Continuant à parler à Job, Dieu lui montre comment agit la providence divine dans la nature. Il montre à Job que le sens que Dieu a mis dans Sa création est loin d’être toujours clair pour ceux qu’Il a créés. La force et la compréhension sont deux choses différentes. La licorne est forte, mais on ne pourra pas labourer avec elle (v. 9 – 12). Sa force est inutile à l’homme, et la licorne elle-même n’en sait rien du tout, mais Dieu sait pourquoi Il a besoin de la licorne avec sa force. L’autruche ne prend pas soin de sa progéniture, mais Dieu en prend soin, Lui qui n’a pas donné à l’autruche l’intelligence nécessaire à ce soin (v. 13 – 18). Dans le monde, beaucoup de choses arrivent sans la participation de l’homme, comme les bêtes des champs mettent bas sans sa participation (v. 1 – 4). Dans le monde, il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été créées pour l’homme, qui ne lui étaient pas destinées (v. 5 – 8).
À première vue, il peut sembler que tout cela n’a aucun rapport avec les questions que Job pose à Dieu. Mais à une lecture attentive, il apparaît qu’un lien existe tout de même. En effet, l’essence de toutes les questions posées par Job à Dieu se réduit à la recherche du sens de ce qui se passe dans le monde. Et pour lui, ce sens se trouve inséparablement lié au monde des hommes : si quelque chose n’a pas d’importance pour l’homme, alors, du point de vue de Job, cela ne peut avoir aucun sens. Dieu, au contraire, donne à Job de voir que pour Dieu, dans le monde, rien n’est dépourvu d’au moins quelque sens. Certes, l’homme ne peut voir ce sens que lorsque Dieu Lui-même le lui révèle. Bien plus, il y a dans le monde des choses qui, n’étant pas destinées à l’homme, resteront pour lui privées de sens jusqu’à la fin des temps. Mais pour Dieu, rien dans le monde n’est insensé, et c’est pourquoi l’homme garde une espérance même quand, semble-t-il, il n’y a plus rien à espérer, parce qu’autour de lui triomphent l’absurde, l’impiété et l’injustice. Bien sûr, les amis de Job lui ont eux aussi plus d’une fois parlé de cela, ou du moins de quelque chose de très semblable.
Mais c’est une chose d’entendre quelque chose de semblable de la part d’hommes qui, peut-être, ne s’appuient que sur les paroles d’autrui, et c’en est une tout autre de tout voir et vivre soi-même, en recevant une révélation de Dieu qui parle face à face avec celui qui interroge. La réponse reçue de Dieu donnait de l’espérance : le monde n’est pas absurde, ce n’est pas le hasard aveugle ni une force impersonnelle qui y triomphe, il est mû par la providence divine et donc plein de sens, même s’il n’est pas toujours facile de le voir aussitôt. Cela signifie que le juste aussi peut espérer que sa justice ne disparaîtra pas sans laisser de trace, qu’elle n’est pas un hasard dans un monde où le mal triomphe, mais une partie de cette providence qui met ce monde en mouvement.
