RÉFLEXIONS pour Lc 12:13-15 — le 18 novembre 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 12:13-15

La demande adressée à Jésus de régler un litige portant sur des biens peut nous paraître aujourd'hui quelque peu déplacée. Pourtant, on adressait souvent de telles demandes aux rabbins et aux maîtres de la Torah, et cela n'avait rien d'inhabituel. La Torah constitue en effet une législation complète, permettant de régler tout différend juridique, y compris, bien entendu, un litige patrimonial. Dans la situation décrite par l'évangéliste, il s'agissait apparemment de régler un différend sur la base du droit religieux juif plutôt que du droit civil romain.

Les Juifs croyants agissaient souvent ainsi : dans les milieux synagogaux, il était généralement mal vu de porter un procès devant des juges païens. On s'efforçait de ne recourir à la justice romaine qu'en cas d'extrême nécessité, et la plupart des affaires étaient tranchées par des rabbins savants, experts reconnus de la Torah, dont on préférait le jugement à celui des Romains. Manifestement, on s'adresse aussi à Jésus comme à un chef spirituel faisant autorité et à un connaisseur de la Torah capable de régler l'affaire équitablement. Il refuse, semble-t-il, résolument.

Il ne juge pas nécessaire de Se faire juge. Non qu'Il méprise la Torah : Il a Lui-même dit être venu non pour la détruire, mais pour la porter à sa plénitude. Cependant, cette plénitude ne semble pas directement liée à la dimension juridique de la Torah. Il s'agit de la Torah intérieure, de la justice qui conduit l'homme au seuil du Royaume. En refusant de juger, Jésus ne manifeste pas de mépris pour la justice ou son administration ; Il affirme la primauté du Royaume sur toutes les lois et normes de ce monde, même celles qui découlent de la loi donnée par Dieu.

En effet, le Royaume n'a nul besoin de réglementation juridique ; il n'y faut pas de législation semblable à celle qui est nécessaire dans le monde non transfiguré. En refusant d'examiner et de trancher des affaires particulières, le Sauveur veut donc fixer les priorités d'emblée. Il n'a pas apporté dans le monde une procédure judiciaire nouvelle et absolument équitable, mais le Royaume, où aucune procédure judiciaire n'est nécessaire. Non que la justice soit étrangère au Royaume, mais parce que lui sont étrangères les relations du monde non transfiguré, où il est impossible de s'entendre sans tribunaux ni juges.