Les prophètes ont toujours traité les songes avec une certaine méfiance. Rien d'étonnant à cela : car dans le sommeil, l'homme n'est généralement pas en mesure de distinguer la révélation des images engendrées par son propre subconscient. Mais il existe aussi des exceptions, lorsque le songe devient source d'une connaissance authentique, au même titre que tout autre mode de communion avec Dieu. La seconde partie du livre de Daniel comprend précisément des songes de ce genre, des songes par lesquels Dieu parlait avec le visionnaire apocalyptique, dont l'auteur du livre ne nous a pas conservé le nom, l'ayant caché derrière la figure de son héros principal.
Comme tout ce qui est vu en rêve, le songe prophétique se distingue d'ordinaire par des formes étranges, parfois même grotesques ; mais, à la différence d'un rêve ordinaire, il y a toujours ici une certaine logique et une certaine cohérence, peut-être imperceptibles au premier regard. Dans le cas du livre de Daniel, la compréhension du sens est facilitée par les explications que reçoit le rêveur pendant sa vision. Du reste, l'essentiel de ce qui est vu devient compréhensible même sans commentaires ; il est assez évident : à des royaumes engendrés par les éléments de ce monde succède un autre Royaume, établi non par des forces terrestres, mais par Dieu et par le Messie qu'Il envoie.
En effet, quelle que soit l'interprétation, il devient assez évident que les bêtes que le héros du livre voit sortir de la mer personnifient les forces de notre monde, encore non transfiguré, qui, dans son état actuel, s'oppose toujours d'une manière ou d'une autre à Dieu (v. 2-8). Les paroles arrogantes deviennent l'expression particulièrement vive de cette opposition ; elles apparaissent comme une sorte de symbole de l'affirmation orgueilleuse de soi chez ceux qui n'ont pas besoin de Dieu (v. 8). Puis vient le jour du Jugement, où le trône de Dieu triomphe manifestement, aux yeux de tous, de ceux qui ont tenté de se placer au-dessus de Dieu (v. 9-11). Après le Jugement, le monde commence à être gouverné par le Messie, et aux royaumes terrestres succède le Royaume messianique dont parlaient les prophètes (v. 13-14).
