Bible-Centre

Lectures orthodoxes pour le 7 juillet 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

Romains, Chapitre 13,  vers 12-14

La réponse des croyants> 11 Le chrétien est enfant de lumière.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.

Romains, Chapitre 14,  vers 1-4

La réponse des croyants> 1 Charité envers les « faibles ».
À celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions.
Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes :
que celui qui mange ne méprise pas l’abstinent et que l’abstinent ne juge pas celui qui mange ; Dieu l’a bien accueilli.
Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? Qu’il reste debout ou qu’il tombe, cela ne concerne que son maître ; d’ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir.
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13:12 u) « Laissons là »; litt. « Dépouillons »; var : « Rejetons ».


14:1 v) Il s’agit de chrétiens auxquels une foi insuffisamment éclairée ne donne pas des convictions assez fermes pour agir avec une conscience sûre, vv. 2, 5, 22. Ils se croyaient obligés à certains jours, v. 5, peut-être de façon permanente, v. 21, de s’abstenir de viande ou de vin, vv. 2, 21 : pratiques ascétiques connues du monde païen (Pythagoriciens) et du monde juif (Esséniens, Jean-Baptiste). Paul donne la même règle générale de conduite que dans le cas analogue de 1 Co 8 ; 10.14-33 : chacun doit agir « pour le Seigneur » selon sa conscience, vv. 5-6, pourvu qu’elle ne soit pas douteuse, v. 23 ; mais surtout, que la charité règle la conduite des « forts », vv. 1, 15, 19-21 et 15.1-13.


Les épîtres aux Galates et aux Romains doivent être traitées ensemble, car elles s’attaquent au même problème, l’une comme la première réaction que provoque une situation concrète, l’autre comme un exposé plus calme et plus complet qui met en ordre les idées suscitées par la polémique. Cette étroite parenté des deux épîtres est une des raisons majeures qui déconseillent de reporter la composition de Ga aux premières années de Paul, avant même le concile de Jérusalem, ainsi que certains l’ont proposé. Il a paru à ceux-ci que la deuxième visite de Paul à Jérusalem, racontée en Ga 2.1-10, devait être la deuxième visite mentionnée par les Actes, Ac 11.30 ; 12.25, non la troisième, Ac 15.2-30 (qui diffère sur plusieurs points du récit de Paul). Celui-ci paraissant d’autre part ignorer le Décret de Ac 15.20, 29 (cf. Ga 2.6), sa lettre devait être antérieure au concile de Jérusalem, et il suffisait pour cela d’admettre que les « Galates » fussent les Lycaoniens et les Pisidiens évangélisés durant le premier voyage missionnaire, l’aller et le retour de Paul expliquant la double visite que paraît supposer Ga 4.13.

Mais tout cela est peu fondé. S’il est vrai que la Lycaonie et la Pisidie ont été politiquement rattachées dès 36-25 av. J.-C. à la Galatie, le langage courant du Ier siècle de notre ère n’en a pas moins continué à réserver cette dernière dénomination à la Galatie proprement dite, sise plus au nord, et il paraît en particulier difficile que leurs habitants aient pu être appelés « Galates », Ga 3.1. D’ailleurs cette supposition difficile n’est nullement exigée. La deuxième visite de Ga 2.1-10 s’identifie fort bien avec la troisième de Ac 15 – avec laquelle elle a de si fortes ressemblances – beaucoup mieux qu’avec la deuxième, Ac 11.30 ; 12.25, si peu importante que Paul a pu la passer sous silence dans son argumentation de Ga, à moins encore qu’elle n’ait pas eu lieu et résulte simplement d’un doublet littéraire de saint Luc (cf. les Actes, Introduction et Ac 11.30). Ainsi l’épître aux Galates est bien postérieure au concile de Jérusalem. Si Paul n’y parle pas du Décret, c’est peut-être que celui-ci est lui-même d’une époque plus tardive (cf. Ac 15.1), circonstance qui expliquerait aussi l’attitude de Pierre blâmée en Ga 2.11-14. Les destinataires sont bien les habitants de la région « galate » parcourue par Paul lors des deuxième et troisième voyages, Ac 16.6 ; 18.23. Et la lettre a pu être écrite d’Éphèse, ou même de Macédoine, entre 54 et 55.

L’épître aux Romains a dû la suivre de près. Paul est à Corinthe (hiver 55-56), sur le point de partir pour Jérusalem d’où il espère se rendre à Rome et de là en Espagne, Rm 15.22-32 ; cf. 1 Co 16.3-6 ; Ac 19.21 ; 20.3. Mais il n’a pas fondé l’Église de Rome et n’est que médiocrement informé sur son compte, peut-être par des gens comme Aquilas, Ac 18.2 ; les quelques allusions de son épître laissent seulement entrevoir une communauté où les convertis du judaïsme et du paganisme risquent de se mésestimer. Aussi juge-t-il à propos, pour préparer sa venue, d’envoyer par sa patronne Phébée, Rm 16.1, une lettre où il expose sa solution du problème judaïsme et christianisme, telle qu’elle vient de mûrir sous le coup de la crise galate. Pour ce faire, il reprend les idées de Ga, mais d’une façon plus ordonnée et nuancée. Autant Ga représente un cri jailli du cœur où l’apologie personnelle, Ga 1.11 – 2.21, se juxtapose à l’argumentation doctrinale, Ga 4.1 – 4.31, et aux avertissements véhéments, Ga 5.1 – 6.18, autant Rm offre un développement continu où quelques grandes sections s’enchaînent harmonieusement à l’aide de thèmes d’abord annoncés et ensuite repris.

Pas plus que des épîtres aux Corinthiens et aux Galates, l’authenticité de l’épître aux Romains n’est sérieusement discutée par personne. Tout au plus a-t-on pu se demander si les ch. 15 et 16 ne lui ont pas été ajoutés après coup. Ce dernier en particulier, avec ses salutations si nombreuses, aurait été primitivement un billet destiné à l’Église d’Éphèse. Mais le chap. 15, en dépit de certains manuscrits, ne peut être détaché du corps de l’épître ; et ceux qui y maintiennent également le chap. 16 font observer que Paul n’adresse jamais de salutations à des individus appartenant aux communautés dans lesquelles il a travaillé. Cela aurait provoqué des jalousies s’il en avait traité différemment certains, dans un groupe dont tous les membres lui étaient connus. La liste de noms du chap. 16 indique qu’il était adressé à une Église que Paul n’avait pas fondée – ce qui exclut Éphèse comme destinataire. Quant à la doxologie Rm 16.25-27, les caractères particuliers de son style ne constituent pas un motif suffisant pour rejeter son authenticité, mais peuvent suggérer une date plus tardive.

Tandis que les épîtres aux Corinthiens opposaient le Christ Sagesse de Dieu à la vaine sagesse du monde, les épîtres aux Galates et aux Romains opposent le Christ Justice de Dieu à la justice que les hommes prétendraient mériter par leurs propres efforts. Là le danger venait de l’esprit grec avec sa confiance orgueilleuse dans la raison ; ici il vient de l’esprit juif, avec sa confiance orgueilleuse en la Loi. Des judaïsants sont venus dire aux fidèles de Galatie qu’ils ne pouvaient être sauvés s’ils ne pratiquaient la circoncision, se plaçant ainsi sous le joug de la Loi, Ga 5.2s. Paul s’oppose de toutes ses forces à ce retour en arrière qui rendrait vaine l’œuvre du Christ, Ga 5.4. Sans nier la valeur de l’économie ancienne, il lui assigne ses justes limites d’étape provisoire dans l’ensemble du plan de salut, Ga 3.23-25. La Loi de Moïse, de soi bonne et sainte, Rm 7.12, a fait connaître à l’homme la volonté de Dieu, mais sans lui donner la force intérieure de l’accomplir ; aussi n’a-t-elle abouti qu’à lui faire prendre conscience de son péché et du besoin qu’il a du secours de Dieu, Ga 3.19-22 ; Rm 3.20 ; 7.7-13. Or ce secours de pure grâce, promis jadis à Abraham avant le don de la Loi, Ga 3.16-18 ; Rm 4, vient d’être accordé en Jésus Christ : sa mort et sa résurrection ont opéré la destruction de l’humanité ancienne, viciée par le péché d’Adam, et la recréation d’une humanité nouvelle dont il est le prototype, Rm 5.12-21. Rattaché au Christ par la foi et animé de son Esprit, l’homme reçoit désormais gratuitement la vraie justice et peut vivre selon la volonté divine, Rm 8.1-4. Sa foi doit bien s’épanouir dans des œuvres bonnes ; mais ces œuvres accomplies par la force de l’Esprit, Ga 5.22-25 ; Rm 8.5-13, ne sont plus ces œuvres de la Loi dans lesquelles le Juif mettait sa confiance. Elles sont accessibles à tous ceux qui croient, fussent-ils venus du paganisme, Ga 3.6-9, 14 ; Rm 4.11. L’économie mosaïque, qui a eu sa valeur d’étape préparatoire, est donc désormais révolue. Les Juifs qui prétendent s’y maintenir se mettent en dehors du vrai salut. Dieu a permis leur aveuglement pour assurer l’accès des païens. Ils ne sauraient cependant déchoir pour toujours de leur élection première, car Dieu est fidèle : quelques-uns d’entre eux, le « petit reste » annoncé par les prophètes, ont cru ; les autres se convertiront un jour, Rm 9-11. Dès maintenant les fidèles du Christ, qu’ils soient d’origine juive ou païenne, doivent ne plus faire qu’un dans la charité et le support mutuel, Rm 12.1 – 15.13. Telles sont les grandes perspectives qui, esquissées dans Ga, sont amplifiées dans Rm et nous valent d’admirables développements sur le passé pécheur de toute l’humanité, Rm 1.18–3.20, et la lutte intérieure en chaque homme, Rm 7.14-25, la gratuité du salut, Rm 3.24 et passim, l’efficacité de la mort et de la résurrection du Christ, Rm 4.24s ; 5.6-11, participées par la foi et le baptême, Ga 3.26s ; Rm 6.3-11, l’appel de tous les hommes à devenir des enfants de Dieu, Ga 4.1-7 ; Rm 8.14-17, l’amour plein de sagesse du Dieu juste et fidèle qui dirige tout le plan du salut avec ses différentes étapes, Rm 3.21-26 ; 8.31-39. Les perspectives eschatologiques demeurent : nous sommes sauvés en espérance, Rm 5.1-11 ; 8.24 ; mais, comme dans les épîtres aux Corinthiens, l’accent est mis sur la réalité du salut déjà commencé : l’Esprit de la Promesse est déjà possédé à titre de prémices, Rm 8.23, dès maintenant le chrétien vit dans le Christ, Rm 6.11, et le Christ vit en lui, Ga 2.20.

L’épître aux Romains représente ainsi l’une des plus belles synthèses de la doctrine paulinienne. Ce n’est pourtant pas une synthèse complète, ce n’est pas toute la doctrine. L’intérêt de premier plan que lui a valu la controverse luthérienne serait dommageable s’il faisait négliger de la compléter par les autres épîtres en l’intégrant dans une synthèse plus vaste.

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Luc, Chapitre 1,  vers 5-25, 57-68, 76, 80

I. Naissance et vie cachée de Jean-Baptiste et de Jésus d> 5 Annonce de la naissance de Jean-Baptiste., 26 L’Annonciation. q, 39 La Visitation., 46 Le cantique de Marie., 57 Naissance de Jean-Baptiste et visite des voisins., 59 Circoncision de Jean-Baptiste., 67 Le cantique de Zacharie. e, 80 Vie cachée de Jean-Baptiste.
Il y eut aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia, et il avait pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Élisabeth.
Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur.
Mais ils n’avaient pas d’enfant, parce qu’Élisabeth était stérile et que tous deux étaient avancés en âge.
Or il advint, comme il remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales au tour de sa classe,
qu’il fut, suivant la coutume sacerdotale, désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler l’encens.
10 Et toute la multitude du peuple était en prière, dehors, à l’heure de l’encens.
11 Alors lui apparut l’Ange du Seigneur, debout à droite de l’autel de l’encens.
12 À cette vue, Zacharie fut troublé et la crainte fondit sur lui.
13 Mais l’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée ; ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jean.
14 Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance.
15 Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère
16 et il ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu.
17 Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. »
18 Zacharie dit à l’ange : « À quoi connaîtrai-je cela ? Car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. »
19 Et l’ange lui répondit : « Moi je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle.
20 Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, lesquelles s’accompliront en leur temps. »
21 Le peuple cependant attendait Zacharie et s’étonnait qu’il s’attardât dans le sanctuaire.
22 Mais quand il sortit, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire. Pour lui, il leur faisait des signes et demeurait muet.
23 Et il advint, quand ses jours de service furent accomplis, qu’il s’en retourna chez lui.
24 Quelque temps après, sa femme Élisabeth conçut, et elle se tenait cachée cinq mois durant.
25 « Voilà donc, disait-elle, ce qu’a fait pour moi le Seigneur, au temps où il lui a plu d’enlever mon opprobre parmi les hommes ! »
...
57 Quant à Élisabeth, le temps fut accompli où elle devait enfanter, et elle mit au monde un fils.
58 Ses voisins et ses proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde à son égard, et ils s’en réjouissaient avec elle.
59 Et il advint, le huitième jour, qu’ils vinrent pour circoncire l’enfant. On voulait l’appeler Zacharie, du nom de son père ;
60 mais, prenant la parole, sa mère dit : « Non, il s’appellera Jean. »
61 Et on lui dit : « Il n’y a personne de ta parenté qui porte ce nom ! »
62 Et l’on demandait par signes au père comment il voulait qu’on l’appelât.
63 Celui-ci demanda une tablette et écrivit : « Jean est son nom »; et ils en furent tous étonnés.
64 À l’instant même, sa bouche s’ouvrit et sa langue se délia, et il parlait et bénissait Dieu.
65 La crainte s’empara de tous leurs voisins, et dans la montagne de Judée tout entière on racontait toutes ces choses.
66 Tous ceux qui en entendirent parler les mirent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant ? » Et, de fait, la main du Seigneur était avec lui.
67 Et Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit Saint et se mit à prophétiser :
68 « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,
de ce qu’il a visité et délivré son peuple,

...
76 Or toi aussi, petit enfant,
tu seras appelé prophète du Très-Haut ;
car tu marcheras devant le Seigneur,
pour lui préparer les voies,

...
80 Cependant l’enfant grandissait, et son esprit se fortifiait. Et il demeurait dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël ;
Lire la suite:Luc, Chapitre 2
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5 d) Jusqu’au chap. 3, Luc adopte le grec sémitisant des Septante. Les allusions et réminiscences bibliques sont nombreuses. L’ensemble est de couleur archaïque. Luc restitue l’atmosphère du milieu des « pauvres », cf. So 2.3, où vivaient ses personnages et où il a sans doute puisé l’essentiel de son information. dispose en diptyque les récits concernant la naissance et l’enfance de Jean et celle de Jésus. Il raconte celles-ci du point de vue de Marie, tandis que Mt les racontait du point de vue de Joseph.


8 e) Chaque « classe » assurait le service durant une semaine, cf. 1 Ch 24.19 ; 2 Ch 23.8.


9 f) Cet office consistait à renouveler la braise et les parfums sur l’autel de l’encens qui se trouvait devant le Saint des Saints, cf. Ex 30.6-8. L’encensement avait lieu avant le sacrifice du matin et après celui du soir.


12 g) Luc note volontiers les manifestations de crainte religieuse : 1.29-30, 65 ; 2.9-10 ; 4.36 ; 5.8-10, 26 ; 7.16 ; 8.25, 35-37, 56 ; 9.34, 43 ; 24.37 ; Ac 2.43 ; 3.10 ; 5.5, 11 ; 10.4 ; 19.17. Cf. Ex 20.20 ; Dt 6.2 ; Pr 1.7.


13 h) Ce nom signifie « Yahvé est favorable ».


14 i) Les chap. 1-2 baignent dans une atmosphère de joie 1.28, 46, 58 ; 2.10. Cf. 10.17, 20s ; 13.17 ; 15.7, 32 ; 19.6, 37 ; 24.41, 52 ; Ac 2.46 ; Ph 1.4.


15 j) Ces paroles s’inspirent de plusieurs textes de l’AT, en particulier du statut du nazir , cf. Nb 6.1.


15 k) Chez Luc cette expression ne signifie pas une plénitude de grâce sanctifiante, mais un don de prophétie qui fait parler de façon inspirée : 1.41, 67 ; Ac 2.4 ; 4.8, 31 ; 7.55 ; 9.17 ; 13.9. Ce don se manifestera chez Jean dès le sein de sa mère, par un tressaillement prophétique, 1.44.


17 l) D’après Ml 3.23, on pensait que le retour d’Élie devait précéder et préparer le Jour de Yahvé. Jean-Baptiste sera « l’Élie qui doit venir », cf. Mt 17.10-13 ; 9.30.


18 m) Zacharie demande un « signe », cf. Gn 15.8 ; Jg 6.17 ; Isa 7.11 ; 38.7. Mais il reste sceptique.


19 n) Première apparition d’un verbe cher à Luc dix fois dans l’évangile, quinze fois dans les Actes, le plus souvent à propos de la Bonne Nouvelle ou « Évangile » du Royaume ; voir Mc 1.1 ; Ac 5.42 ; Ga 1.6.


22 o) Pour prononcer la bénédiction d’usage.


25 p) La stérilité était tenue pour un déshonneur, Gn 30.23 ; 1 S 1.5-8, et même pour un châtiment, 2 S 6.23 ; Os 9.11.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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Romains, Chapitre 9,  vers 18-33

Situation et salut d’Israël o> 14 Dieu n’est pas injuste., 25 La miséricorde de Dieu., 30 2. LES RAISONS DE LA SITUATION D’ISRAËL
18 Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut.
19 Tu vas donc me dire : Qu’a-t-il encore à blâmer ? Qui résiste en effet à sa volonté ?
20 Ô homme ! vraiment, qui es-tu pour disputer avec Dieu ? L’œuvre va-t-elle dire à celui qui l’a modelée : Pourquoi m’as-tu faite ainsi ?
21 Le potier n’est-il pas maître de son argile pour fabriquer de la même pâte un vase de luxe ou un vase ordinaire ?
22 Eh bien ! si Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec beaucoup de longanimité des vases de colère devenus dignes de perdition,
23 dans le dessein de manifester la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire,
24 envers nous qu’il a appelés non seulement d’entre les Juifs mais encore d’entre les nations...
25 C’est bien ce qu’il dit en Osée : J’appellerai mon peuple celui qui n’était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n’était pas la bien-aimée.
26 Et au lieu même où on leur avait dit : « Vous n’êtes pas mon peuple », on les appellera fils du Dieu vivant.
27 Et Isaïe s’écrie en faveur d’Israël : Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, le reste sera sauvé :
28 car sans retard ni reprise le Seigneur accomplira sa parole sur la terre.
29 Et comme l’avait prédit Isaïe : Si le Seigneur Sabaot ne nous avait laissé un germe, nous serions devenus comme Sodome, assimilés à Gomorrhe.
30 Que dirons-nous donc ? Que des païens qui ne poursuivaient pas de justice ont atteint une justice, la justice de la foi,
31 tandis qu’Israël qui poursuivait une loi de justice, n’a pas atteint la Loi.
32 Pourquoi ? Parce qu’au lieu de recourir à la foi ils comptaient sur les œuvres. Ils ont buté contre la pierre d’achoppement,
33 comme il est écrit : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement et un rocher qui fait tomber ; mais qui croit en lui ne sera pas confondu.
Lire la suite:Romains, Chapitre 10
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Notes sur la partie

19 v) Si l’indocilité de l’homme entre ainsi dans le plan divin, comment lui reprocher de ne pas accomplir la volonté de Dieu ? Paul a déjà rencontré une objection analogue, 3.7 ; 6.1, 15, et y a répondu, comme ici, par une fin de non-recevoir. Dieu est le maître de son œuvre. Le taxer d’injustice n’a pas de sens. Cf. Mt 20.15.


22 w) À tous ceux que l’on considérait comme allant vers leur anéantissement, parce que non élus, Dieu a en réalité fait miséricorde, moyennant la foi. En ces versets 24-29, Paul ne suggère aucunement que les israélites ayant refusé l’Évangile sont voués à la perdition, car en 9, l’appel ou le non appel ne sont pas liés à la réponse humaine, positive ou négative (cf. les vv. 11s). Il souligne au contraire que les vases voués à la colère, les païens idolâtres, ont eux aussi été l’objet de la miséricorde divine, au point de recevoir le statut de fils et de filles de Dieu. Quant aux vv. 27-29, ils insistent sur le reste — pour Paul, ce sont les juifs ayant cru en l’Évangile — dont l’existence montre déjà que la parole de Dieu n’a pas failli.


23 x) « dans le dessein de (manifester) »; var. : « et (manifesté) ».


24 y) La phrase reste en suspens : « comment parler en ce cas d’injustice de Dieu ? » En effet, tout s’ordonne finalement au salut des uns et des autres, cf. 11.32.


26 z) Ainsi l’histoire d’Israël lui-même, rappelé par Dieu malgré ses infidélités, devient le type de l’appel des nations, sans aucun droit, au festin messianique.


27 a) Les textes choisis annoncent à la fois l’infidélité d’Israël et le retour d’un « reste », cf. Isa 4.3, dépositaire des promesses. Ils préparent ainsi le chap. 11.


28 b) Une var. (Vulg.) conforme la citation au texte des LXX, que Paul abrège.


30 c) Cette conclusion introduit l’argument du chap. suivant : les causes de l’infidélité d’Israël vues non plus en Dieu, mais en Israël même.


31 d) Ce que seul peut faire le chrétien, 3.31 ; 8.4 ; 10.4 ; cf. 7.7 ; Ac 13.39. — « la Loi »; var. (Vulg.) : « la Loi de justice ».


Les épîtres aux Galates et aux Romains doivent être traitées ensemble, car elles s’attaquent au même problème, l’une comme la première réaction que provoque une situation concrète, l’autre comme un exposé plus calme et plus complet qui met en ordre les idées suscitées par la polémique. Cette étroite parenté des deux épîtres est une des raisons majeures qui déconseillent de reporter la composition de Ga aux premières années de Paul, avant même le concile de Jérusalem, ainsi que certains l’ont proposé. Il a paru à ceux-ci que la deuxième visite de Paul à Jérusalem, racontée en Ga 2.1-10, devait être la deuxième visite mentionnée par les Actes, Ac 11.30 ; 12.25, non la troisième, Ac 15.2-30 (qui diffère sur plusieurs points du récit de Paul). Celui-ci paraissant d’autre part ignorer le Décret de Ac 15.20, 29 (cf. Ga 2.6), sa lettre devait être antérieure au concile de Jérusalem, et il suffisait pour cela d’admettre que les « Galates » fussent les Lycaoniens et les Pisidiens évangélisés durant le premier voyage missionnaire, l’aller et le retour de Paul expliquant la double visite que paraît supposer Ga 4.13.

Mais tout cela est peu fondé. S’il est vrai que la Lycaonie et la Pisidie ont été politiquement rattachées dès 36-25 av. J.-C. à la Galatie, le langage courant du Ier siècle de notre ère n’en a pas moins continué à réserver cette dernière dénomination à la Galatie proprement dite, sise plus au nord, et il paraît en particulier difficile que leurs habitants aient pu être appelés « Galates », Ga 3.1. D’ailleurs cette supposition difficile n’est nullement exigée. La deuxième visite de Ga 2.1-10 s’identifie fort bien avec la troisième de Ac 15 – avec laquelle elle a de si fortes ressemblances – beaucoup mieux qu’avec la deuxième, Ac 11.30 ; 12.25, si peu importante que Paul a pu la passer sous silence dans son argumentation de Ga, à moins encore qu’elle n’ait pas eu lieu et résulte simplement d’un doublet littéraire de saint Luc (cf. les Actes, Introduction et Ac 11.30). Ainsi l’épître aux Galates est bien postérieure au concile de Jérusalem. Si Paul n’y parle pas du Décret, c’est peut-être que celui-ci est lui-même d’une époque plus tardive (cf. Ac 15.1), circonstance qui expliquerait aussi l’attitude de Pierre blâmée en Ga 2.11-14. Les destinataires sont bien les habitants de la région « galate » parcourue par Paul lors des deuxième et troisième voyages, Ac 16.6 ; 18.23. Et la lettre a pu être écrite d’Éphèse, ou même de Macédoine, entre 54 et 55.

L’épître aux Romains a dû la suivre de près. Paul est à Corinthe (hiver 55-56), sur le point de partir pour Jérusalem d’où il espère se rendre à Rome et de là en Espagne, Rm 15.22-32 ; cf. 1 Co 16.3-6 ; Ac 19.21 ; 20.3. Mais il n’a pas fondé l’Église de Rome et n’est que médiocrement informé sur son compte, peut-être par des gens comme Aquilas, Ac 18.2 ; les quelques allusions de son épître laissent seulement entrevoir une communauté où les convertis du judaïsme et du paganisme risquent de se mésestimer. Aussi juge-t-il à propos, pour préparer sa venue, d’envoyer par sa patronne Phébée, Rm 16.1, une lettre où il expose sa solution du problème judaïsme et christianisme, telle qu’elle vient de mûrir sous le coup de la crise galate. Pour ce faire, il reprend les idées de Ga, mais d’une façon plus ordonnée et nuancée. Autant Ga représente un cri jailli du cœur où l’apologie personnelle, Ga 1.11 – 2.21, se juxtapose à l’argumentation doctrinale, Ga 4.1 – 4.31, et aux avertissements véhéments, Ga 5.1 – 6.18, autant Rm offre un développement continu où quelques grandes sections s’enchaînent harmonieusement à l’aide de thèmes d’abord annoncés et ensuite repris.

Pas plus que des épîtres aux Corinthiens et aux Galates, l’authenticité de l’épître aux Romains n’est sérieusement discutée par personne. Tout au plus a-t-on pu se demander si les ch. 15 et 16 ne lui ont pas été ajoutés après coup. Ce dernier en particulier, avec ses salutations si nombreuses, aurait été primitivement un billet destiné à l’Église d’Éphèse. Mais le chap. 15, en dépit de certains manuscrits, ne peut être détaché du corps de l’épître ; et ceux qui y maintiennent également le chap. 16 font observer que Paul n’adresse jamais de salutations à des individus appartenant aux communautés dans lesquelles il a travaillé. Cela aurait provoqué des jalousies s’il en avait traité différemment certains, dans un groupe dont tous les membres lui étaient connus. La liste de noms du chap. 16 indique qu’il était adressé à une Église que Paul n’avait pas fondée – ce qui exclut Éphèse comme destinataire. Quant à la doxologie Rm 16.25-27, les caractères particuliers de son style ne constituent pas un motif suffisant pour rejeter son authenticité, mais peuvent suggérer une date plus tardive.

Tandis que les épîtres aux Corinthiens opposaient le Christ Sagesse de Dieu à la vaine sagesse du monde, les épîtres aux Galates et aux Romains opposent le Christ Justice de Dieu à la justice que les hommes prétendraient mériter par leurs propres efforts. Là le danger venait de l’esprit grec avec sa confiance orgueilleuse dans la raison ; ici il vient de l’esprit juif, avec sa confiance orgueilleuse en la Loi. Des judaïsants sont venus dire aux fidèles de Galatie qu’ils ne pouvaient être sauvés s’ils ne pratiquaient la circoncision, se plaçant ainsi sous le joug de la Loi, Ga 5.2s. Paul s’oppose de toutes ses forces à ce retour en arrière qui rendrait vaine l’œuvre du Christ, Ga 5.4. Sans nier la valeur de l’économie ancienne, il lui assigne ses justes limites d’étape provisoire dans l’ensemble du plan de salut, Ga 3.23-25. La Loi de Moïse, de soi bonne et sainte, Rm 7.12, a fait connaître à l’homme la volonté de Dieu, mais sans lui donner la force intérieure de l’accomplir ; aussi n’a-t-elle abouti qu’à lui faire prendre conscience de son péché et du besoin qu’il a du secours de Dieu, Ga 3.19-22 ; Rm 3.20 ; 7.7-13. Or ce secours de pure grâce, promis jadis à Abraham avant le don de la Loi, Ga 3.16-18 ; Rm 4, vient d’être accordé en Jésus Christ : sa mort et sa résurrection ont opéré la destruction de l’humanité ancienne, viciée par le péché d’Adam, et la recréation d’une humanité nouvelle dont il est le prototype, Rm 5.12-21. Rattaché au Christ par la foi et animé de son Esprit, l’homme reçoit désormais gratuitement la vraie justice et peut vivre selon la volonté divine, Rm 8.1-4. Sa foi doit bien s’épanouir dans des œuvres bonnes ; mais ces œuvres accomplies par la force de l’Esprit, Ga 5.22-25 ; Rm 8.5-13, ne sont plus ces œuvres de la Loi dans lesquelles le Juif mettait sa confiance. Elles sont accessibles à tous ceux qui croient, fussent-ils venus du paganisme, Ga 3.6-9, 14 ; Rm 4.11. L’économie mosaïque, qui a eu sa valeur d’étape préparatoire, est donc désormais révolue. Les Juifs qui prétendent s’y maintenir se mettent en dehors du vrai salut. Dieu a permis leur aveuglement pour assurer l’accès des païens. Ils ne sauraient cependant déchoir pour toujours de leur élection première, car Dieu est fidèle : quelques-uns d’entre eux, le « petit reste » annoncé par les prophètes, ont cru ; les autres se convertiront un jour, Rm 9-11. Dès maintenant les fidèles du Christ, qu’ils soient d’origine juive ou païenne, doivent ne plus faire qu’un dans la charité et le support mutuel, Rm 12.1 – 15.13. Telles sont les grandes perspectives qui, esquissées dans Ga, sont amplifiées dans Rm et nous valent d’admirables développements sur le passé pécheur de toute l’humanité, Rm 1.18–3.20, et la lutte intérieure en chaque homme, Rm 7.14-25, la gratuité du salut, Rm 3.24 et passim, l’efficacité de la mort et de la résurrection du Christ, Rm 4.24s ; 5.6-11, participées par la foi et le baptême, Ga 3.26s ; Rm 6.3-11, l’appel de tous les hommes à devenir des enfants de Dieu, Ga 4.1-7 ; Rm 8.14-17, l’amour plein de sagesse du Dieu juste et fidèle qui dirige tout le plan du salut avec ses différentes étapes, Rm 3.21-26 ; 8.31-39. Les perspectives eschatologiques demeurent : nous sommes sauvés en espérance, Rm 5.1-11 ; 8.24 ; mais, comme dans les épîtres aux Corinthiens, l’accent est mis sur la réalité du salut déjà commencé : l’Esprit de la Promesse est déjà possédé à titre de prémices, Rm 8.23, dès maintenant le chrétien vit dans le Christ, Rm 6.11, et le Christ vit en lui, Ga 2.20.

L’épître aux Romains représente ainsi l’une des plus belles synthèses de la doctrine paulinienne. Ce n’est pourtant pas une synthèse complète, ce n’est pas toute la doctrine. L’intérêt de premier plan que lui a valu la controverse luthérienne serait dommageable s’il faisait négliger de la compléter par les autres épîtres en l’intégrant dans une synthèse plus vaste.

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Matthieu, Chapitre 11,  vers 2-15

IV. Le mystère du Royaume des Cieux> 1 1. SECTION NARRATIVE, 2 Question de Jean-Baptiste et témoignage que lui rend Jésus.
Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui dire :
« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez :
les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ;
et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! »
Tandis que ceux-là s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?
Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu de façon délicate ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois.
Alors qu’êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète.
10 C’est celui dont il est écrit :Voici que moi j’envoie mon messager en avant de toi
pour préparer ta route devant toi.
11 « En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui.
12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent.
13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean.
14 Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir.
15 Que celui qui a des oreilles entende !
Lire la suite:Matthieu, Chapitre 11
Notes:
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Notes sur la partie

2 z) Var. « deux de ses disciples », cf. Lc 7.18.


3 a) Sans douter absolument de Jésus, Jean-Baptiste s’étonne de le voir réaliser un type du Messie si différent de celui qu’il attendait, cf. 3.10-12.


5 b) Littéralement « les pauvres sont évangélisés », cf. 4.23 ; Lc 1.19. Par cette allusion aux oracles d’Isaïe, Jésus montre à Jean que ses œuvres inaugurent bien l’ère messianique, mais par mode de bienfaits et de salut, non de violence et de châtiment. Cf. Lc 4.17-21.


11 c) Par ce seul fait qu’il appartient au Royaume, tandis que Jean, en tant que Précurseur est resté à la porte. Cette parole oppose deux époques de l’œuvre divine, deux « économies », sans déprécier en rien la personne de Jean les temps du Royaume transcendent totalement ceux qui les ont précédés et préparés.


12 d) Expression diversement interprétée. Il peut s’agir :1° de la sainte violence de ceux qui s’emparent du royaume au prix des plus durs renoncements ; 2° de la mauvaise violence de ceux qui veulent établir le Royaume par les armes (les Zélotes) ; 3° de la tyrannie des Puissances démoniaques, ou de leurs suppôts terrestres, qui prétendent garder l’empire de ce monde et entraver l’essor du Royaume de Dieu. Enfin certains traduisent « le Royaume des Cieux se fraie sa voie avec violence », c’est-à-dire s’établit avec puissance en dépit de tous les obstacles.


14 e) Jean est venu achever, dans la perspective de Matthieu, l’économie de l’ancienne Alliance en prenant la succession du dernier des prophètes, Malachie, dont il accomplit la dernière prédiction, Ml 3.23.


Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.

Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.

Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.

L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.

Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.

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