1 Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean - |
2 bien qu'à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples -, |
3 il quitta la Judée et s'en retourna en Galilée. |
4 Or il lui fallait traverser la Samarie. |
5 Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph. |
6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était environ la sixième heure. |
7 Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : " Donne-moi à boire. " |
8 Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. |
9 La femme samaritaine lui dit : " Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? " Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains. |
10 Jésus lui répondit : " Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive. " |
11 Elle lui dit : " Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive ? |
12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ? " |
13 Jésus lui répondit : " Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; |
14 mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle. " |
15 La femme lui dit : " Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser. " |
16 Il lui dit : " Va, appelle ton mari et reviens ici. " |
17 La femme lui répondit : " Je n'ai pas de mari. " Jésus lui dit : " Tu as bien fait de dire : "Je n'ai pas de mari", |
18 car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. " |
19 La femme lui dit : " Seigneur, je vois que tu es un prophète... |
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer. " |
21 Jésus lui dit : " Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. |
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. |
23 Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. |
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent adorer. " |
25 La femme lui dit : " Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout. " |
26 Jésus lui dit : " Je le suis, moi qui te parle. " |
27 Là-dessus arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme. Pourtant pas un ne dit : " Que cherches-tu ? " ou : " De quoi lui parles-tu ? " |
28 La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens: |
29 " Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? " |
30 Ils sortirent de la ville et ils se dirigeaient vers lui. |
31 Entre-temps, les disciples le priaient, en disant : " Rabbi, mange. " |
32 Mais il leur dit : " J'ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. " |
33 Les disciples se disaient entre eux : " Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? " |
34 Jésus leur dit : " Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. |
35 Ne dites-vous pas: Encore quatre mois et vient la moisson? Eh bien! je vous dis: Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà |
36 le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. |
37 Car ici se vérifie le dicton: autre est le semeur, autre le moissonneur; |
38 je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d'autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues. " |
39 Un bon nombre de Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait : " Il m'a dit tout ce que j'ai fait. " |
40 Quand donc ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours |
41 et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole, |
42 et ils disaient à la femme : " Ce n'est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l'avons nous-mêmes entendu et nous savons que c'est vraiment lui le sauveur du monde. " |
La chaîne de thèmes par laquelle le Seigneur conduit avec insistance la Samaritaine a été et reste pour beaucoup une image de la manière dont l'homme cherche l'essentiel dans la vie, et en même temps de la manière dont Dieu cherche l'âme humaine. Le Seigneur fait le premier pas, il demande à boire, poussant ainsi la femme à faire un pas en réponse, qui exige d'elle un certain effort: par miséricorde envers un voyageur fatigué, elle doit franchir l'interdit religieux de communiquer avec les Judéens. Les pas suivants exigent eux aussi de la femme une ouverture toujours plus grande, une confiance envers l'Homme près du puits. Il lui faut lui avouer que tout est très compliqué dans sa vie; mais, s'étant confiée à Jésus, elle l'interroge aussi sur ce qui lui paraît être la question la plus fondamentale de la vie: où adorer, comment croire? Puis elle lui ouvre son espérance la plus profonde: même si la vie ne se construit pas et si les désaccords religieux sont dans l'impasse, il y a Celui qui, en venant, pourra tout arranger, tout expliquer, répondre aux questions et aux désirs les plus secrets: le Messie.
En conséquence, elle apprend la première, avant même les disciples, la venue du Christ dans le monde. Elle se révèle être la personne la plus appropriée pour cela, car le désir de le connaître a été en elle plus fort que la méfiance, la honte et le désespoir.
1 Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean - |
2 bien qu'à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples -, |
3 il quitta la Judée et s'en retourna en Galilée. |
4 Or il lui fallait traverser la Samarie. |
5 Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph. |
6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était environ la sixième heure. |
7 Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : " Donne-moi à boire. " |
8 Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. |
9 La femme samaritaine lui dit : " Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? " Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains. |
10 Jésus lui répondit : " Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive. " |
11 Elle lui dit : " Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive ? |
12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ? " |
13 Jésus lui répondit : " Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; |
14 mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle. " |
15 La femme lui dit : " Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser. " |
16 Il lui dit : " Va, appelle ton mari et reviens ici. " |
17 La femme lui répondit : " Je n'ai pas de mari. " Jésus lui dit : " Tu as bien fait de dire : "Je n'ai pas de mari", |
18 car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. " |
19 La femme lui dit : " Seigneur, je vois que tu es un prophète... |
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer. " |
21 Jésus lui dit : " Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. |
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. |
23 Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. |
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent adorer. " |
25 La femme lui dit : " Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout. " |
26 Jésus lui dit : " Je le suis, moi qui te parle. " |
L'entretien de Jésus avec la Samaritaine porte sur l'essentiel. Sur le Royaume. Sur cette vie nouvelle que Lui, le Sauveur du monde, a apportée dans ce monde qu'Il sauve. Sur la Source de l'eau vraiment vive. Sur la vraie adoration. Sur le souffle du Royaume, qui indique désormais lui-même le lieu de l'adoration. En un mot, sur cette vie spirituelle nouvelle, et sur la vie tout court, qui est précisément le Royaume. Car le Royaume est la vie comme telle. Non pas une vie « spirituelle » spécifique au sens où l'on comprend souvent aujourd'hui la spiritualité, en la réduisant à certains états de conscience modifiés particuliers, mais la vie la plus ordinaire, quotidienne, recevant une qualité nouvelle.
Adorer en esprit et en vérité ne signifie pas suivre quelque nouvelles « vérités spirituelles » que le Sauveur révélerait au monde, mais communier avec Son Père céleste et avec Lui-même, en demeurant dans la plénitude de la vie du Royaume. Il ne s'agit pas ici d'une nouvelle religion ni d'une nouvelle « spiritualité », mais d'une qualité nouvelle de la vie, d'une qualité de l'être.
Une nouvelle existence, pour parler le langage contemporain. Non seulement humaine, mais incluant en elle le souffle du Royaume et la vie du Christ Lui-même. Ce n'est pas par hasard qu'Il parle d'eau vive. En hébreu et en araméen, on appelait vive l'eau qui coule constamment, comme celle des sources et des fontaines. Cette eau est constamment autre, constamment nouvelle. Jésus parle Lui aussi de l'eau vive, mais, bien sûr, d'une eau qui n'est pas physique. Il parle de cette vie du Royaume dont Il porte en Lui la plénitude.
De la plénitude à laquelle Il peut faire participer tout chercheur et tout assoiffé, pourvu seulement que ce chercheur et cet assoiffé Lui fasse confiance. Alors la même source que celle qui est présente dans Son cœur s'ouvrira dans le cœur de celui qui participe à la vie du Royaume par Lui. Non dans la même plénitude que chez Lui, bien sûr, mais dans celle qui est possible pour un homme ordinaire. Alors, pour un tel homme, la vie nouvelle, la vie du Royaume, commencera véritablement. Comme une vie non seulement extérieure pour lui, mais aussi intérieure. Et donc comme sa propre vie aussi. Alors disparaîtront, ayant perdu leur sens, toutes les questions sur les lieux d'adoration : car le Royaume accompagnera l'homme partout. Et donc il sera possible d'adorer Dieu n'importe où. En esprit et en vérité.
5 Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph. |
6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était environ la sixième heure. |
7 Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : " Donne-moi à boire. " |
8 Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. |
9 La femme samaritaine lui dit : " Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? " Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains. |
10 Jésus lui répondit : " Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive. " |
11 Elle lui dit : " Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive ? |
12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ? " |
13 Jésus lui répondit : " Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; |
14 mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle. " |
15 La femme lui dit : " Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser. " |
16 Il lui dit : " Va, appelle ton mari et reviens ici. " |
17 La femme lui répondit : " Je n'ai pas de mari. " Jésus lui dit : " Tu as bien fait de dire : "Je n'ai pas de mari", |
18 car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. " |
19 La femme lui dit : " Seigneur, je vois que tu es un prophète... |
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer. " |
21 Jésus lui dit : " Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. |
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. |
23 Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. |
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent adorer. " |
25 La femme lui dit : " Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout. " |
26 Jésus lui dit : " Je le suis, moi qui te parle. " |
27 Là-dessus arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme. Pourtant pas un ne dit : " Que cherches-tu ? " ou : " De quoi lui parles-tu ? " |
28 La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens: |
29 " Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? " |
30 Ils sortirent de la ville et ils se dirigeaient vers lui. |
31 Entre-temps, les disciples le priaient, en disant : " Rabbi, mange. " |
32 Mais il leur dit : " J'ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. " |
33 Les disciples se disaient entre eux : " Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? " |
34 Jésus leur dit : " Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. |
35 Ne dites-vous pas: Encore quatre mois et vient la moisson? Eh bien! je vous dis: Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà |
36 le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. |
37 Car ici se vérifie le dicton: autre est le semeur, autre le moissonneur; |
38 je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d'autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues. " |
39 Un bon nombre de Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait : " Il m'a dit tout ce que j'ai fait. " |
40 Quand donc ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours |
41 et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole, |
42 et ils disaient à la femme : " Ce n'est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l'avons nous-mêmes entendu et nous savons que c'est vraiment lui le sauveur du monde. " |
Le récit de l'évangéliste Jean sur la rencontre et la conversation réelles du Seigneur Jésus-Christ avec la Samaritaine aux environs de Sychar se révèle aussi, pour le lecteur, une parabole pleine de sens profond, dans laquelle, comme dans une goutte d'eau, apparaissent certaines choses importantes qui concernent la rencontre de tout homme avec le Christ.
Dans le folklore, on appelle habituellement «eau vive» une sorte de moyen magique qui prolonge ou rend la vie. L'Évangile, lui, nous parle de tout autre chose. Le fait est que la qualité de l'eau dans les puits et les sources peut être très différente, et dans l'usage quotidien de l'ancien Proche-Orient on distinguait aussi les noms donnés à l'eau plus ou moins propre à la boisson. La plus pure et la meilleure d'entre elles était appelée eau vive. Cette notion ne se rapproche pas de l'eau vive folklorique, mais de ce que nous appelons une eau vivifiante. Au milieu d'une journée brûlante, lorsque toutes les femmes convenables (non mariées cinq fois) avaient depuis longtemps fait provision d'eau, une telle eau était bien sûr très désirable pour la Samaritaine.
Mais pour nous, l'essentiel n'est pourtant pas là. On ne peut manquer de remarquer que la Bible contient une ancienne tradition qui rapproche l'eau pure de la foi et de la communion personnelle (ou, si l'on veut, de la «connaissance personnelle») avec Dieu. Le Seigneur parle à la Samaritaine d'une eau qui deviendra dans l'homme une source jaillissant en vie éternelle. L'apôtre Jacques écrit dans l'épître catholique qu'une même source ne peut faire jaillir de l'eau amère et de l'eau douce, rapprochant le flot de l'eau du flot de la vérité. L'évangéliste Jean, à la fin de l'Apocalypse, rapporte les paroles du Seigneur : «à celui qui a soif, je donnerai gratuitement de la source de l'eau vive». Cette image était déjà connue des prophètes : Isaïe, Ézéchiel et Joël l'emploient.
Par conséquent, les paroles du Christ sur l'eau vive peuvent être rapportées au don de la foi qu'Il nous donne. L'eau de l'enseignement du Christ est appelée par Lui vivante, c'est-à-dire pure et non troublée — non dangereuse, contrairement à l'eau d'autres sources, pour la santé spirituelle de l'homme. Au contraire, cette eau devient une source de vie dans l'homme lui-même. Seul le Christ peut nous la donner, et si nous étions capables de le comprendre (si nous connaissions le don de Dieu), nous demanderions cette eau comme l'essentiel.
Et, bien sûr, on ne peut s'empêcher de penser que, dans le désert stérile qu'est la vie de l'esprit humain sans ce don de Dieu, la parole du Christ est vraiment semblable à une gorgée d'eau fraîche et pure par une journée brûlante.
5 Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph. |
6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était environ la sixième heure. |
7 Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : " Donne-moi à boire. " |
8 Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. |
9 La femme samaritaine lui dit : " Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? " Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains. |
10 Jésus lui répondit : " Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive. " |
11 Elle lui dit : " Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive ? |
12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ? " |
13 Jésus lui répondit : " Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; |
14 mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle. " |
15 La femme lui dit : " Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser. " |
16 Il lui dit : " Va, appelle ton mari et reviens ici. " |
17 La femme lui répondit : " Je n'ai pas de mari. " Jésus lui dit : " Tu as bien fait de dire : "Je n'ai pas de mari", |
18 car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari ; en cela tu dis vrai. " |
19 La femme lui dit : " Seigneur, je vois que tu es un prophète... |
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer. " |
21 Jésus lui dit : " Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. |
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. |
23 Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. |
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent adorer. " |
25 La femme lui dit : " Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout. " |
26 Jésus lui dit : " Je le suis, moi qui te parle. " |
27 Là-dessus arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme. Pourtant pas un ne dit : " Que cherches-tu ? " ou : " De quoi lui parles-tu ? " |
28 La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens: |
29 " Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? " |
30 Ils sortirent de la ville et ils se dirigeaient vers lui. |
31 Entre-temps, les disciples le priaient, en disant : " Rabbi, mange. " |
32 Mais il leur dit : " J'ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. " |
33 Les disciples se disaient entre eux : " Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? " |
34 Jésus leur dit : " Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. |
35 Ne dites-vous pas: Encore quatre mois et vient la moisson? Eh bien! je vous dis: Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà |
36 le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur. |
37 Car ici se vérifie le dicton: autre est le semeur, autre le moissonneur; |
38 je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d'autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues. " |
39 Un bon nombre de Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait : " Il m'a dit tout ce que j'ai fait. " |
40 Quand donc ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours |
41 et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole, |
42 et ils disaient à la femme : " Ce n'est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l'avons nous-mêmes entendu et nous savons que c'est vraiment lui le sauveur du monde. " |
Que signifient les paroles du Sauveur sur l'adoration «en esprit et en vérité»? On comprend souvent ses paroles comme une sorte de retour à l'Antiquité, à cette Antiquité où il n'y avait encore ni Tente ni Temple, où les autels, y compris les autels de l'Unique, étaient nombreux, et où chacun choisissait lui-même son lieu d'adoration. On pourrait peut-être les comprendre ainsi si Jésus avait dit qu'entre «cette montagne», c'est-à-dire le mont Garizim, où à l'époque évangélique se trouvaient les ruines du temple jadis construit par les Samaritains, et Jérusalem il n'y avait pas de différence.
Mais il n'a rien dit de tel; au contraire, il a dit tout à fait clairement que «le salut vient des Juifs», de sorte qu'il ne peut être question d'aucun retour en arrière. Et s'il en est ainsi, il ne reste manifestement qu'à avancer. Vers où donc?
Selon le sens de tout ce dont parlait le Sauveur pendant son ministère terrestre, cela devient clair: vers le Royaume, dont il a lui-même dit qu'il «s'est approché». Car l'adoration en tout lieu, «en esprit et en vérité», n'est possible que dans le Royaume. Le Royaume est tout entier pénétré de cet «esprit», du souffle de Dieu qui le remplit et permet à chacun de ceux qui y entrent de participer à la plénitude de la vie et à la plénitude de la communion avec Dieu. Ici, en effet, il suffit seulement de la fidélité à Dieu et au Christ, ce que la traduction synodale appelle «vérité», pour obtenir cette plénitude de communion avec Dieu.
Mais hors du Royaume, tout demeure comme auparavant: le Temple, l'autel, les sacrifices, «le salut vient des Juifs». Et ensuite chacun choisit lui-même comment il vivra désormais: à l'ancienne ou de manière nouvelle.
14 mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle. " |
Le besoin d’eau –l’un des besoins de base pour les activités vitales de l'organisme humain. C'est surtout bien connu par les gens vivant dans des endroits chauds et secs comme Israël. Par exemple, de nos jours en Israël entre dans les devoirs des policiers de vérifier si les touristes visitant les attractions de la place, ont avec eux une réserve d’eau potable. Et voici aujourd'hui nous lisons, que Jésus promet en quelque sorte de résoudre ce problème une fois pour toutes : cette eau, qu'Il peut donner, est capable de se multiplier dans l’homme, tout comme les pains qui ont nourri de milliers d’hommes. En outre, cette eau convertit la vie humaine à la vie éternelle. La samaritaine, ayant entendu cette promesse de Jésus, la prend tout à fait littéralement et demande une telle eau (un peu plus tard Jésus adressera ces mêmes paroles aux Israéliens, et leur réaction sera différente – Jn 7:37-43). Mais est ce que Jésus parle de l’eau? Dans le chapitre 7 Jean élucide : «Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui», - car c’est notamment l'Esprit qui produit une vie authentique et la connecte à l'éternité. Comprenons-nous de quoi nous avons vraiment besoin pour notre vie, et non pour «les activités vitales de l'organisme»? Cherchons-nous cela, est ce bien de cela que nous demandons?
14 mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle. " |
Le besoin d'eau — est l'un des plus fondamentaux pour le fonctionnement de l'organisme humain. Les personnes qui vivent dans des lieux chauds et secs, comme Israël, le savent particulièrement bien. Là-bas, par exemple, de nos jours, les policiers doivent vérifier si les touristes qui visitent les sites locaux ont avec eux une réserve d'eau potable. Et voici qu'aujourd'hui nous lisons que Jésus semble promettre de résoudre ce problème une fois pour toutes: l'eau qu'Il peut donner est capable de se multiplier dans l'homme, comme les pains qui ont nourri des milliers de personnes. Plus encore, cette eau transforme la vie humaine en vie éternelle. La Samaritaine qui entend cette promesse de Jésus la comprend tout à fait littéralement et demande cette eau (plus tard, Jésus adressera des paroles semblables aux Israélites, et leur réaction sera quelque peu différente — Jn 7:37-43).
Mais Jésus parle-t-Il vraiment d'eau? Au chapitre 7, Jean explique: «Il disait cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui», car c'est précisément l'Esprit qui crée la vraie vie et l'unit à l'éternité. Comprenons-nous ce dont nous avons réellement besoin pour notre vie, et non pour le «fonctionnement de l'organisme»? Le cherchons-nous, le demandons-nous?
34 Jésus leur dit : " Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. |
En disant que l’accomplissement de la volonté du Père devient sa nourriture, Jésus révèle par là même le sens de ce qu’il faudrait proprement appeler la vie spirituelle. Pour nous aujourd’hui, la vie spirituelle se réduit à certains états, expériences, et plus généralement à ce que l’on appelle l’expérience. Or le Sauveur ne définit jamais ainsi ses relations avec le Père. En revanche, il dit que sa nourriture, sa vie, c’est l’accomplissement de la volonté du Père.
Bien sûr, s’il ne s’agissait que de faire telle ou telle chose sur l’indication du Père, nous serions en droit de demander comment cela peut soutenir l’homme. Nous-mêmes comprenons souvent l’accomplissement de la volonté de Dieu précisément de cette manière. Nous observons strictement toutes les normes et règles qui, en réalité ou seulement dans notre imagination, nous sont prescrites par Dieu, et nous nous étonnons souvent que cela ne nous rende pas plus forts, mais qu’au contraire nous perdions seulement nos forces dans une telle vie.
Mais même si nous faisions toujours et exclusivement exactement ce que Dieu veut de nous, en nous limitant à l’action comme telle, nous arriverions à peu près au même résultat. Car la volonté de Dieu n’est pas une prescription venue d’en haut. La prescription n’en est que la face la plus extérieure. L’enveloppe. Et à l’intérieur, dans la profondeur, il y a lui-même. Sa vie. Sa présence. Sa force. Accomplir sa volonté signifie donc non seulement faire ce qu’il ordonne, mais aussi participer à cette vie, à cette présence, à cette force.
Mais pour que cela devienne possible, la volonté de Dieu ne doit pas être perçue par nous seulement comme une indication venue de quelque part de l’extérieur. Elle doit devenir pour nous un impératif intérieur. Quelque chose qui détermine notre vie de l’intérieur et oriente nos actes. Or elle ne peut devenir pour nous un impératif intérieur que lorsque notre vie commence à être déterminée entièrement et pleinement par cette présence intérieure de Dieu que la Bible appelle le souffle de vie.
Jésus peut même nous donner davantage: il promet à ceux qui le suivront et partageront avec lui sa vie la même source de vie que celle qui se trouve dans son propre cœur. Cette source, qui détermine entièrement toute la vie du Sauveur, est la nourriture dont il parle aux disciples. Et la volonté du Père devient pour lui ce qui jaillit de cette source. Il porte cette volonté dans son cœur. Et il est prêt à partager tout cela avec chacun de nous, avec ceux qui sont prêts à recevoir.
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