RÉFLEXIONS pour Mt 24:42-51
Jésus exprime souvent la même pensée dans différentes paraboles : son retour sera inattendu, et nous ne pourrons pas nous y préparer comme nous nous préparons à accueillir une personnalité importante dont nous connaissons à l'avance l'arrivée. Il faut être toujours prêt. Mais pourquoi ? Même si la date de son retour n'est effectivement pas encore fixée, même s'il est en principe impossible de la déterminer à l'avance, comme il est impossible de programmer chaque acte humain et chaque choix d'une personne, ne pourrait-on pas au moins, pour ainsi dire, renforcer sa préparation lorsque l'histoire terrestre approche manifestement de son terme ? Certes, de telles alertes ont déjà eu lieu plus d'une fois dans l'histoire de l'Église, mais elles se sont toutes révélées fausses, ou exercices d'alerte, selon la manière de voir les choses. On a l'impression que l'imprévisibilité du moment du retour du Sauveur possède un sens propre, important pour l'Église et pour la vie spirituelle du chrétien. La première pensée qui vient aussitôt à l'esprit est que cela doit nous empêcher, nous chrétiens et habitants du Royaume, de nous relâcher spirituellement, d'oublier qui nous sommes et pourquoi nous sommes là. Et ce n'est probablement pas seulement parce que, lorsque nous nous relâchons, l'Église cesse d'être ce que Jésus a voulu qu'elle soit : son corps spirituel. Il s'agit aussi de la qualité de notre propre vie spirituelle. Une qualité qui, en définitive, n'est déterminée que par l'intensité de notre propre intention, celle qui nous lie au Christ et construit nos relations avec lui. Car le Royaume est avant tout relations : ce sont précisément les relations qui déterminent sa structure, et de la stabilité et de la profondeur de nos relations avec le Christ et les uns avec les autres dépendront la profondeur et la plénitude du Royaume qui se révèle au monde dans notre époque de transition, celle du Royaume qui vient. Ce n'est pas un hasard si le relâchement spirituel du serviteur-intendant se manifeste avant tout lorsqu'il commence à traiter ses subordonnés non comme des frères, mais comme des hommes en son pouvoir, dont il peut faire ce qui lui plaît. Nous avons sans doute ici à la fois une image du Royaume et une image de l'Église : dès que les relations se détruisent, dès qu'elles se construisent et s'organisent selon les lois du monde non transfiguré, l'Église cesse d'être l'Église pour devenir une cruelle parodie d'elle-même, qui ne rappelle plus en rien le Royaume. Or la seule possibilité, pour l'homme déchu, de ne pas se relâcher est de se trouver dans l'incertitude. Jésus semble utiliser cette possibilité, non parce qu'elle serait la meilleure, mais parce qu'il n'y en a pas d'autre.
