1 Deux ans après, il advint que Pharaon eut un songe: il se tenait près du Nil |
2 et il vit monter du Nil sept vaches de belle apparence et grasses de chair, qui pâturèrent dans les joncs. |
3 Mais voici que sept autres vaches montèrent du Nil derrière elles, laides d'apparence et maigres de chair, et elles se rangèrent à côté des premières, sur la rive du Nil. |
4 Et les vaches laides d'apparence et maigres de chair dévorèrent les sept vaches grasses et belles d'apparence. Alors Pharaon s'éveilla. |
5 Il se rendormit et eut un second songe: sept épis montaient d'une même tige, gros et beaux. |
6 Mais voici que sept épis grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
7 Et les épis grêles engloutirent les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s'éveilla: voilà que c'était un songe! |
8 Au matin, l'esprit troublé, Pharaon fit appeler tous les magiciens et tous les sages d'Égypte et il leur raconta le songe qu'il avait eu, mais personne ne put l'expliquer à Pharaon. |
9 Alors, le grand échanson adressa la parole à Pharaon et dit : Je dois confesser aujourd'hui mes fautes ! |
10 Pharaon s'était irrité contre ses serviteurs et les avait mis aux arrêts chez le commandant des gardes, moi et le grand panetier. |
11 Nous eûmes un songe, la même nuit, lui et moi, mais la signification du songe était différente pour chacun. |
12 Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, un esclave du commandant des gardes. Nous lui avons raconté nos songes et il nous les a interprétés: il a interprété le songe de chacun. |
13 Et juste comme il nous l'avait expliqué, ainsi arriva-t-il : je fus rétabli dans mon emploi et l'autre fut pendu. |
14 Alors Pharaon fit appeler Joseph, et on l'amena en hâte de la prison. Il se rasa, changea de vêtements et se présenta devant Pharaon. |
15 Pharaon dit à Joseph : J'ai eu un songe et personne ne peut l'interpréter. Mais j'ai entendu dire de toi qu'il te suffit d'entendre un songe pour savoir l'interpréter. |
16 Joseph répondit à Pharaon : Je ne compte pas ! C'est Dieu qui donnera à Pharaon une réponse favorable. |
17 Alors Pharaon parla ainsi à Joseph : Dans mon songe, il me semblait que je me tenais sur la rive du Nil. |
18 Voici que montèrent du Nil sept vaches grasses de chair et belles d'aspect, qui pâturèrent dans les joncs. |
19 Mais voici que sept autres vaches montèrent après elles, efflanquées, très laides d'aspect et maigres de chair, je n'en ai jamais vu d'aussi laides dans tout le pays d'Égypte. |
20 Les vaches maigres et laides dévorèrent les sept premières, les vaches grasses. |
21 Et lorsqu'elles les eurent avalées, on ne s'aperçut pas qu'elles les avaient avalées, car leur apparence était aussi laide qu'au début. Là-dessus, je m'éveillai. |
22 Puis j'ai vu en songe sept épis monter d'une même tige, pleins et beaux. |
23 Mais voici que sept épis desséchés, grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
24 Et les épis grêles engloutirent les sept beaux épis. J'ai dit cela aux magiciens, mais il n'y a personne qui me donne la réponse. |
25 Joseph dit à Pharaon : Le Pharaon n'a fait qu'un seul songe : Dieu a annoncé à Pharaon ce qu'il va accomplir. |
26 Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis représentent sept années, c'est un seul et même songe. |
27 Les sept vaches maigres et laides qui montent ensuite représentent sept années et aussi les sept épis grêles et brûlés par le vent d'est: c'est qu'il y aura sept années de famine. |
28 C'est ce que j'ai dit à Pharaon; Dieu a montré à Pharaon ce qu'il va accomplir: |
29 voici que viennent sept années où il y aura grande abondance dans tout le pays d'Égypte, |
30 puis leur succéderont sept années de famine et on oubliera toute l'abondance dans le pays d'Égypte; la famine épuisera le pays |
31 et l'on ne saura plus ce qu'était l'abondance dans le pays, en face de cette famine qui suivra, car elle sera très dure. |
32 Et si le songe de Pharaon s'est renouvelé deux fois, c'est que la chose est bien décidée de la part de Dieu et que Dieu a hâte de l'accomplir. |
33 Maintenant, que Pharaon discerne un homme intelligent et sage et qu'il l'établisse sur le pays d'Égypte. |
34 Que Pharaon agisse et qu'il institue des fonctionnaires sur le pays; il imposera au cinquième le pays d'Égypte pendant les sept années d'abondance, |
35 ils ramasseront tous les vivres de ces bonnes années qui viennent, ils emmagasineront le blé sous l'autorité de Pharaon, ils mettront les vivres dans les villes et les y garderont. |
36 Ces vivres serviront de réserve au pays pour les sept années de famine qui s'abattront sur le pays d'Égypte, et le pays ne sera pas exterminé par la famine. |
37 Le discours plut à Pharaon et à tous ses officiers |
38 et Pharaon dit à ses officiers : Trouverons-nous un homme comme celui-ci, en qui soit l'esprit de Dieu ? |
39 Alors Pharaon dit à Joseph : Après que Dieu t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne d'intelligent et de sage comme toi. |
40 C'est toi qui seras mon maître du palais et tout mon peuple se conformera à tes ordres, je ne te dépasserai que par le trône. |
41 Pharaon dit à Joseph : Vois : je t'établis sur tout le pays d'Égypte |
42 et Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph, il le revêtit d'habits de lin fin et lui passa au cou le collier d'or. |
43 Il le fit monter sur le meilleur char qu'il avait après le sien et on criait devant lui Abrek . Ainsi fut-il établi sur tout le pays d'Égypte. |
44 Pharaon dit à Joseph : Je suis Pharaon, mais sans ta permission personne ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d'Égypte. |
45 Et Pharaon imposa à Joseph le nom de Çophnat-Panéah et il lui donna pour femme Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. Et Joseph partit pour le pays d'Égypte. |
46 Joseph avait trente ans lorsqu'il se présenta devant Pharaon, roi d'Égypte, et Joseph quitta la présence de Pharaon et parcourut tout le pays d'Égypte. |
47 Pendant les sept années d'abondance, la terre produisit à profusion |
48 et il ramassa tous les vivres des sept années où il y eut abondance au pays d'Égypte et déposa les vivres dans les villes, mettant dans chaque ville les vivres de la campagne environnante. |
49 Joseph emmagasina le blé comme le sable de la mer, en telle quantité qu'on renonça à en faire le compte, car cela dépassait toute mesure. |
50 Avant que vînt l'année de la famine, il naquit à Joseph deux fils que lui donna Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. |
51 Joseph donna à l'aîné le nom de Manassé, car, dit-il, Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la famille de mon père . |
52 Quant au second, il l'appela Éphraïm, car, dit-il, Dieu m'a rendu fécond au pays de mon malheur . |
53 Alors prirent fin les sept années d'abondance qu'il y eut au pays d'Égypte |
54 et commencèrent à venir les sept années de famine, comme l'avait dit Joseph. Il y avait famine dans tous les pays, mais il y avait du pain dans tout le pays d'Égypte. |
55 Puis tout le pays d'Égypte souffrit de la faim et le peuple demanda à grands cris du pain à Pharaon, mais Pharaon dit à tous les Égyptiens : Allez à Joseph et faites ce qu'il vous dira. - |
56 La famine sévissait par toute la terre. - Alors Joseph ouvrit tous les magasins à blé et vendit du grain aux Égyptiens. La famine s'aggrava encore au pays d'Égypte. |
57 De toute la terre on vint en Égypte pour acheter du grain à Joseph, car la famine s'aggravait par toute la terre. |
La lecture d’aujourd’hui est remarquable, entre autres, parce qu’elle raconte comment l’échanson se souvint de Joseph. Il fallut cependant pour cela deux ans et des circonstances favorables à la carrière du solliciteur (v. 1, 8 – 14). Maintenant que l’interprète des songes était nécessaire à Pharaon lui-même, et que personne dans son entourage ne pouvait l’aider, se souvenir de Joseph signifiait se rendre utile non seulement à Joseph, mais aussi à Pharaon lui-même; cela changeait évidemment radicalement la situation et donnait à Joseph une chance non seulement de libération, mais encore d’une nouvelle carrière, cette fois absolument vertigineuse. D’ailleurs, l’affaire ne tenait pas seulement à l’interprétation des songes de Pharaon (v. 1 – 7). Celle-ci ne présentait justement pas de difficulté particulière, car leur sens était assez transparent (v. 25 – 32). Ce qui plut le plus à Pharaon lui-même et à ses proches, ce fut le plan proposé par Joseph: utiliser les années d’abondance à venir afin de se préparer à la sécheresse et à la famine qui suivraient (v. 33 – 36). L’Égypte traversait alors des temps difficiles: le pays s’était presque morcelé en régions séparées; des nomades attaquaient depuis les déserts, et ils avaient réussi non seulement à s’établir dans le delta du Nil et à y créer leur petit État (fait jusque-là inédit dans l’histoire égyptienne), mais aussi à s’emparer pour un temps du trône égyptien (la dynastie qui régnait alors en Égypte était d’origine sémitique). Cette situation donnait, d’un côté, à Joseph lui-même et à ses compatriotes des possibilités qu’ils n’auraient pu avoir à aucune autre époque; mais, de l’autre, elle exigeait des autorités des actions décisives. Recueillir et conserver les excédents de grain n’était que la moitié de l’affaire; par la suite, on devait prêter ce grain aux grandes exploitations privées ruinées par la sécheresse, d’abord contre le gage de la future récolte, puis contre le gage du domaine lui-même (Gn 47 : 13 – 26). Ainsi, sans aucune mesure répressive, on liquidait pratiquement la grande propriété foncière privée, qui était la base économique du séparatisme régional, et la terre passait dans la propriété de l’État. Naturellement, le pouvoir central s’en trouvait renforcé, et l’État consolidé. Il n’est pas étonnant que le plan proposé par Joseph ait été accepté avec enthousiasme, comme on dit, et que l’on ait décidé d’en confier la réalisation à Joseph lui-même, comme auteur du projet (v. 39 – 49). Et pourtant, l’épisode le plus remarquable du passage d’aujourd’hui est sans doute la mention par Joseph de son Dieu en réponse à la question de Pharaon sur l’interprétation des songes (v. 15 – 16). Il n’est pas difficile de se souvenir de Dieu dans les temps de malheurs et de détresses; il est bien plus difficile de ne pas L’oublier dans les années de succès et de prospérité. Et il est sans doute encore plus difficile de se souvenir de Lui lorsque s’ouvrent devant vous des possibilités telles que celles qui s’ouvrirent devant Joseph, debout devant Pharaon qui attendait de lui l’interprétation de ses songes. Dans une telle situation, seul se souvient de Dieu celui pour qui la relation avec Lui est devenue le centre et le sens de toute la vie.
1 Deux ans après, il advint que Pharaon eut un songe: il se tenait près du Nil |
2 et il vit monter du Nil sept vaches de belle apparence et grasses de chair, qui pâturèrent dans les joncs. |
3 Mais voici que sept autres vaches montèrent du Nil derrière elles, laides d'apparence et maigres de chair, et elles se rangèrent à côté des premières, sur la rive du Nil. |
4 Et les vaches laides d'apparence et maigres de chair dévorèrent les sept vaches grasses et belles d'apparence. Alors Pharaon s'éveilla. |
5 Il se rendormit et eut un second songe: sept épis montaient d'une même tige, gros et beaux. |
6 Mais voici que sept épis grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
7 Et les épis grêles engloutirent les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s'éveilla: voilà que c'était un songe! |
8 Au matin, l'esprit troublé, Pharaon fit appeler tous les magiciens et tous les sages d'Égypte et il leur raconta le songe qu'il avait eu, mais personne ne put l'expliquer à Pharaon. |
9 Alors, le grand échanson adressa la parole à Pharaon et dit : Je dois confesser aujourd'hui mes fautes ! |
10 Pharaon s'était irrité contre ses serviteurs et les avait mis aux arrêts chez le commandant des gardes, moi et le grand panetier. |
11 Nous eûmes un songe, la même nuit, lui et moi, mais la signification du songe était différente pour chacun. |
12 Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, un esclave du commandant des gardes. Nous lui avons raconté nos songes et il nous les a interprétés: il a interprété le songe de chacun. |
13 Et juste comme il nous l'avait expliqué, ainsi arriva-t-il : je fus rétabli dans mon emploi et l'autre fut pendu. |
14 Alors Pharaon fit appeler Joseph, et on l'amena en hâte de la prison. Il se rasa, changea de vêtements et se présenta devant Pharaon. |
15 Pharaon dit à Joseph : J'ai eu un songe et personne ne peut l'interpréter. Mais j'ai entendu dire de toi qu'il te suffit d'entendre un songe pour savoir l'interpréter. |
16 Joseph répondit à Pharaon : Je ne compte pas ! C'est Dieu qui donnera à Pharaon une réponse favorable. |
17 Alors Pharaon parla ainsi à Joseph : Dans mon songe, il me semblait que je me tenais sur la rive du Nil. |
18 Voici que montèrent du Nil sept vaches grasses de chair et belles d'aspect, qui pâturèrent dans les joncs. |
19 Mais voici que sept autres vaches montèrent après elles, efflanquées, très laides d'aspect et maigres de chair, je n'en ai jamais vu d'aussi laides dans tout le pays d'Égypte. |
20 Les vaches maigres et laides dévorèrent les sept premières, les vaches grasses. |
21 Et lorsqu'elles les eurent avalées, on ne s'aperçut pas qu'elles les avaient avalées, car leur apparence était aussi laide qu'au début. Là-dessus, je m'éveillai. |
22 Puis j'ai vu en songe sept épis monter d'une même tige, pleins et beaux. |
23 Mais voici que sept épis desséchés, grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
24 Et les épis grêles engloutirent les sept beaux épis. J'ai dit cela aux magiciens, mais il n'y a personne qui me donne la réponse. |
25 Joseph dit à Pharaon : Le Pharaon n'a fait qu'un seul songe : Dieu a annoncé à Pharaon ce qu'il va accomplir. |
26 Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis représentent sept années, c'est un seul et même songe. |
27 Les sept vaches maigres et laides qui montent ensuite représentent sept années et aussi les sept épis grêles et brûlés par le vent d'est: c'est qu'il y aura sept années de famine. |
28 C'est ce que j'ai dit à Pharaon; Dieu a montré à Pharaon ce qu'il va accomplir: |
29 voici que viennent sept années où il y aura grande abondance dans tout le pays d'Égypte, |
30 puis leur succéderont sept années de famine et on oubliera toute l'abondance dans le pays d'Égypte; la famine épuisera le pays |
31 et l'on ne saura plus ce qu'était l'abondance dans le pays, en face de cette famine qui suivra, car elle sera très dure. |
32 Et si le songe de Pharaon s'est renouvelé deux fois, c'est que la chose est bien décidée de la part de Dieu et que Dieu a hâte de l'accomplir. |
33 Maintenant, que Pharaon discerne un homme intelligent et sage et qu'il l'établisse sur le pays d'Égypte. |
34 Que Pharaon agisse et qu'il institue des fonctionnaires sur le pays; il imposera au cinquième le pays d'Égypte pendant les sept années d'abondance, |
35 ils ramasseront tous les vivres de ces bonnes années qui viennent, ils emmagasineront le blé sous l'autorité de Pharaon, ils mettront les vivres dans les villes et les y garderont. |
36 Ces vivres serviront de réserve au pays pour les sept années de famine qui s'abattront sur le pays d'Égypte, et le pays ne sera pas exterminé par la famine. |
37 Le discours plut à Pharaon et à tous ses officiers |
38 et Pharaon dit à ses officiers : Trouverons-nous un homme comme celui-ci, en qui soit l'esprit de Dieu ? |
39 Alors Pharaon dit à Joseph : Après que Dieu t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne d'intelligent et de sage comme toi. |
40 C'est toi qui seras mon maître du palais et tout mon peuple se conformera à tes ordres, je ne te dépasserai que par le trône. |
41 Pharaon dit à Joseph : Vois : je t'établis sur tout le pays d'Égypte |
42 et Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph, il le revêtit d'habits de lin fin et lui passa au cou le collier d'or. |
43 Il le fit monter sur le meilleur char qu'il avait après le sien et on criait devant lui Abrek . Ainsi fut-il établi sur tout le pays d'Égypte. |
44 Pharaon dit à Joseph : Je suis Pharaon, mais sans ta permission personne ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d'Égypte. |
45 Et Pharaon imposa à Joseph le nom de Çophnat-Panéah et il lui donna pour femme Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. Et Joseph partit pour le pays d'Égypte. |
46 Joseph avait trente ans lorsqu'il se présenta devant Pharaon, roi d'Égypte, et Joseph quitta la présence de Pharaon et parcourut tout le pays d'Égypte. |
47 Pendant les sept années d'abondance, la terre produisit à profusion |
48 et il ramassa tous les vivres des sept années où il y eut abondance au pays d'Égypte et déposa les vivres dans les villes, mettant dans chaque ville les vivres de la campagne environnante. |
49 Joseph emmagasina le blé comme le sable de la mer, en telle quantité qu'on renonça à en faire le compte, car cela dépassait toute mesure. |
50 Avant que vînt l'année de la famine, il naquit à Joseph deux fils que lui donna Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. |
51 Joseph donna à l'aîné le nom de Manassé, car, dit-il, Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la famille de mon père . |
52 Quant au second, il l'appela Éphraïm, car, dit-il, Dieu m'a rendu fécond au pays de mon malheur . |
53 Alors prirent fin les sept années d'abondance qu'il y eut au pays d'Égypte |
54 et commencèrent à venir les sept années de famine, comme l'avait dit Joseph. Il y avait famine dans tous les pays, mais il y avait du pain dans tout le pays d'Égypte. |
55 Puis tout le pays d'Égypte souffrit de la faim et le peuple demanda à grands cris du pain à Pharaon, mais Pharaon dit à tous les Égyptiens : Allez à Joseph et faites ce qu'il vous dira. - |
56 La famine sévissait par toute la terre. - Alors Joseph ouvrit tous les magasins à blé et vendit du grain aux Égyptiens. La famine s'aggrava encore au pays d'Égypte. |
57 De toute la terre on vint en Égypte pour acheter du grain à Joseph, car la famine s'aggravait par toute la terre. |
La lecture d’aujourd’hui est remarquable, entre autres, parce qu’elle raconte comment l’échanson se souvint de Joseph. Il est vrai qu’il fallut deux ans et des circonstances favorables à la carrière du suppliant (v. 1, 8–14). Maintenant que Pharaon lui-même avait besoin d’un interprète des songes, et que personne dans son entourage ne pouvait l’aider, se souvenir de Joseph signifiait se rendre utile non seulement à Joseph, mais aussi à Pharaon lui-même, ce qui, bien sûr, changeait radicalement la situation et donnait à Joseph une chance non seulement d’être libéré, mais aussi d’accéder à une nouvelle carrière, cette fois absolument vertigineuse.
Cependant, il ne s’agissait évidemment pas seulement d’interpréter les songes de Pharaon (v. 1–7). Cela ne présentait justement aucune difficulté particulière, car leur sens était assez transparent (v. 25–32). Ce qui plut le plus à Pharaon et à ses proches fut le plan proposé par Joseph pour utiliser les années d’abondance qui arrivaient afin de se préparer à la sécheresse et à la famine qui devaient suivre (v. 33–36). L’Égypte traversait alors une période difficile : le pays s’était presque morcelé en régions séparées, des nomades attaquaient depuis les déserts, et ils avaient réussi non seulement à s’établir dans le delta du Nil et à y créer leur petit État, chose jusque-là inédite dans l’histoire égyptienne, mais aussi à s’emparer quelque temps du trône d’Égypte, la dynastie qui régnait alors en Égypte étant d’origine sémitique. Cette situation, d’un côté, donnait à Joseph lui-même et à ses compatriotes des possibilités qu’ils n’auraient pu avoir à aucune autre époque, mais, de l’autre, elle exigeait des autorités des mesures résolues. Recueillir et conserver les surplus de grain n’était que la moitié de l’affaire ; par la suite, il était prévu de prêter ce grain aux grands domaines privés ruinés par la sécheresse, d’abord contre la garantie de la récolte future, puis contre la garantie du domaine lui-même (Gn 47 : 13–26). Ainsi, sans aucune mesure répressive, la grande propriété foncière privée, base économique du séparatisme régional, était pratiquement liquidée, et la terre passait à l’État. Naturellement, le pouvoir central s’en trouvait renforcé, et l’État consolidé. Il n’est pas étonnant que le plan proposé par Joseph ait été adopté, comme on dit, avec enthousiasme, et que l’on ait décidé d’en confier la réalisation à Joseph lui-même, comme auteur du projet (v. 39–49).
Et pourtant, l’épisode le plus remarquable du passage d’aujourd’hui est peut-être la mention que Joseph fait de son Dieu en réponse à la question de Pharaon sur l’interprétation des songes (v. 15–16). Il n’est pas difficile de se souvenir de Dieu dans les temps de détresse et de malheur ; il est beaucoup plus difficile de ne pas L’oublier dans les années de réussite et de prospérité. Et il est sans doute encore plus difficile de se souvenir de Lui quand s’ouvrent devant soi les possibilités qui s’ouvrirent devant Joseph, debout devant Pharaon qui attendait de lui l’interprétation de ses songes. Dans une telle situation, seul se souvient de Dieu celui pour qui la relation avec Lui est devenue le centre et le sens de toute sa vie.
1 Deux ans après, il advint que Pharaon eut un songe: il se tenait près du Nil |
2 et il vit monter du Nil sept vaches de belle apparence et grasses de chair, qui pâturèrent dans les joncs. |
3 Mais voici que sept autres vaches montèrent du Nil derrière elles, laides d'apparence et maigres de chair, et elles se rangèrent à côté des premières, sur la rive du Nil. |
4 Et les vaches laides d'apparence et maigres de chair dévorèrent les sept vaches grasses et belles d'apparence. Alors Pharaon s'éveilla. |
5 Il se rendormit et eut un second songe: sept épis montaient d'une même tige, gros et beaux. |
6 Mais voici que sept épis grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
7 Et les épis grêles engloutirent les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s'éveilla: voilà que c'était un songe! |
8 Au matin, l'esprit troublé, Pharaon fit appeler tous les magiciens et tous les sages d'Égypte et il leur raconta le songe qu'il avait eu, mais personne ne put l'expliquer à Pharaon. |
9 Alors, le grand échanson adressa la parole à Pharaon et dit : Je dois confesser aujourd'hui mes fautes ! |
10 Pharaon s'était irrité contre ses serviteurs et les avait mis aux arrêts chez le commandant des gardes, moi et le grand panetier. |
11 Nous eûmes un songe, la même nuit, lui et moi, mais la signification du songe était différente pour chacun. |
12 Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, un esclave du commandant des gardes. Nous lui avons raconté nos songes et il nous les a interprétés: il a interprété le songe de chacun. |
13 Et juste comme il nous l'avait expliqué, ainsi arriva-t-il : je fus rétabli dans mon emploi et l'autre fut pendu. |
14 Alors Pharaon fit appeler Joseph, et on l'amena en hâte de la prison. Il se rasa, changea de vêtements et se présenta devant Pharaon. |
15 Pharaon dit à Joseph : J'ai eu un songe et personne ne peut l'interpréter. Mais j'ai entendu dire de toi qu'il te suffit d'entendre un songe pour savoir l'interpréter. |
16 Joseph répondit à Pharaon : Je ne compte pas ! C'est Dieu qui donnera à Pharaon une réponse favorable. |
17 Alors Pharaon parla ainsi à Joseph : Dans mon songe, il me semblait que je me tenais sur la rive du Nil. |
18 Voici que montèrent du Nil sept vaches grasses de chair et belles d'aspect, qui pâturèrent dans les joncs. |
19 Mais voici que sept autres vaches montèrent après elles, efflanquées, très laides d'aspect et maigres de chair, je n'en ai jamais vu d'aussi laides dans tout le pays d'Égypte. |
20 Les vaches maigres et laides dévorèrent les sept premières, les vaches grasses. |
21 Et lorsqu'elles les eurent avalées, on ne s'aperçut pas qu'elles les avaient avalées, car leur apparence était aussi laide qu'au début. Là-dessus, je m'éveillai. |
22 Puis j'ai vu en songe sept épis monter d'une même tige, pleins et beaux. |
23 Mais voici que sept épis desséchés, grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
24 Et les épis grêles engloutirent les sept beaux épis. J'ai dit cela aux magiciens, mais il n'y a personne qui me donne la réponse. |
Le pharaon aussi voit des songes prophétiques. Dieu ne laisse personne sans soutien, et si une personne n'est pas capable de L'entendre autrement, Il utilise souvent les songes comme dernier moyen. Ici, toutefois, il importe de tenir compte de la différence entre le rêve en tant que tel et ce qu'on appelle d'ordinaire un «sommeil subtil»: un état intermédiaire entre le sommeil et la veille, pour lequel la Bible hébraïque possède un mot particulier.
L'état de «sommeil subtil» rappelle davantage les visions au sens propre, comme celles que voient les prophètes, tandis que l'homme vit le songe prophétique précisément comme un rêve: il ressemble à un rêve, même s'il présente avec lui certaines différences essentielles. La différence principale tient au fait que, pendant le songe, l'homme a une conscience très nette de lui-même; il ne perçoit généralement pas son état comme un sommeil, sans pour autant se réveiller (dans le cas du sommeil ordinaire, la seule pensée que l'on dort mène aussitôt au réveil). Souvent, pendant le songe, l'homme peut même se rappeler tel ou tel événement qui lui est arrivé à l'état de veille. De plus, pendant le songe, surtout prophétique, les sensations du dormeur sont d'ordinaire aiguisées, si bien qu'il vit tout ce qui lui arrive plus pleinement et plus clairement; les actions elles-mêmes, dans un tel songe, se révèlent tout à fait sensées. Elles peuvent, comme les tableaux qui se déploient alors, être étranges et inhabituelles, mais en même temps parfaitement logiques, et, à l'intérieur même de ces tableaux, tout à fait naturelles et organiques.
C'est précisément quelque chose de semblable que voit le pharaon, de même qu'auparavant l'échanson et le panetier, et Joseph lui-même aussi. Autre chose est de comprendre ce qui a été vu: ici, la logique seule ne suffit pas pour comprendre un songe; il faut le saisir dans toute son intégrité, le saisir directement, et non par réflexion. Une telle compréhension est impossible sans révélation; c'est pourquoi ceux qui voient des songes sont bien plus nombreux que les interprètes (il s'agit, bien sûr, de vrais interprètes, et non de fantaisistes fondés sur leurs propres associations assez arbitraires, comme celles dont regorgent les livres populaires des songes). C'est ainsi qu'il arriva qu'un interprète devint maintenant nécessaire au pharaon lui-même: il comprit aussitôt que ce qu'il avait vu n'était pas un rêve ordinaire, mais bien un songe prophétique.
1 Deux ans après, il advint que Pharaon eut un songe: il se tenait près du Nil |
2 et il vit monter du Nil sept vaches de belle apparence et grasses de chair, qui pâturèrent dans les joncs. |
3 Mais voici que sept autres vaches montèrent du Nil derrière elles, laides d'apparence et maigres de chair, et elles se rangèrent à côté des premières, sur la rive du Nil. |
4 Et les vaches laides d'apparence et maigres de chair dévorèrent les sept vaches grasses et belles d'apparence. Alors Pharaon s'éveilla. |
5 Il se rendormit et eut un second songe: sept épis montaient d'une même tige, gros et beaux. |
6 Mais voici que sept épis grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
7 Et les épis grêles engloutirent les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s'éveilla: voilà que c'était un songe! |
8 Au matin, l'esprit troublé, Pharaon fit appeler tous les magiciens et tous les sages d'Égypte et il leur raconta le songe qu'il avait eu, mais personne ne put l'expliquer à Pharaon. |
9 Alors, le grand échanson adressa la parole à Pharaon et dit : Je dois confesser aujourd'hui mes fautes ! |
10 Pharaon s'était irrité contre ses serviteurs et les avait mis aux arrêts chez le commandant des gardes, moi et le grand panetier. |
11 Nous eûmes un songe, la même nuit, lui et moi, mais la signification du songe était différente pour chacun. |
12 Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, un esclave du commandant des gardes. Nous lui avons raconté nos songes et il nous les a interprétés: il a interprété le songe de chacun. |
13 Et juste comme il nous l'avait expliqué, ainsi arriva-t-il : je fus rétabli dans mon emploi et l'autre fut pendu. |
14 Alors Pharaon fit appeler Joseph, et on l'amena en hâte de la prison. Il se rasa, changea de vêtements et se présenta devant Pharaon. |
15 Pharaon dit à Joseph : J'ai eu un songe et personne ne peut l'interpréter. Mais j'ai entendu dire de toi qu'il te suffit d'entendre un songe pour savoir l'interpréter. |
16 Joseph répondit à Pharaon : Je ne compte pas ! C'est Dieu qui donnera à Pharaon une réponse favorable. |
17 Alors Pharaon parla ainsi à Joseph : Dans mon songe, il me semblait que je me tenais sur la rive du Nil. |
18 Voici que montèrent du Nil sept vaches grasses de chair et belles d'aspect, qui pâturèrent dans les joncs. |
19 Mais voici que sept autres vaches montèrent après elles, efflanquées, très laides d'aspect et maigres de chair, je n'en ai jamais vu d'aussi laides dans tout le pays d'Égypte. |
20 Les vaches maigres et laides dévorèrent les sept premières, les vaches grasses. |
21 Et lorsqu'elles les eurent avalées, on ne s'aperçut pas qu'elles les avaient avalées, car leur apparence était aussi laide qu'au début. Là-dessus, je m'éveillai. |
22 Puis j'ai vu en songe sept épis monter d'une même tige, pleins et beaux. |
23 Mais voici que sept épis desséchés, grêles et brûlés par le vent d'est poussèrent après eux. |
24 Et les épis grêles engloutirent les sept beaux épis. J'ai dit cela aux magiciens, mais il n'y a personne qui me donne la réponse. |
C’est l’un des moments les plus étonnants du roman de Joseph (bien que l’intrigue la plus dramatique soit encore à venir) : au début du chapitre, il est en prison, et à la fin il devient le second personnage de l’État, avec le titre de « Sauveur de l’Empire » (c’est ainsi, probablement, que se traduit son nouveau « nom »). Et en effet, Dieu fait de lui une figure clé du salut de l’Égypte, puis d’Israël aussi. Quel est donc le secret d’une carrière si fulgurante ? Simplement, ce jeune homme, qui ne rêvait même pas de telles aventures, s’est trouvé, pratiquement malgré sa volonté, entraîné dans le cours mystérieux de l’accomplissement du dessein du Maître de l’histoire terrestre, qui sauve et détruit empires et peuples ; c’est seulement pour cette raison qu’il pouvait dire si simplement : « Cela ne vient pas de moi, Dieu te donnera une réponse ». Voici encore une « propriété » de l’Histoire sainte : elle s’accomplit par ceux qui peuvent dire : « Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui agit... ».
25 Joseph dit à Pharaon : Le Pharaon n'a fait qu'un seul songe : Dieu a annoncé à Pharaon ce qu'il va accomplir. |
26 Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis représentent sept années, c'est un seul et même songe. |
27 Les sept vaches maigres et laides qui montent ensuite représentent sept années et aussi les sept épis grêles et brûlés par le vent d'est: c'est qu'il y aura sept années de famine. |
28 C'est ce que j'ai dit à Pharaon; Dieu a montré à Pharaon ce qu'il va accomplir: |
29 voici que viennent sept années où il y aura grande abondance dans tout le pays d'Égypte, |
30 puis leur succéderont sept années de famine et on oubliera toute l'abondance dans le pays d'Égypte; la famine épuisera le pays |
31 et l'on ne saura plus ce qu'était l'abondance dans le pays, en face de cette famine qui suivra, car elle sera très dure. |
32 Et si le songe de Pharaon s'est renouvelé deux fois, c'est que la chose est bien décidée de la part de Dieu et que Dieu a hâte de l'accomplir. |
33 Maintenant, que Pharaon discerne un homme intelligent et sage et qu'il l'établisse sur le pays d'Égypte. |
34 Que Pharaon agisse et qu'il institue des fonctionnaires sur le pays; il imposera au cinquième le pays d'Égypte pendant les sept années d'abondance, |
35 ils ramasseront tous les vivres de ces bonnes années qui viennent, ils emmagasineront le blé sous l'autorité de Pharaon, ils mettront les vivres dans les villes et les y garderont. |
36 Ces vivres serviront de réserve au pays pour les sept années de famine qui s'abattront sur le pays d'Égypte, et le pays ne sera pas exterminé par la famine. |
37 Le discours plut à Pharaon et à tous ses officiers |
38 et Pharaon dit à ses officiers : Trouverons-nous un homme comme celui-ci, en qui soit l'esprit de Dieu ? |
39 Alors Pharaon dit à Joseph : Après que Dieu t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne d'intelligent et de sage comme toi. |
40 C'est toi qui seras mon maître du palais et tout mon peuple se conformera à tes ordres, je ne te dépasserai que par le trône. |
41 Pharaon dit à Joseph : Vois : je t'établis sur tout le pays d'Égypte |
42 et Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph, il le revêtit d'habits de lin fin et lui passa au cou le collier d'or. |
43 Il le fit monter sur le meilleur char qu'il avait après le sien et on criait devant lui Abrek . Ainsi fut-il établi sur tout le pays d'Égypte. |
44 Pharaon dit à Joseph : Je suis Pharaon, mais sans ta permission personne ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d'Égypte. |
45 Et Pharaon imposa à Joseph le nom de Çophnat-Panéah et il lui donna pour femme Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. Et Joseph partit pour le pays d'Égypte. |
46 Joseph avait trente ans lorsqu'il se présenta devant Pharaon, roi d'Égypte, et Joseph quitta la présence de Pharaon et parcourut tout le pays d'Égypte. |
47 Pendant les sept années d'abondance, la terre produisit à profusion |
48 et il ramassa tous les vivres des sept années où il y eut abondance au pays d'Égypte et déposa les vivres dans les villes, mettant dans chaque ville les vivres de la campagne environnante. |
49 Joseph emmagasina le blé comme le sable de la mer, en telle quantité qu'on renonça à en faire le compte, car cela dépassait toute mesure. |
50 Avant que vînt l'année de la famine, il naquit à Joseph deux fils que lui donna Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. |
51 Joseph donna à l'aîné le nom de Manassé, car, dit-il, Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la famille de mon père . |
52 Quant au second, il l'appela Éphraïm, car, dit-il, Dieu m'a rendu fécond au pays de mon malheur . |
53 Alors prirent fin les sept années d'abondance qu'il y eut au pays d'Égypte |
54 et commencèrent à venir les sept années de famine, comme l'avait dit Joseph. Il y avait famine dans tous les pays, mais il y avait du pain dans tout le pays d'Égypte. |
55 Puis tout le pays d'Égypte souffrit de la faim et le peuple demanda à grands cris du pain à Pharaon, mais Pharaon dit à tous les Égyptiens : Allez à Joseph et faites ce qu'il vous dira. - |
56 La famine sévissait par toute la terre. - Alors Joseph ouvrit tous les magasins à blé et vendit du grain aux Égyptiens. La famine s'aggrava encore au pays d'Égypte. |
57 De toute la terre on vint en Égypte pour acheter du grain à Joseph, car la famine s'aggravait par toute la terre. |
Joseph n'a pas seulement interprété les songes du pharaon: il a aussi imaginé comment utiliser la situation qui se dessinait pour renforcer l'État égyptien. Il faut ici tenir compte du fait que l'arrivée même de Joseph, puis celle de tous ses compatriotes en Égypte, aurait été impossible si l'Égypte, à cette époque, ne s'était pas sérieusement affaiblie. Une Égypte faible ne pouvait résister aux tribus nomades sémitiques qui envahirent le pays par l'Est, du côté du désert du Sinaï. Dans l'histoire, cette invasion de tribus sémitiques en Égypte est connue comme l'invasion des Hyksôs. Ils ne fondèrent pas seulement leur établissement dans le delta du Nil: ils occupèrent même le trône égyptien, l'ancien trône des pharaons. La première dynastie du Nouvel Empire, dont l'histoire commence avec l'invasion des Hyksôs, était une dynastie d'origine sémitique. Ce n'est que sous les pharaons de la première dynastie du Nouvel Empire, dynastie sémitique, que Joseph aurait pu faire à la cour la carrière qu'il fit, et que ses compatriotes auraient pu s'installer paisiblement en Égypte sous le règne de ces mêmes pharaons.
Or l'Égypte s'était affaiblie en grande partie parce qu'à la fin de l'époque précédente, celle du Moyen Empire, le problème traditionnel du séparatisme régional s'y était de nouveau aggravé: l'Égypte, en effet, s'était dès l'origine constituée à partir de nombreuses régions, chacune d'abord indépendante. Les habitants des régions égyptiennes gardèrent longtemps le souvenir de leur ancienne indépendance, le rappelant de temps à autre au pouvoir central. Et ce séparatisme régional était alimenté notamment par les grands propriétaires fonciers: non pas tous, bien sûr, mais ceux qui, sans être au service de l'État, vivaient dans leurs domaines.
C'est précisément contre eux que fut dirigé le plan élaboré par Joseph. Leur enlever purement et simplement leurs domaines était impossible: c'eût été illégal, et l'Égypte était un État de droit et respectueux de la loi. Autre chose était de les leur enlever pour dettes: là, il n'y avait pas à discuter, car les dettes devaient être remboursées d'une manière ou d'une autre. Or les dettes seraient apparues inévitablement: l'immense majorité des exploitations travaillait pour le marché, et une mauvaise récolte signifiait d'abord des pertes, puis la ruine.
On pouvait encore survivre à une année de sécheresse et de mauvaise récolte en empruntant du grain pour semer l'année suivante; mais la deuxième année, en cas de mauvaise récolte, il aurait fallu mettre en gage le domaine lui-même, alors qu'il devait y avoir sept années sèches et donc sans récolte. Les domaines devaient inévitablement passer au trésor pour dettes, grossissant le fonds foncier de l'État.
C'est ainsi que Joseph renforçait l'État dans lequel ses compatriotes devaient venir s'installer. S'installer pour qu'ensuite, plusieurs siècles plus tard, leurs descendants aient à fuir cet État devenu puissant, où il n'y aurait déjà plus de place pour eux. Pour l'instant, Dieu avait placé Joseph là où il pouvait sauver ses compatriotes de la famine. Ainsi conduit-Il Ses hommes et Son peuple à travers les méandres de l'histoire.
25 Joseph dit à Pharaon : Le Pharaon n'a fait qu'un seul songe : Dieu a annoncé à Pharaon ce qu'il va accomplir. |
26 Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis représentent sept années, c'est un seul et même songe. |
27 Les sept vaches maigres et laides qui montent ensuite représentent sept années et aussi les sept épis grêles et brûlés par le vent d'est: c'est qu'il y aura sept années de famine. |
28 C'est ce que j'ai dit à Pharaon; Dieu a montré à Pharaon ce qu'il va accomplir: |
29 voici que viennent sept années où il y aura grande abondance dans tout le pays d'Égypte, |
30 puis leur succéderont sept années de famine et on oubliera toute l'abondance dans le pays d'Égypte; la famine épuisera le pays |
31 et l'on ne saura plus ce qu'était l'abondance dans le pays, en face de cette famine qui suivra, car elle sera très dure. |
32 Et si le songe de Pharaon s'est renouvelé deux fois, c'est que la chose est bien décidée de la part de Dieu et que Dieu a hâte de l'accomplir. |
33 Maintenant, que Pharaon discerne un homme intelligent et sage et qu'il l'établisse sur le pays d'Égypte. |
34 Que Pharaon agisse et qu'il institue des fonctionnaires sur le pays; il imposera au cinquième le pays d'Égypte pendant les sept années d'abondance, |
35 ils ramasseront tous les vivres de ces bonnes années qui viennent, ils emmagasineront le blé sous l'autorité de Pharaon, ils mettront les vivres dans les villes et les y garderont. |
36 Ces vivres serviront de réserve au pays pour les sept années de famine qui s'abattront sur le pays d'Égypte, et le pays ne sera pas exterminé par la famine. |
37 Le discours plut à Pharaon et à tous ses officiers |
38 et Pharaon dit à ses officiers : Trouverons-nous un homme comme celui-ci, en qui soit l'esprit de Dieu ? |
39 Alors Pharaon dit à Joseph : Après que Dieu t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne d'intelligent et de sage comme toi. |
40 C'est toi qui seras mon maître du palais et tout mon peuple se conformera à tes ordres, je ne te dépasserai que par le trône. |
41 Pharaon dit à Joseph : Vois : je t'établis sur tout le pays d'Égypte |
42 et Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph, il le revêtit d'habits de lin fin et lui passa au cou le collier d'or. |
43 Il le fit monter sur le meilleur char qu'il avait après le sien et on criait devant lui Abrek . Ainsi fut-il établi sur tout le pays d'Égypte. |
44 Pharaon dit à Joseph : Je suis Pharaon, mais sans ta permission personne ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d'Égypte. |
45 Et Pharaon imposa à Joseph le nom de Çophnat-Panéah et il lui donna pour femme Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. Et Joseph partit pour le pays d'Égypte. |
46 Joseph avait trente ans lorsqu'il se présenta devant Pharaon, roi d'Égypte, et Joseph quitta la présence de Pharaon et parcourut tout le pays d'Égypte. |
47 Pendant les sept années d'abondance, la terre produisit à profusion |
48 et il ramassa tous les vivres des sept années où il y eut abondance au pays d'Égypte et déposa les vivres dans les villes, mettant dans chaque ville les vivres de la campagne environnante. |
49 Joseph emmagasina le blé comme le sable de la mer, en telle quantité qu'on renonça à en faire le compte, car cela dépassait toute mesure. |
50 Avant que vînt l'année de la famine, il naquit à Joseph deux fils que lui donna Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d'On. |
51 Joseph donna à l'aîné le nom de Manassé, car, dit-il, Dieu m'a fait oublier toute ma peine et toute la famille de mon père . |
52 Quant au second, il l'appela Éphraïm, car, dit-il, Dieu m'a rendu fécond au pays de mon malheur . |
53 Alors prirent fin les sept années d'abondance qu'il y eut au pays d'Égypte |
54 et commencèrent à venir les sept années de famine, comme l'avait dit Joseph. Il y avait famine dans tous les pays, mais il y avait du pain dans tout le pays d'Égypte. |
55 Puis tout le pays d'Égypte souffrit de la faim et le peuple demanda à grands cris du pain à Pharaon, mais Pharaon dit à tous les Égyptiens : Allez à Joseph et faites ce qu'il vous dira. - |
56 La famine sévissait par toute la terre. - Alors Joseph ouvrit tous les magasins à blé et vendit du grain aux Égyptiens. La famine s'aggrava encore au pays d'Égypte. |
57 De toute la terre on vint en Égypte pour acheter du grain à Joseph, car la famine s'aggravait par toute la terre. |
Joseph est considéré comme un exemple de foi et de confiance en Dieu. La vie exige sans cesse de lui qu’il se soumette au principe formulé beaucoup plus tard par l’apôtre Paul: «je crois Dieu» (Ac) . C’est-à-dire que Joseph est manifestement un homme profondément, même ardemment croyant. Qu’attendons-nous de telles personnes? La représentation stéréotypée des gens qui se sont entièrement donnés à Dieu, c’est l’exaltation, l’exagération en tout, et ce que l’on appelle ordinairement «obsession». Pourtant, de tels mots servent d’ordinaire à décrire des fous. Mais si l’on regarde Joseph, nous avons devant nous un homme plein de bon sens. Il ne se contente pas d’expliquer les songes ni de mettre devant lui, comme protection, le Dieu qu’il connaît. Il comprend en quoi consiste l’avertissement et propose aussitôt un chemin de salut. Le plus étonnant dans le texte d’aujourd’hui, c’est que, pour les Égyptiens, cette rationalité de la pensée, ce bon sens même, est le témoignage de la présence de l’Esprit de Dieu.
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