9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
11 d'un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur, |
12 avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, |
13 prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité. |
14 Bénissez ceux qui vous persécutent; bénissez, ne maudissez pas. |
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
17 Sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, |
18 en paix avec tous si possible, autant qu'il dépend de vous, |
19 sans vous faire justice à vous-mêmes, mes bien-aimés, laissez agir la colère ; car il est écrit : C'est moi qui ferai justice, moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. |
20 Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. |
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. |
En décrivant la vie du Royaume et de ceux qui y ont part, Paul souligne une particularité très importante de notre époque, l'époque du Royaume qui vient, qui se révèle avec une plénitude toujours plus grande et accueille sans cesse de nouveaux habitants.
Auparavant, parlant des manières dont Dieu agit dans le monde, l'apôtre, en se référant à la Torah, attirait l'attention de ses lecteurs sur le fait que Dieu peut agir même par ceux qui lui résistent; mais alors ce n'était plus l'action de l'amour de Dieu, mais celle de sa puissance. Maintenant, à première vue, le tableau change: l'action de l'amour de Dieu est visible, et Paul décrit avec détail ses manifestations dans les relations entre frères comme dans celles des chrétiens avec ceux qui ne connaissent pas encore le Royaume (v. 9-18).
Mais Paul ne mentionne pas les manifestations de la puissance de Dieu du genre de celles dont il parle en se référant aux textes de l'Exode. Au contraire, il interdit la vengeance, suivant ici les enseignements de Jésus lui-même, et propose de la remettre jusqu'au moment où Dieu manifestera directement sa puissance et exercera son jugement (v. 19-21). Mais, à en juger par ce que Paul dit du Royaume et du retour du Sauveur, le jugement définitif sur les ennemis de Dieu, et donc sur les ennemis des fidèles, est remis à la fin des temps.
À première vue, on peut avoir l'impression que Dieu expose ainsi son peuple aux coups, car les fidèles devront attendre encore longtemps le jugement de Dieu. Mais cette manière d'agir dans notre monde déchu apparaît comme la seule possible. En effet, on ne peut parler du jugement définitif de Dieu que lorsque l'homme se trouve dans le Royaume ou devant le Royaume, et un Royaume révélé dans toute sa plénitude.
Certes, Dieu voit dès maintenant le cœur de chacun. Mais l'histoire du Royaume ne fait que commencer; il ne s'est pas encore révélé au point de transformer jusqu'au bout notre monde, qui n'est pas encore libéré du péché. Cela signifie que l'ancienne histoire, où le choix d'une voie ne signifiait encore que le choix d'une voie, n'est pas tout à fait terminée. L'ancien monde a cessé d'être l'unique réalité de l'histoire, mais il en constitue encore une part réelle. Par conséquent, tout choix fait par l'homme dans ce monde ambigu et divisé ne peut être tenu pour définitif, sauf pour ceux qui ont choisi le Royaume et ont parcouru leur chemin jusqu'au bout. Tous les autres ont encore, jusqu'au retour du Sauveur, la possibilité de changer d'avis, de modifier leur décision et leur choix.
Mais alors il faut aussi leur donner le temps d'utiliser cette possibilité. Et Dieu, en différant son jugement, leur donne du temps afin d'employer jusqu'au bout toutes les possibilités pour le salut de chacun. Pour ceux qui sont déjà dans le Royaume, le chemin du salut est ouvert. Il est maintenant temps pour eux de penser à ceux qui ne connaissent pas encore ce chemin, afin que le Sauveur soit réellement le Sauveur de chacun de ceux qui peuvent encore être sauvés.
9 Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; |
Les mots de Paul sur la feinte charité semblent tout à fait clairs, au moins, dans le contexte de cette compréhension de la charité qui est propre au monde non transformé. Certes, pour l’homme déchu, il n’est pas si simple d’être sincère dans l'amour. Et le problème ici n’est ni dans les sentiments et ni dans les idées, qui assombrissent parfois l'image du voisin. Bien sûr, les sentiments, et les idées jouent leur rôle dans les relations entre les hommes. Mais le principal rôle dans les relations est tout de même joué par la volonté, le choix fait par l’homme. Et voici alors il se trouve qu’il est très difficile pour l’homme déchu d’être responsable et cohérent. L’endurance est l'expression extérieure de l'intégrité spirituelle, mais après la chute les gens ne naissent pas spirituellement entier. Il faut encore obtenir l'intégrité spirituelle, et elle est obtenue seulement par un moyen : par l'observation stricte et successive de la Torah, les commandements donnés par Dieu. Comme on voit, et l'apôtre appelle à la même chose, conseillant aux chercheurs de la charité sans feinte de s’attacher au bien et détester le mal.
Mais conformément à la vie du Royaume, il faut déjà parler de la charité non seulement comme une relation envers Dieu ou voisin. La charité pour le Royaume devient un milieu de vie naturel, l'espace, à l'intérieur duquel se développent et se forment toutes les relations. Un tel espace de relations existe aussi pour les relations du monde non transformé, mais ici ce milieu est psychique, et donc, naturel, comme une partie de la nature (bien que sa partie tout à fait spéciale) est la psyché elle-même. Et le milieu du Royaume devient la charité, qui n’est pas une partie de la nature: car elle apparaît grâce à ce souffle de Dieu, par lequel le Royaume est pénétré du centre aux frontières les plus lointaines. Notamment la charité du Royaume est ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel apparaissent et se développent toutes les relations de ses habitants. Au propre, c’est notamment ces relations qui forment la structure du Royaume, lui donnent la forme.
Et ici la sincérité a une valeur singulière : car c’est notamment elle qui définit la qualité d’une relation. La sincérité des relations dans le monde non transformé définit, avant tout, la stabilité des relations interhumaines; dans le Royaume elle définit la stabilité du Royaume. Ce n'est pas étonnant qu'elle ne puisse exister qu’à la condition de la sincérité complète des relations de chacun de ses habitants envers tout le reste. Et c'est pourquoi personne n'entrera dans le Royaume, s’il ne manifeste pas dans ses relations envers le voisin cette sincérité : car ne l’ayant pas, l’homme deviendra non pas l’édificateur, mais le destructeur du Royaume. Destructeur, qui ne peut avoir de place dans le Royaume.
10 que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, |
Comme les mots de l'apôtre Paul sur les relations des hommes entre eux contrastent de manière frappante avec ce que nous voyons autour de nous. Le manque de respect l'un à l'autre, l'humiliation de la dignité humaine sont des traits caractères à notre vie. C'est devenu une chose ordinaire que nous avons cessé de nous en rendre compte.
C'est pourquoi les mots de l'apôtre sont comme «une gorgée d’air frais». Extraordinaire que ce sont des mots très concret, comme on le dit maintenant. L'apôtre explique en détail ce que signifie «tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux». Le concret de ces indications nous donne la possibilité de les réaliser dans notre vie, dans nos relations les uns les autres. Il est important que c’est notamment en ceci, et non en quelque chose d'autre, que nous est donné déjà dans cette vie, dans ce monde, la possibilité de se joindre au Ciel, au Royaume du siècle futur.
Et encore: les mots «dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur» (verset 11) dits dans ce texte ont un lien logique avec tout le reste. Que l’amour fraternel soit au service du Seigneur. Lorsque les chrétiens disent qu’il leur est donné de rencontrer Jésus Ressuscité, ce n’est pas du tout de la métaphore d'art, mais de la pure vérité. Pour cela, il faut seulement avoir un amour fraternel entre nous avec tendresse. Et en outre non pas seulement envers les proches et les amis, mais aussi envers l'un l'autre - envers tous.
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
Tout chrétien sait que sa tâche est le témoignage, le témoignage rendu au Christ et au Royaume que le Christ a apporté dans le monde. Et plus il témoigne activement, plus de gens autour de lui seront sauvés. Mais qu'est-ce que le témoignage? D'ordinaire, par témoignage, nous entendons des paroles et des actes qui peuvent faire comprendre à ceux qui nous entourent ce qu'est le Royaume et de quelle vie vivent ses habitants. Mais qu'en est-il des personnes mêmes auxquelles nous témoignons? Ont-elles le Royaume en tête?
La question peut paraître étrange: tout chrétien sait en effet que c'est précisément dans le Royaume que toutes les difficultés sont surmontées et que tous les problèmes trouvent leur solution. Aucune religion, bien sûr, n'aidera ici, mais la participation à la plénitude du Royaume peut aider. Ce n'est pas un hasard si l'un des principaux témoignages de la puissance du Royaume, au temps du ministère terrestre du Sauveur, ce sont les guérisons.
Bien sûr, chaque guérison se révèle être un témoignage. Mais pourquoi précisément les guérisons? La réponse la plus simple est celle-ci: parce que c'était ce que les gens attendaient en premier lieu. Plus encore: certains d'entre eux, peut-être même la majorité, au début, dès qu'ils entendaient parler de Jésus, n'attendaient de Lui que la guérison; et ce n'est qu'après avoir reçu ce qu'ils désiraient qu'ils commençaient à penser à davantage, même si tous ne le faisaient pas et pas toujours. Mais Jésus ne ménageait pas pour ces gens le Royaume, sa force, sa vie. Il comprenait que tant que l'homme n'est pas convaincu que le problème qui empoisonnait jusque-là toute sa vie peut être résolu, il ne croira à aucun Royaume comme à une réalité et ne l'accueillera pas comme réalité.
Et l'apôtre, on le voit, le comprend aussi parfaitement. Le témoignage sur le Royaume, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ne doit pas commencer par des paroles abstraites sur le Royaume, ni même par sa propre expérience de vie en lui, mais par la personne à qui l'on doit témoigner, par sa vie, par ses problèmes. Non pas, bien sûr, simplement pour parler de ce qui fait mal et rouvrir encore davantage les plaies, mais pour lui attester la possibilité de résoudre ses problèmes et de changer sa vie, s'il se décide à faire un pas à la suite du Christ. Non pas pour devenir l'adepte d'une religion nouvelle pour lui, qui ne l'aidera sans doute en rien, mais pour devenir habitant de Son Royaume, où les problèmes, certes, ne disparaissent pas d'eux-mêmes par magie, mais où ils peuvent trouver leur solution.
15 Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. |
Chaque chrétien connaît que son oeuvre est un témoignage, le témoignage du Christ et de ce Royaume, que Christ a apporté au monde. Et le plus activement il témoigne, plus grand nombre de gens autour se sauvera. Mais qu'est-ce que c'est le témoignage? D'habitude par témoignage nous entendons les mots et les actes, qui peuvent faire comprendre ceux qui nous entourent, ce que c'est le Royaume et quelle vie vivent ses habitants. Et qui sont les gens même, à qui nous témoignons? Ont-ils besoin de Royaume? La question peut se montrer étrange: en effet, chaque chrétien sait que c’est justement dans le Royaume que toutes les difficultés sont surmontées et tous les problèmes - résolus. Aucune religion n'aidera bien sûr pas ici, mais voici la communion à la plénitude du Royaume peut aider.
Ce n’est pas par hasard si l’un des principaux témoignages de la force du Royaume au temps du ministère terrestre du Sauveur était la guérison. Bien sûr, chaque guérison est un témoignage. Mais pourquoi surtout les guérisons? La plus simple réponse: parce que c’est notamment ce que les gens attendaient en premier lieu. De plus : certains d'eux (et peut-être, la plupart même) au début, ayant seulement entendu parler de Jésus, ils attendaient de lui seulement la guérison, et une fois ayant reçu ce qu’ils souhaitent, commençaient à réfléchir plus haut (en plus pas tous, et pas toujours). Mais Jésus n’avait mal de donner à ces gens le Royaume, sa force, sa vie.
Il comprenait que, tant que l’homme ne se persuadera pas que le problème empoisonnant jusqu'ici toute sa vie est soluble, il ne croira à aucun Royaume comme réalité, et ne l'acceptera pas, comme réalité. Et l'apôtre, comme on voit, comprend aussi parfaitement cela. Le témoignage du Royaume, que cela puisse paraître paradoxal, ne devrait pas commencer avec les mots abstraits sur le Royaume et même pas avec une expérience personnelle de sa vie dans ce Royaume, mais plutôt il faudrait commencer avec cette personne là à qui on veut témoigner, avec sa vie, ses problèmes.
Et bien sûr non pas pour simplement parler des choses douloureuses et raviver encore plus les blessures, mais pour lui témoigner la possibilité d’une résolution de ses problèmes et le changement de sa vie au cas où il se décidera à faire le pas vers Christ. Non pas pour devenir adepte d'une certaine nouvelle religion (qui, probablement, ne l'aidera en rien), mais pour devenir habitant de Son Royaume, où les problèmes, certes, ne disparaissent pas d’eux-mêmes de manière magique, mais où ils peuvent trouver leur solution.
16 Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. |
En parlant des relations des fidèles entre eux, Paul leur conseille de suivre l’exemple de ceux qu’on appelait alors d’ordinaire les «pauvres» ou les «humbles». Autrefois, huit siècles avant la venue du Messie, au temps d’Isaïe de Jérusalem, on appelait ainsi les disciples du prophète, qui donnèrent naissance à tout un mouvement religieux. Ses membres s’appelaient eux-mêmes «pauvres» ou «humbles», bien qu’il s’agît d’ordinaire non de leur situation matérielle, mais de leur état spirituel. Ces hommes considéraient comme leur but principal la préparation à la rencontre du Messie, dont Isaïe annonçait la venue prochaine.
Ils s’appelaient «pauvres» et «humbles» parce qu’ils comprenaient que seul l’homme qui renonce à tout ce qu’il possède dans ce monde et se remet entièrement à la volonté de Dieu peut espérer entrer dans le Royaume du Messie. Et Paul, s’adressant à ses coreligionnaires, les appelle à cette humilité dont parlaient déjà les «pauvres» de l’époque d’avant l’exil. Que comprend donc l’apôtre par humilité lorsqu’il s’agit de l’attitude envers le prochain, envers le frère dans le Christ? Avant tout ce que la traduction russe appelle, pas très heureusement, «unanimité». On pourrait penser qu’il s’agit d’opinions communes sur telle ou telle question.
En réalité, l’expression grecque correspondante signifie «penser de l’autre de la même manière». Il s’agit, d’une part, de ne distinguer personne et de ne donner la préférence à personne, et, d’autre part, de ne pas non plus se placer soi-même au-dessus des autres. Un tel appel peut paraître irréalisable: les hommes sont différents, et il est impossible de ne pas remarquer ces différences. Mais Paul n’appelle pas à ne pas remarquer les différences entre les hommes. Il propose seulement de ne pas en distinguer certains au-dessus des autres, de ne pas placer les uns plus haut et les autres plus bas en fonction des capacités ou des qualités personnelles de l’homme.
Et de ne pas se donner à soi-même non plus la préférence en ce sens, de «ne pas être orgueilleux de soi», comme dit l’apôtre. En effet, la véritable humilité ne consiste pas à se considérer inférieur à tous, mais à cesser d’évaluer aussi bien soi-même que les autres. Bien sûr, nous sommes tous différents, et il faut voir ces différences. Mais il ne faut pas essayer de déterminer qui est plus important aux yeux de Dieu, qui est plus haut ou plus bas à cet égard. Dieu Lui-même peut le déterminer lorsque la nécessité s’en présentera. Quant à nous, nous pouvons très bien accomplir Son œuvre sans penser du tout à savoir dans quelle mesure nous sommes plus haut ou plus bas à Ses yeux que n’importe lequel de nos prochains.
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. |
Le mal peut agir sur nous par les voies les plus diverses: par l'hostilité et la violence de la part d'autres hommes, par les catastrophes, les maladies, la mort... Mais rien de tout cela ne nous vainc tant que nous ne le laissons pas entrer dans notre monde intérieur, spirituel. La victoire du mal, c'est lorsque la vengeance, le murmure, le découragement s'emparent de nous de l'intérieur. On ne le vaincra pas par une juste rétribution: il n'y a qu'un seul chemin vers la victoire, et le Christ l'a manifesté. C'est l'amour agissant, le sacrifice de soi pour le salut des pécheurs.
21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. |
Le mal peut nous influencer par différents moyens: l'hostilité et la violence venant d'autres gens, les accidents, les maladies, la mort... Mais tout cela ne nous vainc pas, avant que nous ne le laissions pas entrer dans notre monde intérieur, spirituel. La victoire du mal c’est lorsque le caractère vindicatif, le murmure, la tristesse nous prennent de l’intérieur. Le mal ne peut être vaincu par une récompense juste, il y a seulement une voie à la victoire sur le mal, et le Christ l'a manifesté – un amour efficace, le sacrifice de Soi pour le salut des pécheurs.
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