Paul écrit qu'il apporte une aide aux chrétiens de Jérusalem et de Judée, recueillie dans les Églises de Macédoine et d'Achaïe. Pour l'apôtre, ce n'est pas simplement quelque chose que l'on fait en passant, comme nous transmettons parfois aujourd'hui un colis à des amis ou aux connaissances de nos amis en partant dans une autre ville pour une visite d'affaires ou privée. Pour Paul, porter les dons recueillis en faveur de l'Église de Jérusalem fait partie de son ministère apostolique. Et cette attitude envers de tels dons nous rappelle de nouveau que les œuvres de miséricorde, pour les chrétiens, ne sont pas seulement une question de soutien matériel ou social apporté à ceux qui le reçoivent.
Dans la vie de l'Église, il n'y a pas de service social à l'état pur: l'Église ne connaît que des ministères spirituels. Et l'aide à ceux qui en ont besoin est un ministère spirituel au même titre que la prédication, la mission, l'apostolat. Cela se comprend: la vie chrétienne ne se divise pas en vie « spirituelle » et vie « mondaine ». Une telle division serait possible si nous étions une personne à l'église, une autre dans la rue, et encore une troisième, une quatrième, une cinquième au travail, dans la compagnie des connaissances, au repos et dans tous les autres lieux où nous devons nous trouver.
Il est vrai que cela arrive souvent ainsi, et alors entre dans notre vie ce qu'on appelle les obligations religieuses. Parmi ces obligations religieuses, l'une des plus importantes chez les chrétiens est tenue pour être les « œuvres de miséricorde », ou le « service social ». Il n'y a là rien d'étonnant. Si notre vie « spirituelle » existe séparément de la vie « mondaine », il doit nécessairement y avoir un lien entre elles. La vie « spirituelle » pénètre dans la vie « mondaine », et à cette intersection apparaît ce que nous percevons comme nos « obligations religieuses ». Ce sont des obligations qui peuvent nous être une joie ou un poids, mais qu'il faut de toute façon accomplir simplement parce qu'elles sont des obligations. Les ayant accomplies, nous recevons le droit à la vie « spirituelle » dans l'église, à la prière, à la participation à la fraction du pain, et simplement à la communion avec Dieu comme telle. Si tu n'accomplis pas les obligations religieuses, ne va pas à l'église!
Bien sûr, en réalité tout n'est pas exactement ainsi: la pratique de la vie ecclésiale a depuis longtemps élaboré des mécanismes qui supposent un certain compromis entre le droit à la communion avec Dieu et le volume de ces obligations religieuses. Mais la logique ne change pas pour autant, et le principe du lien entre la vie « spirituelle » et la vie « mondaine » demeure le même.
Chez Paul, en revanche, la vie ne se divise pas en « spirituelle » et « mondaine ». Transmettre les dons recueillis n'est pas pour lui un service social, mais un acte d'amour semblable à tout son ministère apostolique et à tout le chemin chrétien, un chemin où il n'y avait pas de séparation entre le « spirituel » et le « mondain », et donc pas non plus d'obligations religieuses incluant les œuvres de miséricorde. Il n'y avait que le Royaume et sa vie, une et indivisible.
