Parfois le comportement de Jésus peut paraître franchement provocateur. Pourquoi, semble-t-il, Lui fallait-il guérir un homme à la main desséchée précisément le shabbat et précisément dans la synagogue ? C'était en effet un défi direct...
Parfois le comportement de Jésus peut paraître franchement provocateur. Pourquoi, semble-t-il, Lui fallait-il guérir un homme à la main desséchée précisément le shabbat et précisément dans la synagogue ? C'était en effet un défi direct et évident non seulement aux pharisiens en particulier, mais aussi, plus généralement, aux représentations déjà établies à cette époque des normes et des règles du shabbat, notamment des interdits rituels qui y étaient liés.
La règle habituelle était la suivante : l'aide apportée à une personne le shabbat, y compris l'aide médicale, était donnée sous la forme et dans la mesure nécessaires pour des raisons vitales. Si, par exemple, la main desséchée de l'homme guéri avait menacé directement sa vie, personne n'aurait reproché à Jésus cette guérison.
Mais s'il n'y avait pas de menace directe et immédiate pour la vie, on ne soignait pas le shabbat et l'on remettait le traitement à la fin du shabbat. On peut remarquer, d'ailleurs, que dans les établissements médicaux d'Israël, par exemple, ces règles sont encore suivies aujourd'hui : le shabbat, on n'effectue que les actes médicaux planifiés nécessaires et l'on fournit l'aide d'urgence nécessaire pour des raisons vitales.
La situation de l'homme guéri par Jésus était manifestement différente : sa main desséchée ne menaçait en rien sa vie, et la guérison pouvait donc tout à fait être reportée à la fin du shabbat. Mais Jésus, comme nous le voyons, ne le fait pas et guérit l'homme précisément le shabbat. À première vue, une telle guérison peut sembler une violation démonstrative et donc provocatrice du shabbat.
En réalité, tout est exactement inverse. Dans ce cas, il ne s'agit pas d'une aide médicale, mais d'une guérison. De la manifestation du Royaume et de sa puissance. C'est-à-dire précisément de ce pour quoi le shabbat existe en tant que tel. Aux temps évangéliques, on discutait beaucoup des normes et des prescriptions rituelles liées au shabbat, et derrière les restrictions on oubliait souvent l'essentiel : le shabbat n'est pas un jour d'interdits rituels, mais un jour à passer dans la présence de Dieu.
Jésus, justement, cherche à rendre au shabbat son sens véritable. En effet : le shabbat peut-il être davantage lui-même, non par la forme mais par l'essence, quelque part ailleurs que dans le Royaume ? Entrer dans le Royaume signifie entrer dans le repos du shabbat, et cela dans une plénitude impensable nulle part ailleurs. C'est précisément ce que Jésus propose à ceux qui ont été témoins de la guérison qu'Il a accomplie : ils se sont trouvés de fait au seuil du Royaume, tous autant qu'ils étaient là. Mais beaucoup de ceux qui étaient présents n'ont pas du tout remarqué le Royaume ; en revanche, ils ont très bien remarqué la violation des prescriptions religieuses liées au shabbat. Cet accent mis sur l'extérieur au détriment de l'essentiel, sur la religion au détriment du Royaume, était le principal obstacle sur le chemin du Royaume pour les personnes religieuses. Un obstacle qu'il fallait surmonter, ou bien renoncer entièrement au chemin vers le Royaume. Là, chacun fait son choix. Et porte toutes les conséquences de ce choix.