L’apôtre demande à ses lecteurs d’obéir à leurs responsables, et cela de telle sorte que ces responsables n’aient pas à se lamenter en accomplissant leur service. L’auteur de l’épître rappelle à ses lecteurs que leurs guides spirituels répondent d’eux devant Dieu, et si...
L’apôtre demande à ses lecteurs d’obéir à leurs responsables, et cela de telle sorte que ces responsables n’aient pas à se lamenter en accomplissant leur service. L’auteur de l’épître rappelle à ses lecteurs que leurs guides spirituels répondent d’eux devant Dieu, et si leur service est accompagné non de joie mais de tristesse, les destinataires de l’épître n’en recevront aucun profit. En parlant des guides ou des responsables, il a en vue soit les enseignants, soit les presbytres qui dirigeaient l’Église, soit les uns et les autres à la fois. À cette époque, les presbytres portaient la responsabilité de l’Église dans son ensemble, tandis que les enseignants accomplissaient leur service dans des communautés ecclésiales concrètes, expliquant et montrant par leur exemple ce qu’est le chemin chrétien, le chemin par lequel l’homme devient, dans le Christ, une Torah vivante.
Les nombreuses nouvelles théories eschatologiques et conceptions christologiques qui devenaient alors à la mode, et que l’auteur de l’épître critique assez durement, détournaient précisément les chrétiens du Christ et du chemin de la Torah intérieure, en reportant leur attention sur autre chose, généralement assez abstrait. Non seulement l’auteur de l’épître, mais tout enseignant qui n’avait pas perdu la sobriété spirituelle devait s’opposer à ces enseignements nouveaux. Mais personne, bien sûr, ne pouvait garantir que, malgré une obéissance extérieure et un accord avec les enseignants et les presbytres de l’Église, certains membres de l’Église, ou même des communautés entières en son sein, renonceraient réellement à leurs vues. Il s’agit en effet de la vie intérieure de l’homme, et l’Église avec une majuscule a toujours été étrangère à l’imposition à ses membres de quoi que ce soit, qu’il s’agisse de vues ou d’un mode de vie. La seule exigence consistait à observer les commandements, et encore n’en exigeait-on l’observance qu’au tout premier niveau, extérieur. Le chemin de la Torah intérieure, comme d’ailleurs tout ce qui concerne la vie spirituelle ou intellectuelle, n’était soumis à aucun contrôle, demeurant affaire de conscience pour chacun. Ici, on ne pouvait qu’appeler, instruire, entraîner par son exemple.
Mais une vie spirituelle tant soit peu normale n’était alors possible, bien entendu, qu’avec une sincérité et une confiance complètes. Si quelqu’un voulait, par exemple, cacher ses opinions ou sa vie spirituelle à l’enseignant de sa communauté ecclésiale, il pouvait le faire sans peine; mais alors il aurait été plus honnête de simplement partir: car celui qui se cache ne pouvait tirer aucun profit spirituel de sa présence dans la communauté ni de ses échanges avec l’enseignant. Bien plus, en trompant l’enseignant de sa communauté ecclésiale, il le mettait aussi en difficulté, car l’enseignant savait qu’il répondait devant Dieu de chacun de ceux qui s’adressaient à lui pour de l’aide et des conseils, et il s’efforçait d’aider en partant du fait que celui qui s’adressait à lui lui faisait confiance et suivrait ses conseils. Or il apparaissait ici que celui qui demandait conseil n’avait pas l’intention de suivre ce qu’on lui disait, faisant seulement semblant d’écouter les paroles de son guide. Dans un tel cas, aucune direction spirituelle normale n’est possible, et le guide, apprenant une telle situation, ne se réjouira pas, mais se lamentera vraiment.