La question du shabbat, de son observance et de sa violation, revient constamment dans les évangiles. Cela se comprend: le problème de l'observance du shabbat était l'un des principaux dans le judaïsme. Des traités entiers furent écrits par les commentateurs de la Torah pour expliquer ce qu'il était permis de faire le shabbat et ce qui ne l'était pas, dans quels cas telle ou telle action constituait une violation du shabbat et dans quels cas elle était admissible.
Par exemple, au sujet des soins, le consensus se ramenait à l'idée que le shabbat on peut et l'on doit sauver un homme de la mort si elle le menace; par conséquent on peut et l'on doit accomplir les actes médicaux nécessaires, pour parler en termes modernes, selon les indications vitales, les actes d'urgence sans lesquels le malade mourrait. S'il n'y a pas une telle urgence, on peut ne pas se hâter de soigner: car cela aussi est un travail, et le travail est interdit le shabbat.
Pour sauver une vie, on peut violer le shabbat; mais pour une guérison immédiate, non. Le cas de l'homme à la main desséchée était précisément de ceux où l'on pouvait ne pas se hâter: la mort ne le menaçait pas, puisqu'il avait déjà vécu ainsi plus d'une année; on pouvait donc le guérir après la fin du shabbat. Jésus, Lui, regarde le shabbat tout autrement, en lui rendant son sens originel. Or le sens originel du shabbat ne consistait pas du tout dans des restrictions et des interdits rituels, mais dans le fait de passer la journée en présence de Dieu, en la consacrant entièrement et sans réserve à la communion avec Dieu. Tous les interdits et toutes les restrictions visaient en fin de compte à soustraire l'homme à ce «flux» quotidien qui rend très difficile la communion avec Dieu et parfois la rend tout simplement impossible. Or la guérison accomplie par Jésus manifestait précisément aux personnes rassemblées cette plénitude du Royaume qui ouvrait une possibilité de communion avec Dieu jusque-là inconnue du peuple de Dieu. Et voilà que les interdits rituels, compris de manière purement formelle, commençaient à faire obstacle à la communion avec Dieu au lieu de l'aider.
Ce n'est pas par hasard que Jésus pose aux personnes qui L'entourent la question du salut de «l'âme», du salut de la vie. En guérissant, Il fait participer l'homme qu'Il guérit à la plénitude de la vie du Royaume; et on Lui déclare qu'en agissant ainsi Il viole le shabbat. Qu'est donc alors le shabbat: la plénitude de la communion avec Dieu, ou un système d'interdits pour les interdits? Chacun devait répondre lui-même à cette question.
