7 Et le premier sonna... Il y eut alors de la grêle et du feu mêlés de sang qui furent jetés sur la terre: et le tiers de la terre fut consumé, et le tiers des arbres fut consumé, et toute herbe verte fut consumée. |
8 Et le deuxième Ange sonna... Alors une énorme masse embrasée, comme une montagne, fut projetée dans la mer, et le tiers de la mer devint du sang: |
9 il périt ainsi le tiers des créatures vivant dans la mer, et le tiers des navires fut détruit. |
10 Et le troisième Ange sonna... Alors tomba du ciel un grand astre, brûlant comme une torche. Il tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources; |
11 l'astre se nomme " Absinthe " : le tiers des eaux se changea en absinthe, et bien des gens moururent de ces eaux devenues amères. |
12 Et le quatrième Ange sonna... Alors furent frappés le tiers du soleil et le tiers de la lune et le tiers des étoiles: ils s'assombrirent d'un tiers, et le jour perdit le tiers de sa clarté, et la nuit de même. |
13 Et ma vision se poursuivit. J'entendis un aigle volant au zénith et criant d'une voix puissante : " Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre, à cause de la voix des dernières trompettes dont les trois Anges vont sonner. |
Comme on le voit, le Jugement se révèle pour le monde non pas simplement comme un cataclysme ni comme un châtiment en soi, mais avant tout comme une annonce. L'image même des anges à la trompette (v. 6) remonte sans aucun doute à la coutume de sonner du shofar pendant la fête de Yom Kippour, qui est avant tout un jour de jugement et de repentir, le shofar étant une sorte de cor sacré destiné à rappeler à chaque Juif croyant le Jugement et la nécessité d'y être prêt. Et voici que maintenant les messagers de Dieu annoncent que le jour du Jugement est arrivé, par le son familier de la trompette, qui, bien sûr, par son ampleur, ne peut être comparé au son d'un cor terrestre. Mais l'annonce peut être différente : le Royaume peut être attesté aussi bien par l'amour qui le traverse que par la puissance de Dieu qu'il porte en lui. Pour ceux qui sont prêts à l'accueillir, le souffle du Royaume devient le souffle de l'amour de Dieu, qu'il s'agisse d'un homme, d'une pierre, d'un arbre ou d'un animal. Bien sûr, l'homme et la pierre répondront différemment à l'amour de Dieu, mais il y aura nécessairement une réponse. Pour ceux, en revanche, qui n'ont pas besoin du Royaume, qui ne le veulent pas et lui résistent, son souffle devient la puissance de Dieu, ce feu dont l'action peut certes transformer la nature du monde créé comme le fait l'amour, mais non sans pertes ni destructions, ne serait-ce que parce que le péché et le mal dont le monde déchu est imprégné sont absolument incompatibles avec la vie du Royaume ; c'est pourquoi, dans le processus de transformation, le monde doit en être purifié, et purifié contre la volonté de ceux qui les ont introduits dans le monde, qu'il s'agisse d'hommes ou d'esprits déchus.
Il n'est pas étonnant que cette purification devienne pour le monde un cataclysme touchant tous les principaux éléments de l'univers connus des anciens : la terre (v. 7), la mer (v. 8-9), les fleuves et les sources, qui personnifiaient la force vivifiante de l'univers (v. 10-11), et le ciel, ce ciel visible qui, pour tout païen, incarnait l'univers lui-même, éternel et inébranlable comme le cycle annuel des astres célestes (v. 12).
Le Livre de la Genèse nous raconte la création du cosmos, appelé à s'opposer à cette force destructrice du chaos qui a fait irruption dans l'univers au « deuxième jour » de la création ; il raconte la terre ferme apparue des eaux de l'océan primordial, les arbres et l'herbe, symboles de la vie dans sa dimension universelle, cosmique, le cycle des astres célestes qui a rendu au monde cet ordre inébranlable que Dieu avait promis à Noé de conserver jusqu'à la fin des temps (Gn 1:9-19). Et voici que maintenant, au jour du Jugement, tout s'effondre non parce que Dieu a été déçu par Sa création, mais parce que le monde corrompu par le péché ne peut être refait autrement ; le mal s'est trop profondément incrusté dans sa chair, si bien que l'on ne peut désormais se passer de mesures radicales, semblables à une opération chirurgicale complexe. Mais ce n'est pas encore le plus terrible : le messager de Dieu avertit qu'au jour du Jugement le monde attend encore quelque chose de pire que les actions les plus dures entreprises par Dieu pour le purifier (v. 13).
7 Et le premier sonna... Il y eut alors de la grêle et du feu mêlés de sang qui furent jetés sur la terre: et le tiers de la terre fut consumé, et le tiers des arbres fut consumé, et toute herbe verte fut consumée. |
Les cataclysmes décrits par Jean, comme toute vision, ne sont pas une description littérale, mais symbolique des événements qui se produisent dans le monde. Néanmoins, le sens de ce que l'apôtre a vu est tout à fait concret et nullement allégorique. Le symbole n'est pas toujours une allégorie. L'allégorie est souvent conventionnelle et l'auteur ne l'utilise que comme procédé artistique ; de telles allégories ne sont rien de plus que des fantaisies d'auteur. Derrière le symbole, surtout lorsqu'il s'agit d'une vision prophétique ou apocalyptique, se tient habituellement une réalité, même si elle peut ne pas ressembler à ce qui s'ouvre au visionnaire.
Cependant le sens spirituel des événements exprimés par les symboles ne change pas du fait que la forme du symbole ne coïncide pas avec la forme de ce qu'il symbolise. Il en va ainsi dans la description des trompettes angéliques : sa forme est symbolique, mais le sens spirituel des événements qui se tiennent derrière les symboles n'en change pas, quelle que soit leur apparence extérieure. L'image même des anges sonnant de la trompette est déjà symbolique. Leurs trompettes rappellent le shofar, la corne sacrée que l'on sonne lors des grandes fêtes juives.
Cette coutume plonge ses racines dans une profonde antiquité ; la coutume de sonner du shofar est mentionnée plus d'une fois dans les livres de l'Ancien Testament, et le son du shofar y symbolise rien d'autre que la voix de Dieu, l'appel de Dieu et le signe de l'intervention de Dieu dans les destinées du monde et de Son peuple. Manifestement, dans le Livre de la Révélation aussi, les anges qui sonnent sonnent du shofar, annonçant l'intervention de Dieu dans les destinées de l'univers, cette fois à l'échelle cosmique, en vue de la pleine transfiguration du monde et de sa délivrance définitive du pouvoir des forces obscures. Le processus commencé par la mort sur la croix et la résurrection du Sauveur arrive maintenant à son achèvement logique.
Bien sûr, pour le monde, il n'y a pas ici seulement la joie, mais aussi le Jugement : car il devra rencontrer Dieu face à face, et une telle rencontre est toujours Jugement ; seule l'échelle varie. Maintenant, l'échelle devient cosmique ; elle touche non seulement l'humanité, mais aussi toute la création dans son ensemble : la terre, la mer, la voûte céleste. Et elle mène à une catastrophe inévitable : le monde a touché le Royaume, le sanctuaire, sans être purifié jusqu'au bout, et un tel contact ne signifie rien d'autre que profanation et destruction.
Pourtant le monde ne périt pas entièrement : seule sa troisième partie est frappée. Assez pour des changements irréversibles, pas assez pour une disparition totale. Cela se comprend : Dieu ne veut pas détruire le monde, Il veut le transfigurer, le rendre qualitativement autre. Le cataclysme inévitable ne doit donc pas être meurtrier ni définitivement destructeur ; et par la volonté de Dieu il ne le devient pas, même si, sans l'intervention de Dieu, il aurait très bien pu le devenir.
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