3 Dieu peut-il fléchir le droit, Shaddaï fausser la justice ? |
4 Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés au pouvoir de leur faute. |
Par son assurance, Bildad dépasse tous ceux qui répondent à Job, et, sans appel, sans disposer des faits mais en se guidant par des considérations générales, il affirme que les fils de Job ont justement souffert pour leurs péchés. Bildad a raison lorsqu’il affirme que Dieu est juste, mais il est étrange qu’il ne tienne pas compte du fait qu’après la chute le monde gît dans le mal; c’est pourquoi beaucoup de ce qui se passe dans le monde ne correspond pas au dessein du Créateur. Pour une raison ou une autre, Bildad et les moralistes de son genre oublient qu’il y a beaucoup de mal dans le monde indépendamment du fait que les malheurs tombent ou non à juste titre sur les hommes, et que nous n’avons pas le droit d’appeler toute catastrophe un châtiment pour les péchés.
L’espérance de Bildad en Dieu est tout à fait juste, mais elle est liée à un jugement qu’il s’arroge arbitrairement. Au fond, Bildad se met à la place de Dieu et tente de décider en Son nom, sans avoir pour cela le moindre fondement.
1 Bildad de Shuah prit la parole et dit : |
2 Jusqu’à quand parleras-tu de la sorte, et tiendras-tu des propos semblables à un grand vent ? |
3 Dieu peut-il fléchir le droit, Shaddaï fausser la justice ? |
4 Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés au pouvoir de leur faute. |
5 Quant à toi, si tu recherches Dieu, si tu implores Shaddaï, |
6 si tu es irréprochable et droit, dès maintenant, il veillera sur toi et il restaurera ta place et ton droit. |
7 Ta condition ancienne te paraîtra comme rien, si grand sera ton avenir. |
8 Interroge la génération passée, médite sur l’expérience acquise par ses pères. |
9 Nous, nés d’hier, nous ne savons rien, notre vie sur terre passe comme une ombre. |
10 Mais eux, ils t’instruiront, te parleront, et leur pensée livrera ces sentences : |
11 « Le papyrus pousse-t-il hors des marais ? Privé d’eau, le jonc peut-il croître ? |
12 Quand il est encore dans sa fraîcheur et non cueilli, avant toute autre herbe il se dessèche. |
13 Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu, ainsi périt l’espoir de l’impie. |
14 Sa confiance n’est que filandre, sa sécurité, une maison d’araignée. |
15 S’appuie-t-il sur sa demeure, elle ne tient pas ; s’y cramponne-t-il, elle ne résiste pas. |
16 Plein de sève au soleil, au-dessus du jardin il lançait ses jeunes pousses. |
17 Ses racines entrelacées sur un tertre pierreux, il puisait sa vie au milieu des rochers. |
18 On l’arrache de son lieu ; son lieu le renie : « Je ne t’ai jamais vu ! » |
19 Et le voilà pourrissant sur le chemin, tandis que du sol, d’autres germent. |
20 Non, Dieu ne rejette pas l’homme intègre, il ne prête pas main-forte aux méchants. |
21 Le rire peut de nouveau remplir ta bouche, la joie éclater sur tes lèvres. |
22 Tes ennemis seront couverts de honte, et la tente des méchants disparaîtra. » |
Le discours et la prière de Job, qui s'adresse à Dieu comme à un Être vivant capable de le comprendre, indignent ses amis. Ils trouvent que Job ne révère pas assez le Très-Haut. C'est pourquoi la réponse de Bildad est sensiblement plus dure que le premier discours d'Élifaz. « Combien de temps parleras-tu ainsi ? Les paroles de ta bouche sont un vent impétueux ! », s'exclame Eldad. L'équivalent le plus juste en langage familier d'aujourd'hui serait « raconter des salades ». Le reproche de Bildad tient essentiellement à ce que les paroles de Job lui paraissent sans fondement et destructrices. Job s'imaginerait-il que Dieu puisse avoir tort, alors qu'il a toujours raison, « par définition » ? Si Élifaz parlait d'une loi selon laquelle le péché est puni par la souffrance, Bildad raisonne en sens inverse : si les fils de Job ont souffert, c'est qu'ils ont péché devant Dieu. Si Job lui-même est innocent, qu'il prie, et Dieu lui donnera immédiatement la paix. Le raisonnement de Bildad suit presque mot pour mot ce que Dieu a dit par le prophète Ézéchiel sur la responsabilité personnelle : les enfants ne répondent pas des péchés des parents, ni les parents de ceux des enfants (Ez 18:1–24). On peut y voir un argument en faveur d'une rédaction du livre de Job postérieure à l'époque de l'exil, durant laquelle Ézéchiel exerçait son ministère. En outre, et c'est bien plus important, les Juifs qui se moquent du Christ crucifié reprennent le fond des paroles de Bildad : « Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s'il lui est agréable » (Mt 27:43). Ainsi, la position apparemment infaillible de Bildad n'a pas de rapport avec la vie, où tout est beaucoup plus complexe.
Ne trouvant pas de nouveaux arguments théologiques par rapport à Élifaz, Bildad recourt à un argument statistique : « Il en a toujours été ainsi. » « Interroge les générations passées », exhorte-t-il Job, avant de donner une description poétique de la perte des impies. Bildad semble n'avoir pas entendu ce que Job a dit dans les deux chapitres précédents ; il tente donc, comme il peut, d'entretenir chez lui un peu d'optimisme. « Tout ira bien », dit Bildad. Que ces paroles sont impuissantes et vides ! Et comme il nous arrive souvent, dans une telle situation, de n'avoir tout simplement rien d'autre à dire !
1 Bildad de Shuah prit la parole et dit : |
2 Jusqu’à quand parleras-tu de la sorte, et tiendras-tu des propos semblables à un grand vent ? |
3 Dieu peut-il fléchir le droit, Shaddaï fausser la justice ? |
4 Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés au pouvoir de leur faute. |
5 Quant à toi, si tu recherches Dieu, si tu implores Shaddaï, |
6 si tu es irréprochable et droit, dès maintenant, il veillera sur toi et il restaurera ta place et ton droit. |
7 Ta condition ancienne te paraîtra comme rien, si grand sera ton avenir. |
8 Interroge la génération passée, médite sur l’expérience acquise par ses pères. |
9 Nous, nés d’hier, nous ne savons rien, notre vie sur terre passe comme une ombre. |
10 Mais eux, ils t’instruiront, te parleront, et leur pensée livrera ces sentences : |
11 « Le papyrus pousse-t-il hors des marais ? Privé d’eau, le jonc peut-il croître ? |
12 Quand il est encore dans sa fraîcheur et non cueilli, avant toute autre herbe il se dessèche. |
13 Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu, ainsi périt l’espoir de l’impie. |
14 Sa confiance n’est que filandre, sa sécurité, une maison d’araignée. |
15 S’appuie-t-il sur sa demeure, elle ne tient pas ; s’y cramponne-t-il, elle ne résiste pas. |
16 Plein de sève au soleil, au-dessus du jardin il lançait ses jeunes pousses. |
17 Ses racines entrelacées sur un tertre pierreux, il puisait sa vie au milieu des rochers. |
18 On l’arrache de son lieu ; son lieu le renie : « Je ne t’ai jamais vu ! » |
19 Et le voilà pourrissant sur le chemin, tandis que du sol, d’autres germent. |
20 Non, Dieu ne rejette pas l’homme intègre, il ne prête pas main-forte aux méchants. |
21 Le rire peut de nouveau remplir ta bouche, la joie éclater sur tes lèvres. |
22 Tes ennemis seront couverts de honte, et la tente des méchants disparaîtra. » |
Manifestement, les paroles de Job irritent de plus en plus ses amis. Et si Éliphaz tente encore d’être objectif et amical, un autre des amis participant à la conversation, Bildad, fond directement sur Job avec des reproches (v. 1 – 2). Il dit à son ami: jusqu’à quand accuseras-tu Dieu? Car Il ne peut en aucune manière avoir tort; Il ne châtie que ceux qui méritent le châtiment (v. 3 – 4)! Bildad, au fond, ne dit rien de nouveau à Job; il ne fait que répéter ce qu’Éliphaz a dit. Il dit: si tu es vraiment juste, Dieu confirmera ta justice (v. 5 – 7). Le seul argument nouveau dans la bouche de Bildad est le recours à la tradition, à l’opinion des pères (v. 8 – 9).
Mais cette opinion, au fond, ne fait que soutenir les représentations religieuses établies et généralement admises: l’impie ne réussit jamais, il disparaîtra de la face de la terre, il se desséchera comme l’herbe privée d’eau (v. 10 – 19). À Job, en cas de soumission, Bildad promet, comme Éliphaz auparavant, la fin prochaine des épreuves envoyées par Dieu et le retour de l’ancienne prospérité (v. 20 – 22). Une telle réaction de Bildad aux paroles de Job a peu d’explication rationnelle. Il semble que Bildad ait simplement peur de ce qu’il a entendu et réagisse de manière tout à fait irrationnelle, comme il arrive souvent aux hommes sous l’influence de la peur. Et sa réaction est d’autant plus vive qu’il s’agit d’une peur religieuse. Une telle peur est propre, à un degré ou à un autre, à tous les hommes religieux; elle apparaît lorsque le monde intérieur de l’homme religieux est menacé de déformation, voire de destruction.
En effet, ce que Job a dit devait paraître à tout homme religieux presque blasphématoire: car, à première vue, il a osé mettre en doute la justice de Dieu Lui-même, Son droit de juger chacun et de prononcer Ses propres décisions sans rendre compte de rien à personne! L’idée qu’un homme puisse douter de la justice de Dieu paraît monstrueuse à la conscience religieuse; car la religion n’est que l’œuvre des mains humaines, et l’homme, surtout l’homme religieux, comprend très bien qu’il ne peut pas parler avec Dieu d’égal à égal. L’expérience de la révélation est autre chose: dans une telle expérience, la sainte crainte née du sentiment de la réelle proximité de Dieu côtoie souvent l’audace qui naît là où Dieu abaisse volontairement Sa grandeur afin que Sa communion avec l’homme devienne une communion d’égaux. Mais l’expérience d’une telle communion est l’expérience de la révélation; la religion en tant que telle ne la connaît pas, et elle est donc perçue par la conscience religieuse, au mieux comme de l’audace, au pire comme du blasphème.
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