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RÉFLEXIONS pour Dn 6:18

18  On apporta une pierre qu'on posa sur l'entrée de la fosse, et le roi y apposa son sceau et celui de ses seigneurs, en sorte que rien ne pût être modifié de ce qui concernait Daniel.
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Que peut faire et que ne peut pas faire un souverain, même un monarque absolu, chef d'une grande puissance de son temps ? À la lecture de certains chapitres du livre de Daniel, on a parfois l'impression qu'il ne peut presque rien. Ou du moins qu'il ne peut pas faire l'essentiel : prendre la décision qui, dans une situation concrète, lui semble la seule juste. Il en va ainsi de Darius : il ne veut pas la mort de Daniel, il changerait volontiers la décision qu'il a prise auparavant et annulerait le décret qu'il a lui-même publié, mais il en est incapable. Les lois adoptées dans l'Empire perse étaient irrévocables, et même le roi ne pouvait rien y faire.

Il est difficile aujourd'hui de dire avec certitude s'il en était réellement ainsi, ou si nous avons là une des nombreuses légendes sur l'Empire perse et ses souverains. Mais dans ce cas, cela n'a pas d'importance : quoi qu'il en soit, l'auteur du livre a remarqué une caractéristique de la position d'un souverain placé à la tête de tout État vivant selon les lois du monde non transfiguré. Il n'a de pouvoir ni sur lui-même ni sur les situations dans lesquelles il se trouve comme souverain. Et il ne s'agit pas ici du caractère sacré des lois ou de l'autorité, ni du fait que, comme le dit la formule bien connue, « l'entourage fait le roi ».

Bien sûr, on peut parler en un certain sens et à certaines époques du caractère sacré des lois, et l'influence de l'entourage d'un souverain sur celui-ci est une réalité dont tout souverain doit tenir compte. Mais tout cela, avec bien d'autres choses auxquelles tout souverain est confronté, ne représente en fin de compte rien d'autre que ce qu'on pourrait appeler la logique du pouvoir. Évidemment, beaucoup dépend de la personne concrète. Pourtant, les auteurs de tous les livres bibliques sont unanimes : dans le monde déchu, il n'y a pas de bon pouvoir ; il n'y a qu'un pouvoir mauvais ou très mauvais. Et ce n'est pas parce que tous ses représentants seraient nécessairement et dès l'origine malveillants, mais parce que tout État a toujours été et demeure une machine, un mécanisme qui fonctionne selon ses propres lois ou ne fonctionne pas du tout. Et plus le mécanisme est complexe et vaste, plus se manifeste en lui ce mal dans lequel, selon la parole de l'Évangile, le monde gît.

Pour l'auteur des livres de Samuel, la théocratie vaut mieux que la monarchie, même élective comme elle l'était aux jours de Saül et de David, non seulement parce que des chefs charismatiques guidés par Dieu arrivent alors au pouvoir, car dans ces mêmes livres la vraie théocratie est décrite comme une institution spirituellement et politiquement ambiguë, mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'elle permet d'éviter la formation d'un mécanisme d'État.

Bien entendu, dans le monde déchu, la théocratie n'est pas non plus une panacée. Pour les prophètes comme pour les sages, la Torah est la meilleure législation possible, mais même elle ne rendra pas la société idéale ; elle peut seulement la rendre, selon la formule de Platon, « seconde après la meilleure ». Et dans une société ordinaire, dans un grand empire, il ne reste parfois au souverain qu'à souffrir des tourments de la conscience et de son incapacité à aider quelqu'un qu'il ne considère nullement coupable. Et seuls ces tourments de conscience, il pourra les présenter à Dieu au jour du Jugement comme témoignage de ses meilleures intentions restées irréalisées.

Autres réflexions

 
Pour Dn 6:18
18  On apporta une pierre qu'on posa sur l'entrée de la fosse, et le roi y apposa son sceau et celui de ses seigneurs, en sorte que rien ne pût être modifié de ce qui concernait Daniel.
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Que peut et qu’est-ce que ne peut pas le roi, que ça soit même un monarque absolu, le chef d’une grande puissance de son temps ? En lisant certains chapitres du Livre de Daniel, il semble parfois qu'il ne peut presque rien. Ou, au moins, ne peut pas faire l'essentiel...  Lire la suite

Que peut et qu’est-ce que ne peut pas le roi, que ça soit même un monarque absolu, le chef d’une grande puissance de son temps ? En lisant certains chapitres du Livre de Daniel, il semble parfois qu'il ne peut presque rien. Ou, au moins, ne peut pas faire l'essentiel : prendre cette décision, qui dans une situation concrète lui semble la seule juste. C’est le cas avec Darius : il ne veut pas la mort de Daniel, il serait content de changer la décision prise par lui autrefois et supprimer le décret publié par lui, mais il n’a pas capable de faire cela : les lois prises dans l'empire Perse étaient irrévocables, et même le roi ne pouvait rien faire ici. Il est difficile aujourd'hui de dire avec certitude, si tel était vraiment le cas, ou si nous avons devant nous une des nombreuses légendes sur l'empire Perse et ses dirigeants. Mais dans le cas présent ce n’est pas important : quoi qu’il en soit, l'auteur du livre a noté un trait caractéristique sur la position du dirigeant, étant à la tête de n'importe quel État, vivant d'après les lois du monde non transformé: il n'a de pouvoir ni sur lui-même, ni sur les situations, dans lesquelles il se trouve, comme régent. Et le problème ici n’est pas dans la sacralité des lois ou du pouvoir et ni dans le fait que, comme annonce le célèbre adage, «l’entourage du roi fait le roi».

Bien sûr, on peut parler dans un certain sens et dans les époques connues de la sacralité des lois, et l'influence de l'entourage sur le régent est une réalité, dont n'importe quel régent doit prendre en considération. Mais et l’une, et l'autre, et encore plusieurs choses, avec lesquelles se heurte n'importe quelle autorité, au compte final, ne représente rien d'autre que ce que l'on pourrait appeler la logique du pouvoir. Bien sûr, d’une personne concrète dépend plusieurs. Et tout de même les auteurs de tous les livres bibliques sont unanimes : il n’y a pas de bon pouvoir dans le monde déchu, il n’y a qu’une mauvaise ou très mauvaise. Et pas parce que tous ses représentants sont initialement malintentionnés, mais parce que n'importe quel État a toujours été et reste une machine, dont le mécanisme, soit fonctionne d'après les lois inhérentes, soit ne fonctionne pas du tout.

Et plus le mécanisme est complexe et a plus grande échelle, plus se manifeste en lui le mal, dans lequel, d’après la parole de l'Évangile, se trouve monde. Pour l'auteur du Livre de Samuel la théocratie vaut mieux que la monarchie, même électif, comme elle était au temps de Saul et David, pas seulement parce qu’au pouvoir se trouvent des leaders charismatiques dirigés par Dieu (dans ces mêmes livres la vraie théocratie est décrite, comme un institut ambigu et spirituellement, et politiquement), mais encore aussi (et peut-être même en premier lieu) parce qu’elle permet d'éviter la formation du mécanisme d’Etat. Bien que, certes, dans le monde déchu même la théocratie ne soit pas une panacée.

La Torah pour les prophètes, et pour les sages est la meilleure des législations possible, mais elle non plus ne fera pas la société idéale, elle ne peut le faire que, selon l'expression de Platon, «deuxième après le meilleur». Et dans une société ordinaire, dans un grand empire, il ne reste parfois au régent qu’à être tourmenté par les remords et l'incapacité d'aider celui qu’il ne trouve pas du tout coupable. Et seulement ces remords de la conscience il pourra présenter à Dieu le jour du jugement, comme la preuve de ses meilleures intentions non réalisées.

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Pour Dn 6:1-28
et Darius le Mède reçut le royaume, étant âgé déjà de 62 ans.
Il plut à Darius d'établir sur son royaume 120 satrapes pour tout le royaume,
sous la présidence de trois chefs Daniel en était un auxquels les satrapes auraient à rendre compte. Ceci afin d'empêcher qu'un tort fût fait au roi.
Ce même Daniel l'emportait si bien sur les chefs et les satrapes parce qu'il avait en lui un esprit extraordinaire, que le roi se proposait de le placer à la tête du royaume tout entier.
Alors les chefs et les satrapes se mirent en quête d'une affaire d'Etat qui pût faire du tort à Daniel; mais ils ne purent trouver d'affaire ou de manquement tant il était fidèle, et on ne trouvait à lui reprocher ni négligence ni manquement.
Ces hommes se dirent donc : "Faute d'affaire au préjudice de ce Daniel, trouvons-en une contre lui à propos de la religion de son Dieu."
Chefs et satrapes s'en vinrent donc en nombre auprès du roi et lui parlèrent ainsi : "O roi Darius, vis à jamais!
Chefs du royaume, magistrats, satrapes, ministres et gouverneurs, nous sommes tous d'avis que le roi devrait rendre un édit pour donner vigueur à l'interdit suivant : tout homme qui, au cours des 30 jours à venir, adressera une prière à quiconque, dieu ou homme, autre que toi, ô roi, sera jeté à la fosse aux lions.
O roi, donne à présent force de loi à cet interdit en signant cet acte, en sorte qu'on n'y change rien, selon la loi des Mèdes et des Perses, laquelle ne passe point."
10  En raison de quoi, le roi Darius signa l'acte d'interdit.
11  Apprenant que l'acte avait été signé, Daniel monta dans sa maison. Les fenêtres de sa chambre haute étaient orientées vers Jérusalem, et trois fois par jour il se mettait à genoux, priant et confessant Dieu; c'est ainsi qu'il avait toujours fait.
12  Ces hommes s'en vinrent en nombre et trouvèrent Daniel qui suppliait et implorait Dieu.
13  Alors ils s'introduisirent auprès du roi et lui rappelèrent l'interdit royal : "N'as-tu pas signé l'interdit selon lequel tout homme qui, dans les 30 jours, adresserait une prière à quiconque, dieu ou homme, autre que toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions?" Le roi répondit : "La chose est tranchée définitivement, selon la loi des Mèdes et des Perses, laquelle ne passe point."
14  Sur quoi, ils dirent au roi : "Daniel, cet homme d'entre les gens de la déportation de Juda, n'a cure de toi, ô roi, ni de l'interdit que tu as signé : trois fois par jour il s'acquitte de sa prière."
15  En entendant ces mots, le roi éprouva une grande douleur et résolut de sauver Daniel. Jusqu'au coucher du soleil, il s'ingénia à lui trouver une échappatoire.
16  Mais ces hommes s'empressèrent auprès du roi en disant "Sache, ô roi, que selon la loi des Mèdes et des Perses aucun interdit ou édit porté par le roi ne peut être révoqué."
17  Alors, le roi donna ordre de faire venir Daniel et de le jeter dans la fosse aux lions. Le roi dit à Daniel : "Ton Dieu, que tu as servi avec persévérance, c'est lui qui te sauvera."
18  On apporta une pierre qu'on posa sur l'entrée de la fosse, et le roi y apposa son sceau et celui de ses seigneurs, en sorte que rien ne pût être modifié de ce qui concernait Daniel.
19  Le roi rentra dans son palais, passa la nuit à jeûner et ne se laissa pas amener de concubines. Le sommeil le fuit
20  et dès l'aube, au petit jour, le roi se leva et se rendit en hâte à la fosse aux lions.
21  S'approchant de la fosse, il cria à Daniel d'une voix angoissée : "Daniel, serviteur du Dieu vivant, ce Dieu que tu sers avec persévérance a-t-il pu te faire échapper aux lions?"
22  Daniel répondit au roi : "O roi, vis à jamais!
23  Mon Dieu a envoyé son ange, il a fermé la gueule des lions et ils ne m'ont pas fait de mal, parce que j'ai été trouvé innocent devant lui. Et devant toi aussi, ô roi, je suis sans faute."
24  Le roi éprouva une grande joie et ordonna de faire sortir Daniel de la fosse. On fit sortir Daniel de la fosse et on le trouva indemne, parce qu'il avait eu foi en son Dieu.
25  Le roi manda ces hommes qui avaient calomnié Daniel et les fit jeter dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes : et avant même qu'ils eussent atteint le fond de la fosse, les lions s'étaient emparés d'eux et leur avaient broyé les os.
26  Et le roi Darius écrivit à tous peuples, nations et langues qui habitent sur toute la terre : "Abondance de paix sur vous!
27  Voici le décret que je porte : dans tout le domaine de mon royaume, que les gens tremblent et frémissent devant le Dieu de Daniel il est le Dieu vivant, il perdure à jamais, son royaume ne sera point détruit et son empire n'aura point de fin
28  il sauve et délivre, opère signes et merveilles aux cieux et sur la terre; il a sauvé Daniel du pouvoir des lions."
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L'image du souverain païen dans le livre de Daniel n'est pas peinte d'une seule couleur noire. Un tel souverain n'est pas toujours ni nécessairement l'incarnation du mal pur, une créature infernale en qui il n'y aurait rien d'humain. D'un côté...  Lire la suite

L'image du souverain païen dans le livre de Daniel n'est pas peinte d'une seule couleur noire. Un tel souverain n'est pas toujours ni nécessairement l'incarnation du mal pur, une créature infernale en qui il n'y aurait rien d'humain. D'un côté, Balthazar, cynique, prêt à violer toutes les normes et toutes les règles et à fouler aux pieds tous les sanctuaires, parce qu'il n'y a pour lui rien de sacré, aucune norme ni aucune règle, hormis sa volonté et ses propres désirs. De l'autre, Darius, homme d'une tout autre trempe, avec ses idées du bien et du mal et les règles de vie et de gouvernement qui leur correspondent, règles que, dans l'ensemble, Darius est prêt à suivre. Contraint de jeter aux lions un homme qui, comme Darius lui-même le comprend, est innocent et ne mérite pas la mort, le souverain ne trouve pas de repos, parce qu'il a violé des normes morales qui sont pour lui évidentes et obligatoires.

Mais alors se mettent à fonctionner les lois de l'État, cette même machine étatique qui ne tient compte d'aucune norme morale, comme aucune machine n'en tient compte. Son symbole devient l'irrévocabilité de la loi adoptée dans l'Empire perse et son caractère absolument obligatoire pour tous sans exception. En donnant des ordres et en signant des décrets, le roi en devient prisonnier. Il ne peut annuler ses décisions, il ne peut arrêter la machine qu'il a mise en marche : près de lui et autour de lui se trouvent des proches qui ne permettront pas au roi de le faire, même si lui-même le voulait. La cour fait réellement, dans une certaine mesure, le roi, souvent un roi très cruel ; il en a été ainsi en tout temps.

Bien sûr, beaucoup dépend ici de la personne concrète, de la mesure dans laquelle elle est elle-même prête à suivre les règles du jeu et à permettre à la machine de l'État de la définir, elle et son existence d'homme, de politique, d'homme d'État. Cependant, comme cela s'est souvent produit dans l'histoire, l'homme qui ne veut pas jouer selon les règles se retrouve hors-jeu, soit de son plein gré, soit par contrainte. Comprenant cela, les hommes qui aspiraient à l'indépendance spirituelle et quotidienne ont toujours essayé de se tenir à l'écart des affaires de l'État et de la politique. Souvent, ils n'étaient pas guidés par la lâcheté ni par un escapisme snob, mais par une appréciation sobre de la situation et par le réalisme propre aux hommes qui connaissent l'état véritable des choses.

Il y eut bien sûr des exceptions : des hommes qui, même à des postes élevés et à la tête de l'État, faisaient ce qu'ils estimaient juste ; mais ils furent peu nombreux, et leur destin ne fut jamais simple. Darius, le héros du livre de Daniel, n'en fait manifestement pas partie. Il ne lui reste qu'à se lamenter tout en continuant à faire ce qu'exige la machine qu'il a lui-même mise en marche. Dans son état spirituel, celui d'un païen tombé sous le pouvoir du prince de ce monde, il n'a pas d'autre choix.

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