1 La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. |
2 Car ils se disaient : " Pas en pleine fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple. " |
3 Comme il se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un nard pur, de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. |
4 Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux : " A quoi bon ce gaspillage de parfum ? |
5 Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. " Et ils la rudoyaient. |
6 Mais Jésus dit : " Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. |
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
8 Elle a fait ce qui était en son pouvoir: d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. |
9 En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l'Évangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire. " |
10 Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer. |
11 A cette nouvelle ils se réjouirent et ils promirent de lui donner de l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le livrer. |
12 Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : " Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? " |
13 Il envoie alors deux de ses disciples, en leur disant : " Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le, |
14 et là où il entrera, dites au propriétaire : "Le Maître te fait dire : Où est ma salle, où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?" |
15 Et il vous montrera, à l'étage, une grande pièce garnie de coussins, toute prête ; faites-y pour nous les préparatifs. " |
16 Les disciples partirent et vinrent à la ville, et ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. |
17 Le soir venu, il arrive avec les Douze. |
18 Et tandis qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : " En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera, un qui mange avec moi. " |
19 Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l'un après l'autre : " Serait-ce moi ? " |
20 Il leur dit : " C'est l'un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le même plat. |
21 Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! " |
22 Et tandis qu'ils mangeaient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : " Prenez, ceci est mon corps. " |
23 Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils en burent tous. |
24 Et il leur dit : " Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude. |
25 En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. " |
26 Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. |
27 Et Jésus leur dit : " Tous vous allez succomber, car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées. |
28 Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. " |
29 Pierre lui dit : " Même si tous succombent, du moins pas moi ! " |
30 Jésus lui dit : " En vérité, je te le dis : toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. " |
31 Mais lui reprenait de plus belle : " Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. " Et tous disaient de même. |
La lecture d’aujourd’hui comprend plusieurs épisodes liés entre eux par un même thème : celui de la fidélité et de la trahison. Elle commence par le récit de la femme qui a oint Jésus d’une huile parfumée précieuse, le myrrhe (v. 1-11). Il est remarquable que la description de l’événement lui-même soit précédée ici de la mention du désir des grands prêtres et des scribes de tuer Jésus (v. 1-2), et qu’elle soit immédiatement suivie de la mention de la trahison de Judas (v. 10-11), de sorte que le récit de l’onction de Jésus et le récit de la trahison de Judas se fondent en un seul récit. Dans le récit de l’évangéliste, la trahison de Judas se trouve en quelque sorte liée à l’acte de la femme qui a versé le parfum sur la tête de Jésus. On pourrait croire qu’il ne peut y avoir aucun lien, d’autant plus que l’idée de la trahison, comme cela arrive d’ordinaire, avait dû naître dans l’esprit de Judas bien avant la décision définitive. Mais il est tout à fait possible qu’à ce moment précis quelque chose dans la situation ait servi de dernier élan, après lequel il se décide à réaliser ce qu’il méditait depuis longtemps. Un indice peut être ici la mention du mécontentement manifesté par certains des présents, qui jugeaient une telle dépense de parfum précieux trop prodigue (v. 4-5). Mais Jésus remet aussitôt tout à sa place : d’abord Lui-même, et ensuite seulement l’aide aux pauvres (v. 6-9). Il nous indique ainsi l’une des lois les plus importantes de la vie spirituelle : les relations concrètes et vivantes avec Dieu et avec le Christ sont plus importantes que tout le reste, et tout le reste, même des choses aussi importantes que les œuvres de miséricorde, n’est que la conséquence de ces relations. Les pauvres seront toujours dans le monde ; les projets visant à débarrasser complètement le monde de la pauvreté sont une utopie, et la bienfaisance n’a manifestement pas cet objectif. Elle n’est qu’un moyen en vue d’autre chose, une manière d’exprimer son amour du prochain qui a besoin d’aide. Si cette relation profondément personnelle envers celui que l’on aide disparaît, la bienfaisance cesse d’être une œuvre d’amour et devient une idée abstraite, que l’on peut bien sûr servir comme toute idée, mais qui cesse alors d’être miséricorde au sens évangélique. L’amour évangélique n’est ni une idée ni une émotion ; c’est une relation, et c’est pourquoi, à la différence des idées ou des émotions, souvent assez abstraites, il est toujours absolument concret. Voilà pourquoi, lors de la Cène, où cette relation de Jésus avec Ses disciples se révèle dans toute sa plénitude, le pain et le vin deviennent Son Corps et Son Sang (v. 22-25). Car tout repas sacré chez les Juifs croyants a toujours été avant tout l’expression de l’unité spirituelle et de l’amour fraternel, précisément de ce qui, dans l’amour évangélique, atteint sa plénitude ultime. Et plus cette unité et cet amour se manifestaient clairement, plus il y avait dans un tel repas d’esprit et moins de nature pure, non spiritualisée. Mais l’amour d’un homme ordinaire n’atteint jamais par lui-même cette plénitude capable de transformer entièrement la nature et de la spiritualiser. Cela n’est accessible qu’à Celui qui porte en Lui toute la plénitude de Dieu et qui peut aimer jusqu’au bout, de telle sorte que, dans Sa relation avec celui qu’Il aime, il n’y ait plus de place pour la nature non transfigurée. Alors nous n’avons plus devant nous du pain et du vin, comme auparavant, mais le Corps et le Sang, qui nous unissent tout à fait réellement à Celui qui est venu nous donner le Royaume. Mais c’est précisément cette profondeur de relation qui peut devenir insupportable pour celui qui n’est pas prêt à faire confiance jusqu’au bout. Il est impossible de suivre Jésus seulement au nom d’une idée ; sans relation personnelle avec Lui, sans cet amour qu’Il donne à quiconque est prêt à Lui faire confiance, une telle marche ne peut se terminer que par un effondrement spirituel. C’est apparemment ce qui est arrivé à Judas, qui était peut-être prêt à accepter Jésus comme chef et inspirateur idéologique, mais qui, semble-t-il, ne L’aimait pas du tout. Et cette absence d’amour conduisit Judas à un effondrement spirituel qui, dans son cas, se transforma en trahison du Maître. L’élan décisif fut manifestement précisément le fait que Jésus Se désigna Lui-même comme ce que Ses disciples avaient de plus important. Car il fallait alors accepter Jésus Lui-même, non comme chef d’un mouvement ou porteur d’une idée, mais précisément Lui-même, comme Personne, comme Homme qu’il fallait simplement aimer, aimer humainement, comme on aime ses amis. Aimer ou trahir. Tel est le choix devant lequel, à un certain moment de sa vie spirituelle, se trouve quiconque a décidé, pour une raison quelconque, de suivre Jésus. Un choix dont dépend notre présence dans le Royaume ou dans les ténèbres.
1 La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. |
2 Car ils se disaient : " Pas en pleine fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple. " |
3 Comme il se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un nard pur, de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. |
4 Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux : " A quoi bon ce gaspillage de parfum ? |
5 Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. " Et ils la rudoyaient. |
6 Mais Jésus dit : " Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. |
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
8 Elle a fait ce qui était en son pouvoir: d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. |
9 En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l'Évangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire. " |
10 Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer. |
11 A cette nouvelle ils se réjouirent et ils promirent de lui donner de l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le livrer. |
12 Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : " Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? " |
13 Il envoie alors deux de ses disciples, en leur disant : " Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le, |
14 et là où il entrera, dites au propriétaire : "Le Maître te fait dire : Où est ma salle, où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?" |
15 Et il vous montrera, à l'étage, une grande pièce garnie de coussins, toute prête ; faites-y pour nous les préparatifs. " |
16 Les disciples partirent et vinrent à la ville, et ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. |
17 Le soir venu, il arrive avec les Douze. |
18 Et tandis qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : " En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera, un qui mange avec moi. " |
19 Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l'un après l'autre : " Serait-ce moi ? " |
20 Il leur dit : " C'est l'un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le même plat. |
21 Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! " |
22 Et tandis qu'ils mangeaient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : " Prenez, ceci est mon corps. " |
23 Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils en burent tous. |
24 Et il leur dit : " Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude. |
25 En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. " |
26 Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. |
27 Et Jésus leur dit : " Tous vous allez succomber, car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées. |
28 Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. " |
29 Pierre lui dit : " Même si tous succombent, du moins pas moi ! " |
30 Jésus lui dit : " En vérité, je te le dis : toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. " |
31 Mais lui reprenait de plus belle : " Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. " Et tous disaient de même. |
L'affaire approche de son dénouement. Les traits véritables des personnages, leurs désirs profonds, se manifestent avec toujours plus de netteté. Les scribes et les pharisiens ne discutent plus. Ils ont perdu toutes les discussions. Et cela ne les a ni convaincus, ni arrêtés, ni fait douter. «Engeance de vipères», comme Jean les a appelés. Ils ont longtemps disputé avec la Vérité; il ne reste maintenant qu'à la tuer. Ils ont enfin compris ouvertement leur véritable désir: «s'emparer de lui par ruse et le tuer». Ils l'avaient fait depuis longtemps dans leur coeur. Ils ne se soucient que d'une chose: que le peuple ne pense rien de mauvais d'eux.
La femme, elle, «qui était connue dans la ville comme pécheresse», aurait pu craindre la colère et la condamnation. Il lui est impossible de cacher ses vices. Mais c'est précisément elle qui apporte le parfum précieux. L'élan de son coeur l'entraîne irrésistiblement vers Jésus. Tout s'y exprime: l'amour, la gratitude, le repentir. Elle ne pense pas à ce que les gens diront d'elle.
Judas part enfin pour accomplir sa trahison. Lui aussi a pris sa décision.
Que peut encore avoir le temps de faire Jésus pour nous, pour ses disciples, pour les hommes? Que pouvait-il faire, au fond? Se donner lui-même. Rester avec nous. Le repas pascal avec les disciples continue jusqu'à ce jour. Jésus vient à nous, comme il l'a promis, dans le sacrement de l'Eucharistie. L'alliance avec Dieu, la Nouvelle Alliance, est renouvelée à chaque Liturgie. Le Pain et le Vin, transformés par son Esprit, nourrissent et rassasient chacun: «...et ils en burent tous». Il reste fidèle jusqu'à la fin et pour les siècles des siècles. Et notre coeur exulte après la communion, comme celui des disciples: ils «chantèrent l'hymne».
Mais en même temps, un autre thème traverse le passage: celui de la trahison. Judas trahit. Pierre reniera. Les disciples s'attristent et doutent d'eux-mêmes: «serait-ce moi?». Ils ne savent pas ce qu'il y a dans leur coeur. On voudrait «mourir avec lui», mais il se trouve que cela ne marche pas. Ils ne peuvent pas encore se déterminer. Et nous?
Et pourquoi cela nous arrive-t-il sans cesse? Tout nous a été donné: la sagesse, la vérité, l'amour, la vie. Et nous doutons, nous renions et souvent nous trahissons. Est-il possible de rester fidèles jusqu'à la fin? Quelle est notre décision? Qu'y a-t-il dans notre coeur?
3 Comme il se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un nard pur, de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. |
4 Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux : " A quoi bon ce gaspillage de parfum ? |
5 Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. " Et ils la rudoyaient. |
6 Mais Jésus dit : " Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. |
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
8 Elle a fait ce qui était en son pouvoir: d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. |
9 En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l'Évangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire. " |
Dans la lecture d'aujourd'hui, le Christ arrête ceux qui, à voix haute et devant Lui, condamnent une femme pour avoir versé de l'huile sur Sa tête. Dans l'Évangile, il n'y a que quelques exemples d'une telle offrande faite au Christ. Les premiers furent les mages au jour de Sa naissance.
Le Christ dit aux gens qui condamnent la femme : « Pourquoi la troublez-vous ? » Il arrive que, dans un élan de l'âme, dans une impulsion du coeur, nous accomplissions des actes personnels et sincères pour lesquels nous sommes tournés en ridicule et condamnés. Cette femme, dans un amour silencieux et une ouverture du coeur, a versé une huile précieuse. Elle a apporté un don. « Dans le monde entier, on dira cela en mémoire d'elle. »
Dans le texte, nous ne trouvons pas ses paroles. Mais le Christ dit : « Elle a fait ce qu'elle pouvait : elle a d'avance oint Mon corps pour la sépulture. » Cette femme est l'un de ces témoins et artisans muets du Christ, comme ceux qui donnèrent l'ânon avant l'entrée du Seigneur à Jérusalem, ou la chambre où Il pouvait manger la Pâque. Et cette femme est devenue témoin du chemin du Christ. Du chemin de la vie du Christ, de Son supplice, de Sa sépulture et de Sa Résurrection dans la gloire et pour le salut du monde.
3 Comme il se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un nard pur, de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. |
4 Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux : " A quoi bon ce gaspillage de parfum ? |
5 Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. " Et ils la rudoyaient. |
6 Mais Jésus dit : " Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. |
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
8 Elle a fait ce qui était en son pouvoir: d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. |
9 En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l'Évangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire. " |
L’une des propriétés uniques, infiniment précieuses et chères pour nous, de l’Évangile selon Marc est qu’il remarque des détails de vie, ou même pourrait-on dire du quotidien, apparemment insignifiants, mais toujours remplis d’un sens immense. Rappelez-vous comment lui seul, parmi les synoptiques, remarque que l’aveugle Bartimée jette son manteau avant de s’approcher de Jésus. Ici aussi, dans notre lecture d’aujourd’hui, lui seul remarque que la femme brisa le vase. Image simple, très visuelle, mais remplie d’un sens très profond. Arrêtons aujourd’hui sur elle notre regard priant. Pourquoi l’a-t-elle fait ? La première réponse possible : pour que plus jamais rien ne soit versé dans ce vase. C’est une remarquable interprétation, que l’on rencontre dans l’exégèse contemporaine, et elle est sans doute pleinement juste. Par ce geste, elle a accompli la plénitude du moment. Mais permettons-nous encore une autre interprétation. Rappelons-nous que cette femme est pécheresse, comme la dépeignent les évangélistes. Et que signifie pour elle cet état de péché ? Rappelons les psaumes. « À cause de tous mes adversaires je suis devenu un objet d’opprobre, même pour mes voisins, et d’effroi pour mes connaissances ; ceux qui me voient dans la rue fuient loin de moi. Je suis oublié des coeurs comme un mort ; je suis comme un vase brisé, car j’entends les médisances de beaucoup ; la terreur m’environne quand ils se concertent contre moi, ils méditent de m’ôter la vie (Ps 31:12-14) ». L’intégrité du vase dont le parfum est versé sur la tête de Jésus, et son brisement dès qu’il cesse de le servir. L’intégrité auprès de Dieu, le brisement entre les mains du péché. Oui, tout simplement l’impossibilité, l’inutilité d’une chose (et d’un homme, « je suis comme un vase brisé ») si elle ne sert pas le Christ.
4 Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux : " A quoi bon ce gaspillage de parfum ? |
5 Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. " Et ils la rudoyaient. |
La fête approche, et une séparation se produit. Elle ne tient pas seulement au fait que les adversaires du Christ, préparant le meurtre, se préoccupent beaucoup plus de la réaction possible du peuple à un bain de sang pendant la fête que de la monstruosité même du supplice. La séparation tient aussi au fait que la division annoncée par le Maître se produit parmi Ses disciples.
En versant sur Jésus un parfum précieux, la femme accomplit un acte extravagant, impratique, ne correspondant pas aux idées sur un comportement normal. La réaction des disciples correspond au «bon sens»: pourquoi ne pas utiliser une telle valeur pour les besoins de la charité? Jean témoigne que Judas a parlé ainsi, mais Marc parle de quelques disciples. Cela signifie que le trouble était collectif. D’ailleurs, la réaction de la plupart d’entre nous serait-elle différente?
La manifestation visible de l’amour avec ses folies a troublé les disciples et est devenue l’une des pierres contre lesquelles l’un d’eux a trébuché. Mais on ne peut pas toujours justifier avec calcul la foi, l’espérance et l’amour; et pourtant, combien de fois ceux qui se sont laissé guider par eux ont accompli l’impossible.
Dans le quotidien, bien sûr, il n’est pas demandé de rejeter ni l’économie ni la sobriété pratique: elles ont leur place légitime dans le monde. Seulement, il ne faut pas oublier la faillite du calculateur Judas.
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
En parlant des pauvres, que Ses disciples avaient toujours, et de Lui-même, qu'ils n'avaient pas toujours avec eux, Jésus attire l'attention sur ce système de priorités propre à la vie chrétienne normale. Le problème principal est que les chrétiens, de tout temps, ont regardé le christianisme d'abord comme une religion par excellence, et ensuite comme une religion pratique, une religion des «bonnes oeuvres».
Cette manière de voir a été beaucoup favorisée par le fait que Jésus Lui-même met au centre l'amour: envers Dieu, envers Lui-même et les uns envers les autres. Dans la pratique, on oubliait souvent l'amour de Dieu et du Christ, et l'amour du prochain était compris précisément comme une religion des «bonnes oeuvres». Bien sûr, on gardait aussi formellement mémoire de l'amour du Christ, mais il était entendu comme allant de soi: à la différence des pauvres, Il ne semble avoir besoin d'aucune aide, surtout maintenant, après la résurrection, après l'ascension, après qu'Il siège déjà à la droite du Père, tandis que les prochains se trouvent dans une situation bien moins avantageuse et ont besoin de cette aide pratique.
Lorsque, dans l'histoire chrétienne, l'accent était mis sur l'amour du Christ, il se transformait souvent en quelque chose de mièvre et d'émotionnel, parfois même franchement sensible, si bien que les personnes observant une telle religiosité de l'extérieur pensaient raisonnablement qu'il valait mieux suivre la voie du service pratique, celle de la religion des «bonnes oeuvres», que de s'abandonner à une exaltation religieuse aussi étrange, et parfois malsaine. On le formulait d'habitude en disant que l'amour du Christ et de Dieu va de soi, et qu'il se manifeste dans ces mêmes «bonnes oeuvres» au profit du prochain. Mais Jésus rappelle à Ses disciples que le christianisme suppose d'abord des relations intenses avec Lui-même, et seulement ensuite tout le reste.
L'amour n'est pas une émotion ni une exaltation; il est volonté et état spirituel. Mais un tel état spirituel n'apparaît ni ne se maintient de lui-même; il faut le faire grandir, et pour cela il faut une concentration constante sur le Christ et sur la relation avec Lui, concentration de la volonté, non intellectuelle ni émotionnelle et sensible. L'amour comme état spirituel naît de ces relations et se maintient par cet effort de la volonté; comme tout amour, il suppose des efforts spirituels orientés et le travail spirituel de deux personnes. Quant aux bonnes oeuvres, pour être bonnes sans guillemets, elles doivent découler de l'amour qui unit le disciple à Jésus; elles doivent être faites et exister dans l'espace des relations qui relient celui qui les accomplit à Jésus. Des pauvres, il s'en trouvera toujours; mais qu'il y ait ou non une relation dépend de l'homme. C'est pourquoi Jésus attire l'attention des disciples sur Lui-même: sans Lui, les «bonnes oeuvres» resteront bonnes entre guillemets, quels que soient les efforts de ceux qui les font «pour le Christ».
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
L'histoire de l'Église connaît bien des débats sur la destination de l'Église, sur les tâches qui se tiennent devant elle, sur son rôle dans la société. D'ailleurs, l'aide aux pauvres et aux démunis, ce qu'on appelle d'habitude aujourd'hui le service social, était considérée comme l'une des formes les plus importantes de l'activité ecclésiale. Mais Jésus, évaluant l'acte de la femme qui L'a oint de parfum, indique quelque chose de plus important que possède l'Église: Lui-même.
Que signifient donc Ses paroles selon lesquelles nous ne L'«avons pas toujours»? Bien sûr, il s'agit aussi de ce qui attendait les apôtres, quand Lui-même devrait aller à la croix. Mais il ne s'agit pas seulement de cela. Il s'agit encore du fait que les problèmes sociaux, parmi lesquels la pauvreté, ont existé et existeront aussi longtemps qu'a existé et existera l'humanité déchue. Tandis que le Royaume n'a jamais été et ne sera jamais dans le monde; il vient dans le monde de l'extérieur, et il ne vient pas de lui-même: il est apporté avec Lui par le Messie envoyé par Dieu.
C'est pourquoi la tâche principale de l'Église, en tout temps, a été de porter le Royaume dans le monde et d'en témoigner. Toutes les autres formes d'activité ecclésiale ne sont qu'un moyen de résoudre cette tâche principale, car tout le reste dont s'occupent les communautés ecclésiales pourrait très bien être confié à d'autres organisations sans lien direct avec l'Église. Mais témoigner du Royaume et le porter dans le monde, personne ne le peut sinon l'Église. C'est pourquoi Jésus attire l'attention de Ses disciples sur ce qui est le fondement et le sens de l'existence de leur communauté: sur Lui-même et sur le Royaume qu'Il a apporté dans le monde.
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
Jésus nous propose-t-il vraiment, en serrant un rouble dans le poing et en plaçant à côté de lui, sain, grand, fort, et ce mendiant-ci, sale, malade, à demi vêtu, de faire un choix et de donner le rouble à Jésus?
Non, bien sûr. De tout ce qu'il dit découle tout autre chose: lorsqu'il y a le choix de faire quelque chose de bon pour ce Jésus concret, debout à côté de nous, ou pour quelque mendiant abstrait en général, le choix doit être fait en faveur de Jésus. Mais lorsque nous nous trouvons face à face avec un mendiant concret qui tend vers nous la main, il n'y a plus aucun choix, parce que Jésus lui-même a dit: «Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait».
7 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. |
Est ce que Jésus nous propose vraiment qu’ayant serré de l’argent au poing, de faire un choix entre Lui – sain, grand, fort et ce pauvre – sale, malade, à demi vêtu, et donner cet argent a Lui ? Bien sûr que non, autre chose résulte de tout ce dit Jésus : lorsque nous devons choisir de faire du bien soit à Jésus, soit à un pauvre abstrait, le choix doit être au profit de Jésus. Mais lorsque nous avons à faire à un pauvre concret, qui nous tend sa main, alors il n’y a aucun choix à faire ici, car Jésus Lui-même a dit : «dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait».
12 Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : " Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? " |
13 Il envoie alors deux de ses disciples, en leur disant : " Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le, |
14 et là où il entrera, dites au propriétaire : "Le Maître te fait dire : Où est ma salle, où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?" |
15 Et il vous montrera, à l'étage, une grande pièce garnie de coussins, toute prête ; faites-y pour nous les préparatifs. " |
16 Les disciples partirent et vinrent à la ville, et ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. |
17 Le soir venu, il arrive avec les Douze. |
18 Et tandis qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : " En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera, un qui mange avec moi. " |
19 Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l'un après l'autre : " Serait-ce moi ? " |
20 Il leur dit : " C'est l'un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le même plat. |
21 Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! " |
22 Et tandis qu'ils mangeaient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : " Prenez, ceci est mon corps. " |
23 Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils en burent tous. |
24 Et il leur dit : " Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude. |
25 En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. " |
Le Sauveur a parlé un jour de l'importance de ne pas laisser vide l'âme, comparée à une chambre balayée, après qu'elle a été délivrée d'un esprit impur. Et voici que le Christ entre dans la chambre préparée pour la remplir de Sa présence et, dans ce lieu pur à la veille de Sa Passion, unir à Lui Ses disciples par le Pain et le Vin, les unir en connaissant leurs cœurs et en prévoyant le trouble de la nuit qui approche...
Lorsque les disciples entendirent que l'un d'eux commettrait une trahison, ils se mirent à se demander les uns aux autres : « Qui ? Est-ce moi ? » Une conscience inquiète obligea chacun à regarder en lui-même, et personne ne reprocha au Maître ni de manquer d'impartialité ni de porter une accusation injuste.
Même abandonné par Ses disciples les plus proches, Il demeurait uni à eux par Son Corps et Son Sang. Abandonné par le monde entier, Lui-même n'abandonna personne.
21 Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! " |
Combien souvent pose-t-on la question : « De quoi Judas, Pilate et les grands prêtres sont-ils coupables si Jésus devait tout de même souffrir et être tué ? Sinon il ne serait pas mort. »
Ici tout est renversé. Ces hommes ne deviennent pas meurtriers parce que Jésus doit mourir ; au contraire, Jésus doit mourir parce que les hommes sont meurtriers. Par sa chute, l'homme a introduit la mort humaine dans le monde. Plus encore, la première mort humaine n'est pas venue d'une maladie ni d'un tremblement de terre, mais de la main d'un frère. Nous sommes tous pécheurs, et le péché est mort ; nous sommes tous meurtriers. Et le seul non-meurtrier venu dans ce monde était condamné. Mais ce qui effraie, c'est la ténèbre intérieure, et donc la « qualité » de vie, de ceux qui deviennent les exécutants de cet acte de ce monde.
21 Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! " |
Cette question est trop souvent posée: «pourquoi Judas, Pilate et les grands prêtres sont-ils coupables s’il fallait dans tous les cas que Jésus souffre et soit tué ? Car autrement Il ne serait pas mort».
Tout est bouleversé ici. Jésus doit mourir non parce que ces gens deviennent des assassins, mais plutôt parce qu’ils sont des assassins. L’Homme a apporté la mort dans le monde par sa chute, pis que cela, le premier décès de l’homme n’est pas de suite de maladie, ni de tremblements de terre, mais des mains de son propre frère. Nous sommes tous des pécheurs, et le péché conduit à la mort, alors nous sommes tous des assassins. Or le Seul non-assassin, venu dans ce monde fut condamné. Mais l’obscurité intérieure (c'est-à-dire et la « qualité » de vie) épouvante, horrifie ceux qui deviennent exécuteurs de cette action du monde entier.
29 Pierre lui dit : " Même si tous succombent, du moins pas moi ! " |
30 Jésus lui dit : " En vérité, je te le dis : toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. " |
Combien souvent ce qui est dit «en général» est mieux reçu que ce qui est adressé personnellement. La prophétie sur la trahison prochaine a suscité chez les disciples une vive réaction et les a poussés à se regarder eux-mêmes encore une fois. Mais l’avertissement impartial adressé personnellement à Pierre a été rejeté par lui. Dans ses objections, on entend une blessure orgueilleuse: cela ne peut pas être, puisque je suis si bon!
Et aussitôt Pierre s’est assoupi, laissant le Christ seul avec l’abandon de Dieu à Gethsémani. S’approchant pour une minute, le Sauveur ne l’appelle pas Pierre, mais Simon. À cet instant, Simon, fils de Jonas, n’est déjà plus, mais n’est pas encore, le roc de pierre...
Ceux qui se sont demandé: «Est-ce moi?» se sont enfuis, mais ils n’avaient pas promis de ne fléchir en aucune circonstance. Ils ont manifesté de la faiblesse, mais ils n’ont pas commis de trahison et ne L’ont pas renié.
Combien souvent il nous est insupportable d’entendre de la part de ceux qui nous entourent un reproche amer; nous voulons aussitôt contester les accusations désagréables. Mais sans accueillir l’insupportable vérité sur nous-mêmes, il est difficile de nous débarrasser de nos propres ordures.
10 Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer. |
11 A cette nouvelle ils se réjouirent et ils promirent de lui donner de l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le livrer. |
12 Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : " Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? " |
13 Il envoie alors deux de ses disciples, en leur disant : " Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le, |
14 et là où il entrera, dites au propriétaire : "Le Maître te fait dire : Où est ma salle, où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?" |
15 Et il vous montrera, à l'étage, une grande pièce garnie de coussins, toute prête ; faites-y pour nous les préparatifs. " |
16 Les disciples partirent et vinrent à la ville, et ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. |
17 Le soir venu, il arrive avec les Douze. |
18 Et tandis qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : " En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera, un qui mange avec moi. " |
19 Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l'un après l'autre : " Serait-ce moi ? " |
20 Il leur dit : " C'est l'un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le même plat. |
21 Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! " |
22 Et tandis qu'ils mangeaient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : " Prenez, ceci est mon corps. " |
23 Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils en burent tous. |
24 Et il leur dit : " Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude. |
25 En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. " |
26 Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. |
27 Et Jésus leur dit : " Tous vous allez succomber, car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées. |
28 Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. " |
29 Pierre lui dit : " Même si tous succombent, du moins pas moi ! " |
30 Jésus lui dit : " En vérité, je te le dis : toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. " |
31 Mais lui reprenait de plus belle : " Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. " Et tous disaient de même. |
32 Ils parviennent à un domaine du nom de Gethsémani, et il dit à ses disciples : " Restez ici tandis que je prierai. " |
33 Puis il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à ressentir effroi et angoisse. |
34 Et il leur dit : " Mon âme est triste à en mourir ; demeurez ici et veillez. " |
35 Étant allé un peu plus loin, il tombait à terre, et il priait pour que, s'il était possible, cette heure passât loin de lui. |
36 Et il disait : " Abba Père ! tout t'est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! " |
37 Il vient et les trouve en train de dormir ; et il dit à Pierre : " Simon, tu dors ? Tu n'as pas eu la force de veiller une heure ? |
38 Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. " |
39 Puis il s'en alla de nouveau et pria, en disant les mêmes paroles. |
40 De nouveau il vint et les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis; et ils ne savaient que lui répondre. |
41 Une troisième fois il vient et leur dit : " Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C'en est fait. L'heure est venue : voici que le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs. |
42 Levez-vous ! Allons ! Voici que celui qui me livre est tout proche. " |
En lisant les récits évangéliques de la Cène et de tout ce qui suivit, on se demande malgré soi: pouvait-il en être autrement? Et si cela ne pouvait pas être autrement, si «le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est écrit de Lui», cela ne signifie-t-il pas que personne n’est coupable de rien, que tous les participants à ces événements ne faisaient que jouer un drame écrit non par eux, prédéterminé d’avance, de sorte qu’aucun d’eux ne pouvait rien y changer? Mais pourquoi alors Jésus Lui-même, parlant de l’inévitabilité de ce qui arrive, ajoute-t-Il aussitôt: «mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est livré»? Peut-être existe-t-il tout de même inévitabilité et inévitabilité? En effet, après la chute, le chemin terrestre du Messie ne pouvait être sans obstacle; d’une manière ou d’une autre, il devait se terminer par la souffrance et la mort. Et pourtant, même dans une telle situation, chacun reste libre de prendre la décision qu’il estime juste. Oui, dans le monde déchu, il se trouve inévitablement dans chaque communauté son Judas; mais cela ne prédétermine pas le choix concret d’une personne concrète, qui, précisément pour cette raison, n’est pas déchargée de sa responsabilité pour le choix qu’elle a fait. De plus, aucun des participants à ce drame, de toute évidence, ne pensait à quelque prédestination que ce soit; les beaux récits à la manière de Léonid Andreïev sont ici déplacés, et cela est peut-être le plus terrible. Jésus gênait simplement beaucoup de gens, pour des raisons différentes, mais très terrestres. Et s’il en est ainsi, aussi triste que ce soit de le reconnaître, chacun de nous aurait potentiellement pu se trouver à la place de Ses persécuteurs. Le choix demeure toujours. L’essentiel est qu’il soit le bon.
31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. |
32 " Quant à la date de ce jour, ou à l'heure, personne ne les connaît, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, personne que le Père. |
33 " Soyez sur vos gardes, veillez, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. |
34 Il en sera comme d'un homme parti en voyage: il a quitté sa maison, donné pouvoir à ses serviteurs, à chacun sa tâche, et au portier il a recommandé de veiller. |
35 Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison va venir, le soir, à minuit, au chant du coq ou le matin, |
36 de peur que, venant à l'improviste, il ne vous trouve endormis. |
37 Et ce que je vous dis à vous, je le dis à tous : veillez ! " |
1 La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. |
2 Car ils se disaient : " Pas en pleine fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple. " |
Pourquoi donc Jésus ne répond-il pas à cette question si brûlante sur les temps et les moments ? Dieu cache-t-il spécialement aux hommes un fait si important ? En effet, si nous connaissions exactement la date du triomphe à venir du Royaume… D’ailleurs, dire de façon univoque ce que chacun de nous ferait dans ce cas n’est pas si simple. On ne peut même pas être sûr que tous prendraient une telle révélation au sérieux. Et pourtant, comme on le sait, être averti, c’est être armé ; quant à la manière de recevoir l’avertissement, chacun la décide pour lui-même. En tout cas, pour ceux qui prennent la vie spirituelle au sérieux, la situation serait nettement simplifiée : ils n’auraient pas à demeurer dans un état de tension spirituelle continue (et peut-être pas seulement spirituelle), attendant chaque jour l’événement principal de leur vie. De plus, Jésus lui-même dit que même lui ne connaît pas les temps de son propre retour. Pourquoi en est-il ainsi ? Peut-être ne s’agit-il pas du fait qu’on nous cache quelque chose, mais du fait que les délais ne sont pas fixés ? Car l’histoire du Royaume est avant tout l’histoire de ceux qui y vivent et en témoignent, l’histoire de la justice chrétienne, déterminée non seulement par la volonté de Dieu, mais aussi par le choix des hommes que Dieu appelle. Dès lors, il apparaît inévitablement que le moment du retour du Messie et du triomphe du Royaume dépend non seulement de Dieu, mais aussi de nous.
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