19 Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. |
20 Ne va pas pour un aliment détruire l'œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l'homme qui mange en donnant du scandale. |
21 Ce qui est bien, c'est de s'abstenir de viande et de vin et de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère. |
22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide. |
23 Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce qu'il agit sans bonne foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché. |
La préparation au Carême s'achève par la lecture des paroles du Christ, transmises par l'évangéliste Matthieu, sur ce que sont le jeûne et la prière. Dans le Sermon sur la montagne, le Seigneur dit aux disciples que le jeûne et la prière n'ont de sens que dans le secret, loin des hommes. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent des événements de tes relations profondément personnelles avec Dieu et qu'ils ne sont visibles à personne sauf à Dieu, ce n'est qu'alors que le jeûne et la prière ont un sens. Le Seigneur nous met en garde contre la subtile tentation de «paraître jeûner devant les hommes». En ce temps de jeûne, notre ennemi nous tente réellement par le désir de paraître, afin que les gens autour de nous pensent (ne serait-ce qu'en silence): «Ah, comme il est pieux, un vrai saint...». Ce «Ah!» détruit tout le sens du jeûne. «Déchirez vos coeurs, et non vos vêtements», comme nous l'avons entendu chez le prophète Joël (Jl 2:13).
Et le Seigneur nous parle encore aujourd'hui de la prière: ne soyez pas verbeux comme les païens. Ni la durée de la prière, ni le nombre des mots qui y sont prononcés ne signifient rien. Seul l'élan de l'âme vers Dieu donne sa valeur à la prière. Et la lecture d'aujourd'hui se termine par la prière du «Notre Père». Les apôtres avaient l'habitude de prononcer cette prière trois fois par jour: le matin, le jour et le soir. Sans aucun doute, les apôtres priaient aussi au-delà de cela, mais ces trois moments sont devenus pour les chrétiens une sorte d'armature spirituelle qui soutient toute la journée, et toute la vie.
19 Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. |
Cela sonne quelque peu ennuyeux, cela n'inspire pas, n'est-ce pas ? S’aurait beaucoup été mieux : «nous allons chercher ce qui sert à notre propre affirmation et au plaisir mutuel». Le mot «paix» nous rappelle de vieux slogans de la lutte pour la paix, et le mot "édification" - les professeurs les plus vilains à l'école.
Pourquoi c’est ainsi ? Comment se fait-il que ces magnifiques mots ont été pervertis dans notre perception? En effet, la «paix» n'est pas simplement l'absence de guerres et ni même l'absence des hostilités. Dans le langage biblique, «shalom» est un état de la Création au septième jour, lorsque Dieu, ayant tout accompli, se repose, lorsque tout est «très bon». Tels sont «le ciel nouveau et la terre nouvelle», qui ont été dits aux prophètes et dans le livre de Révélation, ce monde nouveau, que l'on peut comparer au sens initial du mot grec «cosmos», mot à partir duquel dérive «cosmétique», car le Cosmos c’est l’Univers rempli de beautés. La «paix» est une intégrité originale, une harmonie, l'ordre et la beauté. Et c’est effectivement ce que l’apôtre Paul nous invite à chercher, une telle paix en nous et dans nos relations les uns avec les autres, qui est créé seulement par Dieu.
Et le mot «édification» ne décrit pas une capucinade, mais la «cultivation», la multiplication du bien, de ce qui est bon. Il y a aussi ici une merveilleuse chose liée à Dieu. Dieu Lui-même est le Bien, et Il est infini, c'est pourquoi les lois ordinaires de la préservation comme «si quelque part quelque chose s'est ajoutée, alors quelque part autant a diminué» n'agissent pas en tout ce qu'est lié à la notion du bien. Lorsque nous partageons quelque chose de bien avec les autres (amour, consolation, connaissances etc.), alors cela arrive chez l’autre, et cela non seulement ne diminue pas en nous, mais d’une manière inattendue s’augmente plutôt, a lieu une édification mutuelle, l'augmentation mutuelle dans le bien, un mouvement commun vers le vrai Bien, vers Dieu.
19 Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. |
Cela sonne un peu ennuyeux, cela n'inspire pas, n'est-ce pas ? Ce serait bien mieux : « Recherchons ce qui sert à notre affirmation de nous-mêmes et à notre plaisir mutuel ». Le mot « paix » nous rappelle de vieux slogans sur la lutte pour la paix, et « édification », les professeurs les plus détestables à l'école.
Pourquoi en est-il ainsi ? Comment se fait-il que, dans notre perception, ces mots magnifiques aient été à ce point déformés ? Car la « paix » n'est pas seulement l'absence de guerre, ni même l'absence d'hostilité. Dans la langue biblique, « shalom » désigne l'état de la Création au septième jour, lorsque Dieu, ayant tout accompli, se repose, lorsque tout est « très bon ». Tels sont aussi les « nouveaux cieux et la nouvelle terre » dont parlent les prophètes et le livre de l'Apocalypse, ce monde nouveau que l'on peut rapprocher du sens premier du mot grec « cosmos », mot dont vient « cosmétique », parce que le Cosmos est l'Univers rempli de beauté. La « paix », c'est l'intégrité véritable, l'harmonie, l'ordre et la beauté. Et c'est précisément cela que l'apôtre Paul nous appelle à chercher : une telle paix en nous et dans nos relations les uns avec les autres, paix que Dieu seul crée.
Quant au mot « édification », il ne décrit pas une remontrance, mais une croissance, une multiplication du bien, de ce qui est bon. Il y a ici encore une chose étonnante liée à Dieu. Dieu Lui-même est le Bien, et Il est infini ; c'est pourquoi, dans tout ce qui touche à la notion de bien, les lois ordinaires de conservation du type « si quelque chose augmente ici, la même chose diminue ailleurs » ne fonctionnent pas. Lorsque nous partageons avec un autre quelque chose de bon (l'amour, la consolation, la connaissance, etc.), cela augmente chez l'autre, et chez nous non seulement cela ne diminue pas, mais cela augmente aussi d'une manière inattendue : il se produit une édification mutuelle, une croissance mutuelle dans le bien, un mouvement commun vers le vrai Bien, vers Dieu.
22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide. |
Dans ses lettres, Paul consacre beaucoup de place à réfléchir au rôle et à la place de la religion dans la vie de l'Église. Dans l'Église primitive, on trouvait souvent dans une même communauté des Juifs religieux (« circoncis », « Juifs ») et des représentants non religieux des autres peuples qui habitaient l'Empire romain (« incirconcis », « païens »). À cette époque, le paganisme ne signifiait déjà plus l'appartenance à telle ou telle religion ; on appelait alors païens ceux que nous appellerions aujourd'hui des gens séculiers. Il n'est pas étonnant qu'un conflit mûrît entre ces deux groupes à l'intérieur de l'Église : ils étaient trop différents. Pour un Juif, suivre toutes les normes et règles du judaïsme allait de soi ; ils ne s'imaginaient pas dans une même communauté avec des gens pour qui la religion était indifférente. Or la majorité des anciens païens convertis au Christ étaient précisément ainsi : il leur fallait le Christ, non le judaïsme. Les Juifs, eux, insistaient souvent sur l'obligation pour tous d'observer les règles de leur propre religion, affirmant souvent qu'il était impossible d'être sauvé sans les observer : pour eux, elles étaient associées à la Torah comme telle, sans laquelle on n'entre pas dans le Royaume. Que faire ? Les anciens païens étaient aussi sincères et francs dans leur refus du judaïsme, qui leur était réellement étranger, que les Juifs l'étaient dans leur fidélité à celui-ci, sans quoi ils ne pouvaient imaginer leur vie ni dans le siècle présent ni dans le siècle à venir. Comment concilier ces deux approches ? Paul lui-même était convaincu que la religion en tant que telle n'est pas nécessaire au salut : ni la circoncision ni les « œuvres de la Loi » ne sauvent par elles-mêmes. Mais que faire si, sans tout cela, pour un homme, la Torah n'est plus la Torah et le Royaume n'est plus le Royaume ? Il était vraiment inutile de dire à un tel homme que la religion n'est pas nécessaire ; il fallait lui donner la possibilité d'emporter sa religion avec lui dans le Royaume. Quant à celui qui pouvait s'en passer, il ne fallait pas la lui imposer. La décision revenait à l'homme lui-même. Mais elle devait être consciente et sans équivoque : ni jouer à la religion, ni y renoncer arbitrairement ne convenaient à une vie spirituelle pleine. Et l'apôtre propose un critère simple : si la conscience de l'homme est en paix, alors tout va bien dans sa vie spirituelle. Peu importe alors qu'il soit religieux ou non. Ni la religiosité sincère ni le refus sincère de la religion ne nuisent à la vie spirituelle. Ce qui nuit, c'est cette indétermination qui pousse l'homme à s'agiter, le privant de la paix spirituelle. Et Paul appelle chacun à choisir le mode de vie qui lui est le plus proche, sans rien imposer aux autres. À choisir sincèrement et sans équivoque.
1 " Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux ; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. |
2 Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d'être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, |
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
5 " Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
7 " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. |
8 N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez. |
9 " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, |
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. |
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. |
13 Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. |
La prière, comme forme la plus haute de communion, contient de nombreuses composantes différentes. De façon un peu conventionnelle, nous les divisons en actions de grâce, louanges et demandes. Peut-être quelqu’un donnera-t-il une autre classification ou proposera-t-il d’autres types de prières ; ici rien ne définit rien jusqu’au bout, de même qu’aucun schéma ne s’applique pleinement au flot vivant de la vie. Mais voici ce que nous rappelle la lecture d’aujourd’hui. Le Seigneur nous appelle à la brièveté dans la prière, et il semble, à première vue, que cela contredise toute la pratique des longs offices et des règles de prière étendues. Cela la contredirait s’il n’y avait pas ces paroles : car votre Père sait de quoi vous avez besoin. Autrement dit, en parlant de la prière, le Seigneur n’a en vue que la prière de demande. Pourquoi, si Lui-même aime tant prier avec le Psautier, où il y a tant de louange et d’autres manifestations de l’esprit de communion de l’homme avec Dieu ? Il nous semble que cela est plein d’un sens profond et n’a rien de fortuit. Nous plaçons parfois la prière de demande plus bas que les autres ; il nous semble que demander quelque chose, c’est s’abaisser ; nous sommes habitués à compter sur nous-mêmes, surtout aujourd’hui, dans le monde actuel, où beaucoup de choses sont accessibles à l’homme par des forces humaines. Mais en réalité, et le métropolite Antoine de Souroge l’écrit, la prière de demande est une prière très importante ; peut-être est-elle même plus importante que les autres, et le texte de la lecture d’aujourd’hui nous le rappelle. Mais voici la question : comment demander pour élever la prière de demande à une telle hauteur ? La réponse à cette question se trouve dans le trésor inestimable qu’est la prière du Seigneur, où la composante de demande est très forte précisément dans ce sens le plus élevé. On se souvient d’un entretien du métropolite Antoine avec une femme athée. Elle disait que, dans la prière du « Notre Père », elle pouvait s’accommoder de tout sauf des paroles : « et ne nous soumets pas à la tentation » ; c’est un signe de faiblesse, disait-elle. Et lorsque nous estimons peu les prières de demande, nous agissons comme cette femme. Souvenons-nous, en ces instants, de la révélation de l’apôtre Paul : « ...car Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12:9).
1 " Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux ; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. |
2 Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d'être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, |
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
5 " Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
Dieu lui-même n'impose jamais sa miséricorde. Même sa venue dans ce monde s'accomplit simplement comme la naissance d'un Enfant terrestre. Si nous sommes appelés à ressembler à sa perfection (Mt 5:48), alors notre miséricorde et notre piété doivent elles aussi être non ostentatoires et non envahissantes, mais l'expression joyeuse de nos relations secrètes avec le Père céleste.
1 " Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux ; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. |
2 Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d'être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, |
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
Chacun de nous peut se rappeler bien des exemples de la façon dont le prélèvement d'une petite part sur le surplus des richesses devenait une forme d'autopromotion. On serait tenté d'adresser à de telles personnes les expressions les plus mordantes. On peut dire beaucoup de choses aussi sur les miettes incapables de satisfaire tous les besoins, et sur le blanchiment de revenus injustes par une charité ostentatoire...
Mais il ne faut pas oublier non plus que le Christ nous conseille non seulement de ne pas sonner de la trompette lorsque nous faisons l'aumône, mais Il recommande même à la main droite de donner l'aumône en secret de la main gauche. Ce n'est pas un hasard si le type d'aumône le plus vénéré, depuis toujours, a été l'aumône secrète, lorsque seul le Père céleste connaissait le nom de celui qui avait accompli la bonne action. Mais même cela ne suffit pas, car on peut sonner de la trompette non seulement dans les synagogues ou dans les rues, ou encore à la télévision, mais aussi en soi-même, pas toujours de manière visible pour les autres, lorsque nous nous vantons devant nous-mêmes et nous attendrissons sur notre propre générosité et vertu. Ce faisant, nous commençons à éprouver un plaisir particulier à opposer notre aumône, authentique, à celle de quelqu'un d'autre, ostentatoire.
Il est beaucoup plus difficile de se retenir d'une telle complaisance envers soi-même, mais il est nécessaire de s'en souvenir, afin que l'aumône qui vient de nous ne serve pas à cultiver en nous-mêmes l'orgueil et la suffisance.
3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, |
Il existe différentes manières d’interprétation de ces mots. On peut les comprendre ainsi, lorsque nous faisons l’aumône avec la main gauche, nous ne devons pas compter combien nous en avons déjà faite avec la main droite. On peut encore comprendre ce verset tel que : la main droite est responsable de la réception, du gain d’argent, et quand nous faisons l’aumône avec la main gauche il ne sert a rien de chercher à se rappeler de combien d’argent nous possédons. Et on peut encore le comprendre allégoriquement : la main gauche (venant du cœur) signifie l’amour, la grâce, et la main droite signifie la justesse, l’équité, la vérité. Si on s’en tient a la dernière interprétation on se rend compte que ce verset ne parle peut être pas de l’aumône, mais plutôt de la relation entre les hommes dans son sens le plus large : que l’amour et la vérité ne se contredisent pas, mais se complètent. Nous devons alors choisir l’interprétation selon la manière dont le Saint Esprit nous dirige, puisque sans le Saint Esprit toute lecture des Saintes Ecritures est infructueuse et sans effet.
5 " Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
Dans le Sermon sur la montagne, le Seigneur Jésus-Christ rejette résolument toute manifestation de « spiritualité affichée ». C’est précisément cela qu’Il dénonce chez les pharisiens, et c’est précisément ce désir d’exposer sa vie spirituelle au regard des autres qui apparaît comme le symptôme le plus caractéristique du pharisaïsme. Le Seigneur dit aux disciples que toutes les choses, même les plus sérieuses, comme la prière et l’aumône, perdent leur sens si elles ne sont pas accomplies pour Dieu. En lisant ces paroles, nous pouvons porter attention à notre propre cœur : il faut combattre le pharisaïsme d’abord en nous-mêmes.
À la piété pharisienne ostentatoire, le Seigneur oppose une prière dont Dieu seul est témoin. En priant dans le secret, en communiant avec Dieu sans ostentation, nous trouvons Dieu Lui-même dans une proximité incroyable, que personne n’aurait jamais pu imaginer. Être seul avec Dieu est un don étonnant de la Nouvelle Alliance et une vocation étonnante des chrétiens. Lorsque nous lisons les paroles du Christ sur l’aumône, sur l’amour du prochain, sur le service des hommes, il est important de nous souvenir de cet appel à prier le Père qui est dans le secret. C’est précisément cette communion avec Dieu dans la solitude que le Seigneur appelle la pierre sur laquelle repose toute la vie du chrétien.
En outre, on ne peut manquer de noter que les versions byzantines tardives de l’Évangile ajoutent un mot superflu : « te le rendra publiquement ». Ce mot n’existe pas dans les manuscrits anciens. Cela signifie que la rétribution ne consiste sans doute pas en une prospérité visible, que les pharisiens considéraient justement comme obligatoire. Il est remarquable et très important que le Christ ne dise pas du tout en quoi consiste la réponse de Dieu. Car pour l’amour, cela n’a pas d’importance. Le sens de la réponse dans l’amour est contenu dans la réponse elle-même.
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
Le contexte dans lequel sont dits ces mots du Sauveur est compréhensible : Jésus objecte âprement la spiritualité à la montre spécifique aux pharisiens (prière, charité, jeûne).Bien sûr que ceci a un lien avec nous, et nous devons le comprendre parce que nous ne sommes pas indifférents si les gens remarquent comment nous sommes très spirituels. Mais si on sort un peu de ce contexte, on peut encore voir deux cas typiques lorsque ces mots ne tombent pas sur les « sourcils », mais dans « l’œil ».
Le premier cas – lorsque nous limitons notre vie déprécatoire à une situation de prière commune ; Nous assistons ponctuellement aux liturgies, à d’autres réunions de déprécation, mais il n’y a pas la prière personnelle et intime. Nous faisons alors l’église, l’assemblée être intermédiaires entre Dieu et nous, se refermant ainsi à l’intimité superflue avec Dieu. Mais il ne peut en effet avoir d’intermédiaires en amour, ainsi que d’intimités superflues. Jésus nous rappelle de cela aujourd’hui.
Le deuxième cas c’est lorsque nous sommes tellement empêtrés dans nos problèmes personnels que toute prière est considérée comme une occasion d’exposer à Dieu tous ces problèmes à la fois. Alors en venant à l’église avec notre égoïsme, notre égocentrisme, nous ne suivons pas la liturgie, nous n’essayons pas de prier ensemble avec les autres, nous pensons seulement à ce qui nous concerne et demandons seulement ce que nous voulons, en détruisant ainsi l’unité déprécatoire de l’assemblée. Mais les mots de Jésus nous servent à nouveau d’aide : Ils font savoir qu’il y a un endroit où apporter tous nos problèmes à Dieu, cet endroit c’est notre prière privé et secrète, et l’église s’érige de notre service commun devant Dieu.
13 Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres: jugez plutôt qu'il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber. - |
14 Je le sais, j'en suis certain dans le Seigneur Jésus, rien n'est impur en soi, mais seulement pour celui qui estime un aliment impur; en ce cas il l'est pour lui. - |
15 En effet, si pour un aliment ton frère est contristé, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne va pas avec ton aliment faire périr celui-là pour qui le Christ est mort! |
16 N'exposez donc pas votre privilège à l'outrage. |
17 Car le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. |
18 Celui en effet qui sert le Christ de la sorte est agréable à Dieu et approuvé des hommes. |
19 Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. |
20 Ne va pas pour un aliment détruire l'œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l'homme qui mange en donnant du scandale. |
21 Ce qui est bien, c'est de s'abstenir de viande et de vin et de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère. |
22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide. |
23 Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce qu'il agit sans bonne foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché. |
Poursuivant la discussion sur la religion dans son rapport au Royaume, Paul propose des critères qui peuvent guider ce qui concerne les obligations religieuses. Il attire d’abord l’attention sur le fait que, dans le Royaume, il n’y a ni ne peut y avoir en principe rien qui soit pécheur ou impur en soi, car le péché et l’impureté ne peuvent par définition faire partie du Royaume. Le problème surgit lorsque quelqu’un qui vit dans le Royaume commence à voir le péché ou l’impureté là où ils ne sont pas ; dans ce cas, pour celui qui voit ainsi la situation, ils peuvent devenir une réalité et rendre problématique pour lui la vie dans le Royaume (v. 14). Bien sûr, si le Royaume était déjà manifesté au monde dans toute sa plénitude, de tels problèmes ne seraient que les problèmes de personnes particulières et concrètes. Mais le Royaume ne s’est pas encore pleinement révélé, il ne fait que conquérir le monde, et l’ancien ordre des choses, pas encore entièrement transformé, peut influencer les esprits non seulement de ceux qui cherchent le Royaume, mais aussi de ceux qui l’ont déjà touché. Tous ceux qui ont trouvé le Royaume n’y sont pas encore enracinés au point que tout ce qui est lié à l’ancien ordre des choses, y compris la religion, leur soit devenu spirituellement indifférent ; il faut en tenir compte afin que personne ne perde le Royaume simplement parce que ceux qui vivent près de lui n’ont pas jugé nécessaire de s’abaisser à sa faiblesse (v. 15-16).
Le problème de la religion ici, comme on le voit, n’est plus lié au contenu spirituel de la religiosité comme telle, mais à son effet sur les âmes de ceux qui cherchent le Royaume et de ceux qui viennent tout juste de le trouver (v. 13). Mais il existe aussi un autre critère qui permet de vérifier sa propre sincérité devant Dieu. Il s’agit des doutes qui peuvent apparaître tout naturellement chez celui qui ne suit pas les normes religieuses communément admises. Et ici l’apôtre est très catégorique : s’il existe le moindre doute sur le fait d’avoir raison, alors il s’agit précisément d’une transgression de la norme, et non de la liberté propre à ceux qui vivent dans le Royaume (v. 21-22).
En effet, on peut simplement transgresser les normes communément admises sans en tenir compte, ou bien être au-dessus d’elles. Mais l’expérience du Royaume exclut les doutes ; s’ils apparaissent tout de même, on peut dire avec certitude qu’il s’agit précisément d’une transgression de la norme. Or, comme celui qui vit dans le Royaume n’ignore pas les normes et règles religieuses communément admises, mais se sent seulement parfaitement libre à l’égard de la religion, il ne lui est pas difficile de les suivre pour le bien spirituel de son prochain. La tâche principale, dans les relations avec le prochain, pour ceux qui vivent dans le Royaume, est de préserver cette paix et cette joie sans lesquelles il n’y a pas de Royaume, et non de lutter contre la religiosité en tant que telle. C’est pourquoi il ne leur est pas difficile de suivre les normes et règles religieuses si cela facilite la vie du prochain (v. 17-21).
1 À celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions. |
2 Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes: |
3 que celui qui mange ne méprise pas l'abstinent et que l'abstinent ne juge pas celui qui mange; Dieu l'a bien accueilli. |
4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d'autrui? Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son maître; d'ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir. |
5 Celui-ci préfère un jour à un autre; celui-là les estime tous pareils: que chacun s'en tienne à son jugement. |
6 Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur; et celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu'il rend grâce à Dieu. Et celui qui s'abstient le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu. |
7 En effet, nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même; |
8 si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. |
9 Car le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants. |
10 Mais toi, pourquoi juger ton frère? et toi, pourquoi mépriser ton frère? Tous, en effet, nous comparaîtrons au tribunal de Dieu, |
11 car il est écrit: Par ma vie, dit le Seigneur, tout genou devant moi fléchira, et toute langue rendra gloire à Dieu. |
12 C'est donc que chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même. |
13 Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres: jugez plutôt qu'il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber. - |
14 Je le sais, j'en suis certain dans le Seigneur Jésus, rien n'est impur en soi, mais seulement pour celui qui estime un aliment impur; en ce cas il l'est pour lui. - |
15 En effet, si pour un aliment ton frère est contristé, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne va pas avec ton aliment faire périr celui-là pour qui le Christ est mort! |
16 N'exposez donc pas votre privilège à l'outrage. |
17 Car le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. |
18 Celui en effet qui sert le Christ de la sorte est agréable à Dieu et approuvé des hommes. |
19 Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. |
20 Ne va pas pour un aliment détruire l'œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l'homme qui mange en donnant du scandale. |
21 Ce qui est bien, c'est de s'abstenir de viande et de vin et de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère. |
22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide. |
23 Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce qu'il agit sans bonne foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché. |
« Heureux celui qui ne se condamne pas dans le choix qu’il fait. » Se condamner soi-même, c’est ne pas accomplir ce que nous prenons sur nous devant Dieu. Ne pas nous condamner dans notre choix, c’est ne pas regarder en arrière ni nous abandonner à l’imagination, ne pas supposer : « Qu’aurait-il pu arriver si... ? » C’est l’habitude de marcher droit devant Dieu dans le secret du cœur. C’est savoir mener une vie patiente sans envier ceux qui vivent autrement. Il arrive que nous regardions ceux qui n’observent pas le jeûne et pensions que leur vie est plus facile, plus gaie, plus simple. Nous reculons alors devant notre choix du Christ. Par le doute et l’imagination, nous laissons entrer dans notre vie la duplicité et la méfiance envers Dieu.
1 " Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux ; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. |
2 Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d'être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, |
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
5 " Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
7 " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. |
8 N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez. |
9 " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, |
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. |
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. |
13 Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. |
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
Chaque action doit avoir un but déterminé; bien plus, ce but est atteint: celui qui aime ostensiblement pour mériter respect et honneur atteint facilement son but: il «a déjà reçu sa récompense». Celui qui aime en secret, même à son propre insu, au point que «la main gauche ne le sache pas», c'est-à-dire intérieurement, au fond du cœur, là où la conscience même de l'homme ne pénètre pas toujours, reçoit d'autant plus la «rétribution», c'est-à-dire atteint son but.
Et il semble que l'Évangile, la bonne nouvelle, consiste précisément dans cette promesse que le but sera atteint, même si notre main gauche n'en apprend jamais rien. Le Christ promet que la compassion, la participation à la vie d'un autre homme, atteindra son cœur; que celui qui cherche Dieu parviendra à rester seul avec Lui dans sa chambre, porte fermée.
1 " Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux ; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. |
2 Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d'être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, |
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
5 " Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
7 " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. |
8 N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez. |
9 " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, |
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. |
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. |
13 Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. |
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
La logique du Sermon sur la montagne se poursuit: la logique de l'intériorisation, du déplacement de la vie spirituelle de l'extérieur vers l'intérieur. Les relations authentiques avec Dieu ne consistent pas à accomplir tel ou tel acte, mais dans la motivation intérieure de ces actes. Le mieux est que ces actes nous deviennent si naturellement intérieurs que nous n'en remarquions plus nous-mêmes les motifs. Ce n'est pas par hasard qu'ici revient comme un refrain: «ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ouvertement».
L'aumône invisible de l'extérieur, la prière sobre en paroles et sans témoins: voilà les éléments de cette naturalité. Et Jésus Lui-même donne l'exemple de cette naturalité: la prière «Notre Père», née ici et maintenant, devenue le modèle des chrétiens de toutes les générations.
Et elle commence par le mot le plus naturel pour le Fils qui s'adresse au Père, «Abba», qu'il serait plus juste de traduire non par «Père», ni même par «Papa», mais par «Petit papa», tant cette adresse est enfantine et tendre.
5 " Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
7 " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. |
8 N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez. |
9 " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, |
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. |
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. |
13 Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. |
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
Tout comme l'aumône ostentatoire, le Christ rejette la prière démonstrative et propose à ceux qui prient de se retirer dans leur chambre. Cela signifie-t-il que toute prière en présence d'autres personnes tombe sous Sa désapprobation?
Une telle conclusion serait hâtive, car Lui-même priait en présence d'une multitude, et Il ne l'interdisait pas à Ses disciples. Les paroles de désapprobation ne concernent pas, et ne peuvent pas concerner, la prière authentique, sincère, qui élance l'âme à la rencontre de Dieu. Autre chose est la piété ostentatoire du formalisme religieux, la transformation de la prière publique en élément de normes d'étiquette, privé de ferveur intérieure. Mais la prière sans foi devient dépourvue de sens.
Le bavardage dans la prière est du même ordre. Cela ne signifie pas que la prière doit être courte, mais sa force ne dépend pas de sa longueur. Quelqu'un a comparé la station dans la prière au tir à l'arc, qui exige la concentration de l'attention. La prière peut être longue, mais orientée vers un but; c'est pourquoi les paroles superflues peuvent l'affaiblir, voire la détruire.
Souvent, à partir des paroles du Christ selon lesquelles le Père céleste voit nos besoins avant même notre demande, les gens concluent qu'il ne faut pas Lui demander, sous prétexte qu'Il donnera de toute façon. En réalité, Il nous accorde beaucoup de choses indépendamment de nos demandes. Mais il est triste que nous Le regardions exclusivement comme un fournisseur de cadeaux, en nous dérobant à l'entrée dans une relation avec Lui, pénétrée de quelque chose de plus grand.
Pour que nous l'assimilions mieux, le Christ nous a donné la prière du «Notre Père», modèle de notre prière. Nous pouvons répéter ses paroles et les méditer chaque jour.
7 " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. |
8 N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez. |
9 " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, |
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. |
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. |
13 Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. |
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
Jésus accomplit en substance un bouleversement dans la compréhension et la pratique de la prière. Il apparaît que Dieu n'a absolument pas besoin de nos demandes de prière. Bien plus, celui qui demande lui-même n'a pas non plus besoin de la prière. On pourrait objecter: « Pour Dieu, tout est clair, mais les hommes, en priant, saisissent parfois plus clairement leurs besoins en les formulant, et, dans un état apaisé, prennent conscience de leurs besoins intérieurs, comme d'ailleurs aussi extérieurs. En fin de compte, c'est précisément la prière qui sert souvent de source de résolution pour atteindre des buts conscients et nettement formulés ». Tout cela peut être reconnu comme vrai dans une certaine mesure; toutefois une telle autoréflexion intérieure ne peut déjà plus être appelée prière proprement dite: c'est plutôt une méditation avec des éléments de verbalisation.
D'ailleurs, la méditation, au sens de réflexion ou au sens de silence, n'est pas une chose si inutile. Mais elle aussi doit avoir pour contenu non pas tant notre vie psychique isolée que l'ouverture du cœur et de l'intelligence à la rencontre de Dieu et des circonstances de la vie. Et il faudrait ici mettre l'accent précisément sur Dieu, qui donne perspective et espace à la vie humaine.
Jésus parle justement de la prière comme de l'élan de tout l'être humain vers Dieu, Source et Fondement de tout. Et le seul but, au fond, d'une prière ainsi comprise est d'acquérir une sensibilité intérieure à la perception des mouvements de l'Esprit, qui seul fait des hommes les collaborateurs de Dieu et ceux qui partagent sa pensée, du Dieu qui se révèle dans le Christ. Dans ce cas, chaque chrétien ou chrétienne reçoit la possibilité de participer à l'édification de son Royaume et à l'accomplissement de sa volonté, et donc de réaliser sa vocation et ses dons, de recevoir son pardon et sa liberté, et de les donner à ceux qui, près de nous, en sont privés.
7 " Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. |
8 N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il vous faut, avant que vous le lui demandiez. |
9 " Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, |
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. |
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. |
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. |
13 Et ne nous soumets pas à la tentation; mais délivre-nous du Mauvais. |
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
Les trois premiers versets de la prière du «Notre Père», la prière du Seigneur, parlent comme d'une seule et même chose: du Royaume. Le Royaume est la possession du Roi. Nous demandons que notre monde appartienne davantage au Roi, qu'il y ait en lui davantage de Dieu. Dans le Royaume, on glorifie le Roi, son nom est sanctifié, on le prie et on l'appelle à juger. Dans le Royaume, on accomplit la volonté du Roi, on lui obéit...
Même lorsque nous prononçons ces paroles avec attention, et non automatiquement, nous les percevons de manière abstraite, car nous les rapportons au monde entier et non à nous-mêmes. Mais le Christ dit pourtant que son Royaume est au-dedans de nous. Et l'on peut demander en pensant que ce Royaume doit être l'Église, c'est-à-dire moi, toi, nous tous qui prononçons ensemble ces paroles; et pour cela il faut que son nom soit sanctifié en moi, en toi, en nous, que moi, toi, nous ensemble accomplissions sa volonté. Si, après l'Eucharistie, nous prononçons ensemble ces paroles précisément ainsi, peut-être le Royaume de Dieu s'approchera-t-il, prendra-t-il plus de place dans notre cœur, se manifestera-t-il plus clairement dans l'Église.
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