30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. |
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
44 |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le: mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne |
46 |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le: mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Plus la Crucifixion approche, plus Jésus passe de temps avec ses disciples. Il leur parle des souffrances qui l'attendent. Mais ses disciples ne le comprennent pas ; ils ne pensent pas aux souffrances et à la mort, mais à la gloire et aux privilèges. De là vient la dispute : « Qui est le plus grand ? À qui reviendra le plus de pouvoir dans le Royaume du Messie ? ». Et Jean, en outre, cherche à protéger les douze disciples de la concurrence des « étrangers ». La frontière du « cercle des nôtres » est alors tracée selon un critère très simple : « les nôtres », ce sont ceux qui marchent avec nous.
Le Christ rejette à la fois les tentatives d'édifier une pyramide de pouvoir et d'honneurs, et le désir de transformer la communauté des disciples en club fermé. Il dit directement à Jean : « Ne l'empêchez pas ». Puis il commence soudain une conversation sur le danger des scandales, qu'il conclut par ces mots : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres ». On peut voir ici un écho à la question de Jean et aux disputes des disciples pour savoir qui est le plus grand. Le désir de séparer les « nôtres » des « étrangers », puis de ranger les « nôtres » par ordre de rang, détruit la paix, rend les hommes soupçonneux et hostiles. Sans paix entre eux, les disciples du Christ ne peuvent accomplir leur mission dans le monde : être « le sel de la terre » (Mt 5:13). (Rappelons qu'on salait toute offrande avant de l'apporter à Dieu sur l'autel (Lv 2:13). Le sel rendait pour ainsi dire l'offrande apte pour Dieu).
Que signifie le mot « scandale » ? D'autres traductions de ce mot grec (« skandalon ») sont : piège, trappe, lacet. C'est tout ce qui, par tromperie, en cachette, pousse le simple à tomber, ou simplement gêne et fait obstacle. Réfléchissons à la mesure dans laquelle la lutte pour le pouvoir, les querelles et les divisions entre chrétiens servent de scandale pour ces « petits » et empêchent ceux qui cherchent la Vérité de parvenir à la foi qui sauve.
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. |
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
44 |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le: mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne |
46 |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le: mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Le passage d’aujourd’hui est consacré à l’un des thèmes principaux de tout le Nouveau Testament — le thème du Royaume de Dieu. Ce qui est particulièrement important ici, c’est que les explications concernant le Royaume sont données par Jésus Lui-même. Au centre de Son récit se trouve l’image de l’enfant, qui symbolise ceux qui occupent les premières places dans le Royaume de Dieu (v.36–37). Celui qui scandalise un enfant est pire qu’un meurtrier; car même le meurtrier est digne de jugement, tandis que Jésus compare un tel séducteur à un homme que l’on jette à la mer pour le noyer sans aucun jugement (v.42). Cette image, bien sûr, n’apparaît pas par hasard. Dans la société traditionnelle et patriarcale, dans les grandes familles, les enfants n’occupaient généralement pas les premières places honorables qu’ils occupent souvent dans les familles modernes. On regardait les enfants comme des serviteurs et des aides naturels, comme les membres plus jeunes d’une grande famille ou d’un clan patriarcal, qui étaient réellement les plus jeunes; c’est pourquoi la position d’un tel «serviteur naturel» ne les blessait pas le moins du monde et n’était pas ressentie par eux comme une humiliation ou un manque d’attention ou d’amour. Tout adulte, dans une telle position, ressent presque toujours une certaine infériorité et dépendance, ce qui se comprend, vu l’importance que revêt aux yeux d’un adulte la position sociale et le statut qui lui est lié. Les enfants n’y pensent pas, et il n’y a donc pour eux aucun problème ici. Apparemment, c’est précisément cela que Jésus a en vue lorsqu’Il donne l’enfant en exemple comme modèle de l’habitant du Royaume de Dieu: pour ceux qui veulent en être les habitants, il est important de renoncer aux représentations traditionnelles de l’importance de la position sociale et du statut social. Bien sûr, dans ce cas subsiste toujours le danger que se trouvent à côté des personnes désireuses de profiter d’un tel état de choses, de même qu’en tout temps il s’est trouvé des gens prêts à profiter de la naïveté bien connue de l’enfant et à en abuser; c’est de ce péché-là que Jésus dit qu’il est pire que le meurtre et indigne même d’un jugement — car l’homme qui agit ainsi non seulement rejette lui-même la plénitude de la vie du Royaume de Dieu, mais empêche aussi les autres de la recevoir. Cependant, il se trouve toujours dans la vie de l’homme quelque chose qui l’empêche de devenir un enfant au sens où Jésus en parle: ce peut être la «main», ou le «pied», ou l’«œil», en un mot, tout ce dont l’homme se sert pour ne pas être cet enfant qui peut entrer dans le Royaume. Et Jésus conseille de se débarrasser sans regret de ce qui fait obstacle (v.43–48). Parfois il peut sembler qu’on y perde quelque chose de vital, quelque chose sans quoi la vie deviendra diminuée; mais à l’épreuve il s’avère que la prétendue «plénitude» ne mène pas du tout là où l’on peut trouver la plénitude de la vie, tandis que l’apparente privation se transforme, au bout du chemin, en plénitude du Royaume de Dieu.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
Tout lecteur de l’Évangile est frappé par la différence caractéristique entre les paroles du Christ sur ceux qui ne sont pas avec Lui et celles sur ceux qui ne sont pas contre Ses disciples. À propos de Lui-même, le Seigneur dit : « Celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi, et celui qui ne rassemble pas avec Moi disperse ». Mais lorsque les disciples se plaignent au Christ d’un certain homme qui accomplit des miracles au nom du Christ sans marcher avec eux, le Seigneur leur dit : « ne l’en empêchez pas... celui qui n’est pas contre vous est pour vous ».
On peut comprendre les disciples. Si cet homme inconnu croit tellement au Christ qu’il chasse les démons en Son nom, comment peut-il ne pas suivre le chemin des Douze apôtres ? Leur chemin serait-il déficient, erroné ? Non, le chemin des Douze n’est pas erroné, mais il n’est pas le seul. Depuis des siècles, les personnes qui entrent dans la communauté des disciples du Christ cherchent à « interdire » ceux qui ne marchent pas avec eux. Le passage d’aujourd’hui de l’Évangile selon Marc rejette directement de telles tentatives.
Il est caractéristique que les évangélistes ne nous racontent rien de ces personnes qui ne marchaient pas avec les disciples, mais marchaient sur les chemins de Jésus-Christ. Seulement parfois, en passant, nous apprenons qu’elles n’étaient pas si peu nombreuses. Tantôt l’apôtre Paul trouve une communauté baptisée du baptême de Jean et, par son autorité apostolique, leur transmet le don du Saint-Esprit. Tantôt il atteste dans une lettre l’existence de plus de cinq cents témoins de la Résurrection... En fin de compte, tous ceux qui ont cru au Christ entrent dans l’unique Église sainte, catholique et apostolique. Mais ils le font en suivant Jésus-Christ, et non quelqu’un d’autre.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
La question du pouvoir a toujours été centrale pour le monde déchu. Celui qui a le plus de pouvoir est aussi, dans ce monde, le plus grand à tous les autres égards. Il s’agit bien sûr du pouvoir au sens propre: sur les âmes, sur les hommes, sur les vies humaines que l’on peut manipuler à sa guise. Voilà le pouvoir comme tel. Tout le reste n’est que moyen, et la contrainte brutale n’est pas encore le pire d’entre eux. Le véritable but, que l’homme avide de pouvoir peut d’ailleurs ignorer lui-même, est toujours le même: s’emparer de la vie d’un autre homme. Non pas sa vie physique, mais ce que la Bible appelle l’âme, le courant de vie donné à l’homme par Dieu et unique dans chaque cas.
C’est cela que veut s’approprier celui qui recherche le pouvoir; c’est à cette vie même d’un autre ou des autres qu’il désire accéder, il veut la soumettre afin de disposer de la force vitale d’autrui et de la dépenser à son gré, comme il dépense sa propre vie. Bien sûr, chacun comprend la vie selon son état spirituel, mais une chose se révèle commune: celui qui recherche le pouvoir désire disposer non seulement de lui-même, mais aussi des autres, quoi que cela signifie pour lui. Évidemment, si l’homme n’est pas encore totalement corrompu par le pouvoir et n’est pas devenu un cynique achevé, il s’efforce autant que possible de cacher, même à lui-même, les véritables motifs de son aspiration, en la justifiant par des objectifs élevés et de longue portée qu’il atteindra une fois obtenu le pouvoir désiré.
En réalité, cependant, comme le montre toute l’expérience du monde déchu, on ne peut éviter de devenir prisonnier du pouvoir reçu qu’en demeurant d’abord un homme de Dieu, et seulement ensuite tout le reste, comme y parvint, par exemple, le roi David, qui resta toujours avant tout prophète, puis seulement roi et tout ce qu’il fut encore dans sa vie. Pour le Royaume, la question du pouvoir au sens terrestre ne se pose pas du tout; là, le pouvoir en tant que tel n’existe tout simplement pas, il est incompatible en principe avec le Royaume et sa vie. La place de l’homme dans le Royaume n’est déterminée que par la mesure de la plénitude de sa vie, et donc par la plénitude de son action, qui entraîne avec elle ceux qui veulent participer avec lui à son activité.
L’initiateur, bien sûr, répond de l’œuvre commencée, mais toute possibilité de manipuler les autres est ici complètement exclue: le but de toute activité dans le Royaume devient en effet la croissance spirituelle de l’homme, incompatible avec la manipulation, tandis que tous les autres buts sont secondaires et dérivés du principal. C’est pourquoi il ne peut y avoir dans le Royaume de pouvoir tel qu’il existe dans le monde déchu; ici, il ne peut exister que dans la mesure où, dans le monde déchu et selon ses lois, l’homme n’est jamais le but principal d’aucune activité. Dans le Royaume, cela est impossible, et c’est ce que Jésus tente d’expliquer à ses disciples.
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
Le Seigneur, de manière étonnante, ne rejette pas chez les disciples le désir naturel, inscrit dans la nature, d’être le premier. On aurait pu s’attendre à ce qu’un homme ordinaire condamne ce désir de primauté comme indigne et dise qu’il ne faut pas s’élever soi-même. Le Seigneur le dit d’ailleurs, par exemple, dans la parabole du publicain et du pharisien.
Mais, voulant délivrer les disciples de l’orgueil, il ne se limite nullement à indiquer qu’il est mauvais de désirer la première place. Il propose d’utiliser ce désir naturel, comme nous dirions aujourd’hui, «à des fins pacifiques». Le chemin vers la primauté devient, dans les paroles du Christ, le chemin du service des autres, le chemin de l’abaissement. C’est précisément le chemin qu’il suit lui-même. Selon la parole de l’apôtre, il a pris la condition de serviteur et s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix, afin d’avoir en tout la primauté.
Nous aspirons tous à la primauté parmi nos semblables, et le Christ nous propose une manière radicale d’y parvenir, non pas en le trahissant, mais en le suivant.
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
Ce verset est l’un des versets les plus difficiles, et en même temps l’une des déclarations du Seigneur Jésus Christ les plus signifiantes en thème pratique. Sa fonctionnalité consiste en ce que ces mots nous donnent la possibilité de transformer l’orgueil qui vit en nous et notre avidité de l’honneur en quelque chose qui ne serait pas péché. En effet, étant donné que l’Homme veut tellement être meilleur que les autres, pourquoi ne pas essayer d’être meilleur sur la voie qu’indique le Seigneur Jésus ? C’est la voie du service, la voie du renoncement à sa propre gloire et honneur pour le bien des proches. C’est au fond une voie bien définie. La difficulté est que la détermination humaine ne suffit toujours pas pour suivre cette voie, alors nous avons besoin de l’aide de Jésus.
Il est aussi essentiel d’écouter d’une oreille attentive ce que le Seigneur veut vraiment dire. La traduction de Louis Segond ne donne pas avec exactitude certaines nuances sémantiques. L’évangéliste Marc utilise le mot grec « eskhatos » en émettant les mots du Christ. Ce mot grec signifie particulièrement « dernier » dans le sens « du plus petit », « le moins honorable », « le moins signifiant ». Il a toutefois d’autres significations, dont l’un des plus importants est « extrême ». Ce mot a acquis un caractère jargonnesque dans notre langage contemporain, mais c’est surtout son sens qui nous intéresse. « Extrême » est celui qui porte les corollaires des actes d’autrui, qui se sacrifie pour les autres. C’est effectivement ce sens que nous attribuons au Seigneur Jésus, Qui selon Sa propre parole comme Mark écrit dans le chapitre suivant « est venu servir et donner Sa vie comme la rançon de plusieurs » (Marc 10:45). Deux importants radicaux coïncident encore ici, dans les mots « servir » et « serviteur » (diakonos en grec). Ainsi donc, le Seigneur dit : « Si quiconque veut être premier, qu’il M’imite». L’évangéliste Jean enrichie cette pensée avec ces mots de Jésus: “si quelqu’un Me sert, qu’il Me suive » (Jn 12:26). Nous suivons Jésus et Le servons par notre service à autrui, en acceptant la position « d’extrême » et de moins honorable.
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
Les paroles du Sauveur sur ceux qui ne peuvent pas en même temps accomplir des miracles en son nom et aussitôt l'insulter paraissent tout à fait raisonnables et compréhensibles du point de vue humain. Il arrive qu'un mouvement religieux nouvellement apparu ait besoin non même de soutien, mais seulement d'une neutralité plus ou moins favorable. Pourtant Jésus a aussi dit autre chose : qui n'est pas avec moi est contre moi ; qui ne rassemble pas avec moi disperse. Il semblerait que ce soient deux affirmations qui s'excluent mutuellement. Et si le christianisme n'était qu'un mouvement religieux de plus, même messianique, ce serait le cas. Mais le fait est que le christianisme n'est pas un mouvement religieux, mais un chemin vers le Royaume et une vie dans le Royaume.
Ici, tout n'est pas comme dans les mouvements religieux ordinaires. Le Royaume est une réalité objective. Il est entré dans le monde par Jésus, et quelle que soit notre attitude envers ce fait, elle ne change pas le fait lui-même le moins du monde. Et pour entrer dans le Royaume, la confiance dans le Sauveur est importante. Cette confiance même que, dans la langue traditionnelle de la plupart des religions chrétiennes, on appelle foi en Jésus-Christ.
Mais même pour ceux qui demeurent hors du Royaume, il n'est pas complètement fermé. Car maintenant qu'il est dans le monde, son souffle se fait sentir partout. Et chacun peut sentir ce souffle. Bien sûr, un tel souffle, perçu par ceux du dehors, n'est pas la même chose que la plénitude de la vie dans le Royaume ouverte par le Christ. Mais c'est toujours mieux que rien. Pour le sentir, il n'est même pas nécessaire d'être disciple du Christ au sens propre du mot.
La seule chose qui protège complètement et sûrement du souffle du Royaume, c'est une attitude sans équivoque négative envers lui et envers Celui qui l'a apporté dans le monde. Cela signifie que quiconque n'a pas dit un « non » sans équivoque au Christ ou à l'un de ses disciples accomplissant son oeuvre n'est pas perdu pour le Royaume. Bien sûr, pour un chrétien, cela ne suffit pas. Pour un disciple du Christ, un autre principe est en vigueur : si tu ne fais pas l'oeuvre du Christ, si tu ne rassembles pas avec lui, alors le temps a été perdu en vain, quelque chose a été manqué. Mais ici, il y a déjà un autre chemin et une autre mesure. La mesure de celui qui cherche le Royaume et s'efforce de vivre de sa vie.
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
On reproduit habituellement cette parole ainsi : « Qui n'est pas avec nous est contre nous ». Ainsi l'immense majorité des gens est inscrite au nombre de nos ennemis. On confond ici deux paroles différentes du Christ : celle que nous venons de lire, et : « Qui n'est pas avec Moi est contre Moi »Mt. 12:30).
Là où Jésus parle de Lui-même, c'est simplement la constatation du fait qu'on ne peut pas être neutre à l'égard du Christ ; ne pas L'accueillir se transforme inévitablement en hostilité. Dans la spiritualité chrétienne, il n'existe pas d'état « entre le Christ et Bélial ». Jésus explique ensuite : « Qui n'amasse pas avec Moi disperse ». Dans la vie chrétienne, il n'y a pas d'arrêts : la pierre qui a cessé de monter tombe déjà.
Mais dans les relations entre les hommes, Jésus propose une logique tout à fait différente. Nous sommes appelés à trouver la possibilité de l'amitié, de la paix, de l'amour avec tous les hommes qui ne nourrissent pas envers nous une hostilité sans équivoque. Du reste, nous sommes aussi appelés à aimer nos ennemis !
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
Cette assertion est habituellement reproduit comme : « Qui n’est pas avec nous est contre nous ». La plupart des gens est inscrite, ipso facto parmi nos ennemis. Deux maximes du Seigneur Jésus se confondent peur ici : ce que nous venons juste de lire et « celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi » de Matthieu 12 :30. On voit dans le deuxième ca que Jésus parle de Lui, c’est juste une constatation du fait qu’on ne peut pas être neutre en ce qui concerne le Christ, le refus de L’accepter dans notre vie se transforme en hostilité. Il n’y a pas de posture « entre le Christ et l’enfer » dans la spiritualité chrétienne. Jésus continue en faisant savoir que « celui qui n’assemble pas avec Lui disperse ». Il n’ya point d’arrêts dans la vie chrétienne : le caillou tombe lorsqu’il arrête d’aller vers le haut. Mais le Seigneur Jésus propose absolument une autre logique dans la relation entre les hommes. Nous sommes appelés à chercher les moyens pour faire l’amitié, la paix, l’affection avec tous ceux qui ne sont pas hostiles envers nous. D’ailleurs nous sommes appelés à aimer aussi nos ennemis.
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
Les motifs de nos actes, même les plus importants, se révèlent parfois être des choses secondaires et insignifiantes. Des considérations du moment déforment notre vision, et nous nous laissons guider par ce par quoi nous n’aurions absolument pas dû nous guider. C’est précisément à ce sujet que résonnent aujourd’hui les paroles du Christ : « mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie que d’aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas ». Il s’agit du fait que nous transgressons les commandements pour obtenir des avantages et des plaisirs momentanés. Le Seigneur, Lui, nous appelle à nous voir nous-mêmes et toute notre vie comme un tout.
À la fin du chapitre, l’évangéliste Marc rapporte Ses paroles sur le sel, sans lequel, selon l’Ancien Testament, aucun sacrifice ne peut être offert. Dans le contexte rituel, le sel apparaît comme symbole de fidélité et de foi, et les mentions qui en sont faites dans le Nouveau Testament à propos des disciples donnent raison de penser que le Seigneur Lui-même utilisait ainsi ce symbole. Par conséquent, comme alternative aux petits mobiles qui nous conduisent au péché, le Seigneur nous donne précisément la foi et la paix entre nous.
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Selon la Loi, la viande sacrificielle devait être salée avant d'être déposée sur l'autel. Le sel est devenu symbole de pureté et de disponibilité à la sanctification non par hasard : il empêche l'altération et la corruption de nombreux aliments, y compris la viande, tout comme l'observance des commandements empêche la corruption spirituelle de l'homme. Mais le sel à lui seul ne suffit pas pour que la viande devienne sacrificielle : pour cela, elle doit être sanctifiée par la présence de Dieu qui demeurait près de l'autel.
Jésus, cependant, compare ses disciples à de la viande sacrificielle préparée pour la sanctification. Il s'agit de la vie dans ce Royaume qu'il a apporté dans le monde. Il est impossible d'entrer dans ce Royaume sans sanctification et transformation, et la participation à sa vie se fait selon la mesure de la plénitude d'une telle transformation. Le souffle du Royaume qui accompagne le chrétien sur son chemin spirituel est parfois appelé grâce.
Dans les livres du Nouveau Testament, les chrétiens sont d'ordinaire appelés « saints » non par hasard : il ne s'agit pas de la justice au sens où nous comprenons aujourd'hui ce mot, mais du fait de leur sanctification comme résultat de leur appartenance au Royaume. La sanctification a toujours été considérée dans l'Église primitive comme un trait distinctif des chrétiens. Et le Sauveur parle de la même chose : un chrétien ne peut pas ne pas être prêt à la sanctification ; s'il perd cette disponibilité, il n'est plus chrétien.
Du sel qui a perdu sa force est quelque chose de tout à fait incroyable. Le sel ne perd ses propriétés dans aucune circonstance ; il peut seulement devenir imperceptible si sa concentration, par exemple dans une solution, est trop faible. Du sel qui a perdu sa force n'est plus du sel, et très probablement n'en a jamais été depuis le début. Il en va de même du chrétien : un chrétien qui ne désire pas la sanctification, qui ne cherche pas la vie du Royaume, n'est pas du tout chrétien. Très probablement, une telle personne ne l'a jamais été, étant venue dans l'Église par erreur ou par malentendu. Car le christianisme n'est pas une nouvelle religion ni une nouvelle morale, mais une vie nouvelle.
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Nous sommes habitués au fait que la tromperie et la malice agissent dans notre monde à travers n'importe qui, y compris à travers nous-mêmes. Mais le Seigneur n'appelle pas ses disciples à cela. Il veut qu'eux, c'est-à-dire nous, soyons comme le sel, préservant le monde environnant de la corruption. Ayant la paix en nous-mêmes, portant sa présence en nous, nous devons semer cette paix autour de nous, comme une bougie répand une petite lumière, mais réelle, sur les objets qui l'entourent.
Mais si ceux qui sont appelés à être le sel apportent eux-mêmes dans le monde la haine et la tentation ? Qui sera lumière pour nous si nous ne brillons pas ? Avec quoi salera-t-on le sel si toute sa saveur a disparu ? Nous sommes habitués au fait que nous ne sommes pas saints. D'où donc viendra la sainteté ?
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Comment les gens ont-ils découvert les propriétés ou caractéristiques du sel ? C’était sûrement d’abord par instinct – puisque même les animaux lèchent le sel lorsqu’ils le trouvent. Ensuite à travers la gustation – les petits ajouts de sel rendent la nourriture délicieuse. Ceux qui ont salé la nourriture se sont heurtés après au caractère préservateur du sel. Ce scenario n’est peut- être pas correcte, mais le sel a réellement des propriétés indispensables à l’Homme, ce qui le sel rendît presque joyau en ce temps là.
Jésus utilise à plusieurs reprises l’image du sel dans Ses sermons. Le plus important dans ce que nous avons lu aujourd’hui est sûrement l’idée selon laquelle le sel existe comme le plus grand degré de la salinité, on peut donner de la flaveur a toute chose qui « manque de sel », mais on ne peut plus rien y faire si le sel même « tombe en quenouille ». Il y a quelque chose de tres indispensable pour notre vie – c’est la relation avec Dieu ; on peut saler tout le reste, acquérir beaucoup de valeur a travers ces relations, mais il sera impossible de remplacer ces relations avec quoique ce soit si celles-ci sont perdues. Voila pourquoi Jésus exhorte Ses disciples de conserver ce «sel», ces relations avec Dieu; et des relations justes et saines entre les hommes – la paix s’avèrent être le revers de ces relations avec Dieu.
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Comment les hommes ont-ils découvert les propriétés utiles du sel? D’abord, sans doute, par instinct, car les animaux aussi lèchent le sel quand ils en trouvent. Puis par le goût: de petites quantités de sel rendent la nourriture meilleure. Ensuite, en salant les aliments à l’avance, ils ont découvert l’effet conservateur du sel. Peut-être que tout ne s’est pas passé ainsi, mais le sel possède réellement plusieurs propriétés très utiles pour les hommes, qui en faisaient presque une chose précieuse autrefois.
Plusieurs fois, Jésus utilise dans Ses prédications l’image du sel. Dans ce que nous avons lu aujourd’hui, le plus important est sans doute cette pensée: il y a le sel lui-même comme degré suprême de salinité; tout manque de sel peut être corrigé par lui, mais si le sel lui-même «perd sa force», alors rien ne peut plus y remédier. Il existe quelque chose d’absolument nécessaire à notre vie: les relations avec Dieu. Tout le reste peut être «salé», recevoir son sens, à travers ces relations; mais si ces relations sont perdues, rien ne peut les remplacer. C’est pourquoi Jésus appelle Ses disciples à garder ce «sel», ces relations avec Dieu, et l’envers de ces relations se révèle être de justes relations les uns avec les autres: la paix.
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
On rencontre plusieurs fois dans la Bible l’image du sel; Jésus l’utilise aussi dans Ses enseignements. Nous prenons trop ceci à la légère maintenant : c’est en effet presque le produit alimentaire le plus moins cher ! Mais c’était différent au temps de Jésus, le sel avait une très grande valeur. Il était difficile de sauner du sel pur et non amer, sa demande n’était pas moindre, mais plus qu’aujourd’hui.
Nous connaissons tous les merveilleuses propriétés du sel. Même un petit ajout de sel donne un goût a la nourriture ; il ne sale pas juste, mais fait apparaitre une certaine flaveur. Outre, le sel est le plus ancien préservateur, il protège les aliments du pourrissement même à une température bien élevée. L’Homme a aussi besoin dans sa vie spirituelle de quelque chose de la sorte, qui pourra le protéger du pourrissement interne et permettre de manifester ces dons cachés, dont le Créateur lui a doués. Le Seigneur Jésus compare au sel ce que nous recevons en s’adressant à lui : c’est la foi, le Royaume de Dieu, la Paix etc.... Mais il nous prévient encore de la nécessité de recevoir et garder en soi ces dons. En effet, on peut saler ou ajouter le sel dans une sauce si celle-ci n’est pas salée, mais si ce sel devient insipide, alors qu’on l’ajoute ou pas ne changera rien. Ceci dit, notre devoir consiste à être constamment tourné vers Celui qui nous donne du vrai sel, du sel qui ne perd pas sa salinité.
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Conformément à la Torah, la viande sacrificatoire, avant d'être mise sur l'autel, devait être obligatoirement salée. Le sel est devenu symbole de pureté et de la volonté à la consécration pas par hasard: il empêche l'endommagement et la décomposition de plusieurs produits, notamment les viandes aussi, tout comme l'observation des commandements empêche l'endommagement spirituel de l’homme. Mais le sel en soi ne suffit pas pour que la viande devienne sacrificatoire : pour cela il doit être sanctifié par cette présence de Dieu qui demeurait à l'autel.
Jésus compare ses disciples à la viande sacrificatoire préparée pour la consécration. Il s'agit de la vie dans ce Royaume, qu'Il a apporté dans le monde. Il est impossible d’entrer dans ce Royaume sans sanctification et transformation. Le souffle du Royaume accompagnant le chrétien sur son chemin spirituel, est parfois appelé la grâce.
Ce n’est pas par hasard que dans les livres du Nouveau Testament les chrétiens sont d'habitude appelés «saints», ne voulant pas dire la justice, comme nous comprenons ce mot aujourd'hui, mais le fait de leur sanctification en raison de l'appartenance au Royaume. La sanctification a toujours été vue dans les premières églises chrétiennes comme un trait distinctif des chrétiens. Et le Sauveur parle de la même chose: le chrétien ne peut ne pas être prêt pour la consécration, s'il perd cette volonté, il n’est plus chrétien.
Le sel qui a perdu la force est quelque chose de tout à fait improbable, le sel ne perd en aucun cas ses propriétés, elle ne peut être qu’imperceptible, si sa concentration (par exemple, dans la solution) est trop petite. Le sel qui a perdu la force n’est plus déjà le sel, et, probablement il ne l’était pas dès le début. C’est la même chose avec le chrétien : le chrétien ne souhaitant pas la sanctification, ne cherchant pas la vie du Royaume n’est pas du tout un chrétien; probablement une telle personne n’avait jamais été chrétien, venant à l'Église par erreur ou par malentendu. En effet, le christianisme n’est ni une nouvelle religion et ni une nouvelle morale, mais une vie nouvelle. La vie dans le Royaume.
42 " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
44 |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le: mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne |
46 |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le: mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
1 Partant de là, il vient dans le territoire de la Judée et au-delà du Jourdain, et de nouveau les foules se rassemblent auprès de lui et, selon sa coutume, de nouveau il les enseignait. |
Aujourd’hui, dans l’Évangile selon Marc, nous lisons des paroles du Christ comme adressées spécialement à notre temps. Le fait est que, dans la vie, il y a beaucoup de choses qui, d’une manière ou d’une autre, nous entraînent vers le péché. En règle générale, face à ces tentations, nous nous permettons beaucoup de choses inadmissibles. Dieu disait déjà à Caïn: «le péché est tapi à ta porte; il te désire, mais toi, domine-le» (Gn 4:7). Et dans le passage d’aujourd’hui, le Seigneur dit la même chose. Il nous appelle à renoncer, à nous libérer de ce qui nous entraîne à commettre le péché. Non pas à nous justifier en disant que nous ne pouvons pas résister à nos «besoins naturels», mais à nous en libérer.
Au IVe siècle, dans l’Empire romain, les mœurs n’étaient pas meilleures que dans notre monde aujourd’hui. La plupart des gens pensaient qu’il était impossible de résister à la soif des plaisirs de la chair, au désir de richesse et à la recherche du succès dans la vie et du pouvoir. Et le Seigneur appela un Égyptien nommé Antoine à renoncer à tout cela, afin que nous voyions que les tentations d’une époque peuvent être vaincues. Ainsi naquit le monachisme, qui, par le célibat, la pauvreté et l’obéissance, nous témoigne à tous que les paroles du Christ lues aujourd’hui sont réalisables.
17 Quelqu'un de la foule lui dit : " Maître, je t'ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j'ai dit à tes disciples de l'expulser et ils n'en ont pas été capables. " - |
19 " Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. " |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant qui tomba à terre et il s'y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : " Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? " - " Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l'a jeté soit dans le feu soit dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. " - |
23 " Si tu peux ! ... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. " |
24 Aussitôt le père de l'enfant de s'écrier : " Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! " |
25 Jésus, voyant qu'une foule affluait, menaça l'esprit impur en lui disant : " Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui et n'y rentre plus. " |
26 Après avoir crié et l'avoir violemment secoué, il sortit, et l'enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : " Il a trépassé ! " |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : " Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ? " |
29 Il leur dit : " Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. " |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
Aujourd'hui nous lisons parmi les paroles du Christ les plus difficiles à comprendre, qui troublent le lecteur : "Ô génération incrédule ! jusqu'à quand serai-je avec vous ? jusqu'à quand vous supporterai-je ?". La génération incrédule, ce ne sont pas des traîtres, mais des gens sans foi et sans assurance. Ceux dont l'esprit et le coeur, dès qu'ils entreprennent quelque chose, sont déjà certains qu'il est impossible de l'accomplir. Ceux qui, derrière des accusations, des critiques et des reproches constants, cachent leur faiblesse, leur froideur et leur paresse. Ceux qui ne peuvent pas reconnaître leur faiblesse et leur aveuglement ni faire confiance aux hommes et à Dieu. Ceux qui ont perdu le lien avec Dieu et demeurent sans cesse dans la dépression et la mauvaise humeur.
Dans un tel état, peu de gens peuvent même reconnaître en eux cet état. Mais l'un de ceux qui étaient atteints par cet abattement s'est écrié : "Je crois, Seigneur ! viens au secours de mon incrédulité". Il a vu dans le Christ celui qui a la puissance, celui qui seul peut aider. Et son "je crois !" est la parole d'un homme qui, dans sa souffrance, cherche et trouve un appui dans le regard, les paroles et les actes du Christ. Et il sait qu'il Lui demande de l'aider parce qu'il ne connaît pas d'autre moyen. Il voit dans son âme l'absence de foi et de confiance. Il ne veut pas être un intermédiaire, il ne peut pas tenir debout par lui-même. Mais il ne demande pas pour lui, il demande pour un autre.
Et le Christ guérit à sa demande le possédé. Puis Il dit que cette espèce est chassée par le jeûne et la prière. Et Il parle ici de la manière d'acquérir la foi, non de la raison pour laquelle les disciples n'ont pas pu guérir.
17 Quelqu'un de la foule lui dit : " Maître, je t'ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j'ai dit à tes disciples de l'expulser et ils n'en ont pas été capables. " - |
19 " Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. " |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant qui tomba à terre et il s'y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : " Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? " - " Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l'a jeté soit dans le feu soit dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. " - |
23 " Si tu peux ! ... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. " |
24 Aussitôt le père de l'enfant de s'écrier : " Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! " |
25 Jésus, voyant qu'une foule affluait, menaça l'esprit impur en lui disant : " Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui et n'y rentre plus. " |
26 Après avoir crié et l'avoir violemment secoué, il sortit, et l'enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : " Il a trépassé ! " |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : " Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ? " |
29 Il leur dit : " Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. " |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
Les chrétiens anciens, en établissant l'ordre des lectures ecclésiales, ont très probablement fixé le passage lu aujourd'hui de l'Évangile selon Marc pour ce dimanche du Grand Carême à cause des paroles du Christ: «Cette espèce ne sort que par la prière et le jeûne». De ces paroles du Sauveur découle d'elle-même la conclusion que la prière et le jeûne ne sont pas seulement des moyens importants, mais parfois irremplaçables, de la vie spirituelle de l'homme. Il faut toutefois garder à l'esprit, bien sûr, que le mot «jeûne» (comme la phrase analogue de l'Évangile selon Matthieu) est ici une interpolation byzantine relativement tardive, et que, dans l'original, l'évangéliste Marc a très probablement écrit: «cette espèce ne sort par rien, sinon par la prière».
Néanmoins, la question de savoir pourquoi on ne peut pas se contenter, dans la vie spirituelle, de quelque chose de plus commode paraît à première vue assez naturelle. Cependant les paroles du Christ mettent exactement les accents à leur place, car sans prière tu peux t'occuper de perfectionnement moral ou de charité, mais ce ne sera guère une vie spirituelle.
Mais dans le récit de l'évangéliste Marc, il y a des paroles qui sont peut-être non moins importantes pour nous dans nos relations avec Dieu. Ce sont les paroles du père de l'adolescent possédé: «Je crois, Seigneur, viens en aide à mon incrédulité». Sans doute aucun de nous n'osera dire qu'il croit «entièrement et pleinement». Le mouvement constant de la confiance vers la certitude et l'espérance par l'accumulation de l'expérience de la foi est une composante naturelle et, j'ose le dire, nécessaire de la vie spirituelle. Et en cela, il nous est très important de savoir que nous pouvons ne pas cacher notre incrédulité en jouant honteusement le rôle d'un hypothétique homme assuré. L'exemple de cet homme dit que nous pouvons apporter au Christ notre faiblesse dans la foi et trouver auprès de Lui-même aide et affermissement.
17 Quelqu'un de la foule lui dit : " Maître, je t'ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j'ai dit à tes disciples de l'expulser et ils n'en ont pas été capables. " - |
19 " Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. " |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant qui tomba à terre et il s'y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : " Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? " - " Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l'a jeté soit dans le feu soit dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. " - |
23 " Si tu peux ! ... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. " |
24 Aussitôt le père de l'enfant de s'écrier : " Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! " |
25 Jésus, voyant qu'une foule affluait, menaça l'esprit impur en lui disant : " Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui et n'y rentre plus. " |
26 Après avoir crié et l'avoir violemment secoué, il sortit, et l'enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : " Il a trépassé ! " |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : " Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ? " |
29 Il leur dit : " Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. " |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
Dans le récit de la guérison du garçon épileptique, le mot «incrédulité» retentit deux fois, si bien qu'il devient une sorte de refrain inquiétant, tout simplement la dominante du récit. Jésus adresse ces paroles, semble-t-il, à tous, et non pas précisément au père du garçon; pourtant c'est lui le principal destinataire sur qui tombe tout le poids de ces paroles. Et le père reconnaît humblement en lui l'incrédulité, bien que, songez-y seulement, cela lui fût très difficile. Pour nous, les paroles sur l'incrédulité résonnent comme quelque chose d'ordinaire. Nous avons déjà traversé l'époque postmoderne avec les mots de Hermann Hesse selon lesquels la foi et le doute se conditionnent mutuellement comme l'inspiration et l'expiration; mais alors, «incrédulité» sonnait terriblement.
Le Christ ressuscité «leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de coeur» (Mc 16:14). Le Seigneur Lui-même assimile l'incrédulité à la dureté de coeur. Et même à quelque chose de pire que la dureté de coeur, car l'apôtre Paul demande: «Quel accord entre le Christ et Bélial? Ou quelle part le fidèle a-t-il avec l'infidèle?» (2 Co 6:15 - c'est-à-dire que le fidèle et l'infidèle diffèrent autant que le Christ et le diable. Nous devons le comprendre, le ressentir, afin de comprendre ce qu'ont vécu le père du garçon et les disciples, à qui ces paroles étaient aussi adressées. Car nous sommes habitués à la tolérance religieuse des intellectuels, et ces dernières années, dans notre pays, on s'est même mis à respecter d'une façon particulière les athées comme des gens qui ne se sont pas joints à la majorité, à la foule, à la masse.
Mais «si nous sommes infidèles, Lui demeure fidèle» (2 Tm 2:13) C'est pourquoi la guérison s'accomplit. Les paroles suivantes attirent l'attention: «Et Il leur dit: cette espèce ne peut être chassée par rien, sinon par la prière». On ne comprend pas: par quoi auraient-ils donc pu essayer de la chasser? Car le Christ ne leur enseignait ni la médecine ni la magie, et tous ceux qui entendaient ces paroles comprenaient qu'ils avaient essayé de la chasser par la prière. Mais Il leur fit comprendre très simplement, et d'une manière qui ne souffrait pas d'objection, que toute prière ne peut pas être appelée prière.
14 En rejoignant les disciples, ils virent une foule nombreuse qui les entourait et des scribes qui discutaient avec eux. |
15 Et aussitôt qu'elle l'aperçut, toute la foule fut très surprise et ils accoururent pour le saluer. |
16 Et il leur demanda : " De quoi disputez-vous avec eux ? " |
17 Quelqu'un de la foule lui dit : " Maître, je t'ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j'ai dit à tes disciples de l'expulser et ils n'en ont pas été capables. " - |
19 " Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. " |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant qui tomba à terre et il s'y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : " Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? " - " Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l'a jeté soit dans le feu soit dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. " - |
23 " Si tu peux ! ... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. " |
24 Aussitôt le père de l'enfant de s'écrier : " Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! " |
25 Jésus, voyant qu'une foule affluait, menaça l'esprit impur en lui disant : " Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui et n'y rentre plus. " |
26 Après avoir crié et l'avoir violemment secoué, il sortit, et l'enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : " Il a trépassé ! " |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : " Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ? " |
29 Il leur dit : " Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. " |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. |
L’épisode de la guérison d’un homme possédé, de sa libération du pouvoir des forces ténébreuses, est remarquable par un détail sur lequel l’évangéliste attire particulièrement l’attention. Il écrit que les disciples de Jésus ne pouvaient pas chasser le démon de l’homme qu’il possédait, et que seul le Sauveur lui-même y parvint. Ses paroles sur une génération incrédule («race») sont souvent comprises comme adressées aux proches de l’homme possédé, et d’abord à son père, qui avait amené son fils aux disciples de Jésus.
Cependant, la question du destinataire de ces paroles reste ouverte: elles pouvaient tout autant s’adresser aux disciples, qui n’avaient pas réussi à faire ce qu’ils avaient déjà eu à faire plus d’une fois, au moins lors de la mission à laquelle le Maître les avait envoyés autrefois. Alors, pendant cette mission, ils avaient dû chasser des démons, libérer des possédés du pouvoir des forces ténébreuses. C’est peut-être précisément pour cette raison que le père du possédé s’adresse à eux: des rumeurs lui étaient sans doute parvenues au sujet des guérisons accomplies par les disciples de cet Homme mystérieux.
Il apparut pourtant que les disciples n’étaient pas aussi forts qu’on le racontait, et il ne restait alors qu’à s’adresser à leur Maître: si lui non plus ne pouvait pas aider, l’affaire était désespérée. Jésus, bien sûr, y parvient, et prononce ces paroles mêmes sur la génération incrédule. Plus tard, les disciples lui demandent: pourquoi donc n’avons-nous pas réussi? La question était légitime: ils se souvenaient bien qu’auparavant ils réussissaient, et ils devaient percevoir leur échec comme une regrettable faute dont il fallait connaître la cause afin d’éviter à l’avenir ce genre d’erreurs. Jésus, en réponse, parle de la prière, sans laquelle rien ne réussira.
Dans les éditions tardives du texte évangélique, à la prière s’ajoute la mention du jeûne, absente des éditions anciennes; mais cet ajout, qui existait probablement au départ sous forme de note marginale, ne change rien d’essentiel: le jeûne n’a de sens que lorsqu’il favorise une prière plus intense. Le sens de la réponse est clair: la principale erreur des disciples fut d’avoir pensé qu’ils avaient déjà atteint quelque chose, reçu quelque chose, acquis une nouvelle qualité de vie spirituelle désormais inaliénable. Jésus leur dit que ce n’est pas le cas, que toutes leurs avancées ne sont possibles que dans le contexte d’une dynamique spirituelle continue, liée à une prière elle aussi continue: alors seulement les miracles, les guérisons et l’expulsion des esprits mauvais sont possibles.
Dès que l’homme s’arrête spirituellement, dès qu’il sort de cette dynamique spirituelle, il perd tout et devient tout à fait impuissant, comme les disciples devant le possédé. Rien d’étonnant: les miracles et les guérisons ne sont possibles que par la force du Royaume et par son souffle, et ceux-ci n’existent que dans une dynamique continue, qui à son tour n’est possible que dans des relations conscientes et continues avec le Christ. Ce n’est pas par hasard que Jésus parle d’une génération incrédule: ce sont précisément de telles relations qui s’appellent la foi, celle qui a manqué aux disciples.
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