1 Qui a cru ce que nous entendions dire, et le bras de Yahvé, à qui s'est-il révélé?
2 Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;
3 objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas.
4 Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié.
5 Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison.
6 Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous.
7 Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n'ouvrait pas la bouche.
8 Par contrainte et jugement il a été saisi. Parmi ses contemporains, qui s'est inquiété qu'il ait été retranché de la terre des vivants, qu'il ait été frappé pour le crime de son peuple?
9 On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y ait pas eu de tromperie dans sa bouche.
10 Yahvé a voulu l'écraser par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira.
11 À la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes.
12 C'est pourquoi il aura sa part parmi les multitudes, et avec les puissants il partagera le butin, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les criminels, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les criminels.
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La lecture d'aujourd'hui est un hymne messianique d'Isaïe de Babylone, bien connu de tout lecteur de la Bible. C'est précisément ici que l'image vétérotestamentaire du Messie se rapproche le plus de l'image évangélique. Comme dans un autre hymne d'Isaïe de Babylone, le Messie ressemble ici moins que tout à un roi législateur ou à un juge. Il est à peine visible (v. 2), non parce qu'Il serait de petite taille, mais parce que le Messie d'Isaïe n'occupe dans la société aucune position en vue. Il n'a pas l'intention d'être le chef de la grande guerre messianique. Sa tâche est autre : Il prend sur Lui le péché du peuple, tout en étant Lui-même sans péché, et délivre ainsi le peuple du péché (v. 3-5).
Une telle image du Messie paraissait assez paradoxale sur fond du triomphalisme qui avait saisi le peuple dans les premières années après le retour sur la terre des pères : car ce retour lui-même semblait le témoignage incontestable que tous les péchés étaient pardonnés et tous les crimes du peuple oubliés. Et c'est précisément alors qu'Isaïe parla du Messie comme de Celui qui seul peut délivrer le peuple du péché ! Bien sûr, toute la profondeur des sens liés à la personne du Messie-Christ commençait seulement à s'entrouvrir au prophète. Mais même cela, peut-on penser, entrait difficilement dans la conscience de ses contemporains.
La mort du Messie, telle qu'Isaïe de Babylone la décrit, devenait encore moins compréhensible. Il faut remarquer que c'est chez lui seul que se rencontre, dans l'Ancien Testament, l'image du Messie souffrant. Mais si l'image du Messie souffrant et persécuté (v. 6-7) finit avec le temps par devenir une partie de la tradition rabbinique, l'image du Messie exécuté et mourant (v. 8-10) resta incomprise ; et, semble-t-il, on regardait plutôt cette prophétie d'Isaïe comme une sorte d'hyperbole prophétique, entendant par la mort des persécutions qui mettraient le Messie au bord de la mort, à laquelle Il finirait pourtant par échapper heureusement. C'est ainsi, semble-t-il, qu'on comprenait les versets conclusifs (v. 11-12) de l'hymne : le Messie, ayant miraculeusement échappé à la mort, finirait malgré tout par vaincre, puis jouirait des fruits de Sa victoire.
Et ce n'est qu'à la première génération de chrétiens qu'il devint clair qu'en parlant de la mort du Messie, Isaïe n'exagérait nullement, même si les apôtres eux-mêmes ne comprirent qu'après la Résurrection les paroles qu'ils avaient entendues plus d'une fois de la bouche de Jésus Lui-même au sujet de Sa mort prochaine sur la croix. Quant à la résurrection du Messie, le prophète n'en dit rien. Rien d'étonnant : si même les apôtres eurent beaucoup de peine à croire à la résurrection de leur Maître, que pouvait-on attendre des contemporains d'Isaïe, qui vivaient plusieurs siècles avant la venue du Christ ? Et pourtant c'est précisément chez Isaïe de Babylone que l'image du Messie s'est trouvée la plus proche de l'Évangile. Ce n'est pas un hasard si, par la suite, les chrétiens l'appelèrent « l'évangéliste de l'Ancien Testament ».
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