Dans les mots de Paul sur la lettre ou le message (le mot correspondant grec admet les deux traductions) du Christ, écrit dans le coeur, il n’est pas difficile de remarquer l’allusion aux livres prophétiques et, en particulier, sur le livre de Jérémie, qui parlant de la nouvelle union-alliance messianique, mentionne que les...
Dans les mots de Paul sur la lettre ou le message (le mot correspondant grec admet les deux traductions) du Christ, écrit dans le coeur, il n’est pas difficile de remarquer l’allusion aux livres prophétiques et, en particulier, sur le livre de Jérémie, qui parlant de la nouvelle union-alliance messianique, mentionne que les conditions de cette nouvelle union ne seront plus sur les tables de pierre, comme c’était le cas avec le texte du Décalogue (et le Décalogue était au fait le texte contenant les conditions de cette alliance, que le peuple a conclue avec Dieu sur Sinaï), mais sont écrites sur le coeur de chacun, devenues une partie intégrante et la base de la vie de l’homme dans le Royaume messianique.
C’est notamment ces mots de Jérémie qui ont servi de base pour la représentation apparue à la période d’après captivité dans le judaïsme de la Torah intérieure, qui était vu pas comme un certain nouveau texte, mais comme le pivot spirituel, qui se forme graduellement dans le coeur de l’homme, qui aspire à suivre la Torah et observer les commandements, devenant le fondement spirituel de toute sa vie. Comme on voit, dans l’image de la lettre du Christ, écrite sur le coeur, il n’est pas difficile de trouver le lien avec les mots de Jérémie sur la Torah écrite sur «des tables du coeur», tout comme avec l'image de la Torah intérieure, qui devait être bien familière à Paul qui a reçu une éducation traditionnelle rabbinique. Mais comme on voit, l'apôtre modifie l'interprétation de ces représentations traditionnelles dans le contexte de ce que dit Jésus de la Torah, dont Il est venu, selon Ses propres mots, non pas pour détruire, mais pour mener à la plénitude.
Évidemment, le Sauveur ne parle pas dans ce cas du texte de la Torah, dont Il n’avait pas du tout pour plan ni de changer, ni de compléter (bien qu’Il ait donné Ses commentaires sur certains commandements), mais de la Torah intérieure que Lui Seul pouvait manifester dans toute la plénitude. En effet, pour observer la Torah totalement, devenir un juste parfait, ou comme on disait à cette époque une «Torah vivante», il fallait se libérer entièrement du pouvoir du péché. Cela va de soi que, excepté le Christ Lui-même, personne ne pouvait manifester rien de semblable au monde. Ce n'est pas étonnant que la première génération des chrétiens voie leur Maître, comme le seul exemple dans le monde de la «Torah vivante».
Ce n'est pas aussi étonnant que la possibilité même de la Torah intérieure, comme les fondements de la vie spirituelle, est concevable pour le chrétien seulement, comme la vie dans le Royaume, lié chez eux à la personnalité du Sauveur ressuscité. Obtenir la Torah intérieure dans l'unité avec Christ, l'entrée dans le Royaume, où chacun devient une «Torah vivante» — tel voit l'apôtre le but de la vie du chrétien.
1 w) On reproche à Paul de faire son propre éloge, cf. 2 Co 5.12, tandis que les autres prédicateurs présentent des lettres de recommandation des communautés, cf. Ac 18.27. Paul répond que le fruit de son apostolat, les communautés fondées par lui, œuvre de l’Esprit, sont des recommandations vivantes qui rendent les lettres inutiles.
2 x) Var. « en nos cœurs ».
3 y) Littéralement « sur des tables de cœurs de chair », allusion à la fois au don de la Loi sur des tables de pierre au Sinaï, Ex 24.12, et aux paroles d’Ézéchiel sur le cœur de pierre et le cœur de chair, Ez 36.26. Cette allusion suggère que les adversaires de Paul sont des judaïsants, cf. 2 Co 11.22.
6 z) L’importance que les judaïsants accordaient à la loi avait pour conséquence l’idée d’une nouvelle alliance selon la lettre, que Paul ne pouvait accepter. Comme il ne pouvait rejeter l’idée d’une nouvelle alliance, 1 Co 11.25, il était contraint de faire une distinction entre la lettre et l’esprit pour cette nouvelle alliance.
6 a) Cf. Rm 7.7. Il s’agit de la « lettre », loi écrite, extérieure, de l’AT, comparée à l’Esprit, loi intérieure du NT ; et non de l’opposition entre la « lettre » d’un texte et son « esprit ».
7 b) Cf. Ex 34.30. Le caractère passager de la gloire illuminant le visage de Moïse manifeste, selon Paul, l’aspect caduc de l’ancienne alliance, v. 11.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.