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RÉFLEXIONS pour Jb 8:1-2

Bildad de Shuah prit la parole et dit:
Jusqu'à quand parleras-tu de la sorte et tiendras-tu des propos semblables à un grand vent?
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Les amis de Job ne peuvent en rien l’aider dans la recherche de la réponse à la question principale - pourquoi? Et le discours de Bildad en est la meilleure confirmation. Bildad, certes, se réfère moins à son expérience personnelle qu’à la tradition. Et il cite abondamment des livres des sages, qui prouvent avec certitude sa thèse principale, celle de Bildad: rien de mauvais ne peut arriver au juste, et si quelque chose de tel arrive malgré tout à un homme, cela signifie qu’il n’est pas juste. Vieux schéma religieux, aussi ancien que le monde, qui permet facilement de présenter le problème de Job comme, au fond, un pseudo-problème. Il n’y a aucun problème du juste souffrant; il y a le vieux problème, depuis longtemps résolu, du pécheur souffrant. Ici encore, c’est toujours le même désir non pas de résoudre le problème de Job, mais de l’étouffer. Et le mieux aurait été de l’étouffer en le faisant entrer dans les cadres de la religion, où se seraient trouvés les mécanismes traditionnels de sa résolution et des réponses toutes prêtes aux questions posées par Job.

Éliphaz le faisait de façon plus subtile; il s’appuyait aussi sur sa propre expérience spirituelle, d’autant que cette expérience avait contribué à la formation et au renforcement de la religiosité d’Éliphaz lui-même. Éliphaz voit que la religiosité de Job vacille, et il lui propose ce qui pourrait la renforcer. Bildad fait au fond la même chose, mais, à la différence d’Éliphaz, il n’a pas d’expérience propre; il propose donc à Job, à sa place, l’expérience des ancêtres, la Tradition. Démarche imparable: la Tradition est sans aucun doute importante. Mais seulement à condition d’être reçue de manière adéquate.

La Tradition authentique porte toujours en elle l’expérience de la vie spirituelle des générations précédentes. Mais elle porte aussi les formes religieuses propres à ces générations, dans lesquelles les porteurs de la Tradition exprimaient leur expérience. Si on le veut, même dans la Tradition authentique on peut trouver de la religiosité — et s’y arrêter. Transformer, par exemple, certains livres anciens en recueil de citations, où l’on peut toujours trouver des déclarations sur un thème donné — à peu près comme le fait Bildad. Alors la Tradition disparaît, et il ne reste plus que la tradition, œuvre des mains humaines.

C’est celle-là, au fond, que Bildad propose à Job pour soutenir sa religiosité, à lui, Job. Seulement Job a besoin d’autre chose. Il n’a pas besoin d’une restauration de sa propre religiosité. Il a besoin d’une réponse à la question principale, sans laquelle il n’y a plus de vie pour lui. Non seulement la vie spirituelle, mais la vie tout court — tout est si sérieux pour Job. Et ses amis espèrent encore «recouvrir de paroles» son problème, lui trouver des mots religieusement corrects qui, une fois entendus, feraient disparaître le problème de lui-même.

Autres réflexions

 
Pour Jb 8:1-22
Bildad de Shuah prit la parole et dit:
Jusqu'à quand parleras-tu de la sorte et tiendras-tu des propos semblables à un grand vent?
Dieu peut-il fléchir le droit, Shaddaï fausser la justice?
Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés au pouvoir de leur faute.
Quant à toi, si tu recherches Dieu, si tu implores Shaddaï,
si tu es irréprochable et droit, dès maintenant il veillera sur toi et il restaurera ta place et ton droit.
Ta condition ancienne te paraîtra comme rien, si grand sera ton avenir.
Interroge la génération passée, médite sur l'expérience acquise par ses pères.
Nous, nés d'hier, nous ne savons rien, notre vie sur terre passe comme une ombre.
10 Mais eux, ils t'instruiront, te parleront, et leur pensée livrera ces sentences:
11 " Le papyrus pousse-t-il hors des marais? Privé d'eau, le jonc peut-il croître?
12 Quand il est encore dans sa fraîcheur et non cueilli, avant toute autre herbe il se dessèche.
13 Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu, ainsi périt l'espoir de l'impie.
14 Sa confiance n'est que filandre, sa sécurité, une toile d'araignée.
15 S'appuie-t-il sur sa demeure, elle ne tient pas; s'y cramponne-t-il, elle ne résiste pas.
16 Plein de sève au soleil, au-dessus du jardin il lançait ses jeunes pousses.
17 Ses racines entrelacées sur un tertre pierreux, il puisait sa vie au milieu des rochers.
18 On l'arrache de son lieu; son lieu le renie: "Je ne t'ai jamais vu! "
19 Et le voilà pourrissant sur le chemin, tandis que du sol, d'autres germent.
20 Non, Dieu ne rejette pas l'homme intègre, il ne prête pas main-forte aux méchants.
21 Le rire peut de nouveau remplir ta bouche, la joie éclater sur tes lèvres.
22 Tes ennemis seront couverts de honte, et la tente des méchants disparaîtra.
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Manifestement, les paroles de Job irritent de plus en plus ses amis. Et si Éliphaz tente encore...  Lire la suite

Manifestement, les paroles de Job irritent de plus en plus ses amis. Et si Éliphaz tente encore d’être objectif et amical, un autre des amis participant à la conversation, Bildad, fond directement sur Job avec des reproches (v. 1 – 2). Il dit à son ami: jusqu’à quand accuseras-tu Dieu? Car Il ne peut en aucune manière avoir tort; Il ne châtie que ceux qui méritent le châtiment (v. 3 – 4)! Bildad, au fond, ne dit rien de nouveau à Job; il ne fait que répéter ce qu’Éliphaz a dit. Il dit: si tu es vraiment juste, Dieu confirmera ta justice (v. 5 – 7). Le seul argument nouveau dans la bouche de Bildad est le recours à la tradition, à l’opinion des pères (v. 8 – 9).

Mais cette opinion, au fond, ne fait que soutenir les représentations religieuses établies et généralement admises: l’impie ne réussit jamais, il disparaîtra de la face de la terre, il se desséchera comme l’herbe privée d’eau (v. 10 – 19). À Job, en cas de soumission, Bildad promet, comme Éliphaz auparavant, la fin prochaine des épreuves envoyées par Dieu et le retour de l’ancienne prospérité (v. 20 – 22). Une telle réaction de Bildad aux paroles de Job a peu d’explication rationnelle. Il semble que Bildad ait simplement peur de ce qu’il a entendu et réagisse de manière tout à fait irrationnelle, comme il arrive souvent aux hommes sous l’influence de la peur. Et sa réaction est d’autant plus vive qu’il s’agit d’une peur religieuse. Une telle peur est propre, à un degré ou à un autre, à tous les hommes religieux; elle apparaît lorsque le monde intérieur de l’homme religieux est menacé de déformation, voire de destruction.

En effet, ce que Job a dit devait paraître à tout homme religieux presque blasphématoire: car, à première vue, il a osé mettre en doute la justice de Dieu Lui-même, Son droit de juger chacun et de prononcer Ses propres décisions sans rendre compte de rien à personne! L’idée qu’un homme puisse douter de la justice de Dieu paraît monstrueuse à la conscience religieuse; car la religion n’est que l’œuvre des mains humaines, et l’homme, surtout l’homme religieux, comprend très bien qu’il ne peut pas parler avec Dieu d’égal à égal. L’expérience de la révélation est autre chose: dans une telle expérience, la sainte crainte née du sentiment de la réelle proximité de Dieu côtoie souvent l’audace qui naît là où Dieu abaisse volontairement Sa grandeur afin que Sa communion avec l’homme devienne une communion d’égaux. Mais l’expérience d’une telle communion est l’expérience de la révélation; la religion en tant que telle ne la connaît pas, et elle est donc perçue par la conscience religieuse, au mieux comme de l’audace, au pire comme du blasphème.

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