Aucun choix, aucun acte, aucune décision prise et exécutée ne demeure sans conséquences. L'histoire d'Abimélek, qui décida de conclure une alliance avec Abraham, eut aussi ses conséquences. Le récit mentionne brièvement une altercation entre les bergers d'Abraham et ceux d'Abimélek à cause d'un puits : dans la steppe de Samarie, où l'eau était une ressource bien plus rare que les pâturages (à l'époque la Samarie était une steppe sèche, non un désert comme aujourd'hui), c'était une affaire assez ordinaire. Abimélek est un homme franc ; il ne veut pas de conflits avec Abraham, un homme dont, d'après son expérience, on ne sait absolument pas à quoi s'attendre, et Abimélek veut formaliser ses relations avec lui afin d'éviter l'incertitude à l'avenir. L'alliance est aussi avantageuse pour Abraham : aux yeux d'Abimélek, il acquiert ainsi un statut juridique tout à fait concret, lui permettant à l'avenir de prétendre, dans ses possessions, à l'attitude correspondante envers lui.
Dieu sait utiliser les difficultés dans les relations entre les hommes pour accomplir ses desseins : pendant l'histoire d'Abimélek et de la femme d'Abraham, que celui-ci avait présentée comme sa soeur, Dieu a non seulement fait comprendre à Abraham et à Abimélek qui il est, mais il a aussi réglé leurs relations pour l'avenir. Une autre histoire s'est poursuivie également : l'histoire de la concubine jadis proposée à Abraham par Sara, l'histoire d'Agar, qui avait enfanté celui que Sara était prête à considérer comme fils et héritier, mais seulement jusqu'au jour où elle eut son propre fils. Tout ce qui suit s'explique par une jalousie et une rivalité simples : ni la concubine ni son fils ne sont désormais nécessaires, et on les chasse tout simplement dehors.
Dieu, lui, « démêle » de nouveau la situation, non seulement en sauvant Agar et son fils, mais aussi en trouvant une place sur la terre pour deux peuples, pour les descendants d'Isaac et pour les descendants d'Ismaël. La situation se répète encore et encore : l'homme, en cherchant à « accomplir la volonté de Dieu », crée avec succès des problèmes de toutes pièces ; Dieu, avec non moins de succès, les résout pour son peuple, mais la première chose, cela va de soi, est bien plus simple que la seconde.
