RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Is 53:1-12

La lecture d'aujourd'hui est un hymne messianique d'Isaïe de Babylone, bien connu de tout lecteur de la Bible. C'est précisément ici que l'image vétérotestamentaire du Messie se rapproche le plus de l'image évangélique. Comme dans un autre hymne d'Isaïe de Babylone, le Messie ressemble ici moins que tout à un roi législateur ou à un juge. Il est à peine visible (v. 2), non parce qu'Il serait de petite taille, mais parce que le Messie d'Isaïe n'occupe dans la société aucune position en vue. Il n'a pas l'intention d'être le chef de la grande guerre messianique. Sa tâche est autre : Il prend sur Lui le péché du peuple, tout en étant Lui-même sans péché, et délivre ainsi le peuple du péché (v. 3-5).

Une telle image du Messie paraissait assez paradoxale sur fond du triomphalisme qui avait saisi le peuple dans les premières années après le retour sur la terre des pères : car ce retour lui-même semblait le témoignage incontestable que tous les péchés étaient pardonnés et tous les crimes du peuple oubliés. Et c'est précisément alors qu'Isaïe parla du Messie comme de Celui qui seul peut délivrer le peuple du péché ! Bien sûr, toute la profondeur des sens liés à la personne du Messie-Christ commençait seulement à s'entrouvrir au prophète. Mais même cela, peut-on penser, entrait difficilement dans la conscience de ses contemporains.

La mort du Messie, telle qu'Isaïe de Babylone la décrit, devenait encore moins compréhensible. Il faut remarquer que c'est chez lui seul que se rencontre, dans l'Ancien Testament, l'image du Messie souffrant. Mais si l'image du Messie souffrant et persécuté (v. 6-7) finit avec le temps par devenir une partie de la tradition rabbinique, l'image du Messie exécuté et mourant (v. 8-10) resta incomprise ; et, semble-t-il, on regardait plutôt cette prophétie d'Isaïe comme une sorte d'hyperbole prophétique, entendant par la mort des persécutions qui mettraient le Messie au bord de la mort, à laquelle Il finirait pourtant par échapper heureusement. C'est ainsi, semble-t-il, qu'on comprenait les versets conclusifs (v. 11-12) de l'hymne : le Messie, ayant miraculeusement échappé à la mort, finirait malgré tout par vaincre, puis jouirait des fruits de Sa victoire.

Et ce n'est qu'à la première génération de chrétiens qu'il devint clair qu'en parlant de la mort du Messie, Isaïe n'exagérait nullement, même si les apôtres eux-mêmes ne comprirent qu'après la Résurrection les paroles qu'ils avaient entendues plus d'une fois de la bouche de Jésus Lui-même au sujet de Sa mort prochaine sur la croix. Quant à la résurrection du Messie, le prophète n'en dit rien. Rien d'étonnant : si même les apôtres eurent beaucoup de peine à croire à la résurrection de leur Maître, que pouvait-on attendre des contemporains d'Isaïe, qui vivaient plusieurs siècles avant la venue du Christ ? Et pourtant c'est précisément chez Isaïe de Babylone que l'image du Messie s'est trouvée la plus proche de l'Évangile. Ce n'est pas un hasard si, par la suite, les chrétiens l'appelèrent « l'évangéliste de l'Ancien Testament ».