22 Le troisième jour, on apprit à Laban que Jacob s'était enfui. |
23 Il prit ses frères avec lui, le poursuivit sept jours de chemin et l'atteignit au mont Galaad. |
24 Dieu visita Laban l'Araméen dans une vision nocturne et lui dit : Garde-toi de dire à Jacob quoi que ce soit. |
25 Laban rejoignit Jacob qui avait planté sa tente dans la montagne, et Laban planta sa tente au mont Galaad. |
26 Laban dit à Jacob : Qu'as-tu fait d'abuser mon esprit et d'emmener mes filles comme des captives de guerre ? |
27 Pourquoi as-tu fui en secret et m'as-tu abusé au lieu de m'avertir, pour que je te reconduise dans l'allégresse et les chants, avec tambourins et lyres? |
28 Tu ne m'as pas laissé embrasser mes fils et mes filles. Vraiment, tu as agi en insensé! |
29 Il serait en mon pouvoir de te faire du mal, mais le Dieu de ton père, la nuit passée, m'a dit ceci: Garde-toi de dire à Jacob quoi que ce soit. |
30 Maintenant, tu es donc parti, parce que tu languissais tellement après la maison de ton père ! Mais pourquoi as-tu volé mes dieux ? |
31 Jacob répondit ainsi à Laban : J'ai eu peur, je me suis dit que tu allais m'enlever tes filles. |
32 Mais celui chez qui tu trouveras tes dieux ne restera pas vivant : devant nos frères, reconnais ce qui est à toi chez moi, et prends-le. Jacob ignorait en effet que Rachel les avait dérobés. |
33 Laban alla chercher dans la tente de Jacob, puis dans la tente de Léa, puis dans la tente des deux servantes, et il ne trouva rien. Il sortit de la tente de Léa et entra dans celle de Rachel. |
34 Or Rachel avait pris les idoles domestiques, les avait mises dans le palanquin du chameau et s'était assise dessus; Laban fouilla toute la tente et ne trouva rien. |
35 Rachel dit à son père : Que Monseigneur ne voie pas avec colère que je ne puisse me lever en ta présence, car j'ai ce qui est coutumier aux femmes. Laban chercha et ne trouva pas les idoles. |
36 Jacob se mit en colère et prit à partie Laban. Et Jacob adressa ainsi la parole à Laban : Quel est mon crime, quelle est ma faute, que tu te sois acharné après moi ? |
37 Tu as fouillé toutes mes affaires: as-tu rien trouvé de toutes les affaires de ta maison? Produis-le ici, devant mes frères et tes frères, et qu'ils jugent entre nous deux! |
38 Voici vingt ans que je suis chez toi, tes brebis et tes chèvres n'ont pas avorté et je n'ai pas mangé les béliers de ton troupeau. |
39 Les animaux déchirés par les fauves, je ne te les rapportais pas, c'était moi qui compensais leur perte; tu me les réclamais, que j'aie été volé de jour ou que j'aie été volé de nuit. |
40 J'ai été dévoré par la chaleur pendant le jour, par le froid pendant la nuit, et le sommeil a fui mes yeux. |
41 Voilà vingt ans que je suis dans ta maison: je t'ai servi quatorze ans pour tes deux filles et six ans pour ton troupeau, et tu as changé dix fois mon salaire. |
42 Si le Dieu de mon père, le Dieu d'Abraham, le Parent d'Isaac, n'avait pas été avec moi, tu m'aurais renvoyé les mains vides. Mais Dieu a vu mes fatigues et le labeur de mes bras et, la nuit passée, il a rendu son jugement. |
43 Laban répondit ainsi à Jacob : Ces filles sont mes filles, ces enfants sont mes enfants, ce bétail est mon bétail, tout ce que tu vois est à moi. Mais que pourrais-je faire aujourd'hui à mes filles que voici et aux enfants qu'elles ont mis au monde ? |
44 Allons, concluons un traité, moi et toi..., et que cela serve de témoin entre moi et toi. |
45 Alors Jacob prit une pierre et la dressa comme une stèle. |
46 Et Jacob dit à ses frères : Ramassez des pierres. Ils ramassèrent des pierres et en firent un monceau et ils mangèrent là, sur le monceau. |
47 Laban le nomma Yegar Sahadûta et Jacob le nomma Galéed. |
48 Laban dit : Que ce monceau soit aujourd'hui un témoin entre moi et toi. C'est pourquoi il le nomma Galéed, |
49 et Miçpa, parce qu'il dit : Que Yahvé soit un guetteur entre moi et toi, quand nous ne serons plus en vue l'un de l'autre. |
50 Si tu maltraites mes filles ou si tu prends d'autres femmes en sus de mes filles, et que personne ne soit avec nous, vois : Dieu est témoin entre moi et toi. |
51 Et Laban dit à Jacob : Voici ce monceau que j'ai entassé entre moi et toi, et voici la stèle. |
52 Ce monceau est témoin, la stèle est témoin, que moi je ne dois pas dépasser ce monceau vers toi et que toi tu ne dois pas dépasser ce monceau et cette stèle, vers moi, avec de mauvaises intentions. |
53 Que le Dieu d'Abraham et le Dieu de Nahor jugent entre nous. Et Jacob prêta serment par le Parent d'Isaac, son père. |
54 Jacob fit un sacrifice sur la montagne et invita ses frères au repas. Ils prirent le repas et passèrent la nuit sur la montagne. |
1 Levé de bon matin, Laban embrassa ses petits-enfants et ses filles et les bénit. Puis Laban partit et retourna chez lui. |
À la suite de l'accord avec Laban, Jacob reçoit enfin la possibilité longtemps attendue de vivre de façon indépendante. L'accord est conclu dans une situation très difficile pour les deux parties. Jacob part en secret et emmène avec lui toute sa famille et tout ce qu'il possédait. Laban s'indigne de son départ et du fait qu'il a emporté les idoles. Seule l'assurance absolue de Jacob qu'il n'est pas coupable du vol, et sa disposition à punir n'importe quel membre de sa famille pour ce crime, convainquent son beau-père que Jacob est innocent. La force est du côté de Laban, mais Dieu l'a averti. Grâce à cette intervention, les deux parties concluent un accord sur la délimitation des frontières et les règles de conduite mutuelle. Il est significatif que le païen Laban, définissant comment Jacob doit se comporter envers sa famille, prononce des paroles qui, pour lui, ont au fond peu de sens, mais qui sont très importantes pour Jacob: « Que le Seigneur veille sur moi et sur toi, quand nous serons cachés l'un à l'autre ». L'homme reconnaît de nouveau qu'il existe Quelqu'un qui est plus haut et plus important dans le monde. Cette surveillance, réelle pour tout homme mais invisible et imperceptible, devient le fondement de la construction de nouvelles relations entre l'homme et Dieu.
22 Le troisième jour, on apprit à Laban que Jacob s'était enfui. |
23 Il prit ses frères avec lui, le poursuivit sept jours de chemin et l'atteignit au mont Galaad. |
24 Dieu visita Laban l'Araméen dans une vision nocturne et lui dit : Garde-toi de dire à Jacob quoi que ce soit. |
25 Laban rejoignit Jacob qui avait planté sa tente dans la montagne, et Laban planta sa tente au mont Galaad. |
26 Laban dit à Jacob : Qu'as-tu fait d'abuser mon esprit et d'emmener mes filles comme des captives de guerre ? |
27 Pourquoi as-tu fui en secret et m'as-tu abusé au lieu de m'avertir, pour que je te reconduise dans l'allégresse et les chants, avec tambourins et lyres? |
28 Tu ne m'as pas laissé embrasser mes fils et mes filles. Vraiment, tu as agi en insensé! |
29 Il serait en mon pouvoir de te faire du mal, mais le Dieu de ton père, la nuit passée, m'a dit ceci: Garde-toi de dire à Jacob quoi que ce soit. |
30 Maintenant, tu es donc parti, parce que tu languissais tellement après la maison de ton père ! Mais pourquoi as-tu volé mes dieux ? |
31 Jacob répondit ainsi à Laban : J'ai eu peur, je me suis dit que tu allais m'enlever tes filles. |
32 Mais celui chez qui tu trouveras tes dieux ne restera pas vivant : devant nos frères, reconnais ce qui est à toi chez moi, et prends-le. Jacob ignorait en effet que Rachel les avait dérobés. |
33 Laban alla chercher dans la tente de Jacob, puis dans la tente de Léa, puis dans la tente des deux servantes, et il ne trouva rien. Il sortit de la tente de Léa et entra dans celle de Rachel. |
34 Or Rachel avait pris les idoles domestiques, les avait mises dans le palanquin du chameau et s'était assise dessus; Laban fouilla toute la tente et ne trouva rien. |
35 Rachel dit à son père : Que Monseigneur ne voie pas avec colère que je ne puisse me lever en ta présence, car j'ai ce qui est coutumier aux femmes. Laban chercha et ne trouva pas les idoles. |
36 Jacob se mit en colère et prit à partie Laban. Et Jacob adressa ainsi la parole à Laban : Quel est mon crime, quelle est ma faute, que tu te sois acharné après moi ? |
37 Tu as fouillé toutes mes affaires: as-tu rien trouvé de toutes les affaires de ta maison? Produis-le ici, devant mes frères et tes frères, et qu'ils jugent entre nous deux! |
38 Voici vingt ans que je suis chez toi, tes brebis et tes chèvres n'ont pas avorté et je n'ai pas mangé les béliers de ton troupeau. |
39 Les animaux déchirés par les fauves, je ne te les rapportais pas, c'était moi qui compensais leur perte; tu me les réclamais, que j'aie été volé de jour ou que j'aie été volé de nuit. |
40 J'ai été dévoré par la chaleur pendant le jour, par le froid pendant la nuit, et le sommeil a fui mes yeux. |
41 Voilà vingt ans que je suis dans ta maison: je t'ai servi quatorze ans pour tes deux filles et six ans pour ton troupeau, et tu as changé dix fois mon salaire. |
42 Si le Dieu de mon père, le Dieu d'Abraham, le Parent d'Isaac, n'avait pas été avec moi, tu m'aurais renvoyé les mains vides. Mais Dieu a vu mes fatigues et le labeur de mes bras et, la nuit passée, il a rendu son jugement. |
43 Laban répondit ainsi à Jacob : Ces filles sont mes filles, ces enfants sont mes enfants, ce bétail est mon bétail, tout ce que tu vois est à moi. Mais que pourrais-je faire aujourd'hui à mes filles que voici et aux enfants qu'elles ont mis au monde ? |
44 Allons, concluons un traité, moi et toi..., et que cela serve de témoin entre moi et toi. |
45 Alors Jacob prit une pierre et la dressa comme une stèle. |
46 Et Jacob dit à ses frères : Ramassez des pierres. Ils ramassèrent des pierres et en firent un monceau et ils mangèrent là, sur le monceau. |
47 Laban le nomma Yegar Sahadûta et Jacob le nomma Galéed. |
48 Laban dit : Que ce monceau soit aujourd'hui un témoin entre moi et toi. C'est pourquoi il le nomma Galéed, |
49 et Miçpa, parce qu'il dit : Que Yahvé soit un guetteur entre moi et toi, quand nous ne serons plus en vue l'un de l'autre. |
50 Si tu maltraites mes filles ou si tu prends d'autres femmes en sus de mes filles, et que personne ne soit avec nous, vois : Dieu est témoin entre moi et toi. |
51 Et Laban dit à Jacob : Voici ce monceau que j'ai entassé entre moi et toi, et voici la stèle. |
52 Ce monceau est témoin, la stèle est témoin, que moi je ne dois pas dépasser ce monceau vers toi et que toi tu ne dois pas dépasser ce monceau et cette stèle, vers moi, avec de mauvaises intentions. |
53 Que le Dieu d'Abraham et le Dieu de Nahor jugent entre nous. Et Jacob prêta serment par le Parent d'Isaac, son père. |
54 Jacob fit un sacrifice sur la montagne et invita ses frères au repas. Ils prirent le repas et passèrent la nuit sur la montagne. |
Il y a des personnes que seul Dieu peut arrêter. Laban, à en juger par le récit biblique, était précisément de celles-là. Son offense devait être grande. Si tendues qu'aient été les relations entre lui et Jacob, la fuite de ce dernier ne rentrait dans aucun cadre de décence de ce temps-là. On ne pouvait se séparer ainsi que du pire ennemi, de celui dont on attend une trahison, un coup dans le dos ou quelque chose de semblable.
Après une telle fuite, Laban devait penser que Jacob avait décidé qu'il allait l'égorger de nuit dans sa propre tente. Un tel comportement était en fait une insulte directe et un défi que Laban accepta et auquel il répondit en conséquence. Jacob, quant à lui, aurait vraiment mieux fait de se séparer de Laban, peut-être pas sous cette forme, mais tout de même. Rester plus longtemps sur ses terres aurait signifié des frictions de plus en plus grandes: Jacob était devenu trop riche, et sa richesse était considérée, sinon par Laban lui-même, du moins par beaucoup de ses parents, comme volée à leur clan. Mais fuir comme Jacob l'a fait n'était possible que si Dieu exigeait cette fuite; sinon, cela aurait été pure folie. Dieu arrêta donc Laban quand celui-ci se lança à la poursuite de Jacob, car ce départ de Jacob était Son initiative. Même les téraphim volés par Rachel, les dieux domestiques de Laban, ne l'empêchèrent pas.
Le sens du vol est bien compréhensible: l'homme qui emportait avec lui les figurines des protecteurs de la maison continuait à appartenir à la maison; il ne partait pas complètement, ne perdait pas ses droits sur la maison et sur l'héritage, n'y renonçait pas. Rachel, à en juger par le récit, ne voulait justement renoncer à rien; peut-être pensait-elle avoir déjà reçu moins que son dû dans la maison paternelle, espérant compenser ce qui lui avait été refusé par l'héritage reçu après la mort de son père. Quoi qu'il en soit, elle emporta secrètement avec elle les téraphim, conservant ainsi ses droits sur la maison et ne renonçant pas à l'héritage.
C'est ce qui indigna particulièrement Laban: partir d'une manière aussi provocante, et en plus revendiquer des droits sur la maison de celui à qui l'on avait, en fait, craché dans l'âme, c'était trop. Pourtant Dieu n'abandonne pas Jacob ici non plus, car il ne savait réellement rien des téraphim emportés par sa femme. Les hommes peuvent parfois agir étrangement, laidement, inconsidérément, même de façon pécheresse; mais tant qu'il existe la moindre chance d'accomplir Son dessein, Dieu l'accomplit. Malgré le péché humain et l'imperfection humaine, car depuis la chute Il n'a plus d'hommes sans péché et parfaits.
1 Levé de bon matin, Laban embrassa ses petits-enfants et ses filles et les bénit. Puis Laban partit et retourna chez lui. |
2 Comme Jacob poursuivait son chemin, des anges de Dieu l'affrontèrent. |
3 En les voyant, Jacob dit : C'est le camp de Dieu ! et il donna à ce lieu le nom de Mahanayim. |
4 Jacob envoya au-devant de lui des messagers à son frère Ésaü, au pays de Séïr, la steppe d'Édom. |
5 Il leur donna cet ordre : Ainsi parlerez-vous à Monseigneur Ésaü : Voici le message de ton serviteur Jacob : J'ai séjourné chez Laban et je m'y suis attardé jusqu'à maintenant. |
6 J'ai acquis bœufs et ânes, petit bétail, serviteurs et servantes. Je veux en faire porter la nouvelle à Monseigneur, pour trouver grâce à ses yeux. |
7 Les messagers revinrent auprès de Jacob en disant : Nous sommes allés vers ton frère Ésaü. Lui-même vient maintenant à ta rencontre et il a quatre cents hommes avec lui. |
8 Jacob eut grand peur et se sentit angoissé. Alors il divisa en deux camps les gens qui étaient avec lui, le petit et le gros bétail. |
9 Il se dit : Si Ésaü se dirige vers l'un des camps et l'attaque, le camp qui reste pourra se sauver. |
10 Jacob dit : Dieu de mon père Abraham et Dieu de mon père Isaac, Yahvé, qui m'as commandé : Retourne dans ton pays et dans ta patrie et je te ferai du bien, |
11 je suis indigne de toutes les faveurs et de toute la bonté que tu as eues pour ton serviteur. Je n'avais que mon bâton pour passer le Jourdain que voici, et maintenant je puis former deux camps. |
12 Veuille me sauver de la main de mon frère Ésaü, car j'ai peur de lui, qu'il ne vienne et ne nous frappe, la mère avec les enfants. |
13 Pourtant, c'est toi qui as dit : Je te comblerai de bienfaits et je rendrai ta descendance comme le sable de la mer, qu'on ne peut pas compter, tant il y en a. |
14 Et Jacob passa la nuit en cet endroit. De ce qu'il avait en main, il prit de quoi faire un présent à son frère Ésaü: |
15 deux cents chèvres et vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers, |
16 trente chamelles qui allaitaient, avec leurs petits, quarante vaches et dix taureaux, vingt ânesses et dix ânons. |
17 Il les confia à ses serviteurs, chaque troupeau à part, et il dit à ses serviteurs : Passez devant moi et laissez du champ entre les troupeaux. |
18 Au premier il donna cet ordre : Lorsque mon frère Ésaü te rencontrera et te demandera : A qui es-tu ? Où vas-tu ? A qui appartient ce qui est devant toi ? |
19 tu répondras : C'est à ton serviteur Jacob, c'est un présent envoyé à Monseigneur Ésaü, et lui-même arrive derrière nous. |
20 Il donna le même ordre au second et au troisième et à tous ceux qui marchaient derrière les troupeaux : Voilà, leur dit-il, comment vous parlerez à Ésaü quand vous le trouverez, |
21 et vous direz : Et même, ton serviteur Jacob arrive derrière nous. Il s'était dit en effet : Je me le concilierai par un présent qui me précédera, ensuite je me présenterai à lui, peut-être me fera-t-il grâce. |
22 Le présent passa en avant et lui-même demeura cette nuit-là au camp. |
23 Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. |
24 Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait. |
25 Et Jacob resta seul. Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. |
26 Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. |
27 Il dit : Lâche-moi, car l'aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni. |
28 Il lui demanda : Quel est ton nom ? - Jacob, répondit-il. |
29 Il reprit : On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté. |
30 Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit. |
31 Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve . |
32 Au lever du soleil, il avait passé Penuel et il boitait de la hanche. |
Le dénouement heureux de l'histoire avec Laban ne signifiait pas que toutes les épreuves étaient derrière lui. Jacob devait, outre la rencontre avec Laban, rencontrer encore son propre frère, Ésaü, et l'on ne savait pas laquelle des deux serait la plus dangereuse pour lui. Après tout ce que Jacob avait fait chez lui, il ne pouvait guère compter sur un accueil chaleureux. Il le comprenait parfaitement: les présents envoyés devant lui et destinés à son frère devaient, sinon effacer sa faute, du moins poser le début d'une réconciliation.
Les envoyés devaient en outre témoigner que Jacob ne prétendait plus à rien, qu'il respectait Ésaü et était prêt à reconnaître sa primauté. Pendant son séjour chez Laban, Jacob avait manifestement changé, et maintenant il veut l'attester à son frère afin d'éviter autant que possible le conflit. Le danger du conflit existait pourtant toujours: Jacob ne pouvait pas savoir d'avance comment Ésaü se comporterait lors de leur rencontre. L'intervention de Dieu dans une telle situation lui était nécessaire comme jamais, peut-être même encore plus qu'auparavant, lorsqu'il fuyait Laban.
Elle se produisit, dans la nuit même qui précéda la rencontre avec Ésaü. Le récit biblique de la lutte de Jacob avec Dieu pour la bénédiction suscite aujourd'hui chez le lecteur tant de questions que les traducteurs l'interprètent parfois même comme une lutte avec un ange, en supposant qu'un homme peut encore parfois vaincre un ange, mais Dieu certainement jamais et d'aucune manière. Or bien des choses deviennent plus compréhensibles si l'on part de l'idée qu'à l'origine, c'est Jacob lui-même qui racontait l'événement, et le racontait en homme de son époque.
La bénédiction, en son temps, n'était ni un soutien ni une bienveillance, mais la transmission au béni d'une force, force surnaturelle que possédaient, pensait-on alors, tous les dieux et tous les esprits. Cette force pouvait aussi être enlevée; plus encore, pour obtenir la force d'un dieu ou d'un esprit quelconque, il fallait précisément le vaincre en combat singulier. Jacob lutte avec son Dieu comme il aurait lutté avec le dieu ou l'esprit de n'importe lequel de ses contemporains; il lutte pour obtenir une force qui lui serait très utile le lendemain, lors de sa rencontre avec son frère. Objectivement, il devait s'agir ici d'une extase violente vécue par Jacob, l'une de celles qui, en ces temps-là, et plus tard aussi, accompagnaient parfois les théophanies; pendant une telle extase, il n'était pas étonnant de se démettre la hanche, comme cela arriva à Jacob.
Seulement la bénédiction ne fut pas celle que Jacob attendait: au lieu de la force, il reçoit un nom nouveau, comme autrefois son ancêtre Abraham lors de sa rencontre avec Dieu. Le changement de nom signifiait alors comme maintenant la même chose: un renouvellement spirituel, une sorte d'initiation après laquelle l'homme devient autre. Jacob change intérieurement: telle est la bénédiction reçue par lui. Pas celle qu'il attendait, mais celle qui lui était absolument nécessaire comme chef du peuple de Dieu.
1 Levé de bon matin, Laban embrassa ses petits-enfants et ses filles et les bénit. Puis Laban partit et retourna chez lui. |
2 Comme Jacob poursuivait son chemin, des anges de Dieu l'affrontèrent. |
3 En les voyant, Jacob dit : C'est le camp de Dieu ! et il donna à ce lieu le nom de Mahanayim. |
4 Jacob envoya au-devant de lui des messagers à son frère Ésaü, au pays de Séïr, la steppe d'Édom. |
5 Il leur donna cet ordre : Ainsi parlerez-vous à Monseigneur Ésaü : Voici le message de ton serviteur Jacob : J'ai séjourné chez Laban et je m'y suis attardé jusqu'à maintenant. |
6 J'ai acquis bœufs et ânes, petit bétail, serviteurs et servantes. Je veux en faire porter la nouvelle à Monseigneur, pour trouver grâce à ses yeux. |
7 Les messagers revinrent auprès de Jacob en disant : Nous sommes allés vers ton frère Ésaü. Lui-même vient maintenant à ta rencontre et il a quatre cents hommes avec lui. |
8 Jacob eut grand peur et se sentit angoissé. Alors il divisa en deux camps les gens qui étaient avec lui, le petit et le gros bétail. |
9 Il se dit : Si Ésaü se dirige vers l'un des camps et l'attaque, le camp qui reste pourra se sauver. |
10 Jacob dit : Dieu de mon père Abraham et Dieu de mon père Isaac, Yahvé, qui m'as commandé : Retourne dans ton pays et dans ta patrie et je te ferai du bien, |
11 je suis indigne de toutes les faveurs et de toute la bonté que tu as eues pour ton serviteur. Je n'avais que mon bâton pour passer le Jourdain que voici, et maintenant je puis former deux camps. |
12 Veuille me sauver de la main de mon frère Ésaü, car j'ai peur de lui, qu'il ne vienne et ne nous frappe, la mère avec les enfants. |
13 Pourtant, c'est toi qui as dit : Je te comblerai de bienfaits et je rendrai ta descendance comme le sable de la mer, qu'on ne peut pas compter, tant il y en a. |
14 Et Jacob passa la nuit en cet endroit. De ce qu'il avait en main, il prit de quoi faire un présent à son frère Ésaü: |
15 deux cents chèvres et vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers, |
16 trente chamelles qui allaitaient, avec leurs petits, quarante vaches et dix taureaux, vingt ânesses et dix ânons. |
17 Il les confia à ses serviteurs, chaque troupeau à part, et il dit à ses serviteurs : Passez devant moi et laissez du champ entre les troupeaux. |
18 Au premier il donna cet ordre : Lorsque mon frère Ésaü te rencontrera et te demandera : A qui es-tu ? Où vas-tu ? A qui appartient ce qui est devant toi ? |
19 tu répondras : C'est à ton serviteur Jacob, c'est un présent envoyé à Monseigneur Ésaü, et lui-même arrive derrière nous. |
20 Il donna le même ordre au second et au troisième et à tous ceux qui marchaient derrière les troupeaux : Voilà, leur dit-il, comment vous parlerez à Ésaü quand vous le trouverez, |
21 et vous direz : Et même, ton serviteur Jacob arrive derrière nous. Il s'était dit en effet : Je me le concilierai par un présent qui me précédera, ensuite je me présenterai à lui, peut-être me fera-t-il grâce. |
22 Le présent passa en avant et lui-même demeura cette nuit-là au camp. |
23 Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. |
24 Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait. |
25 Et Jacob resta seul. Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. |
26 Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. |
27 Il dit : Lâche-moi, car l'aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni. |
28 Il lui demanda : Quel est ton nom ? - Jacob, répondit-il. |
29 Il reprit : On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté. |
30 Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit. |
31 Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve . |
32 Au lever du soleil, il avait passé Penuel et il boitait de la hanche. |
La description du combat de Jacob avec Dieu est un récit difficile à comprendre sur une expérience mystique dont les détails restent inconnus. Nous ne pouvons qu'essayer de comprendre ce que l'auteur veut exactement porter à notre connaissance en insérant ce récit dans le texte du livre. Son essence se réduit à ceci: la promesse de Dieu à Abraham, héritée par Jacob, n'est pas devenue la propriété de ce dernier, mais continue à s'enraciner dans la volonté du Tout-Puissant. C'est en cela que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob diffère des divinités tribales païennes. Plus encore, la liberté de Dieu de garder fidélité à Sa promesse ou, au contraire, de ne pas laisser Jacob entrer dans la terre promise, demeure inchangée. C'est seulement par Sa propre volonté que Dieu continue de rester en alliance avec Abraham et ses descendants, et ces derniers doivent apprendre à s'appuyer sur cette volonté de Dieu, bonne et parfaite. D'autre part, le combat de Jacob avec Dieu révèle à Jacob lui-même (et au lecteur) que, pour Jacob, suivre le chemin qui lui est tracé par la promesse faite à Abraham est devenu une question de vie et de mort. Jacob ne peut pas revenir en arrière, et rien au monde n'est pour lui aussi important que la bénédiction de Dieu et Sa promesse. Jacob lui-même reste fidèle à l'alliance que Dieu a conclue avec ses ancêtres, malgré tout, et cette fidélité à l'alliance reçoit la bénédiction de Dieu.
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