30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l’interroger. |
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
44 ]. |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne [ |
46 ]. |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
Plus la Crucifixion approche, plus Jésus passe de temps avec ses disciples. Il leur parle des souffrances qui l'attendent. Mais ses disciples ne le comprennent pas ; ils ne pensent pas aux souffrances et à la mort, mais à la gloire et aux privilèges. De là vient la dispute : « Qui est le plus grand ? À qui reviendra le plus de pouvoir dans le Royaume du Messie ? ». Et Jean, en outre, cherche à protéger les douze disciples de la concurrence des « étrangers ». La frontière du « cercle des nôtres » est alors tracée selon un critère très simple : « les nôtres », ce sont ceux qui marchent avec nous.
Le Christ rejette à la fois les tentatives d'édifier une pyramide de pouvoir et d'honneurs, et le désir de transformer la communauté des disciples en club fermé. Il dit directement à Jean : « Ne l'empêchez pas ». Puis il commence soudain une conversation sur le danger des scandales, qu'il conclut par ces mots : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres ». On peut voir ici un écho à la question de Jean et aux disputes des disciples pour savoir qui est le plus grand. Le désir de séparer les « nôtres » des « étrangers », puis de ranger les « nôtres » par ordre de rang, détruit la paix, rend les hommes soupçonneux et hostiles. Sans paix entre eux, les disciples du Christ ne peuvent accomplir leur mission dans le monde : être « le sel de la terre » (Mt 5:13). (Rappelons qu'on salait toute offrande avant de l'apporter à Dieu sur l'autel (Lv 2:13). Le sel rendait pour ainsi dire l'offrande apte pour Dieu).
Que signifie le mot « scandale » ? D'autres traductions de ce mot grec (« skandalon ») sont : piège, trappe, lacet. C'est tout ce qui, par tromperie, en cachette, pousse le simple à tomber, ou simplement gêne et fait obstacle. Réfléchissons à la mesure dans laquelle la lutte pour le pouvoir, les querelles et les divisions entre chrétiens servent de scandale pour ces « petits » et empêchent ceux qui cherchent la Vérité de parvenir à la foi qui sauve.
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l’interroger. |
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
44 ]. |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne [ |
46 ]. |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
Le passage d’aujourd’hui est consacré à l’un des thèmes principaux de tout le Nouveau Testament — le thème du Royaume de Dieu. Ce qui est particulièrement important ici, c’est que les explications concernant le Royaume sont données par Jésus Lui-même. Au centre de Son récit se trouve l’image de l’enfant, qui symbolise ceux qui occupent les premières places dans le Royaume de Dieu (v.36–37). Celui qui scandalise un enfant est pire qu’un meurtrier; car même le meurtrier est digne de jugement, tandis que Jésus compare un tel séducteur à un homme que l’on jette à la mer pour le noyer sans aucun jugement (v.42). Cette image, bien sûr, n’apparaît pas par hasard. Dans la société traditionnelle et patriarcale, dans les grandes familles, les enfants n’occupaient généralement pas les premières places honorables qu’ils occupent souvent dans les familles modernes. On regardait les enfants comme des serviteurs et des aides naturels, comme les membres plus jeunes d’une grande famille ou d’un clan patriarcal, qui étaient réellement les plus jeunes; c’est pourquoi la position d’un tel «serviteur naturel» ne les blessait pas le moins du monde et n’était pas ressentie par eux comme une humiliation ou un manque d’attention ou d’amour. Tout adulte, dans une telle position, ressent presque toujours une certaine infériorité et dépendance, ce qui se comprend, vu l’importance que revêt aux yeux d’un adulte la position sociale et le statut qui lui est lié. Les enfants n’y pensent pas, et il n’y a donc pour eux aucun problème ici. Apparemment, c’est précisément cela que Jésus a en vue lorsqu’Il donne l’enfant en exemple comme modèle de l’habitant du Royaume de Dieu: pour ceux qui veulent en être les habitants, il est important de renoncer aux représentations traditionnelles de l’importance de la position sociale et du statut social. Bien sûr, dans ce cas subsiste toujours le danger que se trouvent à côté des personnes désireuses de profiter d’un tel état de choses, de même qu’en tout temps il s’est trouvé des gens prêts à profiter de la naïveté bien connue de l’enfant et à en abuser; c’est de ce péché-là que Jésus dit qu’il est pire que le meurtre et indigne même d’un jugement — car l’homme qui agit ainsi non seulement rejette lui-même la plénitude de la vie du Royaume de Dieu, mais empêche aussi les autres de la recevoir. Cependant, il se trouve toujours dans la vie de l’homme quelque chose qui l’empêche de devenir un enfant au sens où Jésus en parle: ce peut être la «main», ou le «pied», ou l’«œil», en un mot, tout ce dont l’homme se sert pour ne pas être cet enfant qui peut entrer dans le Royaume. Et Jésus conseille de se débarrasser sans regret de ce qui fait obstacle (v.43–48). Parfois il peut sembler qu’on y perde quelque chose de vital, quelque chose sans quoi la vie deviendra diminuée; mais à l’épreuve il s’avère que la prétendue «plénitude» ne mène pas du tout là où l’on peut trouver la plénitude de la vie, tandis que l’apparente privation se transforme, au bout du chemin, en plénitude du Royaume de Dieu.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
Considérons deux phrases très semblables : l'une tirée de la lecture d'aujourd'hui, « qui n'est pas contre vous est pour vous », et l'autre, elle aussi dans l'Évangile de Luc mais un peu plus loin, « qui n'est pas avec Moi est contre Moi » (Lc 11:23). Elles ont d'ailleurs toutes deux des parallèles, l'une dans l'Évangile de Matthieu, l'autre dans l'Évangile de Marc. Mais elles ne se ressemblent que par leur structure ; par leur sens, au contraire, elles s'opposent. Et c'est précisément cette opposition, qui paraît parfois même paradoxale, qui possède un sens théologique très profond.
Dans la société humaine, il peut y avoir des désaccords, des divergences d'opinion, etc. Ce n'est pas grave si les hommes ne se dressent pas les uns contre les autres, s'ils ne se font pas la guerre. Mais dans la relation avec Dieu, il n'existe qu'une seule direction vraie : vers Lui ; tout ce qui n'entre pas dans cette loi rigoureuse est faux.
Nous sommes habitués au fait que le Seigneur nous a créés à Son image et à Sa ressemblance. C'est la seule chose qui justifie la théologie cataphatique, fondée sur une connaissance positive du Dieu incompréhensible : nous Le connaissons « par analogie », comme nous l'enseigne Thomas d'Aquin. Mais nous voyons ici un exemple montrant que cette analogie a ses limites, ce qui justifie la théologie apophatique.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
Tout lecteur de l’Évangile est frappé par la différence caractéristique entre les paroles du Christ sur ceux qui ne sont pas avec Lui et celles sur ceux qui ne sont pas contre Ses disciples. À propos de Lui-même, le Seigneur dit : « Celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi, et celui qui ne rassemble pas avec Moi disperse ». Mais lorsque les disciples se plaignent au Christ d’un certain homme qui accomplit des miracles au nom du Christ sans marcher avec eux, le Seigneur leur dit : « ne l’en empêchez pas... celui qui n’est pas contre vous est pour vous ».
On peut comprendre les disciples. Si cet homme inconnu croit tellement au Christ qu’il chasse les démons en Son nom, comment peut-il ne pas suivre le chemin des Douze apôtres ? Leur chemin serait-il déficient, erroné ? Non, le chemin des Douze n’est pas erroné, mais il n’est pas le seul. Depuis des siècles, les personnes qui entrent dans la communauté des disciples du Christ cherchent à « interdire » ceux qui ne marchent pas avec eux. Le passage d’aujourd’hui de l’Évangile selon Marc rejette directement de telles tentatives.
Il est caractéristique que les évangélistes ne nous racontent rien de ces personnes qui ne marchaient pas avec les disciples, mais marchaient sur les chemins de Jésus-Christ. Seulement parfois, en passant, nous apprenons qu’elles n’étaient pas si peu nombreuses. Tantôt l’apôtre Paul trouve une communauté baptisée du baptême de Jean et, par son autorité apostolique, leur transmet le don du Saint-Esprit. Tantôt il atteste dans une lettre l’existence de plus de cinq cents témoins de la Résurrection... En fin de compte, tous ceux qui ont cru au Christ entrent dans l’unique Église sainte, catholique et apostolique. Mais ils le font en suivant Jésus-Christ, et non quelqu’un d’autre.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
C’est bien cela : dès que nous entamons cette intéressante dispute pour savoir qui est le plus grand, nous devenons aussitôt les défenseurs d’un monopole sur la possession du Christ : celui qui a la foi la plus juste possède le Christ, et c’est moi qui ai la foi la plus juste ! Ce désir presque instinctif repose sur la bonne intention de gagner davantage de l’amour de Dieu. Car, outre les motifs purement égoïstes — que nous condamnons tous résolument —, nous voulons être plus grands, plus importants et plus exclusifs, parce que dans notre monde de telles personnes reçoivent toujours davantage d’attention, de reconnaissance et d’amour. Mais l’amour de Dieu n’est pas ainsi. Il s’étend aux grands et aux petits, aux justes et aux injustes ; on ne peut le gagner ni par une bonne conduite ni par une foi correcte. Devant lui, il est absurde d’admirer notre propre grandeur — bien douteuse en comparaison — ; on ne peut pas le mettre dans sa poche et le déclarer sa propriété. La seule manière de le recevoir est d’accueillir Dieu, d’accueillir le Christ, d’accueillir tout enfant, petit ou grand — car nous sommes tous des enfants —, créé à l’image de Dieu et aimé par Jésus.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
La question du pouvoir a toujours été centrale pour le monde déchu. Celui qui a le plus de pouvoir est aussi, dans ce monde, le plus grand à tous les autres égards. Il s’agit bien sûr du pouvoir au sens propre: sur les âmes, sur les hommes, sur les vies humaines que l’on peut manipuler à sa guise. Voilà le pouvoir comme tel. Tout le reste n’est que moyen, et la contrainte brutale n’est pas encore le pire d’entre eux. Le véritable but, que l’homme avide de pouvoir peut d’ailleurs ignorer lui-même, est toujours le même: s’emparer de la vie d’un autre homme. Non pas sa vie physique, mais ce que la Bible appelle l’âme, le courant de vie donné à l’homme par Dieu et unique dans chaque cas.
C’est cela que veut s’approprier celui qui recherche le pouvoir; c’est à cette vie même d’un autre ou des autres qu’il désire accéder, il veut la soumettre afin de disposer de la force vitale d’autrui et de la dépenser à son gré, comme il dépense sa propre vie. Bien sûr, chacun comprend la vie selon son état spirituel, mais une chose se révèle commune: celui qui recherche le pouvoir désire disposer non seulement de lui-même, mais aussi des autres, quoi que cela signifie pour lui. Évidemment, si l’homme n’est pas encore totalement corrompu par le pouvoir et n’est pas devenu un cynique achevé, il s’efforce autant que possible de cacher, même à lui-même, les véritables motifs de son aspiration, en la justifiant par des objectifs élevés et de longue portée qu’il atteindra une fois obtenu le pouvoir désiré.
En réalité, cependant, comme le montre toute l’expérience du monde déchu, on ne peut éviter de devenir prisonnier du pouvoir reçu qu’en demeurant d’abord un homme de Dieu, et seulement ensuite tout le reste, comme y parvint, par exemple, le roi David, qui resta toujours avant tout prophète, puis seulement roi et tout ce qu’il fut encore dans sa vie. Pour le Royaume, la question du pouvoir au sens terrestre ne se pose pas du tout; là, le pouvoir en tant que tel n’existe tout simplement pas, il est incompatible en principe avec le Royaume et sa vie. La place de l’homme dans le Royaume n’est déterminée que par la mesure de la plénitude de sa vie, et donc par la plénitude de son action, qui entraîne avec elle ceux qui veulent participer avec lui à son activité.
L’initiateur, bien sûr, répond de l’œuvre commencée, mais toute possibilité de manipuler les autres est ici complètement exclue: le but de toute activité dans le Royaume devient en effet la croissance spirituelle de l’homme, incompatible avec la manipulation, tandis que tous les autres buts sont secondaires et dérivés du principal. C’est pourquoi il ne peut y avoir dans le Royaume de pouvoir tel qu’il existe dans le monde déchu; ici, il ne peut exister que dans la mesure où, dans le monde déchu et selon ses lois, l’homme n’est jamais le but principal d’aucune activité. Dans le Royaume, cela est impossible, et c’est ce que Jésus tente d’expliquer à ses disciples.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
L'un des principaux obstacles à une juste compréhension du Royaume est la projection sur lui de nos représentations et de nos concepts issus du monde non transfiguré. Les disciples devaient évidemment savoir quelque chose du Royaume messianique : les conceptions messianiques traditionnelles comportaient une image du Royaume, mais celui-ci était conçu comme un État terrestre puissant, dirigé par le Messie souverain et vivant selon les lois de la Torah ou, du moins, selon des lois fondées sur elle.
D'une part, cette représentation plonge ses racines dans l'époque d'avant l'Exil, dans les conceptions du Royaume de Dieu chez les premiers prophètes et dans la prédication des prophètes plus tardifs de cette même période, tels qu'Isaïe de Jérusalem, qui se représentait lui aussi le Messie comme un roi terrestre et le Royaume messianique comme un État terrestre. Dans cette perspective, la question du pouvoir, de celui qui serait « le chef » dans ce Royaume à venir, immédiatement après le Roi, était tout à fait pertinente. Jésus essaie d'expliquer aux disciples que Son Royaume est organisé tout autrement que les États terrestres.
Il ne reflète pas en miroir les réalités du monde non transfiguré, comme certains le pensaient alors et le pensent encore aujourd'hui ; le principe « ceux qui n'étaient rien deviendront tout » n'a rien à voir avec la vie du Royaume. Le Royaume ne met pas la hiérarchie terrestre sens dessus dessous — ou ne la remet pas à l'endroit : il l'abolit tout simplement. Et il l'abolit non en la détruisant, mais en la nivelant. Ce n'est pas que le Royaume soit hostile à toute hiérarchie ou au principe même de hiérarchie : c'est que la hiérarchie, comprise à la manière terrestre, y perd tout simplement son sens. De même qu'à un certain stade du développement d'un enfant, la question du statut n'a ni importance ni sens, elle n'en a pas non plus pour le Royaume.
Pour le Royaume, autre chose importe : quelle mesure de responsabilité et, par conséquent, quelle ampleur de service une personne est prête à assumer. L'ampleur de ce service et la mesure de responsabilité correspondante déterminent son statut dans le Royaume. Tout le reste est sans importance : la plénitude de la vie du Royaume est accessible à chacun de ses habitants, indépendamment de la place qu'il y occupe.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit : |
37 « Quiconque accueille un petit enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » |
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
Pourquoi le Seigneur prend-Il précisément un enfant comme exemple de celui qu'il faut accueillir, alors qu'il semble bon d'accueillir toute personne ? Et que signifie accueillir au nom du Seigneur ? Le Seigneur nous appelle à la miséricorde. Cela signifie donc, avant tout, accueillir sans rien attendre en retour. Or c'est bien ce qui se passe avec un enfant. Que peut-il nous donner en retour ? Un enfant n'a ni position sociale ni argent. Au contraire, c'est lui qui a besoin d'être nourri et vêtu. Voilà précisément pourquoi le Seigneur montre un enfant aux disciples. De façon générale, comme vous le savez bien, l'enfant devient dans le Nouveau Testament une figure de l'être humain du Royaume de Dieu (Mc 10:15, Lc 18:17, Mt 18:4). Une figure ne signifie pas une correspondance complète : les parents le savent, leur enfant n'est pas toujours un petit ange ; elle signifie une ressemblance de certaines qualités spirituelles — et de loin pas toutes ! Mais lesquelles, si ce ne sont pas toutes ? Pour répondre à cette question, rappelons-nous qu'une prophétie à ce sujet se trouve au chapitre 11 d'Isaïe, où il décrit le Royaume à venir : Alors le loup habitera avec l'agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau, le jeune lion et le bœuf seront ensemble, et un petit enfant les conduira. <...> Le nourrisson jouera au-dessus du trou de l'aspic, et l'enfant étendra la main vers le repaire du serpent (Is 11:6, 8). Quand nous lisons ces lignes, nous remarquons généralement avant tout que le serpent ne mordra pas l'enfant : selon nos habitudes terrestres, c'est cela qui nous préoccupe. Mais imaginons aussi un adulte qui serait entré dans le Royaume de Dieu : même si on lui avait dit à l'entrée que les serpents ne mordent pas ici, il ne mettrait tout de même la main dans leur repaire pour rien au monde. Car nous portons cette mémoire du mal ; nous avons divisé le monde entre ceux qui sont avec nous et ceux qui sont contre nous. C'est là le point qui nous permet de lire en parallèle deux parties différentes de la lecture d'aujourd'hui. Le Christ nous invite à porter notre attention non sur ceux qui sont avec nous, ni sur ceux qui sont contre nous, mais sur ceux qui ne sont pas contre nous : il apparaîtra alors qu'ils sont avec nous. C'est précisément ainsi que l'enfant perçoit les choses : il n'a pas dans la tête l'idée que le serpent est contre nous, parce qu'il ne le sait tout simplement pas. C'est vers cette « ignorance », en quittant notre « savoir », que nous devons tendre.
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
Ces paroles comptent parmi les plus difficiles et, en même temps, les plus importantes sur le plan pratique de toutes celles du Seigneur Jésus-Christ. Leur portée pratique tient à la possibilité qu'elles nous donnent de transformer l'orgueil humain et la soif d'honneurs en quelque chose qui ne serait pas un péché. En effet, puisque l'être humain désire tant être meilleur que les autres, pourquoi ne pas essayer de surpasser ces « autres » sur le chemin qu'indique le Seigneur Jésus ? C'est le chemin du service, du renoncement à sa propre gloire et aux honneurs pour le bien du prochain : un chemin, au fond, très précis. La difficulté est que la détermination humaine n'y suffit généralement pas, et que nous avons besoin pour cela de l'aide de la grâce du Christ.
Il importe aussi d'écouter attentivement ce que le Seigneur veut dire exactement. La traduction synodale russe, habituellement assez précise, laisse ici échapper certaines nuances. En rapportant les paroles du Christ « sois le dernier de tous », l'évangéliste Marc emploie le mot grec eskhatos. Il signifie principalement « dernier » au sens de « plus petit » — la Bible slavonne le rend par « moindre » —, « le moins honoré », « le moins important ». Mais il a aussi d'autres sens, dont le plus important est « extrême », rendu en russe par krayniy. En russe contemporain, ce mot a acquis un sens familier, et c'est précisément ce sens qui nous importe ici : celui qui supporte les conséquences des actes d'autrui, qui devient une victime pour les autres. C'est ce sens qui s'applique au Seigneur Jésus, qui, selon Ses propres paroles, « est venu servir et donner Sa vie en rançon pour beaucoup », comme Marc le rapportera au chapitre suivant (Mc 10,45).
Ici se rejoignent encore deux racines importantes, dans les mots « serviteur » et « servir » — en grec, diakonos. Le Seigneur dit ainsi : « Que celui qui veut être le premier M'imite. » L'évangéliste Jean complète cette pensée : « Si quelqu'un Me sert, qu'il Me suive » (Jn 12,26). C'est dans ce service des autres, en acceptant la place de celui qui supporte les conséquences et qui est le moins honoré, que nous suivons le Christ et Le servons.
35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » |
Le Seigneur, de manière étonnante, ne rejette pas chez les disciples le désir naturel, inscrit dans la nature, d’être le premier. On aurait pu s’attendre à ce qu’un homme ordinaire condamne ce désir de primauté comme indigne et dise qu’il ne faut pas s’élever soi-même. Le Seigneur le dit d’ailleurs, par exemple, dans la parabole du publicain et du pharisien.
Mais, voulant délivrer les disciples de l’orgueil, il ne se limite nullement à indiquer qu’il est mauvais de désirer la première place. Il propose d’utiliser ce désir naturel, comme nous dirions aujourd’hui, «à des fins pacifiques». Le chemin vers la primauté devient, dans les paroles du Christ, le chemin du service des autres, le chemin de l’abaissement. C’est précisément le chemin qu’il suit lui-même. Selon la parole de l’apôtre, il a pris la condition de serviteur et s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix, afin d’avoir en tout la primauté.
Nous aspirons tous à la primauté parmi nos semblables, et le Christ nous propose une manière radicale d’y parvenir, non pas en le trahissant, mais en le suivant.
38 Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » |
39 Mais Jésus dit : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
41 « Quiconque vous donnera à boire un verre d’eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
La question de Jean est très facile à comprendre. Les apôtres accompagnent le Christ, partageant avec Lui toutes les difficultés du chemin, subissant le rejet des pharisiens et partageant l'attention du Maître avec des milliers et des milliers de malheureux... Soudain apparaît quelqu'un qui n'a connu aucune de ces difficultés mais qui a reçu tous les avantages possibles. Et nous savons que les disciples eux-mêmes ne réussissaient pas toujours à accomplir les miracles que faisait le Maître... Une telle question pouvait être suscitée par la simple jalousie et le ressentiment humains. Dans notre vie, nous sommes souvent tourmentés par un problème semblable et demandons à Dieu : « Pourquoi est-ce que je prie et jeûne, pourquoi est-ce que je m'applique dans la foi, sans aucun résultat, tandis que Tes dons se manifestent chez mon voisin bien plus clairement, alors qu'il ne va même pas à l'église ? » Dans l'Évangile, Jésus nous donne Sa réponse : « Ne l'en empêchez pas. » Il s'ensuit que nous devons veiller sur nous-mêmes au lieu de chercher à savoir dans quelle mesure notre prochain est digne ou indigne.
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
Les paroles du Sauveur sur ceux qui ne peuvent pas en même temps accomplir des miracles en son nom et aussitôt l'insulter paraissent tout à fait raisonnables et compréhensibles du point de vue humain. Il arrive qu'un mouvement religieux nouvellement apparu ait besoin non même de soutien, mais seulement d'une neutralité plus ou moins favorable. Pourtant Jésus a aussi dit autre chose : qui n'est pas avec moi est contre moi ; qui ne rassemble pas avec moi disperse. Il semblerait que ce soient deux affirmations qui s'excluent mutuellement. Et si le christianisme n'était qu'un mouvement religieux de plus, même messianique, ce serait le cas. Mais le fait est que le christianisme n'est pas un mouvement religieux, mais un chemin vers le Royaume et une vie dans le Royaume.
Ici, tout n'est pas comme dans les mouvements religieux ordinaires. Le Royaume est une réalité objective. Il est entré dans le monde par Jésus, et quelle que soit notre attitude envers ce fait, elle ne change pas le fait lui-même le moins du monde. Et pour entrer dans le Royaume, la confiance dans le Sauveur est importante. Cette confiance même que, dans la langue traditionnelle de la plupart des religions chrétiennes, on appelle foi en Jésus-Christ.
Mais même pour ceux qui demeurent hors du Royaume, il n'est pas complètement fermé. Car maintenant qu'il est dans le monde, son souffle se fait sentir partout. Et chacun peut sentir ce souffle. Bien sûr, un tel souffle, perçu par ceux du dehors, n'est pas la même chose que la plénitude de la vie dans le Royaume ouverte par le Christ. Mais c'est toujours mieux que rien. Pour le sentir, il n'est même pas nécessaire d'être disciple du Christ au sens propre du mot.
La seule chose qui protège complètement et sûrement du souffle du Royaume, c'est une attitude sans équivoque négative envers lui et envers Celui qui l'a apporté dans le monde. Cela signifie que quiconque n'a pas dit un « non » sans équivoque au Christ ou à l'un de ses disciples accomplissant son oeuvre n'est pas perdu pour le Royaume. Bien sûr, pour un chrétien, cela ne suffit pas. Pour un disciple du Christ, un autre principe est en vigueur : si tu ne fais pas l'oeuvre du Christ, si tu ne rassembles pas avec lui, alors le temps a été perdu en vain, quelque chose a été manqué. Mais ici, il y a déjà un autre chemin et une autre mesure. La mesure de celui qui cherche le Royaume et s'efforce de vivre de sa vie.
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » |
On reproduit habituellement cette parole ainsi : « Qui n'est pas avec nous est contre nous ». Ainsi l'immense majorité des gens est inscrite au nombre de nos ennemis. On confond ici deux paroles différentes du Christ : celle que nous venons de lire, et : « Qui n'est pas avec Moi est contre Moi »Mt. 12:30).
Là où Jésus parle de Lui-même, c'est simplement la constatation du fait qu'on ne peut pas être neutre à l'égard du Christ ; ne pas L'accueillir se transforme inévitablement en hostilité. Dans la spiritualité chrétienne, il n'existe pas d'état « entre le Christ et Bélial ». Jésus explique ensuite : « Qui n'amasse pas avec Moi disperse ». Dans la vie chrétienne, il n'y a pas d'arrêts : la pierre qui a cessé de monter tombe déjà.
Mais dans les relations entre les hommes, Jésus propose une logique tout à fait différente. Nous sommes appelés à trouver la possibilité de l'amitié, de la paix, de l'amour avec tous les hommes qui ne nourrissent pas envers nous une hostilité sans équivoque. Du reste, nous sommes aussi appelés à aimer nos ennemis !
42 « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
44 ]. |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne [ |
46 ]. |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
Les paroles du Sauveur sur la main, le pied et l'œil qui entraînent l'homme au péché peuvent paraître trop sévères, surtout si on les comprend littéralement. Cependant, les chrétiens ne les ont jamais comprises au sens littéral ; sinon, la plupart des croyants sincères seraient manchots, unijambistes ou borgnes, voire tout cela à la fois. C'est une allégorie évidente et tout à fait transparente : il ne doit y avoir aucune place pour le péché dans la vie du chrétien, et tout ce qui lui est lié doit en être exclu. En vérité, le repentir authentique ne peut être que de cette nature.
La main, le pied et l'œil ne font que symboliser telle ou telle activité humaine : ils désignent ce que nous faisons, les lieux où nous allons et ce que nous regardons. C'est habituellement à ces activités que sont liés les péchés qui empoisonnent notre vie. Bien entendu, les pensées et l'imagination de l'homme peuvent elles aussi être pécheresses, mais les unes comme l'autre ont besoin d'être constamment nourries d'impressions extérieures, et ici encore l'œil joue pour nous un rôle décisif. Il ne s'agit évidemment pas de devenir aveugles, même au sens figuré, pas plus qu'il ne s'agit de renoncer entièrement à toute activité extérieure : l'essentiel est que ces impressions et cette activité ne soient pas contaminées par le péché.
Dans le monde déchu, on peut bien sûr rencontrer le péché n'importe où ; la seule question est de savoir si nous demeurons là où nous l'avons rencontré. Continuons-nous à regarder là où nous l'avons vu, à aller là où nous l'avons trouvé, à faire ce qui s'est révélé lié à lui ? La tentation de l'ambiguïté surgit alors souvent : oui, le péché est présent, mais il y a aussi quelque chose d'utile. Ce sont précisément de telles situations que Jésus a en vue lorsqu'Il parle de la main, du pied et de l'œil : si le péché est présent, si la tentation est manifeste, il faut renoncer à ce qui la contient, si utile ou agréable que cela puisse paraître. C'est malheureusement le cas où une cuillerée de goudron peut gâter même tout un tonneau du meilleur miel. Un tel miel doit hélas être jeté, si savoureux et salutaire soit-il en lui-même, comme Jésus le rappelle à Ses disciples.
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
Les motifs de nos actes, même les plus importants, se révèlent parfois être des choses secondaires et insignifiantes. Des considérations du moment déforment notre vision, et nous nous laissons guider par ce par quoi nous n’aurions absolument pas dû nous guider. C’est précisément à ce sujet que résonnent aujourd’hui les paroles du Christ : « mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie que d’aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas ». Il s’agit du fait que nous transgressons les commandements pour obtenir des avantages et des plaisirs momentanés. Le Seigneur, Lui, nous appelle à nous voir nous-mêmes et toute notre vie comme un tout.
À la fin du chapitre, l’évangéliste Marc rapporte Ses paroles sur le sel, sans lequel, selon l’Ancien Testament, aucun sacrifice ne peut être offert. Dans le contexte rituel, le sel apparaît comme symbole de fidélité et de foi, et les mentions qui en sont faites dans le Nouveau Testament à propos des disciples donnent raison de penser que le Seigneur Lui-même utilisait ainsi ce symbole. Par conséquent, comme alternative aux petits mobiles qui nous conduisent au péché, le Seigneur nous donne précisément la foi et la paix entre nous.
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
L'image du sel revient à plusieurs reprises dans la Bible, et Jésus l'emploie Lui aussi dans Sa prédication. Aujourd'hui, nous y prêtons bien peu d'attention : après tout, n'est-ce pas presque l'aliment le moins cher qui soit ? Mais au temps de Jésus, il en allait autrement : le sel était très précieux. Il était difficile d'obtenir du sel pur, sans amertume, et les besoins étaient encore plus grands qu'aujourd'hui.
Nous connaissons tous les propriétés étonnantes du sel. Même en petite quantité, il donne du goût aux aliments. Il ne les rend pas simplement salés : il permet à toutes les saveurs de se révéler. De plus, le sel est le plus ancien des conservateurs : il protège les aliments de la pourriture, même à haute température.
Dans la vie spirituelle de l'être humain aussi, il faut quelque chose qui nous préserve d'une « pourriture » intérieure et permette aux dons cachés dont le Créateur nous a pourvus de se manifester. Jésus compare au sel ce que nous recevons en nous tournant vers Lui : la foi, le Royaume de Dieu, la paix. Mais Il nous avertit aussi de la nécessité d'accueillir ce don et de le garder. Car, si la soupe n'est pas salée, on peut y ajouter du sel ; mais si le sel lui-même perd sa saveur, qu'on en ajoute ou non, rien ne changera. Notre tâche est donc de rester constamment tournés vers Celui qui nous donne le sel véritable, qui ne perd pas sa force.
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
Selon la Loi, la viande sacrificielle devait être salée avant d'être déposée sur l'autel. Le sel est devenu symbole de pureté et de disponibilité à la sanctification non par hasard : il empêche l'altération et la corruption de nombreux aliments, y compris la viande, tout comme l'observance des commandements empêche la corruption spirituelle de l'homme. Mais le sel à lui seul ne suffit pas pour que la viande devienne sacrificielle : pour cela, elle doit être sanctifiée par la présence de Dieu qui demeurait près de l'autel.
Jésus, cependant, compare ses disciples à de la viande sacrificielle préparée pour la sanctification. Il s'agit de la vie dans ce Royaume qu'il a apporté dans le monde. Il est impossible d'entrer dans ce Royaume sans sanctification et transformation, et la participation à sa vie se fait selon la mesure de la plénitude d'une telle transformation. Le souffle du Royaume qui accompagne le chrétien sur son chemin spirituel est parfois appelé grâce.
Dans les livres du Nouveau Testament, les chrétiens sont d'ordinaire appelés « saints » non par hasard : il ne s'agit pas de la justice au sens où nous comprenons aujourd'hui ce mot, mais du fait de leur sanctification comme résultat de leur appartenance au Royaume. La sanctification a toujours été considérée dans l'Église primitive comme un trait distinctif des chrétiens. Et le Sauveur parle de la même chose : un chrétien ne peut pas ne pas être prêt à la sanctification ; s'il perd cette disponibilité, il n'est plus chrétien.
Du sel qui a perdu sa force est quelque chose de tout à fait incroyable. Le sel ne perd ses propriétés dans aucune circonstance ; il peut seulement devenir imperceptible si sa concentration, par exemple dans une solution, est trop faible. Du sel qui a perdu sa force n'est plus du sel, et très probablement n'en a jamais été depuis le début. Il en va de même du chrétien : un chrétien qui ne désire pas la sanctification, qui ne cherche pas la vie du Royaume, n'est pas du tout chrétien. Très probablement, une telle personne ne l'a jamais été, étant venue dans l'Église par erreur ou par malentendu. Car le christianisme n'est pas une nouvelle religion ni une nouvelle morale, mais une vie nouvelle.
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
Nous sommes habitués au fait que la tromperie et la malice agissent dans notre monde à travers n'importe qui, y compris à travers nous-mêmes. Mais le Seigneur n'appelle pas ses disciples à cela. Il veut qu'eux, c'est-à-dire nous, soyons comme le sel, préservant le monde environnant de la corruption. Ayant la paix en nous-mêmes, portant sa présence en nous, nous devons semer cette paix autour de nous, comme une bougie répand une petite lumière, mais réelle, sur les objets qui l'entourent.
Mais si ceux qui sont appelés à être le sel apportent eux-mêmes dans le monde la haine et la tentation ? Qui sera lumière pour nous si nous ne brillons pas ? Avec quoi salera-t-on le sel si toute sa saveur a disparu ? Nous sommes habitués au fait que nous ne sommes pas saints. D'où donc viendra la sainteté ?
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
Comment les hommes ont-ils découvert les propriétés utiles du sel? D’abord, sans doute, par instinct, car les animaux aussi lèchent le sel quand ils en trouvent. Puis par le goût: de petites quantités de sel rendent la nourriture meilleure. Ensuite, en salant les aliments à l’avance, ils ont découvert l’effet conservateur du sel. Peut-être que tout ne s’est pas passé ainsi, mais le sel possède réellement plusieurs propriétés très utiles pour les hommes, qui en faisaient presque une chose précieuse autrefois.
Plusieurs fois, Jésus utilise dans Ses prédications l’image du sel. Dans ce que nous avons lu aujourd’hui, le plus important est sans doute cette pensée: il y a le sel lui-même comme degré suprême de salinité; tout manque de sel peut être corrigé par lui, mais si le sel lui-même «perd sa force», alors rien ne peut plus y remédier. Il existe quelque chose d’absolument nécessaire à notre vie: les relations avec Dieu. Tout le reste peut être «salé», recevoir son sens, à travers ces relations; mais si ces relations sont perdues, rien ne peut les remplacer. C’est pourquoi Jésus appelle Ses disciples à garder ce «sel», ces relations avec Dieu, et l’envers de ces relations se révèle être de justes relations les uns avec les autres: la paix.
42 « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
44 ]. |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne [ |
46 ]. |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
1 Partant de là, il vient dans le territoire de la Judée et au-delà du Jourdain, et de nouveau les foules se rassemblent auprès de lui et, selon sa coutume, de nouveau il les enseignait. |
Tout ce que Jésus a dit nous fait sans aucun doute réfléchir. Mais parmi Ses paroles, certaines, à première vue, ne suscitent que la perplexité. Par exemple, la méthode qu’Il propose pour lutter contre les tentations. Il ne s’agit même pas du fait que, si les disciples du Sauveur avaient suivi littéralement les paroles de leur Maître, il ne serait probablement resté parmi les chrétiens aucun homme ayant deux mains, deux pieds et deux yeux. Il s’agit du fait que, même en comprenant Ses paroles de manière allégorique, même en les recevant comme une image artistique concise et précise, il n’est pas facile du tout de mettre en pratique Son conseil. Car, au fond, l’accomplir signifie renoncer à soi-même, à une certaine partie de son propre être. Mais il semble que cette manière de lutter contre son propre péché soit parfois réellement la seule possible. Que reste-t-il d’autre lorsque le péché imprègne tellement certains des principes qui nous constituent que la seule manière de l’éviter est de renoncer à ces principes ? C’est comme une tumeur cancéreuse : l’opération s’avère souvent lourde, mais elle reste néanmoins le seul moyen de sauver la vie du malade. Et le Sauveur n’hésite pas : si l’opération est nécessaire, il faut la pratiquer. Et le plus vite possible.
42 « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas [ |
44 ]. |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne [ |
46 ]. |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. » |
1 Partant de là, il vient dans le territoire de la Judée et au-delà du Jourdain, et de nouveau les foules se rassemblent auprès de lui et, selon sa coutume, de nouveau il les enseignait. |
Aujourd’hui, dans l’Évangile selon Marc, nous lisons des paroles du Christ comme adressées spécialement à notre temps. Le fait est que, dans la vie, il y a beaucoup de choses qui, d’une manière ou d’une autre, nous entraînent vers le péché. En règle générale, face à ces tentations, nous nous permettons beaucoup de choses inadmissibles. Dieu disait déjà à Caïn: «le péché est tapi à ta porte; il te désire, mais toi, domine-le» (Gn 4:7). Et dans le passage d’aujourd’hui, le Seigneur dit la même chose. Il nous appelle à renoncer, à nous libérer de ce qui nous entraîne à commettre le péché. Non pas à nous justifier en disant que nous ne pouvons pas résister à nos «besoins naturels», mais à nous en libérer.
Au IVe siècle, dans l’Empire romain, les mœurs n’étaient pas meilleures que dans notre monde aujourd’hui. La plupart des gens pensaient qu’il était impossible de résister à la soif des plaisirs de la chair, au désir de richesse et à la recherche du succès dans la vie et du pouvoir. Et le Seigneur appela un Égyptien nommé Antoine à renoncer à tout cela, afin que nous voyions que les tentations d’une époque peuvent être vaincues. Ainsi naquit le monachisme, qui, par le célibat, la pauvreté et l’obéissance, nous témoigne à tous que les paroles du Christ lues aujourd’hui sont réalisables.
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
Que d'événements en un seul épisode : le jugement sévère porté par Jésus sur Ses plus proches disciples, la guérison d'un possédé, le rappel aux disciples de la mort qui attend le Sauveur. Quel lien y a-t-il entre eux ? Le lien entre la guérison et les paroles de Jésus sur l'incapacité des disciples à guérir le possédé est évident ; mais qu'en est-il des paroles concernant Sa mort sur la croix, que Jésus adresse aux apôtres, semble-t-il, peu après l'épisode du possédé ? On peut bien sûr rapprocher les deux, ne serait-ce que parce qu'il s'agit, dans les deux cas, de l'incompréhension des disciples devant certaines réalités fondamentales pour la vie spirituelle, pour la vie dans le Royaume. Sans la Résurrection, le Royaume ne peut exister, pas plus qu'il ne peut exister sans la prière, sans cette orientation constante vers Dieu. Mais il y a aussi un lien plus profond : au fond, dans les deux cas, on peut dire que c'est le Royaume lui-même qui manque dans la vie des disciples, cette plénitude de sa vie sans laquelle on ne peut aider ni guérir personne. Ni s'aider soi-même : un jour viendra où tous les apôtres, sans exception, perdront toute espérance en ce triomphe du Royaume dont ils semblaient pourtant avoir été témoins si récemment, lorsqu'ils étaient auprès du Maître. Mais il en va de même pour le possédé : tant que le Maître est là, tout va bien ; puis Il n'est plus là, et… Sans doute n'est-il pas si simple de participer à la vie du Royaume. Il ne suffit pas de le percevoir, même à plusieurs reprises. Quelque chose doit changer dans l'homme lui-même, comme cela a changé chez les apôtres bien plus tard, le jour de la Pentecôte. Pour que la vie dans le Royaume devienne la norme, et non un épisode. Peut-être est-ce cela seul que l'on peut appeler le salut au plein sens du mot.
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
« Tout est possible à celui qui croit. » Mais qu’est-ce que ce « tout » ? Tout ce que je veux ? Tout ce que Dieu veut ? Tout ce dont Lui et moi avons besoin ? C’est tout à fait obscur. C’est précisément par une réflexion sur ce passage que Martin Buber commence son livre Deux types de foi. « Ce récit est entièrement construit, selon le modèle de l’Ancien Testament, autour de deux mots clés : “croire” et “pouvoir”. Les deux mots sont répétés avec insistance, encore et encore, afin de faire comprendre au lecteur qu’il doit recevoir ici, une fois pour toutes, un enseignement sur le rapport entre deux états essentiels de l’existence humaine : “croire” et “pouvoir” », écrit-il. Mais je ne peux pas faire de miracles, et ma foi est un miracle que je ressens comme une donnée. Pourtant, je ne peux pas sortir par la fenêtre et marcher dans les airs. Où se croisent ce « croire » et ce « pouvoir » ? Car ce n’est pas « tout » : leur intersection n’embrasse pas tout ce qui est concevable. Je ne peux pas aller à l’hôpital et empêcher un enfant de mourir d’un cancer, bien que je sente en moi la plus grande foi qui soit, qui ait jamais été et qui sera jamais. Parfois, je ne peux même pas aller payer le traitement, parce que je n’ai pas d’argent — et il ne s’agit pourtant plus du tout d’un miracle de guérison. Alors, pourquoi « tout est-il possible à celui qui croit » ?! Buber poursuit : « Dans l’histoire de Simon le Mage, qui appartient à un domaine voisin de celui du Nouveau Testament, cela est montré de façon très frappante. Simon, conscient de sa foi dans le fait qu’il est “la grande puissance de Dieu”, a la certitude de pouvoir voler. Il se brise le cou en sautant du sommet de la colline du Capitole, en présence de Néron et de son entourage. » Mais cette histoire nous en rappelle une autre : celle des tentations du Christ. Voilà donc ce qu’est ce « tout » : tout l’espace où se croisent « croire » et « pouvoir », à l’exception du lieu où nous mettons Dieu à l’épreuve ; Le mettre à l’épreuve signifie que nous n’aimons déjà plus. C’est difficile à comprendre, peut-être impossible, mais il est nécessaire de le vivre.
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
Aujourd'hui nous lisons parmi les paroles du Christ les plus difficiles à comprendre, qui troublent le lecteur : "Ô génération incrédule ! jusqu'à quand serai-je avec vous ? jusqu'à quand vous supporterai-je ?". La génération incrédule, ce ne sont pas des traîtres, mais des gens sans foi et sans assurance. Ceux dont l'esprit et le coeur, dès qu'ils entreprennent quelque chose, sont déjà certains qu'il est impossible de l'accomplir. Ceux qui, derrière des accusations, des critiques et des reproches constants, cachent leur faiblesse, leur froideur et leur paresse. Ceux qui ne peuvent pas reconnaître leur faiblesse et leur aveuglement ni faire confiance aux hommes et à Dieu. Ceux qui ont perdu le lien avec Dieu et demeurent sans cesse dans la dépression et la mauvaise humeur.
Dans un tel état, peu de gens peuvent même reconnaître en eux cet état. Mais l'un de ceux qui étaient atteints par cet abattement s'est écrié : "Je crois, Seigneur ! viens au secours de mon incrédulité". Il a vu dans le Christ celui qui a la puissance, celui qui seul peut aider. Et son "je crois !" est la parole d'un homme qui, dans sa souffrance, cherche et trouve un appui dans le regard, les paroles et les actes du Christ. Et il sait qu'il Lui demande de l'aider parce qu'il ne connaît pas d'autre moyen. Il voit dans son âme l'absence de foi et de confiance. Il ne veut pas être un intermédiaire, il ne peut pas tenir debout par lui-même. Mais il ne demande pas pour lui, il demande pour un autre.
Et le Christ guérit à sa demande le possédé. Puis Il dit que cette espèce est chassée par le jeûne et la prière. Et Il parle ici de la manière d'acquérir la foi, non de la raison pour laquelle les disciples n'ont pas pu guérir.
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
Les chrétiens anciens, en établissant l'ordre des lectures ecclésiales, ont très probablement fixé le passage lu aujourd'hui de l'Évangile selon Marc pour ce dimanche du Grand Carême à cause des paroles du Christ: «Cette espèce ne sort que par la prière et le jeûne». De ces paroles du Sauveur découle d'elle-même la conclusion que la prière et le jeûne ne sont pas seulement des moyens importants, mais parfois irremplaçables, de la vie spirituelle de l'homme. Il faut toutefois garder à l'esprit, bien sûr, que le mot «jeûne» (comme la phrase analogue de l'Évangile selon Matthieu) est ici une interpolation byzantine relativement tardive, et que, dans l'original, l'évangéliste Marc a très probablement écrit: «cette espèce ne sort par rien, sinon par la prière».
Néanmoins, la question de savoir pourquoi on ne peut pas se contenter, dans la vie spirituelle, de quelque chose de plus commode paraît à première vue assez naturelle. Cependant les paroles du Christ mettent exactement les accents à leur place, car sans prière tu peux t'occuper de perfectionnement moral ou de charité, mais ce ne sera guère une vie spirituelle.
Mais dans le récit de l'évangéliste Marc, il y a des paroles qui sont peut-être non moins importantes pour nous dans nos relations avec Dieu. Ce sont les paroles du père de l'adolescent possédé: «Je crois, Seigneur, viens en aide à mon incrédulité». Sans doute aucun de nous n'osera dire qu'il croit «entièrement et pleinement». Le mouvement constant de la confiance vers la certitude et l'espérance par l'accumulation de l'expérience de la foi est une composante naturelle et, j'ose le dire, nécessaire de la vie spirituelle. Et en cela, il nous est très important de savoir que nous pouvons ne pas cacher notre incrédulité en jouant honteusement le rôle d'un hypothétique homme assuré. L'exemple de cet homme dit que nous pouvons apporter au Christ notre faiblesse dans la foi et trouver auprès de Lui-même aide et affermissement.
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
Dans le récit de la guérison du garçon épileptique, le mot «incrédulité» retentit deux fois, si bien qu'il devient une sorte de refrain inquiétant, tout simplement la dominante du récit. Jésus adresse ces paroles, semble-t-il, à tous, et non pas précisément au père du garçon; pourtant c'est lui le principal destinataire sur qui tombe tout le poids de ces paroles. Et le père reconnaît humblement en lui l'incrédulité, bien que, songez-y seulement, cela lui fût très difficile. Pour nous, les paroles sur l'incrédulité résonnent comme quelque chose d'ordinaire. Nous avons déjà traversé l'époque postmoderne avec les mots de Hermann Hesse selon lesquels la foi et le doute se conditionnent mutuellement comme l'inspiration et l'expiration; mais alors, «incrédulité» sonnait terriblement.
Le Christ ressuscité «leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de coeur» (Mc 16:14). Le Seigneur Lui-même assimile l'incrédulité à la dureté de coeur. Et même à quelque chose de pire que la dureté de coeur, car l'apôtre Paul demande: «Quel accord entre le Christ et Bélial? Ou quelle part le fidèle a-t-il avec l'infidèle?» (2 Co 6:15 - c'est-à-dire que le fidèle et l'infidèle diffèrent autant que le Christ et le diable. Nous devons le comprendre, le ressentir, afin de comprendre ce qu'ont vécu le père du garçon et les disciples, à qui ces paroles étaient aussi adressées. Car nous sommes habitués à la tolérance religieuse des intellectuels, et ces dernières années, dans notre pays, on s'est même mis à respecter d'une façon particulière les athées comme des gens qui ne se sont pas joints à la majorité, à la foule, à la masse.
Mais «si nous sommes infidèles, Lui demeure fidèle» (2 Tm 2:13) C'est pourquoi la guérison s'accomplit. Les paroles suivantes attirent l'attention: «Et Il leur dit: cette espèce ne peut être chassée par rien, sinon par la prière». On ne comprend pas: par quoi auraient-ils donc pu essayer de la chasser? Car le Christ ne leur enseignait ni la médecine ni la magie, et tous ceux qui entendaient ces paroles comprenaient qu'ils avaient essayé de la chasser par la prière. Mais Il leur fit comprendre très simplement, et d'une manière qui ne souffrait pas d'objection, que toute prière ne peut pas être appelée prière.
14 En rejoignant les disciples, ils virent une foule nombreuse qui les entourait et des scribes qui discutaient avec eux. |
15 Et aussitôt qu’elle l’aperçut, toute la foule fut très surprise et ils accoururent pour le saluer. |
16 Et il leur demanda : « De quoi disputez-vous avec eux ? » |
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l’interroger. |
L’épisode de la guérison d’un homme possédé, de sa libération du pouvoir des forces ténébreuses, est remarquable par un détail sur lequel l’évangéliste attire particulièrement l’attention. Il écrit que les disciples de Jésus ne pouvaient pas chasser le démon de l’homme qu’il possédait, et que seul le Sauveur lui-même y parvint. Ses paroles sur une génération incrédule («race») sont souvent comprises comme adressées aux proches de l’homme possédé, et d’abord à son père, qui avait amené son fils aux disciples de Jésus.
Cependant, la question du destinataire de ces paroles reste ouverte: elles pouvaient tout autant s’adresser aux disciples, qui n’avaient pas réussi à faire ce qu’ils avaient déjà eu à faire plus d’une fois, au moins lors de la mission à laquelle le Maître les avait envoyés autrefois. Alors, pendant cette mission, ils avaient dû chasser des démons, libérer des possédés du pouvoir des forces ténébreuses. C’est peut-être précisément pour cette raison que le père du possédé s’adresse à eux: des rumeurs lui étaient sans doute parvenues au sujet des guérisons accomplies par les disciples de cet Homme mystérieux.
Il apparut pourtant que les disciples n’étaient pas aussi forts qu’on le racontait, et il ne restait alors qu’à s’adresser à leur Maître: si lui non plus ne pouvait pas aider, l’affaire était désespérée. Jésus, bien sûr, y parvient, et prononce ces paroles mêmes sur la génération incrédule. Plus tard, les disciples lui demandent: pourquoi donc n’avons-nous pas réussi? La question était légitime: ils se souvenaient bien qu’auparavant ils réussissaient, et ils devaient percevoir leur échec comme une regrettable faute dont il fallait connaître la cause afin d’éviter à l’avenir ce genre d’erreurs. Jésus, en réponse, parle de la prière, sans laquelle rien ne réussira.
Dans les éditions tardives du texte évangélique, à la prière s’ajoute la mention du jeûne, absente des éditions anciennes; mais cet ajout, qui existait probablement au départ sous forme de note marginale, ne change rien d’essentiel: le jeûne n’a de sens que lorsqu’il favorise une prière plus intense. Le sens de la réponse est clair: la principale erreur des disciples fut d’avoir pensé qu’ils avaient déjà atteint quelque chose, reçu quelque chose, acquis une nouvelle qualité de vie spirituelle désormais inaliénable. Jésus leur dit que ce n’est pas le cas, que toutes leurs avancées ne sont possibles que dans le contexte d’une dynamique spirituelle continue, liée à une prière elle aussi continue: alors seulement les miracles, les guérisons et l’expulsion des esprits mauvais sont possibles.
Dès que l’homme s’arrête spirituellement, dès qu’il sort de cette dynamique spirituelle, il perd tout et devient tout à fait impuissant, comme les disciples devant le possédé. Rien d’étonnant: les miracles et les guérisons ne sont possibles que par la force du Royaume et par son souffle, et ceux-ci n’existent que dans une dynamique continue, qui à son tour n’est possible que dans des relations conscientes et continues avec le Christ. Ce n’est pas par hasard que Jésus parle d’une génération incrédule: ce sont précisément de telles relations qui s’appellent la foi, celle qui a manqué aux disciples.
14 En rejoignant les disciples, ils virent une foule nombreuse qui les entourait et des scribes qui discutaient avec eux. |
15 Et aussitôt qu’elle l’aperçut, toute la foule fut très surprise et ils accoururent pour le saluer. |
16 Et il leur demanda : « De quoi disputez-vous avec eux ? » |
17 Quelqu’un de la foule lui dit : « Maître, je t’ai apporté mon fils qui a un esprit muet. |
18 Quand il le saisit, il le jette à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables » — |
19 « Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. » |
20 Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant. |
21 Et Jésus demanda au père : « Combien de temps y a-t-il que cela lui arrive ? » — « Depuis son enfance, dit-il ; |
22 et souvent il l’a jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » — |
23 « Si tu peux !... reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. » |
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » |
25 Jésus, voyant qu’une foule affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. » |
26 Après avoir crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : « Il a trépassé ! » |
27 Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. |
28 Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? » |
29 Il leur dit : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » |
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l’interroger. |
Après avoir vu la gloire de Jésus transfiguré, les disciples « redescendent du ciel sur la terre », au sens propre comme au sens figuré. Ils voient l'impuissance de leurs frères, incapables d'aider le malheureux jeune homme ; ils voient comment le manque de foi les domine, eux et le père du garçon, plus fortement que n'importe quel démon. Et en effet, la foi est un don : on ne peut pas l'accumuler, on peut la perdre en un instant, et elle peut manquer au moment le plus important de la vie. La voix du Christ semble presque désespérée : « Si tu peux seulement croire un peu... »
Mais même lorsqu'il ne reste pas la moindre parcelle de foi, le Christ ne disparaît pas. Il est la réalité objective, bien plus réelle que tous nos obscurcissements. C'est pourquoi nous pouvons toujours Lui crier : « Aide-moi, je ne peux pas, je ne sais pas croire, mais Tu es près de moi, Tu aimes, Tu peux aider ! »
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