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La Bible en cinq ans pour le 8 janvier 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Ecclésiaste (or Qohélet), Chapitre 7

Deuxième partie> 1 Maximes de sagesse et leur critique.
Mieux vaut le renom que l’huile fine,
et le jour de la mort que le jour de la naissance.
Mieux vaut aller à la maison du deuil
qu’à la maison du banquet ;
puisque c’est la fin de tout homme,
le vivant doit y prêter attention.
Mieux vaut le chagrin que le rire,
car avec un triste visage on peut avoir le cœur joyeux.
Le cœur des sages est dans la maison du deuil,
le cœur des insensés, dans la maison de la joie.
Mieux vaut écouter la semonce du sage
qu’écouter la chanson des insensés.
Car tel le bruit des épines sous le chaudron,
tel est le rire de l’insensé.Et cela aussi est vanité,
que l’oppression rende fou le sage
et qu’un présent perde le cœur.
Mieux vaut la fin d’une chose que son début ;
mieux vaut la patience que la prétention ;
que ton esprit ne se hâte pas d’être chagrin,
car le chagrin hante les insensés.
10 Ne dis pas :
« Comment se fait-il que les jours anciens aient été meilleurs que ceux-ci ? »
Ce n’est pas la sagesse qui te fait poser cette question.
11 La sagesse est bonne comme un héritage, elle profite à ceux qui voient le soleil.
12 Car l’abri de la sagesse vaut l’abri de l’argent,
et l’avantage du savoir, c’est que la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent.
13 Regarde l’œuvre de Dieu :
qui pourra donc redresser ce qu’il a courbé ?
14 Au jour du bonheur, sois heureux,
et au jour du malheur, regarde :
Dieu a bel et bien fait l’un et l’autre,
afin que l’homme ne trouve rien derrière soi.
15 J’ai tout vu, en ma vie de vanité :
le juste périr dans sa justice
et l’impie survivre dans son impiété.
16 Ne sois pas juste à l’excès
et ne te fais pas trop sage,
pourquoi te détruirais-tu ?
17 Ne te fais pas méchant à l’excès
et ne sois pas insensé,
pourquoi mourir avant ton temps ?
18 Il est bon de tenir à ceci sans laisser ta main lâcher cela,
puisque celui qui craint Dieu fera aboutir l’un et l’autre.
19 La sagesse rend le sage plus fort que dix gouverneurs dans une ville.
20 Seulement il n’est pas d’homme assez juste sur la terre pour faire le bien sans jamais pécher.
21 Ne prête pas la même attention à toutes les paroles qu’on prononce, ainsi tu n’entendras pas ton serviteur te dénigrer.
22 Car bien des fois ton cœur a su que toi aussi avais dénigré les autres.
23 Tout cela, j’en ai fait l’épreuve par la sagesse ; j’ai dit : « je serai sage », mais c’est hors de ma portée !
24 Hors de portée ce qui fut ;
profond ! profond ! Qui le découvrira ?
25 J’en suis venu, en mon cœur, à connaître, à explorer et à m’enquérir de la sagesse et de la réflexion, à reconnaître que la méchanceté est insensée et la sottise une folie.
26 Et je trouve plus amère que la mort, la femme,
car elle est un piège,
son cœur un filet, et ses bras des liens.
Qui plaît à Dieu lui échappe,
mais le pécheur s’y fait prendre.
27 Voici ce que j’ai trouvé, dit Qohélet,
en regardant une chose après l’autre pour en tirer une réflexion
28 que mon esprit cherche encore, mais sans la trouver :
un homme sur mille, je l’ai bien trouvé,
mais une femme parmi elles toutes, je ne l’ai pas trouvée.
29 Seulement vois ce que j’ai trouvé :
que Dieu a fait l’homme tout droit,
mais eux, ils cherchent bien des calculs.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

5 o) Les quatre premières comparaisons ici développées sont des maximes austères et paradoxales.


7 p) V. obscur, mais les diverses corrections proposées ne sont pas satisfaisantes. Peut-être Qohélet veut-il seulement exprimer la faiblesse du sage lui-même, qui ne peut supporter sereinement ni le malheur, ni la trop grande faveur.


8 q) Ainsi le sage peut devenir fou, et le passé n’être pas meilleur que le présent (v. 10), ce qui reprend le v. 1 mieux vaut la fin de la vie que son début.


12 r) Les vv. 11 et 12 semblent être des citations, critiquées par la suite. Trop de sagesse nuit (v. 16).


14 s) L’homme ne peut compter sur rien et ignore l’avenir que Dieu seul connaît (cf. Qo 3.11, 22 ; 6.12 ; 8.7, 17 ; 9.12 ; 10.14 ; 11.5).


15 t) La Loi avait formulé le principe de la rétribution collective fidèle, Israël serait heureux ; infidèle, malheureux, cf. Dt 7.12s. ; 11.26s. ; 28 ; Lv 26. Les Sages l’avaient appliqué au sort personnel Dieu rend à chacun selon ses œuvres, Pr 24.12 ; Ps 62.13 ; Jb 34.11. Aux démentis de l’expérience, on répondait le bonheur du méchant est éphémère, le malheur du juste, temporaire. Ainsi pour le Ps 37 ou les amis de Job. Qohéleth réfute cette thèse classique il faut prendre le sort comme il vient, sans vouloir l’expliquer.


18 u) « fera aboutir » yôçî’ ; hébr. yeçe’ mal vocalisé.


19 v) Au lieu de « rend plus fort » ta`oz, ms de Qumrân et grec ont « prête assistance » ta`azer. — Ce verset semble être une citation, suivie d’un commentaire sceptique.


26 w) Cette opinion va être examinée par l’auteur ; il ne prend pas position et s’en explique.


29 x) L’homme, ha’adam, peut ici désigner l’être humain en général, homme et femme. Qohélet renonce à se faire une opinion ; il n’est pas misogyne.


Ce petit livre s’intitule « Propos de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». Le mot « Qohélet », cf. Ec 12, 12 ; 7.27 ; 12.8-10, n’est pas un nom propre mais un nom commun employé parfois avec l’article ; bien que sa forme soit féminine, il se construit au masculin. D’après l’explication la plus vraisemblable, c’est un nom de fonction qui désigne celui qui parle dans l’assemblée (qahal, en grec ekklèsia, d’où les titres latin et français, transcrits de la Bible grecque), en somme le « Prédicateur ». Il est dit « fils de David et roi dans Jérusalem », cf. Ec 1.12, et, bien que le nom ne soit pas écrit, il est certainement identifié avec Salomon à qui le texte fait clairement allusion, Ec 1.16 (cf. 1 R 3.12 ; 5.10-11 ; 10.7) ou Ec 2.7-9 (cf. 1 R 3.13 ; 10.23). Mais cette attribution n’est qu’une fiction littéraire de l’auteur qui met ses réflexions sous le patronage du plus illustre des sages d’Israël. La langue du livre et sa doctrine, sur laquelle on va revenir, interdisent de le placer avant l’Exil. On a souvent contesté l’unité d’auteur et l’on a distingué deux, trois, quatre et jusqu’à huit mains différentes. Mais beaucoup d’incohérences s’expliquent si l’on discerne un certain nombre de citations faites par Qohélet et ensuite critiquées par lui. L’épilogue (Ec 12.9-14) est dû à deux mains distinctes : l’une (9-11) est celle d’un disciple fervent ; la seconde (12-14), d’un juif pieux qui exhorte à craindre Dieu et à observer ses commandements.

Comme en d’autres livres sapientiaux, ainsi Job et l’Ecclésiastique, pour ne rien dire des Proverbes qui sont composites, la pensée va et vient, elle se reprend et se corrige. Il n’y a pas de plan défini, mais ce sont des variations sur un thème unique, la vanité des choses humaines, qui est affirmé au début et à la fin du livre, Ec 1.2, 12.8. Tout est décevant : la science, la richesse, l’amour, la vie même. Celle-ci n’est qu’une suite d’actes décousus et sans portée, Ec 3.1-11, qui s’achève par la vieillesse, Ec 12.1-7, et par la mort, laquelle frappe également sages et fous, riches et pauvres, bêtes et hommes, Ec 3.14-20. Le problème de Qohélet est celui de Job : le bien et le mal ont-ils leur sanction ici-bas ? Et, comme la réponse de Job, celle de Qohélet est négative, car l’expérience contredit les solutions reçues, Ec 7.25-8.14. Seulement, Qohélet est un homme en bonne santé, il ne cherche pas comme Job les raisons de la souffrance, il constate l’inanité du bonheur et il se console en cueillant les joies modestes que peut donner l’existence, Ec 3.12-13 ; 8.15 ; 9.7-9. Disons plutôt qu’il cherche à se consoler, car il est d’un bout à l’autre insatisfait. Le mystère de l’au-delà le tourmente, sans qu’il entrevoie une solution au problème du Shéol, Ec 3.21 ; 9.10 ; 12.7. Mais Qohélet est un croyant et, s’il est déconcerté par le tour que Dieu donne aux affaires humaines, il affirme que Dieu n’a pas de comptes à rendre, Ec 3.11, 14 ; 7.13, qu’on doit accepter de sa main les épreuves comme les joies, Ec 7.14 (cf. 1 S 2.6 ; Jb 2.10). À Qohélet comme à Job, la réponse ne peut être donnée que par l’affirmation d’une sanction d’outre-tombe.

Le livre a le caractère d’une œuvre de transition. Les assurances traditionnelles sont ébranlées mais rien de ferme ne les remplace encore. Dans ce tournant de la pensée hébraïque, on a cherché à discerner des influences étrangères qui se seraient exercées sur Qohélet. Il faut écarter les rapprochements souvent proposés avec les courants philosophiques du stoïcisme, de l’épicurisme et du cynisme, que Qohélet aurait pu connaître par l’intermédiaire de l’Égypte hellénisée ; aucun de ces rapprochements n’est décisif et la mentalité de l’auteur est très éloignée de celle des philosophes grecs. On a établi des parallèles, en apparence plus valables, avec des compositions égyptiennes comme le Dialogue du Désespéré avec son âme ou les Chants du Harpiste et, plus récemment, avec la littérature mésopotamienne de sagesse et avec l’Épopée de Gilgamesh où figure déjà le proverbe « le fil triple ne rompt pas » (cf. Ec 4.1), ainsi que l’exhortation au Carpe Diem (cf. Ec 9.7ss.). Mais on ne peut démontrer l’influence directe d’aucune de ces œuvres. Les rencontres se font sur des thèmes qui sont parfois très anciens et qui étaient devenus le bien commun de la sagesse orientale. C’est sur cet héritage du passé que Qohélet a exercé sa réflexion personnelle, comme le dit son éditeur, Ec 12.9.

Qohélet est un Juif de Palestine, probablement de Jérusalem même. Il écrit un hébreu tardif, semé d’aramaïsmes, et il emploie deux mots perses (pardes, Ec 2.5 ; pitgam, Ec 8.11). Cela suppose une date assez postérieure à l’Exil, mais antérieure au début du IIe siècle av. J.-C., où Ben Sira a utilisé le livret ; de fait, la paléographie situe aux environs de 150 av. J.-C. des fragments de Qo trouvés dans les grottes de Qumrân. Le IIIe siècle est donc la date de composition la plus vraisemblable. C’est le temps où la Palestine, soumise aux Ptolémées, est atteinte par le courant humaniste et ne connaît pas encore le sursaut de foi et d’espérance de l’époque des Maccabées.

Le livre ne marque qu’un moment dans le développement religieux et il ne faut pas le juger en le détachant de ce qui l’a précédé et de ce qui le suivra. En soulignant l’insuffisance des conceptions anciennes et en forçant les esprits à affronter les énigmes humaines, il appelle une révélation plus haute. Il donne une leçon de détachement des biens terrestres et, en niant le bonheur des riches, il prépare le monde à entendre que « bienheureux sont les pauvres », Lc 6.20.

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