Les chrétiens anciens, en établissant l'ordre des lectures ecclésiales, ont très probablement fixé le passage lu aujourd'hui de l'Évangile selon Marc pour ce dimanche du Grand Carême à cause des paroles du Christ: «Cette espèce ne sort que par la prière et le jeûne». De ces paroles du Sauveur découle d'elle-même la conclusion que la prière et le jeûne ne sont pas seulement des moyens importants, mais parfois irremplaçables, de la vie spirituelle de l'homme. Il faut toutefois garder à l'esprit, bien sûr, que le mot «jeûne» (comme la phrase analogue de l'Évangile selon Matthieu) est ici une interpolation byzantine relativement tardive, et que, dans l'original, l'évangéliste Marc a très probablement écrit: «cette espèce ne sort par rien, sinon par la prière».
Néanmoins, la question de savoir pourquoi on ne peut pas se contenter, dans la vie spirituelle, de quelque chose de plus commode paraît à première vue assez naturelle. Cependant les paroles du Christ mettent exactement les accents à leur place, car sans prière tu peux t'occuper de perfectionnement moral ou de charité, mais ce ne sera guère une vie spirituelle.
Mais dans le récit de l'évangéliste Marc, il y a des paroles qui sont peut-être non moins importantes pour nous dans nos relations avec Dieu. Ce sont les paroles du père de l'adolescent possédé: «Je crois, Seigneur, viens en aide à mon incrédulité». Sans doute aucun de nous n'osera dire qu'il croit «entièrement et pleinement». Le mouvement constant de la confiance vers la certitude et l'espérance par l'accumulation de l'expérience de la foi est une composante naturelle et, j'ose le dire, nécessaire de la vie spirituelle. Et en cela, il nous est très important de savoir que nous pouvons ne pas cacher notre incrédulité en jouant honteusement le rôle d'un hypothétique homme assuré. L'exemple de cet homme dit que nous pouvons apporter au Christ notre faiblesse dans la foi et trouver auprès de Lui-même aide et affermissement.
