On a beaucoup dit et écrit sur la réaction du monde au témoignage de Jésus concernant le Royaume qu'il a apporté dans le monde, ainsi qu'à Jésus lui-même. Pourtant les illustrations les plus frappantes de cette réaction sont précisément les récits évangéliques, malgré la brièveté qui leur est parfois propre...
On a beaucoup dit et écrit sur la réaction du monde au témoignage de Jésus concernant le Royaume qu'il a apporté dans le monde, ainsi qu'à Jésus lui-même. Pourtant les illustrations les plus frappantes de cette réaction sont précisément les récits évangéliques, malgré la brièveté qui leur est parfois propre.
Tel est aussi le récit de la guérison par Jésus d'un possédé. En soi, une telle guérison était, du point de vue spirituel, un événement exceptionnel, même si l'on fait abstraction du destin concret de l'homme libéré du pouvoir pesant des forces obscures. Mais les habitants de ces lieux étaient païens, et cela signifiait à cette époque une absence pratique de religion. Il est difficile de dire ce qu'ils pensaient du possédé qui vivait non loin d'eux; en tout cas, sa guérison ne les impressionna pas beaucoup. En revanche, autre chose les impressionna: la perte de tout un troupeau de porcs, sans doute considérable.
Bien sûr, la première réaction de quiconque lit l'Évangile devant une telle indifférence sera l'étonnement, et peut-être même l'indignation. Mais, si l'on y réfléchit, la réaction des habitants d'une ville païenne typique était tout à fait naturelle pour des païens. Car les païens sont simplement des hommes qui vivent selon les lois du monde non transformé et qui ne connaissent, ou ne veulent connaître, aucune autre loi. Or, dans le monde non transformé, l'inertie, les stéréotypes de vision du monde et les modèles de comportement jouent un rôle immense. Les gens qui vivent selon ses lois s'y sentent réellement à l'aise; il ne leur vient même pas à l'esprit que ce confort est déficient par définition.
L'anomalie de la situation est soulignée par la présence constante, près des habitants de la ville, d'un troupeau de porcs: car les porcs, du point de vue de la Torah, sont des animaux impurs, souillant le lieu où ils vivent et les personnes qui entrent en contact avec eux. Ainsi, les païens du récit évangélique vivent dans un état d'impureté qui est pour eux la norme, comme elle est en général la norme du monde déchu. Et tout leur comportement, toutes leurs réactions, sont adaptés à ce monde déchu. La dimension spirituelle au sens propre du terme n'existe pas pour eux; en revanche, ils comprennent très bien ce qu'est un dommage matériel. C'est pourquoi la présence de Jésus les effraie.
Bien sûr, on peut attendre de lui des problèmes, surtout si le problème est la présence même de la dimension spirituelle dans sa propre vie. Et les citadins, honnêtement, avec toute la franchise propre à l'homme, lui demandent de partir. Et il part: car le Royaume ne s'impose pas par la force, il ne peut être reçu que librement.