4 Le héraut proclama avec force : "A vous, peuples, nations et langues, voici ce qui a été commandé |
5 à l'instant où vous entendrez sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et ferez adoration à la statue d'or qu'a élevée le roi Nabuchodonosor. |
6 Quant à celui qui ne se prosternera ni ne fera adoration, il sera incontinent jeté dans la fournaise de feu ardent." |
Il est difficile aujourd'hui de dire avec certitude ce qui se cache derrière toute l'histoire de la statue d'or. Certains historiens ont avancé l'hypothèse qu'à la fin du règne de Nabuchodonosor, ou sous le règne de Balthazar, une réforme religieuse fut menée à l'initiative du roi, au cours de laquelle les autels des sanctuaires royaux, jusque-là fermés aux simples gens, furent ouverts, au grand mécontentement des prêtres.
Après cela, les cultes babyloniens officiels, comme le culte de Bel-Marduk, protecteur de Babylone, devinrent publics et obligatoires. Auparavant, on supposait par défaut que tous les habitants du pays adhéraient à la religion d'État ; désormais, il fallait manifester publiquement sa fidélité aux dieux de Babylonie. Il est possible que, durant cette période, vers la fin de l'exil, se soit aussi dessiné un conflit entre la Synagogue et les autorités babyloniennes sur un terrain religieux, dont on peut trouver de vagues échos dans la seconde partie du livre d'Isaïe. Peu après, cependant, la Babylonie tomba sous les coups de l'armée perse, et la situation changea radicalement.
Bien sûr, dans le livre de Daniel, écrit bien plus tard que les événements mentionnés, ceux-ci sont reflétés plutôt comme une légende que comme un événement historiquement certain. Mais cette légende, à l'époque où le livre fut écrit, arriva plus qu'à propos : le livre fut en effet rédigé au temps des persécutions contre la Synagogue par le roi syrien Antiochus Épiphane. Ces persécutions se distinguaient par leur caractère organisé et systématique. Antiochus lui-même exigeait de tous ses sujets sans exception un culte public et rigoureux rendu à Zeus, sous des noms divers selon les régions, comme cela arrivait souvent dans l'Antiquité, Zeus qu'il considérait sérieusement comme son père.
Chacun à son tour devait offrir à Zeus, ou à Baal-Shamem comme on l'appelait officiellement en Judée, un sacrifice public qui, pour tout Juif croyant, équivalait à une apostasie. C'est alors qu'apparurent dans la Synagogue beaucoup de martyrs, mais aussi beaucoup d'apostats. Le récit de la confession des trois jeunes gens devait soutenir ceux qui voulaient garder la fidélité au Dieu d'Israël et à la foi des pères. Bien sûr, c'est avant tout un récit de miracle, d'intervention miraculeuse de Dieu, qui soutint Ses témoins et leur conserva la vie.
Mais dans le texte du récit résonne la compréhension que le miracle aurait pu ne pas avoir lieu. Dieu sait Lui-même quand intervenir dans une situation, si toutefois une telle intervention est nécessaire. Mais la fidélité à Dieu est inconditionnelle, elle ne dépend pas des miracles. Une telle attitude envers les miracles devient compréhensible si l'on se souvient qu'au temps des Maccabées, époque où le livre fut écrit, la foi en la résurrection universelle au jour du Jugement et de la venue du Messie était déjà largement répandue. Mourir pour la foi n'était pas la fin du chemin, mais seulement son commencement. Et c'était un chemin vers le Royaume, dont il ne fallait pas se détourner, même si le prix en était la vie terrestre.
1 Le roi Nabuchodonosor fit une statue d'or, haute de 60 coudées et large de six, qu'il dressa dans la plaine de Dura, dans la province de Babylone. |
2 Le roi Nabuchodonosor manda aux satrapes, magistrats, gouverneurs, conseillers, trésoriers, juges et juristes, et à toutes les autorités de la province, de s'assembler et de se rendre à la dédicace de la statue élevée par le roi Nabuchodonosor. |
3 Lors s'assemblèrent satrapes, magistrats, gouverneurs, conseillers, trésoriers, juges et juristes et toutes les autorités de la province pour la dédicace de la statue qu'avait élevée le roi Nabuchodonosor, et ils se tinrent devant la statue qu'avait élevée le roi Nabuchodonosor. |
4 Le héraut proclama avec force : "A vous, peuples, nations et langues, voici ce qui a été commandé |
5 à l'instant où vous entendrez sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et ferez adoration à la statue d'or qu'a élevée le roi Nabuchodonosor. |
6 Quant à celui qui ne se prosternera ni ne fera adoration, il sera incontinent jeté dans la fournaise de feu ardent." |
7 Sur quoi, dès que tous les peuples eurent entendu sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, se prosternèrent tous les peuples, nations et langues, faisant adoration à la statue d'or qu'avait élevée le roi Nabuchodonosor. |
8 Cependant certains Chaldéens s'en vinrent dénoncer les Juifs. |
9 Ils dirent au roi Nabuchodonosor : "O roi, vis à jamais! |
10 O roi, tu as promulgué un décret prescrivant à tout homme qui entendrait sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, de se prosterner et de faire adoration à la statue d'or, |
11 et arrêtant que ceux qui ne se prosterneraient ni ne feraient adoration seraient jetés dans la fournaise de feu ardent. |
12 Or voici des Juifs que tu as assignés aux affaires de la province de Babylone : Shadrak, Méshak et Abed-Nego; ces gens n'ont pas tenu compte de tes ordres, ô roi; ils ne servent pas ton dieu et ils n'ont pas fait adoration à la statue d'or que tu as élevée." |
13 Alors, frémissant de colère, Nabuchodonosor manda Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Aussitôt on amena ces gens devant le roi. |
14 Et Nabuchodonosor leur dit : "Est-il vrai, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, que vous ne serviez point mes dieux et ne fassiez pas adoration à la statue d'or que j'ai élevée? |
15 Etes-vous disposés, quand vous entendrez sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, à vous prosterner et à faire adoration à la statue que j'ai faite? Si vous ne lui faites pas adoration, vous serez incontinent jetés dans la fournaise de feu ardent; et quel est le dieu qui vous délivrerait de ma main?" |
16 Shadrak, Méshak et Abed-Nego répondirent au roi Nabuchodonosor : "Point n'est besoin pour nous de te donner réponse à ce sujet |
17 si notre Dieu, celui que nous servons, est capable de nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et de ta main, ô roi, il nous délivrera; |
18 et s'il ne le fait pas, sache ô roi, que nous ne servirons pas ton dieu, ni n'adorerons la statue d'or que tu as élevée." |
19 Alors le roi Nabuchodonosor fut rempli de colère et l'expression de son visage changea à l'égard de Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Il donna ordre de chauffer la fournaise sept fois plus que d'ordinaire |
20 et à des hommes forts de son armée de lier Shadrak, Méshak et Abed-Nego et de les jeter dans la fournaise de feu ardent. |
21 Ceux-ci furent donc liés, avec leur manteau, leurs chausses, leur chapeau, tous leurs vêtements, et jetés dans la fournaise de feu ardent. |
22 L'ordre du roi était péremptoire; la fournaise étant excessivement brûlante, les hommes qui y portèrent Shadrak, Méshak et Abed-Nego furent brûlés à mort par la flamme du feu. |
23 Quant aux trois hommes Shadrak, Méshak et Abed-Nego, ils tombèrent tout liés dans la fournaise de feu ardent. |
24 Et ils marchaient au milieu de la flamme, louant Dieu et bénissant le Seigneur. |
25 Azarias, debout, priait ainsi, ouvrant la bouche, au milieu du feu, il dit |
26 Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, et vénéré, et que ton nom soit glorifié éternellement. |
27 Car tu es juste en toutes les choses que tu as faites pour nous toutes tes oeuvres sont vérité toutes tes voies droites, tous tes jugements vérité. |
28 Tu as porté une sentence de vérité en toutes les choses que tu as fait venir sur nous et sur la ville sainte de nos pères, Jérusalem. Car c'est dans la vérité et dans le droit que tu nous as traités à cause de nos péchés. |
29 Oui, nous avons péché et commis l'iniquité en te désertant, oui, nous avons grandement péché; tes commandements, nous ne les avons pas écoutés, |
30 nous ne les avons pas observés, nous n'avons pas accompli ce qui nous était commandé pour notre bien. |
31 Oui, tout ce que tu as fait venir sur nous, tout ce que tu nous as fait, en jugement de vérité tu l'as fait. |
32 Tu nous as livrés aux mains de nos ennemis, gens sans loi, et les pires des impies, à un roi injuste, au plus mauvais qui soit sur toute la terre, |
33 et aujourd'hui nous ne pouvons ouvrir la bouche, la honte et l'opprobre sont la part de ceux qui te servent et qui t'adorent. |
La prière des jeunes gens et le cantique qui glorifie tout ce que Dieu a créé, tout comme l’histoire même de Sidrac, Misac et Abdénago refusant d’adorer la statue d’or et traversant l’épreuve du feu, sont souvent mentionnés dans les livres ultérieurs de la Sainte Écriture (1 Macc 2:59; He 11:34) et, par la suite, dans la liturgie chrétienne. Ce n’est pas un hasard si ce témoignage de foi occupe une telle place dans la vie de l’Église. Ici, nous voyons clairement la communauté d’esprit qui relie l’Ancien et le Nouveau Testament, les justes et les saints du peuple élu et de l’Église du Christ. De même que les jeunes gens témoignaient devant Nabuchodonosor que « notre Dieu, que nous servons, peut nous sauver de la fournaise ardente et nous délivrera de ta main, ô roi », de même l’apôtre Paul disait dans les épreuves : « le Dieu à qui j’appartiens et que je sers ».
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