1 Après cela, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent : " Ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël : laisse partir mon peuple, qu'il célèbre une fête pour moi dans le désert. " |
2 Pharaon répondit : " Qui est Yahvé, pour que j'écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas Yahvé, et quant à Israël, je ne le laisserai pas partir. " |
3 Ils dirent : " Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre. Accorde-nous d'aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier à Yahvé notre Dieu, sinon il nous frapperait de la peste ou de l'épée. " |
4 Le roi d'Égypte leur dit : " Pourquoi, Moïse et Aaron, voulez-vous débaucher le peuple de ses travaux ? Retournez à vos corvées. " |
5 Pharaon dit : " Maintenant que le peuple est nombreux dans le pays, vous voudriez lui faire interrompre ses corvées ? |
6 Le jour même, Pharaon donna cet ordre aux surveillants du peuple et aux scribes: |
7 " Ne continuez plus à donner de la paille hachée au peuple pour mouler les briques, comme hier et avant-hier ; qu'ils aillent eux-mêmes ramasser la paille qu'il leur faut. |
8 Mais vous leur imposerez la même quantité de briques qu'ils fabriquaient hier et avant-hier, sans rien en retrancher car ce sont des paresseux. C'est pour cela qu'ils crient : "Allons sacrifier à notre Dieu. " |
9 Qu'on alourdisse le travail de ces gens, qu'ils le fassent et ne prêtent plus attention à ces paroles trompeuses. " |
10 Les surveillants du peuple et les scribes allèrent dire au peuple : " Ainsi parle Pharaon : Je ne vous donne plus de paille hachée. |
11 Allez vous-mêmes vous chercher de la paille hachée où vous pourrez en trouver, mais rien ne sera retranché de votre travail. " |
12 Alors le peuple se dispersa dans tout le pays d'Égypte pour ramasser du chaume pour en faire de la paille hachée. |
13 Les surveillants les harcelaient : " Terminez votre travail quotidien comme lorsqu'il y avait de la paille hachée. " |
14 On frappa les scribes des Israélites, ceux que les surveillants de Pharaon leur avaient imposés en disant : " Pourquoi n'avez-vous pas terminé la quantité de briques prescrite, aujourd'hui comme hier et avant-hier ? |
15 Les scribes des Israélites vinrent se plaindre auprès de Pharaon en disant : " Pourquoi traiter ainsi tes serviteurs ? |
16 On ne donne plus de paille hachée à tes serviteurs et l'on nous dit : "Faites des briques", et voici que l'on frappe tes serviteurs... " |
17 Il répondit : " Vous êtes des paresseux, des paresseux, voilà pourquoi vous dites : "Nous voulons aller sacrifier à Yahvé. " |
18 Maintenant allez travailler. On ne vous donnera pas de paille hachée mais vous livrerez la quantité de briques fixée. |
19 Les scribes des Israélites se virent dans un mauvais cas quand on leur dit : " Vous ne diminuerez rien de votre production quotidienne de briques. " |
20 Ayant quitté Pharaon, ils se heurtèrent à Moïse et à Aaron qui se tenaient devant eux. |
21 Ils leur dirent : " Que Yahvé vous observe et qu'il juge !Vous nous avez rendus odieux aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs et vous leur avez mis l'épée en main pour nous tuer. " |
22 Moïse retourna vers Yahvé et lui dit : " Seigneur, pourquoi maltraites-tu ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? |
23 Depuis que je suis venu trouver Pharaon et que je lui ai parlé en ton nom, il maltraite ce peuple, et tu ne fais rien pour délivrer ton peuple. " |
La première demande de Moïse et d'Aaron de laisser partir le peuple se solda par un échec (v. 1-2). D'ailleurs, Dieu Lui-même l'avait annoncé d'avance à Moïse lorsqu'Il l'envoyait en Égypte (Ex 3:18-20). Et alors se pose une question tout à fait naturelle: cela signifie-t-il que la décision du pharaon était prédéterminée d'avance?
Sans doute, cela ne le signifie tout de même pas. Il s'agit d'autre chose: Dieu connaît le coeur du pharaon, qui est transparent pour Lui comme le coeur de tout homme; c'est pourquoi Il sait aussi que le pharaon ne permettra pas au peuple de Dieu de quitter le pays simplement ainsi. Mais qu'est-ce donc qui empêche le pharaon? Au début, Moïse ne parle même pas encore de partir pour toujours; il demande seulement pour le moment de laisser partir le peuple trois jours, afin de célébrer sa fête religieuse puis de revenir (v. 1-4). Mais même à une telle demande répond un refus.
Bien sûr, on pourrait expliquer tout cela par de simples considérations administratives et économiques: de telles fêtes détournent le peuple du travail (v. 4-5). En outre, il y avait encore une autre considération, exprimée par le pharaon lui-même dans ces paroles: «Je ne connais pas le Seigneur» (v. 2). Le gouvernement égyptien devait sans aucun doute prendre conscience de la menace qu'aurait représentée l'éveil d'une conscience nationale ou tribale chez les tribus du delta, qui auraient très bien pu, dans ce cas, se souvenir d'autres temps où leurs ancêtres étaient venus en Égypte en vainqueurs et où une dynastie sémitique occupait le trône des pharaons. Dans une telle situation, permettre aux Sémites de se souvenir de leurs dieux protecteurs, et plus encore de les adorer, aurait été imprudent.
Et pourtant, la raison principale était apparemment ailleurs. Ce n'est pas par hasard qu'aussitôt après la demande exprimée par Moïse et Aaron, il est question d'oisiveté, du fait que le peuple n'est manifestement pas assez chargé de travail et que, par désœuvrement, des pensées stupides et des idées absurdes commencent à lui venir à l'esprit (v. 6-9, 17). Et ici nous n'avons déjà plus devant nous la logique spécifique des autorités d'Égypte, mais la logique propre à tout pouvoir en tout temps. Car, par essence, tout État représente une machine sociale, un mécanisme qui fonctionne d'autant plus sûrement et sans défaillance que les «éléments» qui le composent pensent moins à des choses étrangères. Du point de vue de la logique propre à une machine étatique fonctionnant idéalement, le mieux pour l'homme serait d'être une fourmi ou une abeille, non parce qu'elles sont petites, mais parce qu'elles sont des travailleurs-fonctionnaires idéaux, ne se détournant jamais de leur travail pour quoi que ce soit.
Mais l'homme n'est jamais aussi éloigné de ce que Dieu avait conçu en le créant que lorsqu'il devient semblable à une abeille ou à une fourmi. Chez le plus grand pécheur, l'image de Dieu est monstrueusement déformée; chez l'homme-fourmi, elle disparaît simplement. C'est pourquoi le conflit entre Dieu et tout État est si inépuisable: Dieu a besoin d'hommes, l'État, de fourmis.
1 Après cela, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent : " Ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël : laisse partir mon peuple, qu'il célèbre une fête pour moi dans le désert. " |
2 Pharaon répondit : " Qui est Yahvé, pour que j'écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas Yahvé, et quant à Israël, je ne le laisserai pas partir. " |
3 Ils dirent : " Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre. Accorde-nous d'aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier à Yahvé notre Dieu, sinon il nous frapperait de la peste ou de l'épée. " |
4 Le roi d'Égypte leur dit : " Pourquoi, Moïse et Aaron, voulez-vous débaucher le peuple de ses travaux ? Retournez à vos corvées. " |
5 Pharaon dit : " Maintenant que le peuple est nombreux dans le pays, vous voudriez lui faire interrompre ses corvées ? |
6 Le jour même, Pharaon donna cet ordre aux surveillants du peuple et aux scribes: |
7 " Ne continuez plus à donner de la paille hachée au peuple pour mouler les briques, comme hier et avant-hier ; qu'ils aillent eux-mêmes ramasser la paille qu'il leur faut. |
8 Mais vous leur imposerez la même quantité de briques qu'ils fabriquaient hier et avant-hier, sans rien en retrancher car ce sont des paresseux. C'est pour cela qu'ils crient : "Allons sacrifier à notre Dieu. " |
9 Qu'on alourdisse le travail de ces gens, qu'ils le fassent et ne prêtent plus attention à ces paroles trompeuses. " |
10 Les surveillants du peuple et les scribes allèrent dire au peuple : " Ainsi parle Pharaon : Je ne vous donne plus de paille hachée. |
11 Allez vous-mêmes vous chercher de la paille hachée où vous pourrez en trouver, mais rien ne sera retranché de votre travail. " |
12 Alors le peuple se dispersa dans tout le pays d'Égypte pour ramasser du chaume pour en faire de la paille hachée. |
13 Les surveillants les harcelaient : " Terminez votre travail quotidien comme lorsqu'il y avait de la paille hachée. " |
14 On frappa les scribes des Israélites, ceux que les surveillants de Pharaon leur avaient imposés en disant : " Pourquoi n'avez-vous pas terminé la quantité de briques prescrite, aujourd'hui comme hier et avant-hier ? |
15 Les scribes des Israélites vinrent se plaindre auprès de Pharaon en disant : " Pourquoi traiter ainsi tes serviteurs ? |
16 On ne donne plus de paille hachée à tes serviteurs et l'on nous dit : "Faites des briques", et voici que l'on frappe tes serviteurs... " |
17 Il répondit : " Vous êtes des paresseux, des paresseux, voilà pourquoi vous dites : "Nous voulons aller sacrifier à Yahvé. " |
18 Maintenant allez travailler. On ne vous donnera pas de paille hachée mais vous livrerez la quantité de briques fixée. |
19 Les scribes des Israélites se virent dans un mauvais cas quand on leur dit : " Vous ne diminuerez rien de votre production quotidienne de briques. " |
20 Ayant quitté Pharaon, ils se heurtèrent à Moïse et à Aaron qui se tenaient devant eux. |
21 Ils leur dirent : " Que Yahvé vous observe et qu'il juge !Vous nous avez rendus odieux aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs et vous leur avez mis l'épée en main pour nous tuer. " |
22 Moïse retourna vers Yahvé et lui dit : " Seigneur, pourquoi maltraites-tu ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? |
23 Depuis que je suis venu trouver Pharaon et que je lui ai parlé en ton nom, il maltraite ce peuple, et tu ne fais rien pour délivrer ton peuple. " |
Dans la Bible, il y a beaucoup d'histoires où la foi traverse des épreuves. Leur contenu est en grande partie semblable: suivre la promesse de Dieu conduit soudain à un résultat tout à fait opposé. Dans ce récit, les tentatives de Moïse d'accomplir la mission que Dieu lui a donnée, celle de sauver le peuple de l'esclavage, ne conduisent qu'à un durcissement des travaux forcés.
Moïse et ceux qui étaient prêts à le croire ne peuvent pas continuer «en pilote automatique», quand tout marche comme sur des roulettes et qu'il ne reste qu'à s'étonner de la manière magnifique dont Dieu a tout arrangé. Non, ils doivent se tenir devant un nouveau choix: soit tout cela était une tromperie (ou une auto-tromperie), soit Dieu sera fidèle à sa promesse et ne les abandonnera pas dans l'esclavage. Il en ressort que la foi est un choix en faveur de Dieu, et que la foi éprouvée est un choix en faveur de Dieu, malgré tout...
1 Après cela, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent : " Ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël : laisse partir mon peuple, qu'il célèbre une fête pour moi dans le désert. " |
2 Pharaon répondit : " Qui est Yahvé, pour que j'écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas Yahvé, et quant à Israël, je ne le laisserai pas partir. " |
3 Ils dirent : " Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre. Accorde-nous d'aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier à Yahvé notre Dieu, sinon il nous frapperait de la peste ou de l'épée. " |
4 Le roi d'Égypte leur dit : " Pourquoi, Moïse et Aaron, voulez-vous débaucher le peuple de ses travaux ? Retournez à vos corvées. " |
5 Pharaon dit : " Maintenant que le peuple est nombreux dans le pays, vous voudriez lui faire interrompre ses corvées ? |
6 Le jour même, Pharaon donna cet ordre aux surveillants du peuple et aux scribes: |
7 " Ne continuez plus à donner de la paille hachée au peuple pour mouler les briques, comme hier et avant-hier ; qu'ils aillent eux-mêmes ramasser la paille qu'il leur faut. |
8 Mais vous leur imposerez la même quantité de briques qu'ils fabriquaient hier et avant-hier, sans rien en retrancher car ce sont des paresseux. C'est pour cela qu'ils crient : "Allons sacrifier à notre Dieu. " |
9 Qu'on alourdisse le travail de ces gens, qu'ils le fassent et ne prêtent plus attention à ces paroles trompeuses. " |
10 Les surveillants du peuple et les scribes allèrent dire au peuple : " Ainsi parle Pharaon : Je ne vous donne plus de paille hachée. |
11 Allez vous-mêmes vous chercher de la paille hachée où vous pourrez en trouver, mais rien ne sera retranché de votre travail. " |
12 Alors le peuple se dispersa dans tout le pays d'Égypte pour ramasser du chaume pour en faire de la paille hachée. |
13 Les surveillants les harcelaient : " Terminez votre travail quotidien comme lorsqu'il y avait de la paille hachée. " |
14 On frappa les scribes des Israélites, ceux que les surveillants de Pharaon leur avaient imposés en disant : " Pourquoi n'avez-vous pas terminé la quantité de briques prescrite, aujourd'hui comme hier et avant-hier ? |
15 Les scribes des Israélites vinrent se plaindre auprès de Pharaon en disant : " Pourquoi traiter ainsi tes serviteurs ? |
16 On ne donne plus de paille hachée à tes serviteurs et l'on nous dit : "Faites des briques", et voici que l'on frappe tes serviteurs... " |
17 Il répondit : " Vous êtes des paresseux, des paresseux, voilà pourquoi vous dites : "Nous voulons aller sacrifier à Yahvé. " |
18 Maintenant allez travailler. On ne vous donnera pas de paille hachée mais vous livrerez la quantité de briques fixée. |
19 Les scribes des Israélites se virent dans un mauvais cas quand on leur dit : " Vous ne diminuerez rien de votre production quotidienne de briques. " |
20 Ayant quitté Pharaon, ils se heurtèrent à Moïse et à Aaron qui se tenaient devant eux. |
21 Ils leur dirent : " Que Yahvé vous observe et qu'il juge !Vous nous avez rendus odieux aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs et vous leur avez mis l'épée en main pour nous tuer. " |
22 Moïse retourna vers Yahvé et lui dit : " Seigneur, pourquoi maltraites-tu ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? |
23 Depuis que je suis venu trouver Pharaon et que je lui ai parlé en ton nom, il maltraite ce peuple, et tu ne fais rien pour délivrer ton peuple. " |
La première demande de Moïse et d'Aaron de laisser partir le peuple se solda par un échec (v. 1-2). D'ailleurs, Dieu l'avait Lui-même annoncé d'avance à Moïse, quand Il l'envoyait en Égypte (Ex 3:18-20). Une question tout à fait naturelle se pose alors: cela signifie-t-il que la décision du pharaon était prédéterminée d'avance?
Non, pourtant. Il s'agit d'autre chose: Dieu connaît le coeur du pharaon, qui est transparent pour Lui comme l'est le coeur de tout homme, et c'est pourquoi Il sait aussi que le pharaon ne permettra pas au peuple de Dieu de quitter le pays ainsi. Mais qu'est-ce qui retient le pharaon? Au début, Moïse ne parle même pas encore de partir pour toujours; il demande seulement de laisser partir le peuple trois jours, afin de célébrer sa fête religieuse puis de revenir (v. 1-4). Mais même à une telle demande répond un refus.
Certes, on pourrait expliquer tout cela par de simples considérations administratives et économiques: de telles fêtes détournent le peuple du travail (v. 4-5). Il y avait en outre une autre considération, exprimée par le pharaon lui-même dans ces mots: «Je ne connais pas le Seigneur» (v. 2). Le gouvernement égyptien devait certainement être conscient de la menace que représentait l'éveil d'une conscience nationale ou tribale parmi les tribus du delta, qui auraient très bien pu, dans ce cas, se souvenir d'autres temps, lorsque leurs ancêtres étaient venus en Égypte en vainqueurs et qu'une dynastie sémitique siégeait sur le trône des pharaons. Dans une telle situation, permettre aux Sémites de se souvenir de leurs dieux protecteurs, et plus encore de leur rendre un culte, aurait été imprudent.
Et pourtant la raison principale était, semble-t-il, ailleurs. Ce n'est pas un hasard si, aussitôt après la demande formulée par Moïse et Aaron, il est question d'oisiveté, du fait que le peuple, apparemment, n'est pas assez chargé de travail et que, par désœuvrement, des pensées stupides et des idées absurdes commencent à lui venir à l'esprit (v. 6-9, 17). Et là, nous n'avons plus devant nous la logique propre aux autorités égyptiennes, mais une logique propre à tout pouvoir en tout temps. Car, par essence, tout État est une machine sociale, un mécanisme qui fonctionne d'autant plus sûrement et sans faille que les «éléments» qui le composent pensent moins aux choses étrangères à leur travail. Du point de vue de la logique propre à une machine étatique fonctionnant idéalement, le mieux pour l'homme serait d'être une fourmi ou une abeille, non parce qu'elles sont petites, mais parce qu'elles sont des travailleuses-fonctionnaires idéales, jamais distraites de leur travail par quoi que ce soit.
Mais l'homme n'est jamais aussi loin de ce que Dieu a voulu créer en lui que lorsqu'il devient semblable à une abeille ou à une fourmi. Chez le plus grand pécheur, l'image de Dieu est monstrueusement déformée; chez l'homme-fourmi, elle disparaît tout simplement. C'est pourquoi le conflit entre Dieu et tout État est si irréductible: Dieu a besoin d'hommes, l'État de fourmis.
1 Après cela, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent : " Ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël : laisse partir mon peuple, qu'il célèbre une fête pour moi dans le désert. " |
2 Pharaon répondit : " Qui est Yahvé, pour que j'écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas Yahvé, et quant à Israël, je ne le laisserai pas partir. " |
3 Ils dirent : " Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre. Accorde-nous d'aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier à Yahvé notre Dieu, sinon il nous frapperait de la peste ou de l'épée. " |
4 Le roi d'Égypte leur dit : " Pourquoi, Moïse et Aaron, voulez-vous débaucher le peuple de ses travaux ? Retournez à vos corvées. " |
5 Pharaon dit : " Maintenant que le peuple est nombreux dans le pays, vous voudriez lui faire interrompre ses corvées ? |
6 Le jour même, Pharaon donna cet ordre aux surveillants du peuple et aux scribes: |
7 " Ne continuez plus à donner de la paille hachée au peuple pour mouler les briques, comme hier et avant-hier ; qu'ils aillent eux-mêmes ramasser la paille qu'il leur faut. |
8 Mais vous leur imposerez la même quantité de briques qu'ils fabriquaient hier et avant-hier, sans rien en retrancher car ce sont des paresseux. C'est pour cela qu'ils crient : "Allons sacrifier à notre Dieu. " |
9 Qu'on alourdisse le travail de ces gens, qu'ils le fassent et ne prêtent plus attention à ces paroles trompeuses. " |
10 Les surveillants du peuple et les scribes allèrent dire au peuple : " Ainsi parle Pharaon : Je ne vous donne plus de paille hachée. |
11 Allez vous-mêmes vous chercher de la paille hachée où vous pourrez en trouver, mais rien ne sera retranché de votre travail. " |
12 Alors le peuple se dispersa dans tout le pays d'Égypte pour ramasser du chaume pour en faire de la paille hachée. |
13 Les surveillants les harcelaient : " Terminez votre travail quotidien comme lorsqu'il y avait de la paille hachée. " |
14 On frappa les scribes des Israélites, ceux que les surveillants de Pharaon leur avaient imposés en disant : " Pourquoi n'avez-vous pas terminé la quantité de briques prescrite, aujourd'hui comme hier et avant-hier ? |
15 Les scribes des Israélites vinrent se plaindre auprès de Pharaon en disant : " Pourquoi traiter ainsi tes serviteurs ? |
16 On ne donne plus de paille hachée à tes serviteurs et l'on nous dit : "Faites des briques", et voici que l'on frappe tes serviteurs... " |
17 Il répondit : " Vous êtes des paresseux, des paresseux, voilà pourquoi vous dites : "Nous voulons aller sacrifier à Yahvé. " |
18 Maintenant allez travailler. On ne vous donnera pas de paille hachée mais vous livrerez la quantité de briques fixée. |
19 Les scribes des Israélites se virent dans un mauvais cas quand on leur dit : " Vous ne diminuerez rien de votre production quotidienne de briques. " |
20 Ayant quitté Pharaon, ils se heurtèrent à Moïse et à Aaron qui se tenaient devant eux. |
21 Ils leur dirent : " Que Yahvé vous observe et qu'il juge !Vous nous avez rendus odieux aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs et vous leur avez mis l'épée en main pour nous tuer. " |
22 Moïse retourna vers Yahvé et lui dit : " Seigneur, pourquoi maltraites-tu ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? |
23 Depuis que je suis venu trouver Pharaon et que je lui ai parlé en ton nom, il maltraite ce peuple, et tu ne fais rien pour délivrer ton peuple. " |
L’œuvre de Dieu ne se fait pas toujours facilement, simplement et rapidement. Si le monde était resté le Royaume tel qu’il avait été créé, tout serait plus simple : la volonté de Dieu aurait alors été l’unique volonté déterminant le cours de tous les événements. Dans le monde déchu, il n’en est pas ainsi ; ici, en plus de celle de Dieu, agissent encore beaucoup d’autres volontés. En soi, cela n’aurait pas été un problème : Dieu voulait en effet que, en dehors de Lui, d’autres êtres, créés par Lui, agissent dans le monde qu’Il avait créé.
Le problème est que ces êtres s’opposent souvent à Dieu. Cela n’arrive pas toujours ni nécessairement par mauvaise intention ; simplement, toute séparation d’avec Dieu, tout désir de se créer son petit monde particulier, séparé du grand monde de Dieu, conduit objectivement ses habitants à opposer leur volonté à celle de Dieu.
D’ailleurs, un tel petit monde ne paraît petit que comparé au monde de Dieu, à l’univers créé par Lui ; vu de l’intérieur, il peut sembler très grand. Dans un tel monde séparé de Dieu, il peut se produire beaucoup de choses qui ne s’inscrivent pas dans le plan de Dieu. Il en fut ainsi en Égypte, où Moïse revint pour en faire sortir son peuple. Les autorités égyptiennes n’avaient aucune envie d’écouter un prophète surgissant on ne sait d’où, celui d’un Dieu inconnu dont elles n’avaient aucune idée. Qui est donc ce Yahvé pour qu’on L’écoute ? Et pourquoi quelqu’un devrait-il laisser partir quelqu’un dans le désert à Sa demande ? Du point de vue des Égyptiens, la question était tout à fait naturelle.
Tout aussi naturelle était la réaction des autorités : si ces barbares se souvenaient soudain de quelques dieux à eux, c’est qu’ils avaient beaucoup de temps libre, même trop. Il fallait donc les charger de travail de telle sorte qu’ils oublient de penser à des dieux et à des fêtes. Et d’ailleurs, à quoi les Égyptiens auraient-ils eu besoin de Sémites célébrant leurs fêtes sur le territoire égyptien ?
Car à cette époque la Palestine appartenait à l’Égypte, et les Égyptiens avaient moins besoin que tout de voir s’éveiller chez les tribus sémitiques du delta une quelconque conscience tribale, ce qui serait tôt ou tard arrivé inévitablement si elles s’étaient souvenues de leurs dieux et avaient commencé à célébrer les fêtes qui leur étaient consacrées. Entre-temps, le refus des autorités et l’augmentation du volume de travail plongèrent le peuple dans le découragement. Ils espéraient que ce thaumaturge venu de loin allégerait leur vie ; pour l’instant, pourtant, elle ne faisait qu’empirer. Un tel début exigeait l’intervention de Dieu, sans quoi tout le projet se serait achevé avant même d’avoir commencé.
22 Moïse retourna vers Yahvé et lui dit : " Seigneur, pourquoi maltraites-tu ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? |
23 Depuis que je suis venu trouver Pharaon et que je lui ai parlé en ton nom, il maltraite ce peuple, et tu ne fais rien pour délivrer ton peuple. " |
1 Yahvé dit alors à Moïse : " Maintenant, tu vas voir ce que je vais faire à Pharaon. Une main forte l'obligera à les laisser partir, une main forte l'obligera à les expulser de son pays. |
2 Dieu parla à Moïse et lui dit : " Je suis Yahvé. |
3 Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme El Shaddaï, mais mon nom de Yahvé, je ne le leur ai pas fait connaître. |
4 J'ai aussi établi mon alliance avec eux pour leur donner le pays de Canaan, la terre où ils résidaient en étrangers. |
5 Et moi, j'ai entendu le gémissement des Israélites asservis par les Égyptiens et je me suis souvenu de mon alliance. |
6 C'est pourquoi tu diras aux Israélites: Je suis Yahvé et je vous soustrairai aux corvées des Égyptiens; je vous délivrerai de leur servitude et je vous rachèterai à bras étendu et par de grands jugements. |
7 Je vous prendrai pour mon peuple et je serai votre Dieu. Et vous saurez que je suis Yahvé, votre Dieu, qui vous aura soustraits aux corvées des Égyptiens. |
8 Puis je vous ferai entrer dans la terre que j'ai juré de donné à Abraham, à Isaac et à Jacob, et je vous la donnerai en patrimoine, moi Yahvé. " |
9 Moïse parla ainsi aux Israélites mais ils n'écoutèrent pas Moïse car ils étaient à bout de souffle à cause de leur dure servitude. |
10 Yahvé parla à Moïse et lui dit: |
11 " Va dire à Pharaon, le roi d'Égypte, qu'il laisse partir les Israélites de son pays. " |
12 Mais Moïse prit la parole en présence de Yahvé et dit : " Les Israélites ne m'ont pas écouté, comment Pharaon m'écouterait-il, moi qui n'ai pas la parole facile ? " |
13 Yahvé parla à Moïse et à Aaron et les envoya auprès de Pharaon, le roi d'Égypte, pour faire sortir les Israélites du pays d'Égypte. |
14 Voici leurs chefs de familles :Fils de Ruben, premier-né d'Israël : Hénok, Pallu, Héçron et Karmi ; tels sont les clans de Ruben. |
15 Fils de Siméon: Yemuel, Yamîn, Ohad, Yakîn, Çohar et Shaûl, le fils de la Cananéenne; tels sont les clans de Siméon. |
16 Voici les noms des fils de Lévi avec leurs descendances: Gershôn, Qehat et Merari. Lévi vécut cent trente-sept ans. |
17 Fils de Gershôn: Libni et Shiméï avec leurs clans. |
18 Fils de Qehat: Amram, Yiçhar, Hébrôn et Uzziel. Qehat vécut cent trente-trois ans. |
19 Fils de Merari: Mahli et Mushi. Tels sont les clans de Lévi avec leurs descendances. |
20 Amram épousa Yokébed, sa tante, qui lui donna Aaron et Moïse. Amram vécut cent trente-sept ans. |
21 Les fils de Yiçhar furent: Coré, Népheg et Zikri, |
22 et les fils d'Uzziel: Mishaèl, Elçaphân et Sitri. |
23 Aaron épousa Élishéba, fille d'Amminadab, sœur de Nahshôn, et elle lui donna Nadab, Abihu, Éléazar et Itamar. |
24 Fils de Coré: Assir, Elqana et Abiasaph; tels sont les clans des Coréites. |
25 Éléazar, fils d'Aaron, épousa l'une des filles de Putiel, qui lui enfanta Pinhas. Tels sont les chefs des familles des Lévites, selon leurs clans. |
26 Ce sont eux, Aaron et Moïse, à qui Yahvé avait dit : " Faites sortir les Israélites du pays d'Égypte, selon leurs armées. " |
27 Ce sont eux qui parlèrent à Pharaon, le roi d'Égypte, pour faire sortir d'Égypte les Israélites, - Moïse et Aaron. |
28 Or le jour où Yahvé parla à Moïse en terre d'Égypte, |
29 Yahvé dit à Moïse : " Je suis Yahvé. Dis à Pharaon, le roi d'Égypte, tout ce que moi je vais te dire. " |
30 Moïse dit en présence de Yahvé : " Je n'ai pas la parole facile, comment Pharaon m'écouterait-il ? " |
Il n'est pas étonnant que le premier échec ait découragé le peuple qui, attendant des résultats immédiats de l'intervention de Moïse, n'a reçu que des problèmes supplémentaires (Ex 5:22-23). Plus étrange, dans ce contexte, paraît l'incompréhension de Moïse lui-même, qui pourtant avait été averti par Dieu que l'Exode ne serait pas une affaire simple ni rapide (Ex 3:18-20). Alors, en réponse à cette incompréhension, Dieu communique à Moïse quelque chose de très important sur Ses relations avec Son peuple (Ex 6:2-8).
D'une part, Dieu révèle à Moïse Son nouveau nom, le nom de Yahvé (traditionnellement rendu dans la traduction synodale par l'épithète «Seigneur»), en soulignant qu'Il ne s'était pas révélé sous ce nom aux «pères» (Ex 6:3); d'autre part, Il communique à Moïse les relations nouvelles, particulières et confiantes, qui lieront désormais Lui-même aux descendants de Jacob (Ex 6:6-8).
Il s'agit ici, de toute évidence, de l'Alliance, de l'union entre Dieu et le peuple, qui suppose une qualité nouvelle de relations. Le nouveau nom le rappelle aussi: dans l'Antiquité, le changement de nom était généralement lié à un changement intérieur sérieux de celui dont le nom était changé. Bien entendu, Dieu ne change pas comme l'homme, mais Ses relations avec Son peuple peuvent changer. Et nous avons précisément ici un tel changement, très important pour comprendre toute l'histoire ultérieure du peuple juif: désormais, après la conclusion de l'Alliance, il n'y a plus place dans la vie du peuple pour le hasard et l'arbitraire; tout ce qui lui arrivera sera déterminé par ses relations avec Dieu et dépendra de ces relations.
Certes, cela ne signifie pas que le peuple de Dieu n'aura plus jamais de problèmes, mais cette morne absence d'issue qui avait marqué les dernières décennies de la vie égyptienne ne reviendra réellement plus jamais. Et s'il en est ainsi, il ne peut pas y avoir d'échec dans les relations avec le pharaon. Il faut seulement du temps, et un temps très court en comparaison des lourdes décennies déjà vécues. Mais seul peut le comprendre celui pour qui l'alliance est une réalité inconditionnelle. Même à Moïse lui-même, cette réalité ne s'est pas révélée aussitôt. Il n'est donc pas étonnant que, pour tous les autres, la situation apparaisse sans issue (Ex 6:9). Alors Dieu commence à agir.
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