Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 3 août 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 19

1 II. Le grand recueil salomonien
1 Mieux vaut le pauvre qui se conduit honnêtement
que l’homme aux lèvres tortueuses et qui n’est qu’un sot.
2 Où manque le savoir, le zèle n’est pas bon,
qui presse le pas se fourvoie.
3 La folie de l’homme pervertit sa conduite
et c’est contre Yahvé que son cœur s’emporte.
4 La richesse multiplie les amis,
mais de son ami le pauvre est privé.
5 Le faux témoin ne restera pas impuni,
qui profère des mensonges n’échappera point.
6 Beaucoup flattent en face l’homme généreux,
tout le monde est ami de celui qui donne.
7 Tous les frères du pauvre le haïssent,
à plus forte raison, ses amis s’éloignent-ils de lui.
Il se met en quête de paroles, mais point !
8 Qui acquiert du sens se chérit lui-même,
qui garde l’intelligence trouve le bonheur.
9 Le faux témoin ne restera pas impuni,
qui profère des mensonges périra.
10 Il ne sied pas au sot de vivre dans le luxe,
moins encore à l’esclave de dominer les princes.
11 Le bon sens rend l’homme lent à la colère,
sa fierté, c’est de passer sur une offense.
12 Comme le rugissement du lion, la fureur du roi,
mais comme la rosée sur l’herbe, sa faveur.
13 C’est une calamité pour son père qu’un fils insensé,
une gargouille qui ne cesse de couler que les querelles
d’une femme.
14 Une maison et du bien sont l’héritage paternel,
mais c’est Yahvé qui donne une femme de sens.
15 La paresse fait choir dans la torpeur,
l’âme nonchalante aura faim.
16 À garder le commandement on se garde soi-même,
mais qui méprise ses voies mourra.
17 Qui fait la charité au pauvre prête à Yahvé
qui paiera le bienfait de retour.
18 Tant qu’il y a de l’espoir, châtie ton fils,
mais ne t’emporte pas jusqu’à le faire mourir.
19 L’homme violent s’expose à l’amende ;
si tu l’épargnes, tu augmentes son mal.
20 Entends le conseil, accepte la discipline,
pour être sage à la fin.
21 Nombreux sont les projets au cœur de l’homme,
mais le dessein de Yahvé, lui, reste ferme.
22 Ce qu’on souhaite chez l’homme, c’est sa bonté,
on aime mieux un pauvre qu’un menteur.
23 La crainte de Yahvé mène à la vie,
on a vivre et couvert sans craindre le malheur.
24 Le paresseux plonge la main dans le plat,
mais ne peut même pas la ramener à sa bouche.
25 Frappe le railleur, et le niais deviendra avisé ;
reprends un homme intelligent, il comprendra le savoir.
26 Qui maltraite son père et chasse sa mère
est un fils indigne et infâme.
27 Cesse, mon fils, d’écouter l’instruction
ce sera t’écarter des propos du savoir !
28 Un témoin indigne se moque du droit ;
la bouche des méchants avale l’iniquité.
29 Les châtiments sont faits pour les railleurs,
les coups pour l’échine des sots.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 20
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

7 k) Texte lacuneux. Le grec ajoute plusieurs stiques.


16 l) Soit celui qui ne veille pas sur sa propre conduite, soit celui qui ne marche pas dans la voie indiquée par « le commandement » (16a).


18 m) Ou bien ce proverbe se montre moins sévère que le texte législatif, Dt 21.18-21, ou bien il met seulement en garde contre une justice expéditive.


19 n) Texte très incertain. L’idée semble être qu’en négligeant de punir le coléreux, on ne fait que redoubler son mal.


27 o) Sens incertain. Le grec lit « Un fils qui cesse de garder l’instruction de son père méditera des paroles mauvaises. »


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.