La parabole du semeur est assez transparente quant au sens, d'autant plus que le Sauveur lui-même l'explique. Ce qui est surtout intéressant ici, c'est l'ordre dans lequel sont énumérés les obstacles qui se dressent devant l'homme sur le chemin du Royaume. Tout commence par le fait qu'il faut entendre la parole sur le Royaume. Il ne s'agit évidemment pas simplement que quelques paroles sur le Royaume parviennent à l'oreille de l'homme ; il faut vraiment entendre, prêter attention, puis tourner son coeur vers ce dont parle le témoin.
En fait, c'est la conversion, sans laquelle le chemin vers le Royaume ne commencera pas. Cependant, la conversion peut être différente, car selon les cas elle touche des couches différentes de la personnalité humaine, de son âme et de son coeur. Il existe une conversion superficielle, au niveau d'un intérêt oisif, et alors l'homme demeure partisan du Christ et du Royaume jusqu'aux premiers problèmes, difficultés ou persécutions. Il ne s'agit pas nécessairement de persécutions organisées par les autorités ; il suffit des problèmes et des difficultés qui surgiront inévitablement devant l'homme désirant réorganiser sa vie selon un idéal nouveau.
Si l'idéal est reçu de manière assez superficielle, l'homme ne voudra tout simplement pas des problèmes qui lui sont liés, et il se mettra de côté. Il arrive toutefois que la conversion soit assez profonde pour que le nouveau converti puisse supporter même de véritables persécutions. Il a assez de résolution, il est prêt à suivre le Christ vers le Royaume, mais il n'a pas encore l'expérience du chemin spirituel. Or la résolution seule ne suffit pas ; il faut aussi l'habitude du chemin, une expérience liée au processus de formation spirituelle. Elle ne s'acquiert pas si vite ; il faut ici de la constance et de la persévérance. Le travail spirituel lui-même, lié au chemin chrétien, se révèle souvent assez ennuyeux, discret, extérieurement peu visible. Certes, il comprend aussi des expériences spirituelles lumineuses, mais elles représentent, pour ainsi dire, dix pour cent de ce travail, et le reste est un effort minutieux pour construire sa propre vie, intérieure et extérieure. C'est comme chez les artistes et les sportifs : un ou plusieurs jours éclatants de gloire supposent plusieurs années de travail intense et invisible aux autres.
Si l'homme n'est pas prêt à un tel travail, si quelque chose d'autre, plus important pour lui, le distrait constamment, il se mettra peut-être sur le chemin spirituel, mais il s'en détournera assez vite inévitablement, restant au mieux un amateur d'expériences spirituelles lumineuses. Mais si l'homme est prêt aux efforts correspondants, alors, en manifestant résolution et constance, il portera certainement son fruit, car Dieu ne laisse pas sans aide ceux qui prennent la vie spirituelle au sérieux. Ici, tout dépend de l'homme lui-même.
