12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
13 Les Pharisiens lui dirent alors : " Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas valable. " |
14 Jésus leur répondit : " Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d'où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d'où je viens ni où je vais. |
15 Vous, vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne; |
16 et s'il m'arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité, parce que je suis pas seul; mais il y a moi et celui qui m'a envoyé; |
17 et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. |
18 Je suis à moi-même mon propre témoin, et pour moi témoigne le Père qui m'a envoyé. " |
19 Ils lui disaient donc : " Où est ton Père ? " Jésus répondit : " Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. " |
20 Il prononça ces paroles au Trésor, alors qu'il enseignait dans le Temple. Personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas encore venue. |
21 Jésus leur dit encore : " Je m'en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir. " |
22 Les Juifs disaient donc : " Va-t-il se donner la mort, qu'il dise : "Où je vais, vous ne pouvez venir" ? " |
23 Et il leur disait : " Vous, vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. |
24 Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. " |
25 Ils lui disaient donc : " Qui es-tu ? " Jésus leur dit : " Dès le commencement ce que je vous dis. |
26 J'ai sur vous beaucoup à dire et à juger ; mais celui qui m'a envoyé est véridique et je dis au monde ce que j'ai entendu de lui. " |
27 Ils ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père. |
28 Jésus leur dit donc : " Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m'a enseigné, |
29 et celui qui m'a envoyé est avec moi ; il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. " |
30 Comme il disait cela, beaucoup crurent en lui. |
En parlant avec les pharisiens, Jésus tente encore et encore de leur expliquer qui il est et pourquoi il est venu dans le monde. Mais il ne leur était pas facile de le comprendre, car ils ne voulaient pas un témoignage, mais des preuves, des preuves formelles, telles qu'on en exige des témoins dans un tribunal ordinaire, terrestre, pour des affaires ordinaires et quotidiennes. Jésus leur parle de la vie qu'il peut donner à quiconque est prêt à lui faire confiance (v. 12), et en réponse il entend: où sont tes témoins? Et s'il n'y a pas de témoins, comment pouvons-nous te croire (v. 13)? En répondant à ceux qui l'interrogent, Jésus tente de parler leur langue. Il dit: il y a deux témoins, moi et le Père (v. 16-17).
Mais ce langage ne change pas l'essence de la question: pour croire Jésus, il ne faut pas des preuves juridiques, il faut simplement la capacité de voir la situation d'un regard spirituel. Il faut seulement comprendre qui est Jésus, d'où il vient et où il va; mais cela est impossible si l'on s'appuie uniquement sur des procédures juridiques formelles, même fondées sur les normes de la Torah (v. 14). Vous, dit Jésus aux pharisiens, vous évaluez, vous « jugez », tous les hommes seulement selon des critères extérieurs et formels, « selon la chair »; moi, dit-il de lui-même, je ne juge personne (v. 15). Par là, Jésus fait comprendre à ses interlocuteurs qu'il est vain de mesurer son ministère et son témoignage avec des mesures terrestres et des critères formels, car le Royaume ne tient dans aucun cadre humain. Et Jésus lui-même, selon ses propres paroles, ne juge personne: manifestement, ce n'est pas pour cela qu'il est venu dans le monde. Son but est devenu de libérer les hommes de ce péché dont, autrement, ils ne se libéreraient jamais, et la question de l'acceptation ou du refus de Jésus devient donc une question de vie et de mort, pour ceux qui l'acceptent comme pour ceux qui le rejettent (v. 21-24).
Et bien que, manifestement, ceux qui l'écoutaient n'aient toujours pas compris le Sauveur jusqu'au bout (v. 25-27), il s'en trouva beaucoup parmi eux que les paroles de Jésus convainquirent et qui crurent en lui (v. 30). À en juger par tout cela, une division se produisit parmi les présents entre ceux qui étaient prêts à négliger l'opinion de la majorité et des autorités religieuses à cause du Royaume, et ceux qui préféraient ne pas prendre de risque. Une division entre ceux qui cherchent le Royaume et ceux qui sont prêts à vivre comme avant, en restant avec leur religion.
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
13 Les Pharisiens lui dirent alors : " Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas valable. " |
14 Jésus leur répondit : " Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d'où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d'où je viens ni où je vais. |
15 Vous, vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne; |
16 et s'il m'arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité, parce que je suis pas seul; mais il y a moi et celui qui m'a envoyé; |
17 et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. |
18 Je suis à moi-même mon propre témoin, et pour moi témoigne le Père qui m'a envoyé. " |
19 Ils lui disaient donc : " Où est ton Père ? " Jésus répondit : " Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. " |
20 Il prononça ces paroles au Trésor, alors qu'il enseignait dans le Temple. Personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas encore venue. |
21 Jésus leur dit encore : " Je m'en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir. " |
22 Les Juifs disaient donc : " Va-t-il se donner la mort, qu'il dise : "Où je vais, vous ne pouvez venir" ? " |
23 Et il leur disait : " Vous, vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. |
24 Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. " |
25 Ils lui disaient donc : " Qui es-tu ? " Jésus leur dit : " Dès le commencement ce que je vous dis. |
26 J'ai sur vous beaucoup à dire et à juger ; mais celui qui m'a envoyé est véridique et je dis au monde ce que j'ai entendu de lui. " |
27 Ils ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père. |
28 Jésus leur dit donc : " Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m'a enseigné, |
29 et celui qui m'a envoyé est avec moi ; il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. " |
30 Comme il disait cela, beaucoup crurent en lui. |
Qu'est-ce qui constitue les fondements de notre vie, ses réalités premières ? La naissance et la mort, l'eau, la nourriture, la vérité, la lumière... Jésus utilise toutes ces notions pour décrire Sa mission, comme Ses propres noms. Il veut dire à tous ceux qui entendront ces paroles qu'Il est Lui-même le fondement de la vie humaine. « En Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes... Je suis la lumière du monde... ». Pour nous parler du Père, Il parle notre langue (et quelle autre langue pourrions-nous comprendre ?), Il parle de petites réalités simples et compréhensibles de la vie quotidienne (comme dans les paraboles du Royaume) ou, dans l'Évangile selon Jean, des choses les plus importantes, sans lesquelles nous ne pouvons nous représenter ni nous-mêmes ni le monde. « Je suis le pain... Je suis la vie... Il vous faut naître d'en haut... Je donnerai l'eau de la vie... ».
Et tout cela est un témoignage rendu à Celui dont aucune parole ne peut parler, que des yeux humains aveugles ne peuvent voir : le Père, qui demeure inséparablement dans le Fils.
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
13 Les Pharisiens lui dirent alors : " Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas valable. " |
14 Jésus leur répondit : " Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d'où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d'où je viens ni où je vais. |
15 Vous, vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne; |
16 et s'il m'arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité, parce que je suis pas seul; mais il y a moi et celui qui m'a envoyé; |
17 et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. |
18 Je suis à moi-même mon propre témoin, et pour moi témoigne le Père qui m'a envoyé. " |
19 Ils lui disaient donc : " Où est ton Père ? " Jésus répondit : " Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. " |
20 Il prononça ces paroles au Trésor, alors qu'il enseignait dans le Temple. Personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas encore venue. |
Dans le passage d’aujourd’hui de l’Évangile selon Jean, nous rencontrons quelques-unes des paroles les plus connues du Christ, dans lesquelles Il dit Lui-même qui Il est et quelle est Sa mission. Il est la lumière du monde, et cela dit immensément beaucoup ! Cela signifie à la fois qu’Il est au fondement, au centre du monde, car notre univers est ainsi fait que tout « tourne » autour des sources de lumière, et qu’Il doit donc être au centre de chaque vie ; et aussi que grâce à Lui apparaissent dans la vie la chaleur, le feu qui nourrit nos forces. Et ici même, Il dit que Sa lumière nous indique le chemin, et que même lorsque les ténèbres nous entourent, elles ne pourront tout de même pas nous vaincre (voir Jn 1:5) si nous marchons dans Sa lumière.
Cette lumière est si vive que nos cœurs en sont purifiés des péchés. Et dans cette même lumière nous voyons la lumière (voir Ps 35:10) : enfin nous apprenons à distinguer le bien et le mal, recevant cette connaissance même pour laquelle l’humanité s’est jadis détachée de Dieu (voir Gn 3).
Si nous demeurons dans la lumière du Christ, notre vocation s’accomplit et la vie reçoit son sens, car ce n’est que dans la lumière du Christ que nous voyons le Père (voir Jn 14:7) et que nous pouvons enfin nous tenir pleinement devant Lui.
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
13 Les Pharisiens lui dirent alors : " Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas valable. " |
14 Jésus leur répondit : " Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d'où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d'où je viens ni où je vais. |
15 Vous, vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne; |
16 et s'il m'arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité, parce que je suis pas seul; mais il y a moi et celui qui m'a envoyé; |
17 et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. |
18 Je suis à moi-même mon propre témoin, et pour moi témoigne le Père qui m'a envoyé. " |
19 Ils lui disaient donc : " Où est ton Père ? " Jésus répondit : " Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. " |
20 Il prononça ces paroles au Trésor, alors qu'il enseignait dans le Temple. Personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas encore venue. |
Au témoignage du Christ sur lui-même, les pharisiens opposent le respect de formalités juridiques. Selon la lettre de la Loi, ils parlent correctement: des paroles confirmées par des témoins avaient plus de poids pour les présents. Seulement, même dans ce cas, les pharisiens auraient trouvé des raisons de récuser les témoins, car ils ne se soucient pas d'établir la vérité. Au contraire, ils craignent que la vérité des paroles de Jésus soit confirmée. Mais la vérité qu'il révèle dépasse l'intelligence humaine. Les paroles du Christ dépassent la logique terrestre: on peut les accepter ou les rejeter, mais il est impossible d'en épuiser le sens.
Un exemple de la différence entre la logique des paroles du Christ et celle de la pensée quotidienne est donné ici même. Selon le raisonnement habituel, après les mots «vous jugez selon la chair, et moi...» devrait venir quelque chose comme «je juge selon l'esprit», puisqu'il est question du jugement et de ce qu'il doit être. Mais le Christ poursuit de façon inattendue: «je ne juge personne», écartant les représentations humaines de la justice et nous laissant toucher un peu une autre notion de celle-ci.
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
« Celui qui croit en moi, comme l'a dit l'Écriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein ». L'évêque Cassien, dans son ouvrage fondamental sur l'Évangile selon Jean (« Par l'eau, le sang et l'Esprit ») dit que ce n'est pas la seule traduction possible. Si la ponctuation était différente, et il y a des raisons pour cela, la phrase signifierait que l'eau coulerait du sein de Jésus. Chaque version a ses partisans et ses adversaires; cependant l'évêque lui-même penche pour la seconde.
Mais que faire, nous, hommes peu exercés à la philologie? On peut regarder cela du point de vue que l'histoire de la Parole de Dieu porte en elle non seulement la vérité originelle de ce qui a été dit par le Seigneur, mais aussi une sorte de vérité, même si elle est incorrecte du point de vue scientifique, car l'Esprit descend sur chacun.
S'il en est ainsi, il vaut peut-être la peine de regarder les deux traductions à la fois. Bien sûr, la seconde traduction attire à elle l'épisode de la Samaritaine, et en cela elle est sans aucun doute vraie: seul le Seigneur donne l'eau vive. Mais l'homme peut tout de même devenir le conducteur de cette eau vive et, en ce sens, devient lui-même une « source secondaire », pour emprunter la terminologie de la théorie de la diffraction de la lumière. Et c'est précisément dans le fait que l'homme peut devenir source de l'Esprit que se cache le sens de la fête d'aujourd'hui, le jour de la Sainte Trinité. C'est étonnant et inexplicable, mais il en est ainsi. C'est pourquoi l'ancienne traduction nous importe malgré tout, même si elle n'est pas tout à fait exacte du point de vue scientifique; il serait plus juste de dire que les deux traductions nous sont précieuses.
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
Les mots de Jésus concernant le Saint-Esprit dans l'Evangile selon Jean ont fourni matière à discussion parmi les écouteurs. Jésus se heurtait constamment au fait qu’on ne Le comprenait pas. Un des miracles pentecôtistes – la compréhension mutuelle entre les gens, quelque chose complètement inverse de ce qui s’était passé avec les anciens constructeurs de la tour de Babylone (Gen 11:1-9). Lorsque de différentes personnes s’unissent dans un accord cordial avec «les grands œuvres de Dieu» - là naît l’Eglise. Comme notre monde essaie de cacher ces œuvres aux yeux des hommes, mais Jésus Christ est la lumière du monde, et nous ne pouvons pas être dans l'obscurité.
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : " Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. " |
Jésus utilise l'image, qui doit instantanément provoquer aux gens L'écoutant une association avec les prophéties sur la Messie, - cf, par exemple Esaïe 9:2, 10:1-3. Et c’est ce qui se passe, à en juger d’après leur réaction ultérieure, mais ils refusent de croire que ces prophéties s’accomplissent ici, directement sur leurs yeux. Peut-être, l'immodestie de la déclaration de Jésus peut provoquer de la protestation chez l’un de nous, mais au lieu de protester tout d’un coup, pensons d’abord à ce qui arrivera, si c’est vraiment la vérité.
Il est dit dans le Psaume 119: «Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route». On trouve une phrase semblable dans le livre de Proverbes (6:23). Pourquoi Jésus dit que sans Lui, les gens marchent dans les ténèbres? Probablement, parce que la lumière de la parole (la loi, commandement) éclaire seulement sur les chemins de la loi, et ceux qui n'accomplissent pas les commandements, se trouvent en dehors de cette lumière. Jésus est en Lui-même l'accomplissement de la loi, c'est pourquoi il y a la lumière partout, où Il y est. Il est la Parole en chair, et donc, - la véritable lumière. Ainsi s’ouvre aux gens le chemin éclairé par la Parole, le chemin Christique, le chemin que Jésus a traversé devant nous, et il ne nous reste qu’à Le suivre, marcher selon Ses traces et voir tout autour de soi-même et dans soi-même dans une véritable lumière.
13 Les Pharisiens lui dirent alors : " Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas valable. " |
14 Jésus leur répondit : " Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d'où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d'où je viens ni où je vais. |
Jésus et les pharisiens qui L'écoutent ont des conceptions différentes de ce qu'est un témoignage. Et il ne s'agit pas du fait qu'ils voudraient un témoignage humain, tandis qu'Il parle du témoignage de Dieu. Le problème est plutôt que ceux qui écoutent Jésus, des hommes pleinement et sincèrement religieux, veulent un témoignage extérieur là où il n'est possible que comme témoignage intérieur. Les pharisiens sont des hommes religieux, observant la Torah, et ils exigent de Jésus des preuves de Sa messianité, ou au moins de la véracité de Son témoignage, comme ils pourraient exiger un témoignage du même genre au tribunal dans une affaire quelconque.
La logique est simple : présente-nous des témoins fiables attestant que Tu dis la vérité et que Tu as réellement le droit de faire ce que Tu fais et de dire ce que Tu dis. Il faut un témoignage, une attestation, mais strictement formelle et extérieure. Or elle est impossible dans ce cas : Jésus a apporté dans le monde ce qui ne peut pas être prouvé par un simple témoignage extérieur, et c'est précisément ce que ceux qui Lui demandent des preuves ne peuvent pas comprendre - ou ne veulent tout simplement pas comprendre.
Et ce n'est pas étonnant : il s'agit en effet de personnes religieuses. Et les preuves qu'il leur faut doivent être correspondantes — entrer dans des cadres religieux. Or ici les preuves ne peuvent être qu'extérieures. Car toute religion est une chose extérieure, une sorte d'instrument initialement élaboré pour établir des relations avec les puissances supérieures - et pour vérifier ces relations. Mais avec Dieu, justement, il ne peut pas y avoir de relations purement extérieures, et aucune vérification n'est possible ici. On pourrait tout aussi bien essayer de prouver l'amitié ou l'amour : on peut témoigner de l'un comme de l'autre, mais les prouver…
S'il le veut, le sceptique ou le cynique objectera toujours que ce n'est, dit-il, ni de l'amitié ni de l'amour, mais simplement un intérêt personnel ou une attirance pour le partenaire, et l'on ne prouvera rien au niveau extérieur; seulement de l'intérieur, là où vit la certitude de l'authenticité spirituelle de la relation. Il en va de même avec Dieu : ici, la preuve ne peut être trouvée qu'à l'intérieur, dans son propre coeur, et pas autrement. Mais cela n'est déjà plus de la religion, c'est une relation avec Dieu, qui ne rentre dans aucun cadre religieux et qui ne peut en aucune manière être prouvée à l'intérieur de ces cadres.
21 Jésus leur dit encore : " Je m'en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir. " |
22 Les Juifs disaient donc : " Va-t-il se donner la mort, qu'il dise : "Où je vais, vous ne pouvez venir" ? " |
23 Et il leur disait : " Vous, vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. |
24 Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. " |
25 Ils lui disaient donc : " Qui es-tu ? " Jésus leur dit : " Dès le commencement ce que je vous dis. |
26 J'ai sur vous beaucoup à dire et à juger ; mais celui qui m'a envoyé est véridique et je dis au monde ce que j'ai entendu de lui. " |
27 Ils ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père. |
28 Jésus leur dit donc : " Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m'a enseigné, |
29 et celui qui m'a envoyé est avec moi ; il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. " |
30 Comme il disait cela, beaucoup crurent en lui. |
On ne peut pas dire que Jésus n’ait jamais parlé directement à Ses auditeurs de Sa messianité : parfois Il le fait assez clairement. Ainsi, en Se nommant « Celui qui est dès le commencement », Il utilise en substance l’une des épithètes appliquées au Messie dès les prophètes d’avant l’exil. Mais en même temps, Jésus Se comporte tout autrement que le Messie était censé se comporter selon les représentations admises à cette époque : Il ne dit rien ni d’un soulèvement, ni de la libération du pays du pouvoir des païens ; Il semble bien Se nommer Messie, mais seulement par allusions, et lorsque la foule qui L’entoure est déjà prête à Le proclamer Messie, Il Se cache. De plus, cet étrange Messie enfreint le sabbat, fréquente les pécheurs sans être gêné par leur compagnie, et visiblement Il ne place pas non plus très haut la piété traditionnelle. Bref, si c’est le Messie, Il est assez étrange.
Et Jésus, entre-temps, ne fait que renforcer cette impression en disant quelque chose de mystérieux : les hommes qui L’écoutent ne pourront pas aller là où Lui-même s’apprête à aller. Bien sûr, Il leur parle du Royaume, dans lequel ils n’entreront pas s’ils ne L’acceptent pas comme le Messie envoyé par Dieu. Mais ils ne Le comprennent pas ; ils sont en effet convaincus que le Messie bâtit Son Royaume sur la terre comme tous les autres royaumes s’y bâtissent, même si, bien sûr, les lois de ce Royaume ne seront pas celles des royaumes païens, et que pourra y entrer quiconque acceptera ces lois et consentira à les suivre. Or, sur ce point, tous les pharisiens sans exception étaient absolument sûrs d’eux-mêmes : serait-ce à eux de rejeter la Torah et Celui qui bâtira le Royaume fondé sur la Torah !
C’est sans doute avant tout cette incompréhension qui obligeait Jésus à parler de Sa messianité seulement par allusions. Il voulait que ceux qui L’écoutaient s’appuient non sur leurs connaissances et leur compréhension du Royaume, mais sur ce qu’Il essaie de leur expliquer, afin que le Royaume devienne pour eux non pas un concept, non pas une théorie, mais une réalité spirituelle déjà entrée dans le monde, et entrée par Lui. Mais, visiblement, il est trop difficile pour Ses auditeurs de se détacher de leurs opinions, si habituelles et si « justes ».
25 Ils lui disaient donc : " Qui es-tu ? " Jésus leur dit : " Dès le commencement ce que je vous dis. |
26 J'ai sur vous beaucoup à dire et à juger ; mais celui qui m'a envoyé est véridique et je dis au monde ce que j'ai entendu de lui. " |
Les paroles du Sauveur, qui dit de lui-même qu’il est «celui qui est dès le commencement», sont habituellement comprises comme son témoignage de sa divinité. Une telle interprétation de ses paroles est assurément possible. La question est de savoir si elle est la principale pour nous sur le plan pratique. Et surtout, si cette pensée était le principal message que Jésus lui-même voulait transmettre à ses auditeurs. Aujourd’hui, la réponse nous paraît évidente: peut-il y avoir quelque chose de plus important que la divinité du Sauveur? C’est, sans aucun doute, l’un des fondements de la foi chrétienne orthodoxe, de cette orthodoxie dont nous parlons tant aujourd’hui. Pourtant, pour la première génération chrétienne, comme pour toute une série de générations suivantes, la première place n’était pas tenue par l’orthodoxie, mais par l’orthopraxie. Non pas les opinions et les vues justes, mais la vie juste.
Et là, les accents se déplacent nécessairement. Nous pouvons être absolument sûrs que Jésus est le Dieu-homme, sans que cela ait la moindre influence sur notre vie concrète. Ce n’est guère ce que le Sauveur attend de nous. Après tout, il veut avant tout nous faire participer à sa vie. Faire de nous une part de cette vie. De la vie de ce Royaume qu’il a apporté au monde. C’est pourquoi il dit que là où il va, les hommes qui l’écoutent ne pourront pas aller.
Parce qu’ils ne lui font pas confiance. Or lui vit de la vie de Dieu. Dans toute sa plénitude. Dans la même plénitude que celle dont vit son Père céleste. Cela n’est accessible à personne, à aucun homme. À moins, bien sûr, que cet homme ne se confie à lui, son Sauveur. Jésus ne se contente pas de déclarer sa divino-humanité; il invite ceux qui l’écoutent à y participer. Et c’est là l’essentiel: c’est pour cela qu’il est venu dans le monde. Le Royaume est la plénitude de sa vie divino-humaine ouverte au monde. Et donc à chacun de nous. Il suffit seulement d’avoir le désir d’y entrer. Et de lui faire confiance.
25 Ils lui disaient donc : " Qui es-tu ? " Jésus leur dit : " Dès le commencement ce que je vous dis. |
Le passage de l'Évangile selon Jean que nous lisons aujourd'hui est perçu comme la quintessence de la théologie dogmatique. Comment pouvait-on passer à côté et ne pas comprendre des paroles du Christ si claires? Telle est la particularité de la perception humaine: les choses difficiles pour nous, nous ne les remarquons tout simplement pas. Le Seigneur Jésus dit pourtant, pour ainsi dire, «en toutes lettres» qu'il est Celui qui est dès le commencement. Mais l'Incarnation du Fils de Dieu est une chose si incroyable que ces paroles passent au-dessus des oreilles des auditeurs, qui ne les remarquent pas, sinon ils auraient tenté de lapider Jésus.
Le Seigneur dit qu'il est ce même Dieu qui s'est révélé aux ancêtres des Juifs, et il s'applique à lui-même le Nom de Dieu révélé à Moïse sur le mont Sinaï. Il dit aussi que le Père ne l'a pas laissé et demeure avec lui. Mais nous ne pourrons reconnaître, accueillir et vivre ces réalités incroyables et incompréhensibles que lorsque le Fils de l'homme sera élevé sur la Croix. Et peut-être ne s'agit-il pas seulement de la dureté de cœur des anciens Juifs, mais du fait que le mystère de Dieu est réellement incompréhensible autrement que par la Croix.
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