1 Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. |
2 Or il existe à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s'appelle en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques. |
3 Sous ces portiques gisaient une multitude d'infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l'eau. |
4 Car l'ange du Seigneur descendait par moments dans la piscine et agitait l'eau; le premier alors à y entrer, après que l'eau avait été agitée, se trouvait guéri, quel que fût son mal. |
5 Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. |
6 Jésus, le voyant étendu et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : " Veux-tu guérir ? " |
7 L'infirme lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l'eau vient à être agitée ; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. " |
8 Jésus lui dit : " Lève-toi, prends ton grabat et marche. " |
9 Et aussitôt l'homme fut guéri; il prit son grabat et il marchait. Or c'était le sabbat, ce jour-là. |
10 Les Juifs dirent donc à celui qui venait d'être guéri : " C'est le sabbat. Il ne t'est pas permis de porter ton grabat. " |
11 Il leur répondit : " Celui qui m'a guéri m'a dit : Prends ton grabat et marche. " |
12 Ils lui demandèrent : " Quel est l'homme qui t'a dit : Prends ton grabat et marche ? " |
13 Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c'était; Jésus en effet avait disparu, car il y avait foule en ce lieu. |
14 Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit : " Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire encore. " |
15 L'homme s'en fut révéler aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. |
16 C'est pourquoi les Juifs persécutaient Jésus: parce qu'il faisait ces choses-là le jour du sabbat. |
17 Mais il répondit : " Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi " |
18 Aussi les Juifs n'en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. |
19 Jésus reprit donc la parole et leur dit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu'il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. |
20 Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier. |
21 Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut. |
22 Car le Père ne juge personne; il a donné au Fils le jugement tout entier, |
23 afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. |
Peu à peu, le Seigneur commence à révéler aux disciples, et pas seulement à eux, le mystère de son ministère. Il est venu sur la terre pour « faire » ce que « fait » son Père. Comme le Père donne la vie aux hommes le jour du sabbat, ainsi Jésus vivifie les hommes de la vie du Père. Il en a le droit, parce qu'il est la présence même du Père, celui qui accomplit son œuvre: juger et donner la vie.
Et l'évangéliste nous appelle à cette percée qu'il nomme la foi: voir ce qui n'est pas évident, voir, derrière ce qui se produit dans notre vie, qu'il s'agisse d'une guérison ou du sentiment de la paix divine dans le cœur, le visage de Jésus accomplissant la volonté du Père, nous conduisant à la connaissance de Celui que nous ne sommes pas capables de voir par nous-mêmes, mais que nous attendons et honorons. Et celui qui honore le Père doit traiter avec le même respect et le même amour Celui qu'il a envoyé.
1 Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. |
2 Or il existe à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s'appelle en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques. |
3 Sous ces portiques gisaient une multitude d'infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l'eau. |
4 Car l'ange du Seigneur descendait par moments dans la piscine et agitait l'eau; le premier alors à y entrer, après que l'eau avait été agitée, se trouvait guéri, quel que fût son mal. |
5 Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. |
6 Jésus, le voyant étendu et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : " Veux-tu guérir ? " |
7 L'infirme lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l'eau vient à être agitée ; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. " |
8 Jésus lui dit : " Lève-toi, prends ton grabat et marche. " |
9 Et aussitôt l'homme fut guéri; il prit son grabat et il marchait. Or c'était le sabbat, ce jour-là. |
10 Les Juifs dirent donc à celui qui venait d'être guéri : " C'est le sabbat. Il ne t'est pas permis de porter ton grabat. " |
11 Il leur répondit : " Celui qui m'a guéri m'a dit : Prends ton grabat et marche. " |
12 Ils lui demandèrent : " Quel est l'homme qui t'a dit : Prends ton grabat et marche ? " |
13 Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c'était; Jésus en effet avait disparu, car il y avait foule en ce lieu. |
14 Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit : " Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire encore. " |
15 L'homme s'en fut révéler aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. |
16 C'est pourquoi les Juifs persécutaient Jésus: parce qu'il faisait ces choses-là le jour du sabbat. |
Il est difficile d'imaginer un homme plus déterminé, et sachant mieux comment et quoi faire, que le malade qui était resté couché trente-huit ans près de la porte des Brebis. Il était là depuis si longtemps que tous les passants s'étaient sûrement habitués à le voir et avaient oublié depuis longtemps pourquoi il s'y trouvait. Même Jésus en vient à poser la question : « Veux-tu être guéri ? »
Bien des années auparavant, cet homme s'était retrouvé là dans l'espérance que quelqu'un l'aiderait à descendre dans l'eau dès que l'ange du Seigneur l'aurait touchée, mais son espérance ne s'était jamais réalisée. Apparemment, pendant tout ce long temps, il avait lui-même oublié qu'il avait besoin de guérison, ne pensant qu'à parvenir à temps dans ce bassin. À une question précise, au lieu de dire simplement « oui », cet homme répond par une description détaillée de la raison pour laquelle il est encore couché au bord de l'eau.
Mais le Seigneur agit autrement, d'une façon tout à fait différente de celle que le malade s'était représentée pendant de longues années : Il ne descend pas le paralytique dans l'eau, mais lui ordonne de se lever et de marcher en emportant son grabat. Dieu accomplit des miracles sans s'appuyer sur la logique humaine, en renversant nos représentations du monde, même en violant le sabbat. Et très souvent, comme pour les pharisiens présents lors de cette guérison, il nous est difficile d'accepter qu'Il enfreigne les lois familières en accomplissant ce qui ne rentre aucunement dans notre idée de Lui.
1 Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. |
2 Or il existe à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s'appelle en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques. |
3 Sous ces portiques gisaient une multitude d'infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l'eau. |
4 Car l'ange du Seigneur descendait par moments dans la piscine et agitait l'eau; le premier alors à y entrer, après que l'eau avait été agitée, se trouvait guéri, quel que fût son mal. |
5 Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. |
6 Jésus, le voyant étendu et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : " Veux-tu guérir ? " |
7 L'infirme lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l'eau vient à être agitée ; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. " |
8 Jésus lui dit : " Lève-toi, prends ton grabat et marche. " |
9 Et aussitôt l'homme fut guéri; il prit son grabat et il marchait. Or c'était le sabbat, ce jour-là. |
10 Les Juifs dirent donc à celui qui venait d'être guéri : " C'est le sabbat. Il ne t'est pas permis de porter ton grabat. " |
11 Il leur répondit : " Celui qui m'a guéri m'a dit : Prends ton grabat et marche. " |
12 Ils lui demandèrent : " Quel est l'homme qui t'a dit : Prends ton grabat et marche ? " |
13 Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c'était; Jésus en effet avait disparu, car il y avait foule en ce lieu. |
14 Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit : " Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire encore. " |
15 L'homme s'en fut révéler aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. |
16 C'est pourquoi les Juifs persécutaient Jésus: parce qu'il faisait ces choses-là le jour du sabbat. |
À en juger par tout cela, près de la piscine de Bethesda se rassemblaient précisément des gens avides de guérison. Et Jésus pose au malade une question qui paraît stupide : « Veux-tu être guéri? » Pourquoi donc est-il couché là, s’il ne veut pas guérir? Mais tout n’est pas si simple. Parfois les médecins rencontrent cette situation : une personne court d’un médecin à l’autre, suit scrupuleusement toutes les prescriptions; tout semble fait correctement, et pourtant l’amélioration ne vient pas. Et la maladie, semble-t-il, n’est pas grave, mais rien n’aide. Les médecins expérimentés disent souvent, dans de tels cas, que c’est un travail pour un psychiatre ou un psychologue : il est tout simplement commode pour la personne d’être malade. L’organisme refuse de guérir parce que c’est habituel, confortable. La personne a une occupation : elle se soigne. Une fois guérie, elle perdrait tout simplement le sens de sa vie!
Il en va de même pour nos péchés. Le bienheureux Augustin a décrit ce rapport au péché avec une finesse étonnante et une grande autocritique : « Seigneur, donne-moi la chasteté! Seulement, je t’en prie, pas aujourd’hui. » Nous venons à Dieu et nous Lui demandons, nous Lui demandons de nous guérir, de nous libérer des péchés... Mais, en réalité, nous ne voyons tout simplement pas notre vie sans le péché. Nous avons pris l’habitude de pécher et de nous repentir; avons-nous vraiment besoin de l’aide que nous Lui demandons? Il pose une question simple : « Veux-tu être guéri? » Et tant que notre réponse ne sera pas un « Oui » sincère, venu du cœur, aucune guérison ne sera possible.
1 Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. |
2 Or il existe à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s'appelle en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques. |
3 Sous ces portiques gisaient une multitude d'infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l'eau. |
4 Car l'ange du Seigneur descendait par moments dans la piscine et agitait l'eau; le premier alors à y entrer, après que l'eau avait été agitée, se trouvait guéri, quel que fût son mal. |
5 Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. |
6 Jésus, le voyant étendu et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : " Veux-tu guérir ? " |
7 L'infirme lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l'eau vient à être agitée ; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. " |
8 Jésus lui dit : " Lève-toi, prends ton grabat et marche. " |
9 Et aussitôt l'homme fut guéri; il prit son grabat et il marchait. Or c'était le sabbat, ce jour-là. |
10 Les Juifs dirent donc à celui qui venait d'être guéri : " C'est le sabbat. Il ne t'est pas permis de porter ton grabat. " |
11 Il leur répondit : " Celui qui m'a guéri m'a dit : Prends ton grabat et marche. " |
12 Ils lui demandèrent : " Quel est l'homme qui t'a dit : Prends ton grabat et marche ? " |
13 Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c'était; Jésus en effet avait disparu, car il y avait foule en ce lieu. |
14 Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit : " Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire encore. " |
15 L'homme s'en fut révéler aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. |
La Torah, les commandements donnés par Dieu, ont toujours été perçus comme un guide sur le chemin de la justice. Il n'est pas surprenant que Jésus se tourne vers la Torah, plus précisément vers le Décalogue, en interprétant ses commandements du point de vue du Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Or, du point de vue du Royaume, ce qui passe au premier plan n'est pas l'acte comme tel, mais l'intention qui se tient derrière lui, l'intention que l'homme met dans l'acte qu'il accomplit. Et si l'intention existe, le fait que l'acte soit accompli ou non ne change rien de fondamental. Si, par exemple, un homme hait tellement son prochain qu'il est prêt à le tuer, Jésus, visiblement, assimile une telle haine au meurtre.
À première vue, une telle approche peut paraître trop sévère. Mais il faut garder à l'esprit que la Torah intérieure, dont parlaient à cette époque de nombreux rabbins savants et maîtres de la Torah, mettait précisément l'intention au premier plan. Se libérer des mauvaises intentions était considéré comme une étape essentielle sur le chemin de l'acquisition de la Torah intérieure. Mais il ne s'agit pas seulement de la Torah intérieure comme telle. Il s'agit aussi du fait que, pour le Royaume, les intentions ont une importance particulière. Car la substance du Royaume est le souffle de Dieu, et son tissu est formé par les relations qui unissent l'homme aussi bien à Dieu et au Christ qu'à ses prochains.
De la qualité des relations dépend non seulement la qualité de la vie de l'homme dans le Royaume, mais aussi la possibilité même d'y demeurer. Voilà pourquoi Jésus accorde tant d'attention à l'intention: car chacune de nos intentions, si nous sommes habitants du Royaume, concerne non seulement nous-mêmes et les personnes vers lesquelles elle est dirigée, mais aussi tout le Royaume dans son ensemble, dans toute sa plénitude.
5 Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. |
6 Jésus, le voyant étendu et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : " Veux-tu guérir ? " |
7 L'infirme lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l'eau vient à être agitée ; et, le temps que j'y aille, un autre descend avant moi. " |
Regardons l'homme guéri par Jésus. Comme il est dit dans l'Écriture, il était malade depuis trente-huit ans. Pour nous, même en bonne santé, il est difficile d'imaginer un tel temps ! Il est peu vraisemblable qu'il soit resté toutes ces années près de la piscine de Jérusalem, mais, sans doute, il passe la plus grande partie de son temps dans cette attente douloureuse et cette déception. D'abord dans l'attente du mouvement de l'eau, puis dans la déception quand il comprend qu'une fois encore il n'a pas eu le temps...
Mais il essayait tout de même ! Voyant le mouvement de l'eau, il commençait à descendre dans l'eau, au lieu de désespérer définitivement en comprenant une fois de plus qu'il n'avait pas eu le temps. Car le plus facile, dans cette situation, serait de baisser les bras et de croire que la guérison est impossible. Cette constance et cette foi, même si elles ne sont pas visibles au premier regard, frappent.
Et ensuite, son dialogue avec Jésus. À une question qui pouvait paraître stupide, cet homme malade répond directement et honnêtement. Il ne dit pas, plein d'orgueil : « n'est-il pas évident que je veux guérir ? pourquoi serais-je donc planté ici ? » Non, le malade parle de sa faiblesse, demandant sans doute une fois de plus de l'aide par ces paroles sur l'absence d'un homme qui le descendrait dans la piscine. Et en réponse à sa confiance et à sa foi, il reçoit la guérison.
17 Mais il répondit : " Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi " |
18 Aussi les Juifs n'en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. |
19 Jésus reprit donc la parole et leur dit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu'il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. |
20 Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier. |
21 Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut. |
22 Car le Père ne juge personne; il a donné au Fils le jugement tout entier, |
23 afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. |
Pour les Juifs qui écoutaient le Christ, ce qu'il y avait sans doute de plus saisissant et d'impossible, c'était qu'Il appelait Dieu Son Père. Dans une certaine mesure, ils avaient raison: qui parmi les hommes, en effet, oserait appeler Dieu son Père? C'est seulement dans le Seigneur Jésus-Christ que s'ouvre pour nous la possibilité d'une telle adoption filiale; dans le cadre des relations vétérotestamentaires avec Dieu, cela est résolument impossible. Et nous voyons ici ce cas rare où le Seigneur ne reproche pas aux Juifs leur incrédulité, mais apporte la preuve qu'Il a le droit d'appeler ainsi le Père: ce sont les œuvres du Christ, dans lesquelles la gloire de Dieu est manifestée sans équivoque. Sur la base de ces œuvres mêmes, le Seigneur appelle à honorer le Fils comme le Père.
Mais ensuite, dans le passage d'aujourd'hui, le Seigneur dit encore une chose étonnante et très importante. Le fait est que la vie de l'homme hors de la Nouvelle Alliance conclue par le Christ se déroule, d'une manière ou d'une autre, dans l'attente du jugement et dans la préparation à celui-ci. Depuis la plus haute antiquité, les hommes l'ont compris; c'est pourquoi presque toutes les religions anciennes représentaient les maîtres du royaume souterrain avec une balance dans les mains, et c'est pourquoi les anciens Égyptiens gravaient encore sur les murs des tombeaux des assurances adressées aux dieux au nom des défunts: «Je n'ai pas tué, je n'ai pas volé, je n'ai pas fait le mal...».
L'Ancienne Alliance ne nous libère pas non plus de cette expérience d'être justiciables pour toutes nos actions, nos actes et nos pensées. La Loi est précisément là pour que l'on soit jugé selon elle... Pour les païens, le Seigneur Jésus Lui-même parle aussi du Jugement dernier, comme nous le rapporte l'évangéliste Matthieu au chapitre 25. Ce jugement est une sorte de poste de contrôle après lequel tu entreras, ou tu n'entreras pas, dans la vie éternelle.
Ainsi donc, la nouveauté exceptionnelle de l'alliance du Christ consiste, selon Ses paroles, en ce que celui qui croit en Lui n'est pas jugé et ne vient pas en jugement, mais est déjà passé de la mort à la vie. Il va de soi que le mot «croyant» ne désigne pas celui qui se contente de «confesser de la bouche», mais celui qui accomplit avec amour la volonté du Christ. Pour un tel homme, le Royaume des cieux commence dès maintenant. En disant: «Repentez-vous, car le Royaume des cieux s'est approché de vous», le Seigneur nous propose à tous d'y entrer.
17 Mais il répondit : " Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi " |
18 Aussi les Juifs n'en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. |
19 Jésus reprit donc la parole et leur dit : " En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu'il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. |
20 Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier. |
21 Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut. |
22 Car le Père ne juge personne; il a donné au Fils le jugement tout entier, |
23 afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. |
En parlant de son ministère, Jésus mentionne le Jugement et la résurrection des morts, tout ce qui, dans la conscience de ses auditeurs, était lié à la fin de l'histoire terrestre, à la venue du Messie et à l'avènement du Royaume messianique. Mais il ne se nomme pourtant pas Messie. C'est peut-être précisément cela qui suscitait de nombreux malentendus : tout en revendiquant des prérogatives messianiques, Jésus ne se proclame pas Messie ; or un simple homme, même prophète, n'avait pas le droit de se permettre rien de semblable selon les représentations religieuses généralement admises en ce temps-là. Pourquoi donc ne tente-t-il pas de dissiper les malentendus en annonçant simplement sa messianité ? Alors, l'attitude envers ses paroles aurait sûrement été différente, et les accusations, par conséquent, auraient été moins nombreuses, voire inexistantes : car on attendait du Messie le Jugement et une relation particulière avec Dieu, même s'il n'était évidemment pas question ici de la divino-humanité au sens chrétien.
Le problème, pourtant, tenait au fait qu'en ce temps-là, dans le milieu juif, on regardait le Messie et ses tâches à travers le prisme de la tradition de ce messianisme militant qui, après avoir apparemment presque disparu à l'époque hellénistique, avait reçu une vie nouvelle au temps des guerres des Maccabées, vues comme le début de la guerre messianique pendant laquelle, ou peu après laquelle, le Messie devait apparaître. Le Messie ne devait pas seulement se déclarer ; il devait agir, et agir d'une manière tout à fait précise et attendue. Or Jésus n'avait nullement l'intention d'agir ainsi. Sa tâche principale durant son bref ministère terrestre était de faire participer à la vie du Royaume le plus grand nombre possible de personnes. Sa mission se réduisait à aller et à manifester le Royaume là où le Père l'indiquerait, et à créer une communauté de ceux qui avaient participé au Royaume et étaient prêts à se consacrer au témoignage à son sujet. Pour tous les autres, y compris même les apôtres, tout cela n'était qu'un prélude à ce qu'ils tenaient pour l'essentiel : la préparation du soulèvement messianique et de la guerre messianique qui devait s'achever par l'expulsion des Romains et la fondation d'un nouveau « royaume des justes ».
Jésus, lui, parle constamment d'une seule et même chose : du Royaume et de sa véritable mission. Il ne se nomme pas Messie précisément pour qu'on n'exige pas de lui ce qu'il ne pouvait en aucun cas faire, parce que cela n'entrait pas dans les plans de son Père. Cela compliquait beaucoup les choses, rapprochait le dénouement tragique, mais permettait d'éviter des malentendus qui auraient pu conduire à une grave tentation spirituelle. Une tentation qui, en 70 apr. J.-C., conduisit à la ruine de la ville et du Temple, annoncée par le Sauveur.
17 Mais il répondit : " Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi " |
18 Aussi les Juifs n'en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. |
« Il Se fait Dieu » : accusation assez souvent lancée au Sauveur durant Son ministère terrestre. Lancée par des hommes profondément religieux. Qu’est-ce donc : un mensonge malveillant ou un malentendu ? Très vraisemblablement, ni l’un ni l’autre.
Il y a simplement ici la différence entre religion et Révélation. Entre une connaissance de Dieu extérieure, comme vue du dehors, et cette plénitude de communion avec Lui qui est impossible sans la plénitude de Sa présence en celui qui communie. Jésus parle sans cesse à Ses auditeurs précisément de cette plénitude. Il sait de quoi Il parle : Il est né avec cette plénitude. Il n’a pas eu à la chercher et à se réjouir s’il parvenait, ne fût-ce qu’un instant, à en saisir un reflet, comme les hommes ordinaires. La plénitude de la vie de Son Père céleste demeure constamment en Lui. Bien sûr, Il comprend qu’aucun de Ses auditeurs n’y a accès comme Lui.
Mais Il sait aussi autre chose : il existe un chemin qui conduit à cette plénitude. Un chemin qui commence dans le cœur de l’homme, conduit à Lui, puis, à travers la plénitude de Sa vie, à la plénitude de la communion avec Dieu manifestée dans la vie du Royaume. Et alors chacun devient fils de Dieu. Non pas le Fils avec une majuscule, bien sûr, comme Lui-même, mais fils. Et là, ce n’est plus la religion, ni même la mystique ; c’est un être nouveau, une existence nouvelle, une vie nouvelle.
Dans la plénitude de la vie de Dieu ouverte par le Messie. Par le Fils avec une majuscule. Mais à l’homme qui a fait de la religion le but et le sens de sa vie, cela paraît blasphématoire. Comment l’homme peut-il prétendre à la plénitude de la communion avec Dieu ? Entre Dieu et l’homme, il y a un abîme. Il est infranchissable, jamais, en aucune circonstance. Et si quelqu’un apparaît en affirmant qu’on peut être proche de Dieu comme d’un homme, et même plus proche encore, il est fou ou blasphémateur.
Jésus, pourtant, témoigne qu’en tant qu’Homme Il ne ressent pas de distance entre Lui et Dieu. « Moi et le Père, nous sommes un. » Il y a une différence : le Fils n’est pas le Père, mais il n’y a pas de distance. Et l’action est une. « Mon Père agit jusqu’à présent, et Moi aussi J’agis. » Cette absence de distance paraît absolument incroyable à l’homme religieux. Paradoxe : la religion est justement née du sentiment de cette distance, et elle est née pour la surmonter. Et voici qu’apparaît Celui qui l’a surmontée.
Il semblerait qu’il n’y ait qu’à s’en réjouir. Mais il s’avère que ce qui avait été conçu comme un moyen a déjà eu le temps de devenir une fin en soi. Et maintenant les spécialistes qui administrent ce moyen s’indignent en voyant qu’il devient inutile. Et ils sont prêts à tout pour se débarrasser de Celui qui l’a dévalorisé. Mais le Royaume n’entre dans aucun cadre religieux. Il faut choisir, et chacun choisit le sien.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. |
«Que signifient ces mots?» Que signifie «a la vie éternelle» et «est passé de la mort à la vie»? En tout cas, ce n’est pas une délivrance de la mort physique - puisque tous les apôtres, et Jean l’Évangéliste lui-même sont aussi morts, et c’est bien leur foi et observation de la parole que nous prenons pour étalons! Comment ça «ne vient pas en jugement» ? N’est-il pas dit que : «l’homme devrait mourir une fois, et après quoi il y a un jugement» (Heb 9:27). Le mot «vie» peut probablement aider. La vie n’est pas un fait accompli, mais un fait qui s’accompli. C'est pourquoi la vie n’appartient pas à ceux qui ont écouté la parole, mais à ceux qui l’écoutent; de même que la foi est une notion dynamique : il y a une distance d’une dimension colossale entre la foi en l'existence de Dieu et la foi en la mort et la résurrection de Christ. Ainsi donc, celui qui écoute et croit est celui qui est engagé dans le chemin de la vie, le chemin de la croissance, celui qui a quitté le chemin de la dégradation et la disparition. Mais comment alors avec le jugement? Réfléchissons sur une telle interprétation : le croyant ne vient pas au jugement a venir, parce qu'il est déjà en jugement - en effet, «le jugement consiste en ce que la lumière est venu au monde» (voir Jn3:19), le Christ est cette lumière, et le croyant «marche dans la lumière», c'est-à-dire devant la face de Celui, dont le Père a donné le jugement. La Face du Juge est tournée vers nous chaque seconde.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. |
«Que signifient ces paroles?» Que signifie «a la vie éternelle» et «est passé de la mort à la vie»? En tout cas, non pas la délivrance de la mort physique, car tous les apôtres, et Jean le Théologien lui-même aussi, sont morts, alors que c'est précisément leur écoute de la parole et leur foi que nous considérons comme exemplaires! Comment cela, «ne vient pas en jugement»? Car il est bien dit: «Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement» (He 9:27).
Le mot «vie» peut aider. La vie n'est pas un fait accompli, mais un fait en train de s'accomplir. C'est pourquoi la vie appartient non pas à celui qui a «entendu» la parole, mais à celui qui l'écoute; et la foi aussi est une notion dynamique: entre la foi en l'existence de Dieu et la foi en la mort et la résurrection du Christ, il y a une distance immense. Ainsi, celui qui écoute et croit est celui qui s'est engagé sur le chemin de la vie, le chemin de la croissance, celui qui a quitté le chemin de la dégradation et de la disparition.
Et le jugement, alors? On peut l'interpréter ainsi: le croyant ne vient pas au jugement à venir parce qu'il est déjà devant le jugement, car «le jugement consiste en ceci: la lumière est venue dans le monde» (Jn 3:19); le Christ est cette lumière, et le croyant «marche dans la lumière», c'est-à-dire devant la Face de Celui à qui le Père a remis le jugement. À chaque instant, le Visage du Juge est tourné vers nous.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. |
25 En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient - et c'est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront entendue vivront. |
26 Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d'avoir aussi la vie en lui-même |
27 et il lui a donné pouvoir d'exercer le jugement parce qu'il est Fils d'homme. |
28 N'en soyez pas étonnés, car elle vient, l'heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix |
29 et sortiront: ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement. |
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j'entends: et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. |
Le Seigneur parle de nouveau du jugement qui attend toutes les oeuvres des hommes. Il en fut sans doute question plus d'une fois pendant le ministère terrestre du Christ, et tous les évangélistes transmettent d'une manière ou d'une autre ce que disait le Maître. À la différence de la longue parabole du Jugement dernier transmise par l'évangéliste Matthieu, l'évangéliste Jean rapporte ici la révélation du pouvoir que le Père a remis au Fils.
Le Seigneur dit que le Père céleste lui a remis le pouvoir d'exercer le jugement parce qu'il est le Fils de l'homme. D'une part, il est question du Messie, que la Sainte Écriture appelle souvent Fils de l'homme ; nous pouvons donc comprendre le Sauveur ainsi : le jugement lui est remis parce qu'il est le Christ, le Sauveur et le Rédempteur du monde. D'autre part, rappelons-nous les paroles de l'apôtre Paul : « C'est pourquoi il devait devenir en tout semblable à ses frères, afin d'être un grand prêtre miséricordieux et fidèle devant Dieu, pour expier les péchés du peuple. Car, du fait qu'il a souffert lui-même et a été tenté, il peut secourir ceux qui sont tentés » (He 2:17-18).
Jean Damascène dit la même chose dans l'irmos du canon de la Résurrection du premier ton, en s'adressant au Christ par ces mots : « Toi seul qui connais la faiblesse de la nature humaine et qui, par compassion, l'as assumée, ceins-moi de la force d'en haut... ». Le Fils, selon la pensée de l'apôtre Paul et de saint Jean, est le seul à connaître toute notre faiblesse ; c'est pourquoi le droit de nous juger lui est donné : lui-même a bu notre coupe jusqu'au fond.
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