14 Tout cela, rappelle-le, attestant devant Dieu qu'il faut éviter les querelles de mots, bonnes seulement à perdre ceux qui les écoutent.
15 Efforce-toi de te présenter à Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n'a pas à rougir, un fidèle dispensateur de la parole de vérité.
16 Quant aux discours creux et impies, évite-les. Leurs auteurs feront toujours plus de progrès dans la voie de l'impiété,
17 et leur parole étendra ses ravages comme la gangrène. Hyménée et Philète sont de ceux-là;
18 ils se sont écartés de la vérité, en prétendant que la résurrection a déjà eu lieu, renversant ainsi la foi de plusieurs.
19 Cependant les solides fondations posées par Dieu tiennent bon, marquées du sceau de ces paroles : Le Seigneur connaît les siens, et : Qu'il évite l'iniquité, celui qui prononce le nom du Seigneur.
20 Dans une grande maison, il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent; il en est aussi de bois et d'argile. Les uns sont réservés aux usages nobles, les autres aux usages vulgaires.
21 Si donc quelqu'un se préserve des fautes dont je parle, il sera un vase noble, sanctifié, utile au Maître, propre à toute œuvre bonne.
22 Fuis les passions de la jeunesse. Recherche la justice, la foi, la charité, la paix, en union avec ceux qui d'un cœur pur invoquent le Seigneur.
23 Mais les folles et stupides recherches, évite-les: tu sais qu'elles engendrent des querelles.
24 Or, le serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, mais accueillant à tous, capable d'instruire, patient dans l'épreuve;
25 c'est avec douceur qu'il doit reprendre les opposants, en songeant que Dieu, peut-être, leur donnera de se convertir, de connaître la vérité
26 et de revenir à la raison, une fois dégagés des filets du diable, qui les retient captifs, asservis à sa volonté.
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Paul appelle Timothée à éviter les disputes inutiles et stériles, qui n'apportent rien à personne et ne font que détruire la paix intérieure de ceux qui y prennent part. Il faut remarquer que le monde gréco-romain comme le monde juif étaient des mondes de beaucoup de paroles, de beaucoup de disputes et de beaucoup d'opinions. Il ne s'agit pas simplement de ce qu'on appelle aujourd'hui le pluralisme ; il s'agit précisément du culte de la dispute, du débat, de la discussion. La conversation, souvent sur des sujets assez abstraits, la dispute, le débat philosophique étaient considérés comme l'occupation la plus convenable pour un homme libre qui avait le loisir de s'y adonner : ainsi en allait-il dans le monde gréco-romain depuis l'Antiquité.
Dans le monde juif aussi, les discussions et les débats, mais déjà sur des thèmes religieux, liés à la Torah, étaient chose courante, et y participaient souvent non seulement des rabbins savants et des maîtres de la Torah, mais aussi des gens tout à fait ordinaires : car tout Juif croyant lisait et étudiait la Torah, et il n'y en avait alors pas d'autres, de sorte qu'il y avait avec qui parler et de quoi discuter. Bien sûr, à certains égards, une telle atmosphère était très productive : de nouvelles idées, vues, conceptions et théories y apparaissaient presque chaque jour.
La vie intellectuelle prospérait, mais la vie spirituelle, pas toujours. Cela se comprend : une telle situation favorise le fait que la dispute, le débat, la discussion deviennent des valeurs en soi, de sorte que la participation à ceux-ci était déjà considérée comme une affaire importante et une occupation sérieuse, tandis qu'il ne restait souvent plus de temps pour le travail spirituel, qui n'était d'ailleurs pas jugé particulièrement important ; car ce qui paraissait essentiel, c'étaient les opinions et les vues justes, non la vie juste.
Une telle atmosphère pénétrait aussi dans les communautés ecclésiales, et là il était absolument nécessaire de s'y opposer. Même si le christianisme n'avait été qu'une nouvelle religion, tôt ou tard serait apparue la nécessité de s'arrêter et de réfléchir non aux paroles, mais à la vie ; or, puisque le christianisme n'a jamais été une religion, mais a toujours été précisément une vie nouvelle, la vie dans ce Royaume que le Sauveur a apporté au monde, l'excès de paroles, de disputes et de discussions menaçait les chrétiens de graves pertes spirituelles.
Bien sûr, il fallait répondre aux questions sérieuses qui surgissaient dans le milieu chrétien : elles pouvaient réellement avoir une influence sur la vie spirituelle de l'homme. Si, par exemple, quelqu'un, à l'image des « maîtres » mentionnés par l'apôtre, pensait sérieusement que « la résurrection avait déjà eu lieu », que tout était déjà fini et que le christianisme appartenait en fait au passé, il n'aurait guère pu, avec de telles vues, vivre une vie chrétienne pleinement accomplie.
Mais consacrer sa vie aux disputes et aux discussions afin d'y remporter la victoire et de devenir le disputeur le plus connu et invincible, et plus encore voir dans une telle victoire le sens de son service ecclésial, c'est une impasse spirituelle. Les disputes n'auront pas de fin et, au bout du compte, elles engloutiront simplement l'homme, ne lui laissant pas de temps pour vivre, même de la vie la plus ordinaire, sans parler de la vie chrétienne. Voilà le danger contre lequel Paul met en garde son disciple.
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