En décrivant la vie du Royaume et de ceux qui y ont part, Paul souligne une particularité très importante de notre époque, l'époque du Royaume qui vient, qui se révèle avec une plénitude toujours plus grande et accueille sans cesse de nouveaux habitants.
Auparavant, parlant des manières dont Dieu agit dans le monde, l'apôtre, en se référant à la Torah, attirait l'attention de ses lecteurs sur le fait que Dieu peut agir même par ceux qui lui résistent; mais alors ce n'était plus l'action de l'amour de Dieu, mais celle de sa puissance. Maintenant, à première vue, le tableau change: l'action de l'amour de Dieu est visible, et Paul décrit avec détail ses manifestations dans les relations entre frères comme dans celles des chrétiens avec ceux qui ne connaissent pas encore le Royaume (v. 9-18).
Mais Paul ne mentionne pas les manifestations de la puissance de Dieu du genre de celles dont il parle en se référant aux textes de l'Exode. Au contraire, il interdit la vengeance, suivant ici les enseignements de Jésus lui-même, et propose de la remettre jusqu'au moment où Dieu manifestera directement sa puissance et exercera son jugement (v. 19-21). Mais, à en juger par ce que Paul dit du Royaume et du retour du Sauveur, le jugement définitif sur les ennemis de Dieu, et donc sur les ennemis des fidèles, est remis à la fin des temps.
À première vue, on peut avoir l'impression que Dieu expose ainsi son peuple aux coups, car les fidèles devront attendre encore longtemps le jugement de Dieu. Mais cette manière d'agir dans notre monde déchu apparaît comme la seule possible. En effet, on ne peut parler du jugement définitif de Dieu que lorsque l'homme se trouve dans le Royaume ou devant le Royaume, et un Royaume révélé dans toute sa plénitude.
Certes, Dieu voit dès maintenant le cœur de chacun. Mais l'histoire du Royaume ne fait que commencer; il ne s'est pas encore révélé au point de transformer jusqu'au bout notre monde, qui n'est pas encore libéré du péché. Cela signifie que l'ancienne histoire, où le choix d'une voie ne signifiait encore que le choix d'une voie, n'est pas tout à fait terminée. L'ancien monde a cessé d'être l'unique réalité de l'histoire, mais il en constitue encore une part réelle. Par conséquent, tout choix fait par l'homme dans ce monde ambigu et divisé ne peut être tenu pour définitif, sauf pour ceux qui ont choisi le Royaume et ont parcouru leur chemin jusqu'au bout. Tous les autres ont encore, jusqu'au retour du Sauveur, la possibilité de changer d'avis, de modifier leur décision et leur choix.
Mais alors il faut aussi leur donner le temps d'utiliser cette possibilité. Et Dieu, en différant son jugement, leur donne du temps afin d'employer jusqu'au bout toutes les possibilités pour le salut de chacun. Pour ceux qui sont déjà dans le Royaume, le chemin du salut est ouvert. Il est maintenant temps pour eux de penser à ceux qui ne connaissent pas encore ce chemin, afin que le Sauveur soit réellement le Sauveur de chacun de ceux qui peuvent encore être sauvés.
