1 Alors Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite et il s'écria : Faites sortir tout le monde d'auprès de moi; et personne ne resta auprès de lui pendant que Joseph se faisait connaître à ses frères, |
2 mais il pleura tout haut et tous les Égyptiens entendirent, et la nouvelle parvint au palais de Pharaon. |
3 Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient bouleversés de le voir. |
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s'approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. |
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous. |
6 Voici, en effet, deux ans que la famine est installée dans le pays et il y aura encore cinq années sans labour ni moisson. |
7 Dieu m'a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver vos vies pour une grande délivrance. |
8 Ainsi, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu, et il m'a établi comme père pour Pharaon, comme maître sur toute sa maison, comme gouverneur dans tout le pays d'Égypte. |
9 Remontez vite chez mon père et dites-lui : Ainsi parle ton fils Joseph : Dieu m'a établi maître sur toute l'Égypte. Descends auprès de moi sans tarder. |
10 Tu habiteras dans le pays de Goshèn et tu seras près de moi, toi-même, tes enfants, tes petits-enfants, ton petit et ton gros bétail, et tout ce qui t'appartient. |
11 Là, je pourvoirai à ton entretien, car la famine durera encore cinq années, pour que tu ne sois pas dans l'indigence, toi, ta famille et tout ce qui est à toi. |
12 Vous voyez de vos propres yeux et mon frère Benjamin voit que c'est ma bouche qui vous parle. |
13 Racontez à mon père toute la gloire que j'ai en Égypte et tout ce que vous avez vu, et hâtez-vous de faire descendre ici mon père. |
14 Alors il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Benjamin aussi pleura à son cou. |
15 Puis il couvrit tous ses frères de baisers et pleura en les embrassant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui. |
16 La nouvelle parvint au palais de Pharaon que les frères de Joseph étaient venus, et Pharaon comme ses officiers virent cela d'un bon œil. |
17 Pharaon parla ainsi à Joseph : Dis à tes frères : Faites ceci : chargez vos bêtes et allez-vous-en au pays de Canaan. |
18 Prenez votre père et vos familles et revenez vers moi; je vous donnerai le meilleur de la terre d'Égypte et vous vous nourrirez de la graisse du pays. |
19 Pour toi, donne-leur cet ordre: Agissez ainsi: emmenez du pays d'Égypte des chariots pour vos petits enfants et vos femmes, prenez votre père et venez. |
20 N'ayez pas un regard de regret pour ce que vous laisserez, car ce qu'il y a de meilleur dans toute l'Égypte sera pour vous. |
21 Ainsi firent les fils d'Israël. Joseph leur procura des chariots selon l'ordre de Pharaon, et les munit de provisions de route. |
22 À chacun d'eux il donna un habit de fête, mais à Benjamin il donna trois cents sicles d'argent et cinq habits de fête. |
23 De la même manière, il envoya à son père dix ânes chargés des meilleurs produits d'Égypte et dix ânesses portant du blé, du pain et des vivres pour le voyage de son père. |
24 Puis il congédia ses frères qui partirent, non sans qu'il leur eût dit : Ne vous excitez pas en chemin ! |
25 Ils remontèrent donc d'Égypte et arrivèrent au pays de Canaan, chez leur père Jacob. |
26 Ils lui annoncèrent : Joseph est encore vivant, c'est même lui qui gouverne tout le pays d'Égypte ! Mais son cœur resta inerte, car il ne les crut pas. |
27 Cependant, quand ils lui eurent répété toutes les paroles que Joseph leur avait dites, quand il vit les chariots que Joseph avait envoyés pour le prendre, alors l'esprit de Jacob, leur père, se ranima. |
28 Et Israël dit : Cela suffit ! Joseph, mon fils, est encore vivant ! Que j'aille le voir avant que je ne meure ! Départ de Jacob pour l'Égypte. |
La lecture d’aujourd’hui nous raconte la rencontre tant attendue de Joseph avec ses frères. Bien sûr, formellement, cette rencontre avait eu lieu beaucoup plus tôt, mais en réalité elle ne s’est accomplie que maintenant, lorsque non seulement Joseph a reconnu ses frères, mais eux aussi l’ont reconnu. Et maintenant, lors de cette rencontre, Joseph put leur dire ce pour quoi, peut-être, il avait si longtemps retardé cette rencontre, en obligeant ses frères à parcourir un long chemin de repentir. Il n’est pas étonnant que les frères, ayant reconnu Joseph, aient été troublés (v. 3) : ils avaient déjà eu le temps de sentir et de prendre conscience de toute la profondeur de leur faute. C’est précisément pourquoi Joseph pouvait maintenant leur dire quelque chose de très important : il s’avère que ce ne sont pas eux, ses frères, qui l’ont vendu en Égypte ; il s’avère que c’est Dieu qui l’a envoyé ici afin de sauver par lui Jacob et tous les siens (v. 4 – 8). Il s’avère que, quoi que l’homme projette, ce n’est pas le dessein de l’homme qui s’accomplit, mais le plan de Dieu. Mais y a-t-il alors, dans ce plan, une place pour la liberté humaine ? Ou le libre choix de l’homme n’est-il qu’une illusion, surtout lorsque ses projets contredisent la providence de Dieu ? Non, la liberté de l’homme n’est tout de même pas illusoire. C’est plutôt la possibilité d’une vie humaine plénière dans un monde séparé de Dieu, arraché au grand monde de Dieu, qu’il faut considérer comme une illusion. Or l’homme déchu aspire pourtant à vivre précisément ainsi, dans son petit monde, séparé du grand monde de Dieu, limité, dont l’unique avantage illusoire est qu’ici l’homme peut être son propre petit dieu. Et alors Dieu laisse l’homme vivre comme il le veut. Et l’homme, vivant dans son petit monde et y disposant de tout, chasse ou tue souvent celui qu’il ne veut pas voir auprès de lui. Et là, dans son petit monde, il triomphe souvent, certain d’avoir remporté la victoire. Et ce n’est pas étonnant : dans un monde où il n’y a pas de place pour Dieu, un seul dessein triomphe, celui de l’homme qui a créé ce petit monde. Mais tôt ou tard vient inévitablement le moment où les frontières de ce petit monde créé par l’homme s’effondrent, et alors son créateur apprend avec étonnement, et souvent avec peur, que dans le grand monde où Dieu agit, c’est Son plan qui s’accomplit, et que ce qui, dans le petit monde séparé, paraissait être un triomphe s’est révélé une défaite dans le grand monde de Dieu. Dieu laisse réellement à l’homme sa liberté, et il ne dépend que de l’homme lui-même que cette liberté devienne pour lui joie ou châtiment.
1 Alors Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite et il s'écria : Faites sortir tout le monde d'auprès de moi; et personne ne resta auprès de lui pendant que Joseph se faisait connaître à ses frères, |
2 mais il pleura tout haut et tous les Égyptiens entendirent, et la nouvelle parvint au palais de Pharaon. |
3 Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient bouleversés de le voir. |
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s'approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. |
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous. |
6 Voici, en effet, deux ans que la famine est installée dans le pays et il y aura encore cinq années sans labour ni moisson. |
7 Dieu m'a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver vos vies pour une grande délivrance. |
8 Ainsi, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu, et il m'a établi comme père pour Pharaon, comme maître sur toute sa maison, comme gouverneur dans tout le pays d'Égypte. |
9 Remontez vite chez mon père et dites-lui : Ainsi parle ton fils Joseph : Dieu m'a établi maître sur toute l'Égypte. Descends auprès de moi sans tarder. |
10 Tu habiteras dans le pays de Goshèn et tu seras près de moi, toi-même, tes enfants, tes petits-enfants, ton petit et ton gros bétail, et tout ce qui t'appartient. |
11 Là, je pourvoirai à ton entretien, car la famine durera encore cinq années, pour que tu ne sois pas dans l'indigence, toi, ta famille et tout ce qui est à toi. |
12 Vous voyez de vos propres yeux et mon frère Benjamin voit que c'est ma bouche qui vous parle. |
13 Racontez à mon père toute la gloire que j'ai en Égypte et tout ce que vous avez vu, et hâtez-vous de faire descendre ici mon père. |
14 Alors il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Benjamin aussi pleura à son cou. |
15 Puis il couvrit tous ses frères de baisers et pleura en les embrassant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui. |
16 La nouvelle parvint au palais de Pharaon que les frères de Joseph étaient venus, et Pharaon comme ses officiers virent cela d'un bon œil. |
17 Pharaon parla ainsi à Joseph : Dis à tes frères : Faites ceci : chargez vos bêtes et allez-vous-en au pays de Canaan. |
18 Prenez votre père et vos familles et revenez vers moi; je vous donnerai le meilleur de la terre d'Égypte et vous vous nourrirez de la graisse du pays. |
19 Pour toi, donne-leur cet ordre: Agissez ainsi: emmenez du pays d'Égypte des chariots pour vos petits enfants et vos femmes, prenez votre père et venez. |
20 N'ayez pas un regard de regret pour ce que vous laisserez, car ce qu'il y a de meilleur dans toute l'Égypte sera pour vous. |
21 Ainsi firent les fils d'Israël. Joseph leur procura des chariots selon l'ordre de Pharaon, et les munit de provisions de route. |
22 À chacun d'eux il donna un habit de fête, mais à Benjamin il donna trois cents sicles d'argent et cinq habits de fête. |
23 De la même manière, il envoya à son père dix ânes chargés des meilleurs produits d'Égypte et dix ânesses portant du blé, du pain et des vivres pour le voyage de son père. |
24 Puis il congédia ses frères qui partirent, non sans qu'il leur eût dit : Ne vous excitez pas en chemin ! |
25 Ils remontèrent donc d'Égypte et arrivèrent au pays de Canaan, chez leur père Jacob. |
26 Ils lui annoncèrent : Joseph est encore vivant, c'est même lui qui gouverne tout le pays d'Égypte ! Mais son cœur resta inerte, car il ne les crut pas. |
27 Cependant, quand ils lui eurent répété toutes les paroles que Joseph leur avait dites, quand il vit les chariots que Joseph avait envoyés pour le prendre, alors l'esprit de Jacob, leur père, se ranima. |
28 Et Israël dit : Cela suffit ! Joseph, mon fils, est encore vivant ! Que j'aille le voir avant que je ne meure ! Départ de Jacob pour l'Égypte. |
Ce que Joseph a retiré de plus important de l’expérience de la vie égyptienne, c’est l’unité de la perception de la réalité. Cette affirmation peut paraître étrange, mais il en est bien ainsi: le grand monde de Dieu s’est ouvert à Joseph dans les vicissitudes de son destin difficile, tandis que ses frères sont restés ce qu’ils étaient lorsqu’il s’est séparé d’eux. Le meilleur témoignage en est les paroles de Joseph sur sa vie et sur ses aventures en Égypte. Il perçoit sa vie comme une mission. Il dit franchement à ses frères: ce n’est pas vous qui m’avez vendu comme esclave, c’est Dieu qui m’a conduit en Égypte afin de vous sauver maintenant vous-mêmes.
Un tel retournement de pensée et d’intrigue se rencontre si souvent dans toutes sortes de textes moralisateurs qu’il est devenu un lieu commun; mais bien des croyants sont prêts à témoigner de quelque chose de semblable à partir de leur expérience personnelle de vie. On y voit nettement une certaine régularité spirituelle. Une régularité liée, sans doute, au lieu, à la dimension où les événements se produisent. Plus exactement, au monde où ils se produisent. Dans ce grand monde de Dieu qui, dès le commencement, était et demeure maintenant le Royaume de Dieu, ou dans ce petit monde séparé du Royaume qui apparaît partout où agissent ceux qui s’opposent à Dieu? C’est là la question principale.
Joseph et ses frères vivent et agissent dans des mondes différents. Joseph lui aussi, bien sûr, n’est pas entré tout de suite dans le grand monde de Dieu; ce monde ne s’est pas ouvert à lui d’emblée. Il a fallu l’expérience de la vie dans la maison de Potiphar et du séjour en prison, puis la charge de premier ministre. Il a fallu des «oscillations» vitales et existentielles; il fallait traverser l’effondrement complet de tous les plans, espoirs et attentes, pour que la volonté de Dieu devienne évidente à Joseph précisément comme une force agissant dans sa propre vie, et non «en général». C’est alors, quand tout ce qui a été décrit s’est produit et que la volonté de Dieu est devenue pour Joseph une réalité, que le grand monde de Dieu s’est ouvert à lui. Dans ce monde agit une seule volonté, celle de Dieu, et un seul plan s’accomplit, celui de Dieu.
Les plans des frères de Joseph, bien sûr, s’accomplissent eux aussi, mais dans leur propre petit monde. Là, dans leur petit monde, ils peuvent se trouver vainqueurs, et ils le seront même presque certainement. Rien d’étonnant: c’est leur monde, ils y sont les maîtres. Seulement, la victoire dans leur petit monde séparé du grand monde de Dieu se transforme, dans le grand monde de Dieu, en défaite. Elle se transforme tout à fait imperceptiblement pour ceux qui vivent dans leur propre petit monde, précisément au moment où il leur semble qu’ils ont vaincu et obtenu tout ce qu’ils voulaient. C’est alors qu’il apparaît souvent que la victoire était illusoire et la défaite tout à fait réelle. Les frères ont vendu Joseph comme esclave, ils se sont débarrassés de lui comme ils le voulaient, mais il leur a quand même fallu se prosterner devant lui. Il le fallait parce que tel était le plan de Dieu.
1 Alors Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite et il s'écria : Faites sortir tout le monde d'auprès de moi; et personne ne resta auprès de lui pendant que Joseph se faisait connaître à ses frères, |
2 mais il pleura tout haut et tous les Égyptiens entendirent, et la nouvelle parvint au palais de Pharaon. |
3 Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient bouleversés de le voir. |
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s'approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. |
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous. |
6 Voici, en effet, deux ans que la famine est installée dans le pays et il y aura encore cinq années sans labour ni moisson. |
7 Dieu m'a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver vos vies pour une grande délivrance. |
8 Ainsi, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu, et il m'a établi comme père pour Pharaon, comme maître sur toute sa maison, comme gouverneur dans tout le pays d'Égypte. |
9 Remontez vite chez mon père et dites-lui : Ainsi parle ton fils Joseph : Dieu m'a établi maître sur toute l'Égypte. Descends auprès de moi sans tarder. |
10 Tu habiteras dans le pays de Goshèn et tu seras près de moi, toi-même, tes enfants, tes petits-enfants, ton petit et ton gros bétail, et tout ce qui t'appartient. |
11 Là, je pourvoirai à ton entretien, car la famine durera encore cinq années, pour que tu ne sois pas dans l'indigence, toi, ta famille et tout ce qui est à toi. |
12 Vous voyez de vos propres yeux et mon frère Benjamin voit que c'est ma bouche qui vous parle. |
13 Racontez à mon père toute la gloire que j'ai en Égypte et tout ce que vous avez vu, et hâtez-vous de faire descendre ici mon père. |
14 Alors il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Benjamin aussi pleura à son cou. |
15 Puis il couvrit tous ses frères de baisers et pleura en les embrassant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui. |
16 La nouvelle parvint au palais de Pharaon que les frères de Joseph étaient venus, et Pharaon comme ses officiers virent cela d'un bon œil. |
17 Pharaon parla ainsi à Joseph : Dis à tes frères : Faites ceci : chargez vos bêtes et allez-vous-en au pays de Canaan. |
18 Prenez votre père et vos familles et revenez vers moi; je vous donnerai le meilleur de la terre d'Égypte et vous vous nourrirez de la graisse du pays. |
19 Pour toi, donne-leur cet ordre: Agissez ainsi: emmenez du pays d'Égypte des chariots pour vos petits enfants et vos femmes, prenez votre père et venez. |
20 N'ayez pas un regard de regret pour ce que vous laisserez, car ce qu'il y a de meilleur dans toute l'Égypte sera pour vous. |
21 Ainsi firent les fils d'Israël. Joseph leur procura des chariots selon l'ordre de Pharaon, et les munit de provisions de route. |
22 À chacun d'eux il donna un habit de fête, mais à Benjamin il donna trois cents sicles d'argent et cinq habits de fête. |
23 De la même manière, il envoya à son père dix ânes chargés des meilleurs produits d'Égypte et dix ânesses portant du blé, du pain et des vivres pour le voyage de son père. |
24 Puis il congédia ses frères qui partirent, non sans qu'il leur eût dit : Ne vous excitez pas en chemin ! |
25 Ils remontèrent donc d'Égypte et arrivèrent au pays de Canaan, chez leur père Jacob. |
26 Ils lui annoncèrent : Joseph est encore vivant, c'est même lui qui gouverne tout le pays d'Égypte ! Mais son cœur resta inerte, car il ne les crut pas. |
27 Cependant, quand ils lui eurent répété toutes les paroles que Joseph leur avait dites, quand il vit les chariots que Joseph avait envoyés pour le prendre, alors l'esprit de Jacob, leur père, se ranima. |
28 Et Israël dit : Cela suffit ! Joseph, mon fils, est encore vivant ! Que j'aille le voir avant que je ne meure ! Départ de Jacob pour l'Égypte. |
La lecture d’aujourd’hui nous raconte la rencontre tant attendue de Joseph avec ses frères. Bien sûr, formellement, cette rencontre avait eu lieu beaucoup plus tôt, mais en réalité elle ne s’est produite que maintenant, lorsque non seulement Joseph a reconnu ses frères, mais qu’eux aussi l’ont reconnu. Et maintenant, lors de cette rencontre, Joseph put leur dire ce pour quoi, peut-être, il avait si longtemps différé cette rencontre, obligeant ses frères à parcourir un long chemin de repentir. Il n’est pas étonnant que les frères, en reconnaissant Joseph, aient été troublés (v. 3) : ils avaient déjà eu le temps de sentir et de prendre conscience de toute la profondeur de leur faute. Et c’est précisément pourquoi Joseph pouvait maintenant leur dire quelque chose de très important : il s’avère que ce ne sont pas eux, ses frères, qui l’ont vendu en Égypte ; il s’avère que c’est Dieu qui l’a envoyé ici pour sauver, par lui, Jacob et tous ses compatriotes (v. 4–8).
Il s’avère que, quels que soient les projets de l’homme, ce n’est de toute façon pas le dessein de l’homme qui s’accomplit, mais le plan de Dieu. Mais y a-t-il alors, dans ce plan, une place pour la liberté humaine ? Ou le libre choix de l’homme n’est-il qu’une illusion, surtout lorsque ses projets contredisent la providence de Dieu ? Non, tout de même, sans doute la liberté humaine n’est pas illusoire. C’est plutôt la possibilité d’une vie humaine pleine dans un monde séparé de Dieu, arraché au grand monde de Dieu, qu’il faut tenir pour une illusion. Or l’homme déchu cherche pourtant à vivre précisément ainsi, dans son petit monde, séparé du grand monde de Dieu, limité, dont l’unique avantage illusoire est qu’ici l’homme peut être son propre petit dieu. Et alors Dieu laisse l’homme vivre comme l’homme le veut. Et l’homme, vivant dans son petit monde et y disposant de tout, chasse ou tue souvent celui qu’il ne veut pas voir à côté de lui.
Et là, dans son petit monde, il triomphe souvent, certain d’avoir remporté la victoire. Rien d’étonnant : dans un monde où il n’y a pas de place pour Dieu, un seul dessein triomphe, celui de l’homme qui a créé ce petit monde. Mais tôt ou tard vient inévitablement le moment où les frontières de ce petit monde créé par l’homme s’effondrent, et alors son créateur apprend avec étonnement, et souvent avec crainte, que dans le grand monde où Dieu agit, c’est Son plan qui s’accomplit, tandis que ce qui, dans le petit monde séparé, paraissait un triomphe s’est révélé être une défaite dans le grand monde de Dieu. Dieu laisse réellement à l’homme sa liberté, et il ne dépend que de l’homme que cette liberté devienne pour lui joie ou châtiment.
1 Alors Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite et il s'écria : Faites sortir tout le monde d'auprès de moi; et personne ne resta auprès de lui pendant que Joseph se faisait connaître à ses frères, |
2 mais il pleura tout haut et tous les Égyptiens entendirent, et la nouvelle parvint au palais de Pharaon. |
3 Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient bouleversés de le voir. |
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s'approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. |
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous. |
6 Voici, en effet, deux ans que la famine est installée dans le pays et il y aura encore cinq années sans labour ni moisson. |
7 Dieu m'a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver vos vies pour une grande délivrance. |
8 Ainsi, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu, et il m'a établi comme père pour Pharaon, comme maître sur toute sa maison, comme gouverneur dans tout le pays d'Égypte. |
9 Remontez vite chez mon père et dites-lui : Ainsi parle ton fils Joseph : Dieu m'a établi maître sur toute l'Égypte. Descends auprès de moi sans tarder. |
10 Tu habiteras dans le pays de Goshèn et tu seras près de moi, toi-même, tes enfants, tes petits-enfants, ton petit et ton gros bétail, et tout ce qui t'appartient. |
11 Là, je pourvoirai à ton entretien, car la famine durera encore cinq années, pour que tu ne sois pas dans l'indigence, toi, ta famille et tout ce qui est à toi. |
12 Vous voyez de vos propres yeux et mon frère Benjamin voit que c'est ma bouche qui vous parle. |
13 Racontez à mon père toute la gloire que j'ai en Égypte et tout ce que vous avez vu, et hâtez-vous de faire descendre ici mon père. |
14 Alors il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Benjamin aussi pleura à son cou. |
15 Puis il couvrit tous ses frères de baisers et pleura en les embrassant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui. |
16 La nouvelle parvint au palais de Pharaon que les frères de Joseph étaient venus, et Pharaon comme ses officiers virent cela d'un bon œil. |
17 Pharaon parla ainsi à Joseph : Dis à tes frères : Faites ceci : chargez vos bêtes et allez-vous-en au pays de Canaan. |
18 Prenez votre père et vos familles et revenez vers moi; je vous donnerai le meilleur de la terre d'Égypte et vous vous nourrirez de la graisse du pays. |
19 Pour toi, donne-leur cet ordre: Agissez ainsi: emmenez du pays d'Égypte des chariots pour vos petits enfants et vos femmes, prenez votre père et venez. |
20 N'ayez pas un regard de regret pour ce que vous laisserez, car ce qu'il y a de meilleur dans toute l'Égypte sera pour vous. |
21 Ainsi firent les fils d'Israël. Joseph leur procura des chariots selon l'ordre de Pharaon, et les munit de provisions de route. |
22 À chacun d'eux il donna un habit de fête, mais à Benjamin il donna trois cents sicles d'argent et cinq habits de fête. |
23 De la même manière, il envoya à son père dix ânes chargés des meilleurs produits d'Égypte et dix ânesses portant du blé, du pain et des vivres pour le voyage de son père. |
24 Puis il congédia ses frères qui partirent, non sans qu'il leur eût dit : Ne vous excitez pas en chemin ! |
25 Ils remontèrent donc d'Égypte et arrivèrent au pays de Canaan, chez leur père Jacob. |
26 Ils lui annoncèrent : Joseph est encore vivant, c'est même lui qui gouverne tout le pays d'Égypte ! Mais son cœur resta inerte, car il ne les crut pas. |
27 Cependant, quand ils lui eurent répété toutes les paroles que Joseph leur avait dites, quand il vit les chariots que Joseph avait envoyés pour le prendre, alors l'esprit de Jacob, leur père, se ranima. |
28 Et Israël dit : Cela suffit ! Joseph, mon fils, est encore vivant ! Que j'aille le voir avant que je ne meure ! Départ de Jacob pour l'Égypte. |
La rencontre et la réconciliation de Joseph avec ses frères — sont le moment central de toute cette histoire. Mais à l'intérieur de cet épisode se révèle un sens encore plus profond de ce qui se passe. Après avoir traversé toutes les épreuves, les frères deviennent capables de voir derrière leurs aventures l'action de Dieu : c'est Lui qui a conduit Joseph en Égypte et qui a ainsi sauvé sa famille de la famine. Si auparavant leur vie était pleine de peur, d'incertitude et de désespoir, après le désespoir de la perte de Benjamin et la joie de la rencontre avec Joseph, ils peuvent entendre ses paroles : « Ce n'est pas vous qui étiez derrière ces événements. C'était Dieu ! ».
L'Écriture révèle à son lecteur le plus grand mystère de la destinée humaine : l'homme peut voir le sens de son chemin, voir le sens qui se tient derrière les épreuves, la souffrance, la joie, la peur et l'espérance. Mais pas avant d'avoir parcouru ce chemin, pas avant d'avoir reconnu son tort et d'avoir fait un pas désespéré vers Celui qui le conduit sur ce chemin difficile.
1 Alors Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite et il s'écria : Faites sortir tout le monde d'auprès de moi; et personne ne resta auprès de lui pendant que Joseph se faisait connaître à ses frères, |
2 mais il pleura tout haut et tous les Égyptiens entendirent, et la nouvelle parvint au palais de Pharaon. |
3 Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient bouleversés de le voir. |
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s'approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. |
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous. |
6 Voici, en effet, deux ans que la famine est installée dans le pays et il y aura encore cinq années sans labour ni moisson. |
7 Dieu m'a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver vos vies pour une grande délivrance. |
8 Ainsi, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu, et il m'a établi comme père pour Pharaon, comme maître sur toute sa maison, comme gouverneur dans tout le pays d'Égypte. |
9 Remontez vite chez mon père et dites-lui : Ainsi parle ton fils Joseph : Dieu m'a établi maître sur toute l'Égypte. Descends auprès de moi sans tarder. |
10 Tu habiteras dans le pays de Goshèn et tu seras près de moi, toi-même, tes enfants, tes petits-enfants, ton petit et ton gros bétail, et tout ce qui t'appartient. |
11 Là, je pourvoirai à ton entretien, car la famine durera encore cinq années, pour que tu ne sois pas dans l'indigence, toi, ta famille et tout ce qui est à toi. |
12 Vous voyez de vos propres yeux et mon frère Benjamin voit que c'est ma bouche qui vous parle. |
13 Racontez à mon père toute la gloire que j'ai en Égypte et tout ce que vous avez vu, et hâtez-vous de faire descendre ici mon père. |
14 Alors il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Benjamin aussi pleura à son cou. |
15 Puis il couvrit tous ses frères de baisers et pleura en les embrassant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui. |
16 La nouvelle parvint au palais de Pharaon que les frères de Joseph étaient venus, et Pharaon comme ses officiers virent cela d'un bon œil. |
Alors, finalement, qui a raison ? Les frères de Joseph, qui étaient convaincus qu'en se débarrassant de leur propre frère et en le vendant comme esclave, ils réalisaient leur dessein, ou Joseph, convaincu que Dieu, de cette manière, accomplissait par les frères de Joseph Son plan concernant Son peuple ? La seconde réponse peut paraître évidente, et une personne religieuse la choisira sans aucun doute. Parfois, ce faisant, elle ne remarque pas que Dieu devient ici simplement un joueur d'échecs qui déplace les pièces sur l'échiquier comme Il le juge juste. Et pour que les pièces, qui malgré tout perçoivent et comprennent quelque chose, ne se révoltent pas, Il les mène par le bout du nez en créant l'illusion de la liberté. En effet, il en résulte alors que si tu ne veux pas tenir compte de Dieu, tu n'auras aucune liberté véritable : fais ce que tu veux, tout se passera quand même comme Dieu l'a décidé, et tu te trouveras trompé.
Mais, d'un autre côté, comment pourrait-il en être autrement s'il est question du grand monde, du monde de Dieu ? Après tout, Dieu ne va tout de même pas renoncer à Ses plans seulement parce qu'ils déplaisent à quelqu'un parmi les hommes qu'Il a Lui-même créés ! Mais que faire alors de la liberté de ceux à qui les plans de Dieu ne plaisent pas et qui préfèrent leurs propres plans aux Siens ?
Il semble que la réponse se trouve ici dans l'infinité même du monde créé par Dieu. Y compris dans cette forme que l'on appelle la mauvaise infinité. Il apparaît que, si on le veut, le grand monde de Dieu peut être morcelé en une infinité de petits mondes, chacun ayant son maître. Certes, l'être d'un tel petit monde sera très relatif ; il n'existera que conditionnellement, dans la mesure où existe son maître. En revanche, ce maître sera absolument libre dans son petit monde. Et il pourra réaliser n'importe quel dessein qui lui appartient. Et Dieu ne l'en empêchera pas, même s'Il ne l'aidera pas non plus, bien sûr : car ce n'est pas Son plan.
Bien sûr, dès que ce maître d'un petit monde franchira ses limites (ou dès que le grand monde de Dieu fera irruption dans ce petit monde séparé de lui), il apparaîtra que son plan est une chimère et sa réalisation une illusion. Mais on n'y peut rien : car il n'y a qu'un seul monde véritable, celui de Dieu. Et le plan qui s'y accomplit est lui aussi unique. Celui de Dieu, et non celui de l'homme.
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s'approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. |
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m'avoir vendu ici, car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous. |
Joseph a accueilli ses frères. Il a su vaincre en lui la colère et l’offense, reconnaissant que le Seigneur lui avait donné un chemin particulier. «Le cheval est préparé pour le jour de la bataille, mais la victoire vient du Seigneur», dit le livre des Proverbes de Salomon (Pr 21:31. Ainsi en est-il aussi dans l’histoire de Joseph. Ce qui lui est arrivé est l’œuvre des mains des hommes. Mais ce pour quoi le Seigneur a permis que cela arrive n’est pas soumis à notre logique. Il est tout aussi difficile de comprendre pourquoi Pharaon fut heureux d’apprendre que les frères de Joseph étaient venus. Mais l’histoire de la rencontre de Joseph avec ses frères est décrite par une phrase du prophète Isaïe: «Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ta guérison germera promptement; ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t’accompagnera» (Is 58:8). L’amour qui était caché aux hommes, l’amour pour sa famille, pour ses frères, pour son père, l’amour dont il avait été privé, s’est révélé plus fort que les circonstances. Joseph aurait pu dépenser toutes ses forces psychiques et spirituelles à réfléchir à la vengeance et au rétablissement de la justice. En choisissant un autre chemin, il fut guéri de sa souffrance, délivré de la haine. Il acquit de nouveaux amis, protecteurs, aides et subordonnés. Par son travail, il sauva une multitude de personnes de la mort par la faim. Ainsi nous aussi, par un travail constant à notre place, dans nos conditions, sans nous laisser distraire par nos désirs et nos réflexions, devons produire des fruits qui serviront à la gloire du Seigneur et à la prédication de l’Évangile. Et chaque jour, avec amour pour le Seigneur, attendre le jour de la Résurrection: le jour de la victoire et du Salut
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