12 Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts? |
13 S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. |
14 Mais si le Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. |
15 Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. |
16 Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. |
17 Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi; vous êtes encore dans vos péchés. |
18 Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. |
19 Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. |
En poursuivant son propos sur la Résurrection, Paul relie la résurrection universelle à la fin des temps à la résurrection du Sauveur Lui-même. Il dit : comment pouvez-vous affirmer qu'il n'y aura pas de résurrection des morts, alors que vous avez sous les yeux un exemple visible qui confirme le contraire, la résurrection du Sauveur Lui-même (v. 12-16) ?
Au premier abord, de tels doutes dans le milieu chrétien peuvent paraître tout à fait impossibles. Mais si l'on suppose qu'il y avait dans l'Église de Corinthe beaucoup d'anciens païens récemment convertis au Christ, la situation devient plus compréhensible. Le fait est que, dans le monde païen, les représentations de l'immortalité de l'âme étaient beaucoup plus répandues que celles de la résurrection. À l'époque de Paul, la plupart des païens religieux croyaient à une vie après la mort, mais l'au-delà n'était plus associé pour eux au monde des ombres, où tous arrivent indépendamment de la manière dont ils ont vécu sur terre, mais à l'immortalité de l'âme, dans laquelle la personne se conserve entièrement ou presque entièrement, de sorte que l'âme après la mort peut éprouver jouissance ou souffrance selon la vie menée par son possesseur dans le monde des vivants.
Or la Bible ne dit rien, ou presque rien, d'un tel au-delà, pas plus que de l'immortalité de l'âme ; elle concentre toute son attention sur le Jugement et sur la résurrection universelle à la fin des temps. Mais l'apôtre n'attire pas l'attention de ses lecteurs sur cette divergence. Il parle d'autre chose : renoncer aux représentations juives traditionnelles du Jugement et de la résurrection universelle, les remplacer par une doctrine païenne de l'immortalité de l'âme, signifie aussi renoncer au Royaume apporté dans le monde par le Sauveur (v. 17). Si l'immortalité de l'âme suffit, si les païens ont raison, alors le monde restera pour toujours tel qu'il est, et ceux qui cherchent une vie meilleure et une justice supérieure recevront ce qu'ils désirent à leur tour, après la mort. Alors il n'y a pas de Royaume, et il n'en faut pas. Mais ce n'est déjà plus le christianisme. Car Jésus est venu dans le monde pour donner à ceux qui cherchent le Royaume dans toute sa plénitude, et non quelque béatitude d'outre-tombe qui deviendrait un refuge éternel pour une âme fuyant le monde. Et si l'on ne vit pas dans le Royaume et si on ne le cherche pas, cela n'a pas de sens de suivre le Christ. Il ne donnera à ceux qui Le suivent rien qui puisse les rendre heureux dans les limites de notre monde non transfiguré et gisant dans le mal (v. 18-19). Il ne peut donner aux fidèles que le Royaume. Et seulement dans toute sa plénitude. Et non pas un jour après la mort, mais ici et maintenant.
12 Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts? |
13 S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. |
14 Mais si le Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. |
15 Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. |
16 Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. |
17 Et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi; vous êtes encore dans vos péchés. |
18 Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. |
19 Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. |
Il se trouve que, dans notre langage courant, le mot foi désigne l'opinion que Dieu existe, comme si l'on pouvait en douter. Mais l'apôtre Paul donne à ce mot un sens tout différent : Jésus de Nazareth, crucifié sur le bois, est ressuscité d'entre les morts. Tout le reste a, en substance, été dit par Jésus Lui-même, et notre confiance en Ses paroles repose sur la foi en Sa Résurrection.
C'est pourquoi nous nous tournons vers Lui dans la prière : Il est vivant et, par conséquent, Il nous entend. C'est pourquoi nous recherchons Son autorité : Il est vivant et fait paître Ses brebis. C'est pourquoi nous attendons notre dernière heure avec espérance : Il est vivant et nous Le verrons. C'est pourquoi nous acceptons ce qui nous échoit dans la vie : Il est vivant et Il est avec nous tous les jours jusqu'à la fin du monde. C'est pourquoi nous nous nourrissons de Sa Chair et de Son Sang : c'est la Chair et le Sang de Celui qui ne mourra plus jamais, mais qui vivra—en nous.
12 Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts? |
Que la mort physique ne soit nullement la fin de l'existence de l'homme, les hommes s'en doutaient depuis les temps les plus reculés. Certaines représentations de l'après-mort existaient déjà chez les hommes à l'époque paléolithique. Mais lorsqu'il s'agit du christianisme, il est question non d'après-mort, mais de quelque chose de qualitativement autre : la résurrection. La différence pourrait sembler faible. Mais ce n'est vrai qu'au premier regard. En effet, toute représentation de l'après-mort, de l'existence après la mort d'une ombre ou d'une âme, suppose qu'après la mort physique, l'homme ne vit plus d'une vie pleine.
Depuis la représentation la plus ancienne du monde des ombres, du royaume des morts, où tous sont égaux et où il n'y a qu'un semblant de vie, jusqu'aux doctrines de la rétribution après la mort, d'un bon ou d'un mauvais au-delà, caractéristiques de civilisations telles que l'égyptienne ou la grecque, la distance spirituelle, et même historique, est très grande. Mais même les idées propres à la philosophie grecque sur l'immortalité de l'âme ne supposaient pas une vie pleine après la mort : de l'homme ne restait que l'âme, que la pensée et la conscience de soi, tandis que tout le reste demeurait sur la terre avec le corps abandonné au moment de la mort.
Certes, ce n'est pas le monde des ombres, où la conscience luit à peine et où il n'y a place ni pour la pensée ni pour la mémoire ; mais on ne peut tout de même pas parler ici de vie, même dans cette plénitude très relative qui est propre à l'homme déchu dans le monde déchu. D'ailleurs, pour les philosophes grecs, dont beaucoup considéraient, à la suite de Platon, le corps seulement comme la prison de l'âme, cette incomplétude était préférable à la vie dans le corps.
La Bible, dès le commencement, oriente l'homme non pas tant vers l'existence après la mort que vers le dépassement complet de la mort. Ce n'est pas étonnant : aucun des auteurs des livres bibliques ne regarde le corps comme une prison de l'âme. Et pour eux, la plénitude de la vie suppose la vie dans le corps.
Mais, comme on le voit, aux anciens païens qui s'étaient tournés vers le Christ, un tel regard paraissait étrange. Ils se représentaient peut-être le Royaume comme une demeure de bonnes âmes, quelque chose comme le paradis orthodoxe ou catholique médiéval. Paul ne se lasse pas de leur rappeler que le Royaume n'est ni paradis, ni Élysée, ni champs d'Osiris. Le Royaume est une vie nouvelle dans toute sa plénitude, spirituelle et corporelle. Dans la même plénitude que celle où s'est ouverte aux fidèles la plénitude de la vie du Christ ressuscité.
12 Or, si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts? |
Dès même les premiers temps les gens devinaient du fait que la mort physique n’est pas du tout la fin de l'existence de l’homme. Quelques idées sur la mort étaient déjà aux gens à l'époque paléolithique. Mais, quand ça concerne le Christianisme, il ne s’agit pas de la mort, mais de quelque chose de qualitativement différent — de la résurrection. Semblerait-il la différence n’est pas grande. Mais il semble ainsi seulement à première vue. En effet, toute représentation sur la mort, que ce soit sur l'existence post-mortem de l'ombre, ou les âmes suppose que l’homme ne vivra déjà plus une vie pleine après la mort physique.
Certes, la distance est très grande entre la représentation de l’antiquité sur le monde des ténèbres, sur le royaume de la mort, où tous sont égaux et où il y a seulement une ressemblance de la vie, et les doctrines des récompenses posthume, de la bonne et de la mauvaise mort, typique pour de telles civilisations, comme la civilisation égyptienne ou grecque, spirituelle, et même historique. Mais même les idées propres à la philosophie grecque de l’immortalité de l’âme ne supposaient pas une vie pleine après la mort : car il restait de l’homme seulement l'âme, seulement l'idée et la conscience, et tout le reste restait dans la terre avec le corps quitté au moment de la mort. Certes, ce n’est pas le monde des ténèbres, où la conscience point à peine et où il n'y a pas de place ni pour les idées, ni pour les mémoires, mais tout de même on ne peut parler ici de la vie ne serait-ce dans sa plénitude très relative, qui est propre à l’homme déchu dans le monde déchu.
D'ailleurs, pour les philosophes grecs, desquels plusieurs après Platon considéraient le corps seulement comme la prison de l’âme, une telle insuffisance était plus préférable à la vie dans le corps. Mais voici la Bible dès le début oriente l’homme pas tant sur l'existence après la mort, autant sur l’aversion complète de la mort. Cela ce n'est pas étonnant : car personne des auteurs des livres bibliques ne regarde le corps comme une prison de l’âme. Et la plénitude de la vie pour eux suppose la vie dans le corps.
Mais, comme on voit, un tel regard semblait étrange aux païens récemment convertis à Christ. Ils imaginaient probablement le Royaume comme une certaine habitation des âmes pieuses, quelque chose comme le paradis médiéval orthodoxe ou catholique. Mais Paul ne se fatigue pas de leur rappeler que le Royaume n’est ni le paradis, ni l’Elysium et ni le terrain d’Osiris. Le Royaume est une nouvelle vie dans toute sa plénitude, spirituelle et corporelle. Dans cette même plénitude, que s'est révélée la vraie plénitude de la vie du Christ ressuscité.
13 S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité. |
14 Mais si le Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. |
Pour Paul, la résurrection du Christ d'entre les morts est la pierre angulaire de tout le christianisme. D'ailleurs, le christianisme, à toutes les époques, s'est fondé précisément sur la foi en la résurrection d'entre les morts de chaque homme, ainsi que sur le fait que ce processus a commencé par la résurrection du Sauveur. Il ne s'agit pas seulement du fait que, s'il n'y a pas de vie après la mort, la vie terrestre de l'homme devient à bien des égards dépourvue de sens.
La foi en l'immortalité de l'âme et en la rétribution après la mort était propre, dans l'Antiquité, aux Égyptiens, en partie aux Grecs et à certains autres peuples. Mais la Bible parle d'autre chose. Il ne s'agit pas ici qu'une partie, même essentielle, de la personne humaine subsiste après la mort et que l'homme continue ainsi à vivre en se souvenant de lui-même et en ayant conscience de lui-même.
La Bible parle de plus grand : elle parle de résurrection, du retour à la vie de l'homme tout entier, et à une vie pleine, non partielle et limitée, comme le serait inévitablement la vie de l'âme seule ; car malgré toute son importance, celle-ci n'est qu'une partie de la personne humaine, non la personne tout entière. Mais pour que la résurrection de l'homme devienne possible, le monde devait changer. La mort et le mal qui l'a engendrée devaient être expulsés du monde où ils étaient entrés après la chute.
Le monde devait redevenir le Royaume de Dieu, comme il l'était déjà au premier jour de la création : alors, ce premier jour, il n'y avait dans le monde ni ténèbres ni mal ; il était tout entier traversé par la lumière de la présence de Dieu, qui en faisait le Royaume du Dieu vivant et absolument réel. Et Dieu veut voir le monde précisément ainsi ; Il ne consent à rien de moins. L'homme, conformément à Son dessein, doit devenir l'habitant de ce monde, y recevant une plénitude de vie aujourd'hui impensable.
Et le centre de ce processus fut la résurrection du Christ d'entre les morts. Le salut de l'homme consiste à entrer dans la résurrection universelle ; sinon, il devra oublier le Royaume. L'apôtre comprend parfaitement tout cela et ne se lasse pas de le rappeler aux autres : rester à l'écart de ce qui advient signifie tout perdre. Alors le christianisme perd lui aussi tout sens, devenant une religion, une doctrine, bref quelque chose qui, en soi, ne peut pas faire participer à la vie du Royaume. Et vivre de discours sur le Royaume sans y aller signifie vraiment être le plus malheureux des hommes.
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