La lecture d'aujourd'hui nous propose la parabole d'Ézéchiel sur la femme infidèle, par laquelle il entend Israël, comme les autres prophètes qui utilisent cette image. Pour percevoir pleinement cette image, il importe de garder à l'esprit que, contrairement au français, en hébreu le mot « Israël » est du genre féminin.
De telles paraboles ne se rencontrent pas seulement chez Ézéchiel: Osée, Isaïe de Jérusalem et Jérémie ont eux aussi comparé Israël à une femme infidèle. Mais la parabole d'Ézéchiel est remarquable parce qu'elle décrit une sorte de pédagogie divine: on y voit clairement les tentatives de Dieu pour diriger son peuple sur le chemin du repentir. La parabole commence par le rappel que, sans Dieu, le peuple juif n'aurait tout simplement pas existé sur la terre: il aurait péri comme un nourrisson abandonné sur la route, et seule l'intervention directe de Dieu dans la situation lui permit de devenir ce qu'il devint (v. 3-14).
Mais tout ce que Dieu avait fait pour son peuple fut oublié par le peuple lui-même, et oublié très vite. La cause en fut manifestement la présomption, la disposition à compter non sur Dieu, mais sur ses dons, qui commencèrent à être perçus non comme des dons, mais comme quelque chose d'évident et d'inaliénable (v. 15). Il n'est pas étonnant que le peuple se soit aussi estimé en droit de disposer des dons de Dieu selon son propre jugement (v. 16-26). Mais Dieu ne rompt pas ses relations avec le peuple malgré une trahison évidente et ouverte; au contraire, il tente de ramener à la raison ceux qui l'ont complètement oublié (v. 27).
Ces mesures devaient sans doute être perçues par le peuple lui-même comme un châtiment de Dieu; mais à en juger par les paroles du prophète, ce n'était qu'une tentative du Seigneur pour rappeler son existence et les relations qui unissaient autrefois le peuple de Dieu à son Dieu. Mais aucune mesure ne garantit ni le repentir ni la conversion, car l'un comme l'autre ne sont possibles que librement, et Dieu n'a pas besoin d'un « repentir » obtenu par la force. C'est pourquoi il ne contraint personne à la conversion: il fait seulement comprendre à son peuple que le chemin qu'il a choisi mène dans une impasse. Mais même alors le choix demeure, car dans une telle situation non seulement la conversion est possible, mais aussi le rejet de Dieu.
Mais en cas de rejet, la situation devient déjà tout à fait contre nature. Il semble que les relations avec Dieu, qu'il s'agisse d'une personne particulière ou d'un peuple entier, aient leurs étapes, non seulement lorsque l'homme ou le peuple va vers Dieu, mais aussi lorsque cet homme ou ce peuple s'éloigne de Dieu. Peut-être qu'au début du chemin qui éloigne de lui, Dieu entreprend encore certaines actions pour arrêter celui qui s'en va. Peut-être que les malheurs qu'il permet dans une telle situation marquent justement cette limite que l'on peut considérer comme une sorte de « point de non-retour ».
Et, une fois ce point franchi, l'homme ne peut plus revenir facilement à Dieu sans conséquences sérieuses: désormais, même en cas de conversion et de repentir, il lui faudra porter certaines conséquences des péchés qu'il a commis. Pour un peuple, franchir le « point de non-retour » dans ses relations avec Dieu signifie se condamner à une catastrophe inévitable; pour le peuple juif, cette catastrophe fut la défaite de Juda par les Babyloniens et l'exil babylonien qui suivit.
