L'histoire du figuier desséché à la parole du Sauveur est une démonstration visible de ce qu'est la force spirituelle et d'où elle vient. Le verdict peut paraître injuste...
L'histoire du figuier desséché à la parole du Sauveur est une démonstration visible de ce qu'est la force spirituelle et d'où elle vient. Le verdict peut paraître injuste : le temps des fruits n'était pas encore venu, et certains évangélistes le notent même spécialement. Selon les lois du monde déchu, il en est bien ainsi ; mais avec le Christ, toute la plénitude du Royaume s'approche du figuier : sa force, son amour, sa vie. L'homme est libre de choisir, mais on ne peut pas en dire autant de l'arbre : soit il devient une partie du Royaume, et dans le Royaume les arbres, selon le témoignage du prophète, portent du fruit toute l'année sans interruption, soit il périt, il meurt, privé de la vie qu'il n'a pas accueillie. Pourquoi une telle chose est-elle possible, c'est une question qui reste pour l'instant sans réponse, l'un des tristes mystères du monde déchu, gisant dans le mal.
Peut-être s'agit-il de savoir demeurer entièrement et pleinement dans le moment présent, dans ce « ici et maintenant » où seul le contact du temps qui s'écoule dans cette dimension avec la plénitude des temps du Royaume et avec l'éternité de Dieu est possible. Or le monde déchu, en un certain sens, reste constamment en retard sur lui-même, sur son être, sur la dynamique de sa propre existence. La manifestation la plus connue de ce retard est l'entropie : c'est elle qui ne permet pas au monde déchu d'exister au rythme du temps que Dieu lui a fixé.
La manifestation de l'entropie en un point concret de la création peut placer ce point hors de l'action spirituelle qui s'exerce sur lui dans le temps de Dieu ; alors il se trouve hors du monde de Dieu. La même chose peut arriver à l'homme s'il tombe hors du présent de Dieu, en laissant l'entropie spirituelle s'emparer de son cœur et de son âme. La sortie de la dynamique de Dieu commence toujours par la perte de confiance en Dieu ; puis elle entraîne inévitablement l'immersion du « moi » spirituel de l'homme dans son propre psychisme, et avant tout dans les vieilles blessures psychiques, les traumatismes et les offenses, qui empêchent d'ailleurs d'ordinaire de pardonner ces offenses à celui qui les a infligées.
Au niveau social, l'entropie spirituelle se manifeste notamment dans ce triomphe de la forme sur le sens spirituel, de la coutume sur le contenu de la vie spirituelle, contre lequel Jésus lutte en chassant les marchands du Temple. Ils n'y avaient bien sûr pas leur place, et la Torah interdit le commerce dans la cour du Temple ; mais la coutume établie se révèle plus forte même que les prescriptions de la Torah, surtout lorsqu'on s'y habitue et qu'elle devient partie de la tradition. C'est contre cette tradition avec une minuscule que Jésus s'élève : Il comprend où se trouvent les racines spirituelles de ce genre de transgressions et ce que signifie le triomphe d'une telle tradition dans la vie spirituelle de la communauté.