Qu'est-ce que l'homme ? Et qu'est-ce que le jardin d'Éden ? À première vue, il peut sembler qu'il s'agisse d'une géographie terrestre tout à fait réelle. Pourtant une telle géographie sacrée existe chez tous les peuples. Chaque peuple a sa terre sacrée...
Qu'est-ce que l'homme ? Et qu'est-ce que le jardin d'Éden ? À première vue, il peut sembler qu'il s'agisse d'une géographie terrestre tout à fait réelle. Pourtant une telle géographie sacrée existe chez tous les peuples. Chaque peuple a sa terre sacrée, sa patrie mythologique originelle, d'ordinaire là où s'est éveillée la mémoire historique du peuple, là où a commencé pour lui sa propre histoire. Les Juifs se souviennent d'eux-mêmes depuis le temps d'Abraham, donc depuis Harran, en Mésopotamie du Nord, où se trouve aussi le jardin d'Éden. Il y avait encore autre chose : la mémoire des temps que les Grecs appelaient « l'âge d'or », lorsque l'homme vivait en pleine harmonie avec le monde, avec les autres hommes et avec les dieux, et aussi avec lui-même. Le jardin d'Éden du livre de la Genèse unit en lui les traits de la patrie mythologique originelle du judaïsme avec la description du monde au temps de « l'âge d'or » : ainsi l'auteur sacré veut nous dire que ces temps ne sont pas simplement un mythe, qu'autrefois l'homme vivait réellement en pleine harmonie avec Dieu, avec le monde, avec lui-même et avec les autres hommes.
Quel était donc l'homme parfait ? Dans le Poème de la création, il est dit de lui qu'il est, seul parmi tous les êtres vivants créés par Dieu dans notre monde, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Tous les animaux sont créés chacun selon son « espèce », ou, comme nous dirions aujourd'hui, selon son prototype. Et seul l'homme n'a pas de prototype : chaque homme est créé à l'image de Dieu, et Dieu Lui-même devient pour l'homme le « prototype ». Comment cela est-il possible ? Du point de vue de sa nature, l'homme ne se distingue pas des autres êtres vivants ; il est créé par Dieu à partir de la « poussière de la terre », et c'est de minuscules grains de poussière, pensait-on à l'époque où fut écrit le récit de la création de l'homme, que se compose aussi tout l'univers. Dans la nature humaine comme telle, il n'y a rien d'unique. L'unicité de l'homme est ailleurs : dans ce « souffle de vie » grâce auquel il devient une « âme vivante ». Dans la Bible, l'« âme » n'est pas une structure statique, mais un processus, ce flux de vie dans lequel sont présentes une composante spirituelle et une composante naturelle : il y a là les élans spirituels les plus élevés et la simple physiologie, comme, par exemple, la respiration ou la circulation du sang.
Un philosophe contemporain appellerait sans doute ce flux existence. Telle est l'âme de l'homme au sens biblique du mot. Et le flux de la vie humaine existe dans la qualité où il existe grâce à ce même « souffle de vie », au souffle de Dieu, à la présence de Dieu au centre même de notre propre personne, qui rend possible son existence même. Sans le « souffle de vie » de Dieu, il n'y aurait pas d'homme comme image de Dieu, mais seulement une espèce de primates de plus. Voilà pourquoi il n'y a pas d'homme sans communion continue avec Dieu : la respiration n'est pas un acte ponctuel, mais un processus qui doit se poursuivre sans interruption. L'homme a été conçu et créé par Dieu pour une communion continue avec Lui, hors de laquelle il ne peut tout simplement pas rester lui-même au sens spirituel. Et pourtant Dieu laisse à l'homme la liberté : il peut vivre comme Dieu le lui propose, ou choisir sa propre variante d'existence, sous sa pleine responsabilité pour toutes les conséquences de son choix.