Dans son discours, Élihu répète encore et encore, peut-être sans s’en apercevoir, les arguments déjà présentés à Job par ses amis. Il dit à Job: que peut importer à Dieu ta justice? La justice comme le péché sont affaire humaine; cela ne concerne que les hommes eux-mêmes, mais nullement Dieu (v. 2 – 8). D’ailleurs, Élihu se montre ici plus cohérent que les amis de Job, car dès le début il témoigne à Job d’un Dieu qui ne se soucie pas d’une chose aussi minime qu’un homme particulier et sa vie. À sa manière, cependant, Élihu admet tout de même la providence de Dieu dans les affaires humaines, même si cela n’allège en rien les problèmes de l’homme concret. Élihu dit à Job: regarde combien de gens souffrent dans le monde de l’injustice, et pourtant aucun d’eux n’accuse Dieu de ses malheurs (v. 9 – 11). Ils attendent patiemment le jugement; toi aussi, patiente, dit Élihu à Job (v. 13 – 14).
Ici, Élihu reste entièrement cohérent: son Dieu est le Créateur et le Maître de l’univers, non le Dieu d’un homme particulier, concret, et Il agit Lui aussi à l’échelle de l’univers. Un jour, peut-être, Il en viendra jusqu’à l’homme particulier, y compris Job, mais cela arrivera, pour ainsi dire, selon l’ordre prévu; quant à modifier Ses plans pour un homme particulier, le Dieu d’Élihu ne le fera évidemment pas, car Il a d’autres tâches, bien plus vastes. Pour l’instant, Job ferait mieux de se taire et de ne pas irriter Dieu par des paroles audacieuses, afin de ne pas mériter de Sa part un châtiment encore plus sévère (v. 15 – 16). Certes, Élihu ne nie pas le fait que la vie des hommes sur la terre pourrait être différente sans «l’impiété des méchants», à cause de laquelle Dieu ne répond pas à ceux qui se plaignent des oppresseurs (v. 12). Bien plus, Élihu est certain qu’en fin de compte tout ira bien, que le jour du jugement viendra (v. 13). Simplement, tout demande du temps, et Dieu n’a pas encore à s’occuper de détails si minimes.
En poursuivant son témoignage, Élihu reste fidèle à lui-même. Son Dieu n’est pas seulement le Maître de l’univers; Il est aussi le maître de tous les hommes, mais précisément de tous, et non de chacun en particulier. Le pouvoir de Dieu se manifestera envers chacun, mais en son temps, qu’il faut attendre. Le Dieu d’Élihu rappelle un roi terrestre qu’il n’est pas facile d’atteindre: il y a l’appareil d’État, il y a l’ordre établi pour résoudre les affaires, et obtenir quoi que ce soit du roi en dehors de cet ordre établi est impossible; toute tentative de s’adresser directement au roi ne provoquerait chez lui que de la colère. Une telle image de Dieu confirmait une fois de plus que l’homme particulier, avec ses problèmes et ses malheurs, sa justice et son péché, n’intéresse nullement le Dieu d’Élihu.
