu, et non la faiblesse de sa réalisation, car dans ce cas il supplée lui-même à ta faiblesse. Mais si tu commets une vilenie, elle demeure une vilenie aux yeux de Dieu, si respectable que puisse être sa forme extérieure.
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu'une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : " Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. " |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s'approchant, le priaient : " Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. " |
24 A quoi il répondit : " Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. " |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : " Seigneur, viens à mon secours ! " |
26 Il lui répondit : " Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " - |
27 " Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! " |
28 Alors Jésus lui répondit : " O femme, grande est ta foi ! Qu'il t'advienne selon ton désir ! " Et de ce moment sa fille fut guérie. |
29 Étant parti de là, Jésus vint au bord de la mer de Galilée. Il gravit la montagne, et là il s'assit. |
30 Et des foules nombreuses s'approchèrent de lui, ayant avec elles des boiteux, des estropiés, des aveugles, des muets et bien d'autres encore, qu'ils déposèrent à ses pieds; et il les guérit. |
31 Et les foules de s'émerveiller en voyant ces muets qui parlaient, ces estropiés qui redevenaient valides, ces boiteux qui marchaient et ces aveugles qui recouvraient la vue ; et ils rendirent gloire au Dieu d'Israël. |
32 Jésus, cependant, appela à lui ses disciples et leur dit : " J'ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu'ils restent auprès de moi et ils n'ont pas de quoi manger. Les renvoyer à jeun, je ne le veux pas : ils pourraient défaillir en route. " |
33 Les disciples lui disent : " Où prendrons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? " |
34 Jésus leur dit : " Combien de pains avez-vous ? " - " Sept, dirent-ils, et quelques petits poissons. " |
35 Alors il ordonna à la foule de s'étendre à terre; |
36 puis il prit les sept pains et les poissons, rendit grâces, les rompit et il les donnait à ses disciples, qui les donnaient à la foule. |
37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et des morceaux qui restaient on ramassa sept pleines corbeilles! |
38 Or ceux qui mangèrent étaient quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. |
39 Après avoir renvoyé les foules, Jésus monta dans la barque et s'en vint dans le territoire de Magadan. |
Quand nous lisons dans l'Évangile que cette femme était cananéenne, cela ne signifie pas qu'elle était « de seconde catégorie », ou d'une origine mauvaise, ou qu'elle avait encore déplu à Jésus par quelque chose. Nous savons, pour l'avoir lu dans l'Évangile et simplement senti dans notre coeur, que Jésus est toujours prêt à aider et à guérir les pauvres, les pécheurs et les rejetés. Pour les premiers auditeurs de l'évangéliste, il était parfaitement clair qu'elle était une païenne authentique, c'est-à-dire qu'elle croyait aux dieux païens, les adorait et leur offrait des sacrifices. C'est précisément pourquoi le Seigneur soumet sa foi à une telle épreuve : pour l'aider elle-même à comprendre pourquoi elle s'adresse à Lui pour demander de l'aide, et non à ses dieux.
Ici, une ligne est comme tracée entre les représentations païennes de l'homme et le recours à Jésus, c'est-à-dire la prière. La prière au Christ, et au Père dans le Christ, est incompatible avec le paganisme. Or le paganisme lui-même n'est pas nécessairement la foi en d'autres dieux ; c'est aussi, chez les chrétiens, l'espérance tout à fait ordinaire placée non dans le Dieu unique, mais dans quelque chose d'autre : l'argent, ses propres capacités, son parti politique, le « on verra bien », etc. Le paganisme, c'est quand nous ne vivons pas pour Dieu, mais pour quelqu'un d'autre, le plus souvent simplement pour nous-mêmes. Si donc, étant de tels païens, nous voulons demander quelque chose au Christ, nous adresser à Lui dans la prière, il nous faudra, avec cette femme cananéenne, passer par une réévaluation complète de notre foi et comprendre pourquoi nous nous sommes tournés vers le Christ, et non vers nos idoles...
21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. |
22 Et voici qu'une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : " Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. " |
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s'approchant, le priaient : " Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. " |
24 A quoi il répondit : " Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. " |
25 Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : " Seigneur, viens à mon secours ! " |
26 Il lui répondit : " Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " - |
27 " Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! " |
28 Alors Jésus lui répondit : " O femme, grande est ta foi ! Qu'il t'advienne selon ton désir ! " Et de ce moment sa fille fut guérie. |
29 Étant parti de là, Jésus vint au bord de la mer de Galilée. Il gravit la montagne, et là il s'assit. |
30 Et des foules nombreuses s'approchèrent de lui, ayant avec elles des boiteux, des estropiés, des aveugles, des muets et bien d'autres encore, qu'ils déposèrent à ses pieds; et il les guérit. |
31 Et les foules de s'émerveiller en voyant ces muets qui parlaient, ces estropiés qui redevenaient valides, ces boiteux qui marchaient et ces aveugles qui recouvraient la vue ; et ils rendirent gloire au Dieu d'Israël. |
32 Jésus, cependant, appela à lui ses disciples et leur dit : " J'ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu'ils restent auprès de moi et ils n'ont pas de quoi manger. Les renvoyer à jeun, je ne le veux pas : ils pourraient défaillir en route. " |
33 Les disciples lui disent : " Où prendrons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? " |
34 Jésus leur dit : " Combien de pains avez-vous ? " - " Sept, dirent-ils, et quelques petits poissons. " |
35 Alors il ordonna à la foule de s'étendre à terre; |
36 puis il prit les sept pains et les poissons, rendit grâces, les rompit et il les donnait à ses disciples, qui les donnaient à la foule. |
37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et des morceaux qui restaient on ramassa sept pleines corbeilles! |
38 Or ceux qui mangèrent étaient quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. |
39 Après avoir renvoyé les foules, Jésus monta dans la barque et s'en vint dans le territoire de Magadan. |
La lecture d’aujourd’hui nous propose de nouveau deux épisodes qui, à première vue, ne sont pas directement liés entre eux : la guérison de la fille de la Samaritaine (v. 22–28) et le miracle de la multiplication des pains, semblable à celui décrit au chapitre précédent (v. 29–38 ; cf. Mt 14:13–21). Pourtant, il existe un lien entre eux. Et ce lien passe par le Royaume, dont la manifestation est à la base des événements décrits dans les deux épisodes. Car les miracles comme les guérisons mentionnés dans les récits évangéliques parlent toujours, au fond, d’une seule chose : du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, « s’est approché ».
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent: |
2 " Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. " - |
3 " Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit: Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : "Les biens dont j'aurais pu t'assister, je les consacre", |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit: |
8 Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu'ils me rendent : les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. " |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : " Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l'homme. " |
12 Alors s'approchant, les disciples lui disent : " Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t'entendre parler ainsi ? " |
13 Il répondit : " Tout plant que n'a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. " |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : " Explique-nous la parabole. " |
16 Il dit : " Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s'évacue aux lieux d'aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c'est cela qui souille l'homme? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme. " |
Pour les auditeurs de l'évangéliste Matthieu, la Loi de Moïse n'est pas simplement un recueil de règles et de prescriptions incompréhensibles. Matthieu rapporte les paroles du Seigneur Jésus disant que « le ciel et la terre passeront plutôt qu'un seul trait de la Loi » (Mt 5:18). En quoi consiste donc l'opposition entre le Christ et les pharisiens ?
Pour les pharisiens, la Loi est un ensemble de commandements qu'en accomplissant, l'homme peut plaire à Dieu, se rapprocher de Lui, accomplir Sa volonté pour l'homme. Telle est, en général, l'approche de toute conscience religieuse pour laquelle l'essentiel des relations de Dieu avec l'homme consiste à accomplir certaines actions que Dieu prescrit aux hommes. Une approche familière, n'est-ce pas ? Que dit donc le Christ de la Loi ? Dans Son interprétation, l'amour des parents se révèle supérieur à l'offrande au Temple, la pureté du coeur plus importante que la pureté des mains. Voilà vers quoi tend la Loi de Moïse. Alors, pour vivre selon la Loi de Dieu, il faut être plus attentif au coeur, aux relations avec Dieu et avec les hommes, qu'à l'accomplissement de lois ou de règles.
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent: |
2 " Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. " - |
3 " Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit: Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : "Les biens dont j'aurais pu t'assister, je les consacre", |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit: |
8 Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu'ils me rendent : les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. " |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : " Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l'homme. " |
12 Alors s'approchant, les disciples lui disent : " Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t'entendre parler ainsi ? " |
13 Il répondit : " Tout plant que n'a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. " |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : " Explique-nous la parabole. " |
16 Il dit : " Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s'évacue aux lieux d'aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c'est cela qui souille l'homme? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme. " |
Le reproche de transgresser la tradition vient de ceux pour qui le respect de la tradition est devenu une fin en soi. Deux positions s'affrontent, le débat porte sur la question de savoir qui observe réellement la Loi : celui qui accomplit les prescriptions extérieures, l'enveloppe nécessaire de la Loi, ou celui qui observe l'essence de la Loi, même si, vu de l'extérieur, il semble enfreindre l'accomplissement littéral des prescriptions. Mais le problème est aussi ailleurs : beaucoup de règles pieuses ont été inventées par les hommes, elles ne viennent pas forcément de Dieu. Mais combien souvent l'humain cache ce qui est donné d'en haut, et ainsi nous commençons à substituer à la volonté de Dieu nos propres représentations de celle-ci !
Cependant, l'accomplissement « correct » des normes pieuses, indifférent à l'état véritable de l'âme, n'est pas nécessaire au Seigneur. En se gardant de la souillure rituelle venue de l'extérieur et, plus largement, de toute influence négative étrangère, il est trop facile de perdre de vue le mal qui est le nôtre et qui nous souille. Mais ce qui se niche en nous peut s'avérer un mélange plus explosif que les influences négatives venues de l'extérieur. Car c'est nous qui les acceptons ou les rejetons.
Si une telle approche scandalise quelqu'un, cela signifie que ces personnes ont des représentations fausses de la vie spirituelle. Les paroles du Christ sur le déracinement de la plante qui n'a pas été plantée par le Père céleste résonnent avec gravité. Mais elles contiennent un sérieux avertissement : si nous voyons qu'un homme a accepté de céder au scandale et s'est écarté des voies du Seigneur, n'est-ce pas parce qu'au départ il a rejeté Sa volonté au fond de son monde intérieur ?
1 Alors des Pharisiens et des scribes de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent: |
2 " Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. " - |
3 " Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? |
4 En effet, Dieu a dit: Honore ton père et ta mère, et Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. |
5 Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : "Les biens dont j'aurais pu t'assister, je les consacre", |
6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. |
7 Hypocrites! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit: |
8 Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. |
9 Vain est le culte qu'ils me rendent : les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. " |
10 Et ayant appelé la foule près de lui, il leur dit : " Écoutez et comprenez ! |
11 Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l'homme. " |
12 Alors s'approchant, les disciples lui disent : " Sais-tu que les Pharisiens se sont choqués de t'entendre parler ainsi ? " |
13 Il répondit : " Tout plant que n'a point planté mon Père céleste sera arraché. |
14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. " |
15 Pierre, prenant la parole, lui dit : " Explique-nous la parabole. " |
16 Il dit : " Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence ? |
17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s'évacue aux lieux d'aisance, |
18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c'est cela qui souille l'homme? |
19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. |
20 Voilà les choses qui souillent l'homme ; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme. " |
La lecture d'aujourd'hui touche l'une des questions les plus importantes de la vie religieuse : celle du rapport entre l'Écriture sainte et la tradition. Pour toute religion, le problème de la pureté rituelle a toujours été central : car la pureté rituelle détermine la possibilité même de participer pleinement à la vie religieuse. Il n'est pas étonnant que les adeptes des écoles religieuses pharisiennes, en hommes d'une piété exceptionnelle, aient posé à Jésus des questions concernant les normes juives et les règles de pureté rituelle. La question du lavage des mains fait partie de ces questions (v. 1-2).
Il ne s'agit ici, bien sûr, pas d'hygiène, mais d'une ablution purificatrice qu'il fallait accomplir avant le repas. D'ailleurs, la référence à la « tradition des anciens » suppose manifestement qu'il ne s'agit pas d'un commandement de la Torah, c'est-à-dire de l'Écriture sainte, mais de son interprétation liée à la tradition pharisienne. Jésus répond par une question à la question : peut-on remplacer le commandement donné par Dieu et clairement exprimé dans l'Écriture par des opinions humaines formées au sein de quelque tradition que ce soit, même autorisée ? Car toute tradition est le fruit de la créativité humaine, tandis que le commandement est donné par Dieu (v. 3). En répondant ainsi, Jésus semble s'écarter de la question, du moins pour un temps. Pourtant, très bientôt, Il y répond aussi, ramenant Ses auditeurs à la compréhension de la pureté que la Torah présupposait dès l'origine (v. 10-11, 16-20).
Mais à une lecture plus attentive, il devient clair que cette réponse est directement liée à la question de la tradition authentique et de la tradition illusoire. La tradition authentique place toujours au premier plan l'état spirituel de l'homme, ainsi que sa relation avec Dieu et avec le prochain. C'est cela qui détermine le destin de l'homme dans le Royaume, et aussi, d'ailleurs, s'il pourra même y entrer. Pour la conscience religieuse, en revanche, la forme extérieure est importante ; toute religiosité porte en elle quelque chose de magique, même lorsqu'il s'agit de la religion de la Révélation. Et il arrive souvent que les expressions extérieures de la religiosité deviennent plus importantes que l'essentiel. Sans doute, Dieu est plus important que la famille ; mais cela signifie-t-il que l'offrande au Temple est plus importante que l'aide aux parents âgés ? À peine, car une telle offrande ne détermine pas en elle-même la qualité de la relation de celui qui l'offre avec Dieu. Bien plus, elle peut très bien devenir un moyen d'oublier ses parents âgés sans éprouver le moindre remords : formellement, le commandement n'est pas violé ! Un tel formalisme est toujours présent, à un degré ou à un autre, dans toute tradition religieuse.
C'est sans doute pourquoi Jésus n'a créé aucune religion nouvelle : car le christianisme n'est pas une religion, mais la vie même dans le Royaume, et Il rappelle sans cesse à Ses auditeurs que la tradition authentique est précisément l'expérience du Royaume. Une telle tradition n'a pas besoin d'être maintenue artificiellement : elle ne perdra jamais sa signification et entrera organiquement dans le Royaume, en devenant sa partie intégrante.
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