Comprenant qu'il n'a plus rien à perdre, Job adresse à Dieu un long discours...
Comprenant qu'il n'a plus rien à perdre, Job adresse à Dieu un long discours (v. 1). Il demande à Dieu pourquoi Il s'oppose à lui (v. 2). Dieu n'est pas un homme que l'on puisse soudoyer; pourquoi donc les impies réussissent-ils mieux que le juste dans Son monde (v. 3-4)? Mais la question principale de Job est ailleurs. Il dit à Dieu: Tu me connais, Tu connais ma justice; que veux-Tu donc de moi, et pourquoi cherches-Tu des péchés en moi (v. 5-7)? Job comprend, comme ses amis, qu'il n'existe pas d'homme sans péché et que la justice n'est pas l'absence de péché, mais la fidélité à Dieu, qui peut toujours trouver, même chez celui qui Le suit, un péché à lui reprocher.
Mais fouiller ainsi les péchés d'autrui pour trouver un motif d'accusation est le propre de l'homme, et même de l'homme impie, non de Dieu. C'est Toi-même, dit Job à Dieu, qui m'as fait tel que je suis, et Tu m'as gardé (v. 8-12). Job sait que cela ne lui donne aucun droit au péché ni à l'impiété (v. 13-14), car Dieu ne rend pas l'homme pécheur. Mais dans son cas il ne voit pas de jugement, car tout jugement suppose un examen objectif et impartial des accusations. Job ne voit de la part de Dieu qu'une répression sans procès. Il dit: si je suis coupable, malheur à moi; mais même si je ne le suis pas, cela ne rend rien plus facile (v. 15-16). Il n'y a pas de tribunal, aucun argument en faveur de l'accusé n'est reçu, et les témoins à charge se multiplient (v. 17).
La conscience religieuse voit souvent Dieu moins comme un juge juste que comme un juge impitoyable. Mais Job veut atteindre le Dieu de la révélation; il Lui dit donc: s'il en est ainsi, pourquoi suis-je né? Pourquoi ai-je vécu (v. 18-19)? Et pourtant, dit Job, il n'est pas trop tard, car la mort est proche (v. 20-22). À première vue, ce sont les mêmes plaintes que dans son premier discours. Mais ici il parle d'une réalité plus profonde: il tente d'atteindre le Dieu de la révélation en Lui rappelant le sens de sa propre vie, et aussi le sens de toute vie humaine.
En effet, si Dieu n'a que faire de l'homme, s'Il ne veut pas s'abaisser vers lui, à quoi sert l'homme sur la terre? La vie humaine ne peut avoir de sens que si Dieu n'est pas une simple puissance indifférente, mais le Juge juste, prêt à accueillir l'homme, même après l'épreuve la plus sévère. Si Dieu est prêt à passer par-dessus l'homme, pécheur ou juste, la vie humaine perd tout sens, et Job le comprend. Il sait que vivre n'a de sens que devant le Dieu de la révélation, non devant le Dieu de la religion. C'est pourquoi il veut tant voir Dieu face à face: alors seulement il recevra une réponse à la question qui le tourmente, savoir qui est vraiment son Dieu.