Paul achève définitivement toutes ses affaires à Jérusalem et réclame le tribunal de l'empereur, auquel il avait droit comme citoyen romain. Extérieurement, une telle décision ressemble à une capitulation. En effet, l'apôtre renonce à défendre son bon droit devant le Sanhédrin...
Paul achève définitivement toutes ses affaires à Jérusalem et réclame le tribunal de l'empereur, auquel il avait droit comme citoyen romain. Extérieurement, une telle décision ressemble à une capitulation. En effet, l'apôtre renonce à défendre son bon droit devant le Sanhédrin, refuse aux représentants du peuple auquel il appartient le droit de le juger. Il use de son droit de citoyen romain pour écarter tout tribunal sauf celui de l'empereur.
Du point de vue de la Halakha, une telle décision était une violation évidente des normes de la Torah et de la Halakha elle-même: la Halakha interdit aux Juifs de recourir aux tribunaux des païens lorsqu'il s'agit de questions religieuses. L'homme qui agit ainsi se place hors de la communauté juive; il s'ensuit d'ordinaire une exclusion de la Synagogue. Mais le fait est que Paul n'avait pas l'intention d'agir partout et toujours selon les normes de la Halakha. Bien sûr, il la connaissait parfaitement, du moins dans la forme où elle existait à ce moment: son apprentissage « aux pieds de Gamaliel » n'avait pas été vain. Mais la Halakha n'était pas pour lui une loi incontestable. On le comprend: la Halakha n'est pas la Torah. Elle n'est qu'une législation fondée sur la Torah.
La Torah n'est pas seulement une législation; elle est la description des lois spirituelles qui déterminent les relations de l'homme avec Dieu. La Torah est une réalité spirituelle, bien qu'elle ait engendré une puissante tradition religieuse; la Halakha est une réalité purement religieuse. Or la religion, après la rencontre avec le Christ ressuscité sur la route de Damas, n'était pas pour Paul quelque chose d'absolu. Il ne renonçait certes pas à la tradition religieuse dans laquelle il avait grandi, mais il ne l'absolutisait pas. Il ne voyait donc aucun sens à suivre cette même Halakha à n'importe quel prix.
Il était venu à Jérusalem pour y témoigner du Royaume, et l'apôtre avait accompli cette tâche, en manquant de devenir victime de fanatiques religieux. Il n'avait plus rien à faire à Jérusalem. Jouer selon les règles religieuses n'avait aucun sens pour Paul. Lui-même savait parfaitement qu'il n'avait commis aucun crime ni contre son peuple, ni contre sa religion, ni contre Jérusalem, ni contre le Temple. Mais il comprenait parfaitement qu'il n'aurait rien prouvé au Sanhédrin, par exemple.
Et il n'y avait déjà plus de sens à prouver quoi que ce soit à personne à Jérusalem: en fin de compte, ce ne sont ni le sacerdoce du Temple, ni le Sanhédrin, ni les chefs de synagogue qui dirigent le Royaume dont Paul est devenu habitant après la rencontre sur la route de Damas. Et s'il fallait choisir entre les pouvoirs terrestres celui entre les mains duquel se remettre, le pouvoir civil paraissait préférable au pouvoir religieux: au moins n'avait-il pas, à l'égard des questions religieuses, le fanatisme de beaucoup de représentants du Sanhédrin et de l'élite du Temple. Et Paul choisit le tribunal de l'empereur. Et il part pour Rome.