Dans les évangiles, il est souvent fait mention de l'attention avec laquelle les collecteurs d'impôts et les pécheurs écoutent Jésus. Il ne s'agit évidemment pas ici de dire que les mêmes pharisiens, par exemple, se considéraient comme sans péché. À cette époque, la Synagogue en savait assez sur la vie spirituelle pour que tous ses membres comprennent qu'il n'y a pas d'hommes sans péché dans le monde. Seul un homme très naïf ou extrêmement présomptueux pouvait se croire sans péché.
À cette époque comme plus tard, le chemin de la justice était vu comme le chemin par lequel l'homme surmonte sa propre condition pécheresse en allant vers Dieu et à la suite de Dieu. Et c'est dans ce chemin, dans le fait de l'emprunter ou non, que résidait la différence entre le juste et le pécheur. Les pharisiens se considéraient comme justes en ce sens : ils étaient certains d'avoir pris ce chemin et de le suivre plus ou moins avec succès. Les collecteurs d'impôts, par exemple, ne pouvaient pas en dire autant d'eux-mêmes.
Il ne s'agissait pas du fait que les collecteurs d'impôts auraient nécessairement été des malfaiteurs terribles et de grands pécheurs, mais de ceci : ils commettaient, du moins le pensait-on généralement, un péché très grave et, ce qui était particulièrement effrayant, absolument volontaire et conscient : ils entraient au service des païens qui opprimaient le peuple de Dieu. On peut bien sûr envisager cette situation de différentes manières, mais la logique est claire : l'homme qui pèche volontairement et consciemment ne peut pas, par définition, suivre le chemin de la justice. C'est de tels hommes que les évangélistes appellent d'ordinaire pécheurs, selon l'usage de leur temps.
Bien sûr, d'autres que les collecteurs d'impôts pouvaient être tels, mais les collecteurs d'impôts se trouvaient être pécheurs par définition, du fait de leur métier. Il importe ici de garder à l'esprit qu'il était impossible de se purifier des conséquences d'un péché commis volontairement et consciemment ; même les sacrifices de purification n'y aidaient pas. L'homme pouvait se repentir du péché commis consciemment, et Dieu pouvait le lui pardonner, mais les conséquences d'un tel péché continuaient à peser sur lui, le privant de la possibilité d'entrer sur le chemin de la justice.
Mais avec la venue du Christ, tout a changé : désormais, la possibilité de commencer la vie spirituelle à neuf et d'entrer sur le chemin de la justice est apparue même pour ceux qui avaient péché consciemment et s'étaient ensuite repentis de ce qu'ils avaient fait. Il n'est pas étonnant que les collecteurs d'impôts et les pécheurs aient écouté le Christ avec une attention particulière : Lui seul pouvait leur donner cette possibilité qu'ils cherchaient et qu'ils semblaient ne pas pouvoir trouver. Mais, bien sûr, le Messie n'ouvrait pas le chemin du Royaume seulement à eux. Simplement, ils appréciaient tout particulièrement les possibilités qui s'ouvraient, et c'est pourquoi ils écoutaient le Sauveur comme personne.