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La Bible en cinq ans pour le 17 janvier 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Samuel, Chapitre 15

II. Samuel et Saül> 1 Guerre contre les Amalécites., 10 Saül est rejeté par Yahvé., 24 Saül implore en vain son pardon., 32 Mort d’Agag et départ de Samuel.
Samuel dit à Saül : « C’est moi que Yahvé a envoyé pour t’oindre comme roi sur son peuple Israël. Et maintenant écoute les paroles que prononce Yahvé :
Ainsi parle Yahvé Sabaot : Je vais punir Amaleq pour ce qu’il a fait à Israël, en lui coupant la route quand il montait d’Égypte.
Maintenant, va, frappe Amaleq. Vous le vouerez à l’anathème avec tout ce qu’il possède. Tu ne l’épargneras pas. Tu mettras à mort hommes et femmes, enfants et nourrissons, gros bétail et petit bétail, chameaux et ânes. »
Saül convoqua le peuple et le passa en revue à Télaïm : fantassins et dix mille hommes de Juda.
Saül parvint à la ville d’Amaleq et se mit en embuscade dans le torrent.
Saül dit aux Qénites : « Partez, séparez-vous des Amalécites, de peur que je ne vous fasse subir le même traitement qu’à lui, alors que toi tu as agi avec fidélité envers tous les Israélites quand ils montaient d’Égypte. » Et les Qénites se séparèrent des Amalécites.
Saül frappa Amaleq depuis Havila jusqu’à l’entrée de Shur, qui est face à l’Égypte.
Il prit vivant Agag, roi d’Amaleq, et il voua à l’anathème tout le peuple, le passant au fil de l’épée.
Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag et le meilleur du petit et du gros bétail, les bêtes de seconde portée et les agneaux, bref tout ce qu’il y avait de bon ; ils ne voulurent pas les vouer à l’anathème. Mais tout produit sans valeur et de mauvaise qualité ils le vouèrent à l’anathème.
10 La parole de Yahvé fut adressée à Samuel en ces termes :
11 « Je me repens d’avoir fait de Saül un roi, car il s’est détourné de moi et n’a pas exécuté mes paroles. » Samuel s’enflamma et cria vers Yahvé pendant toute la nuit.
12 De bon matin, Samuel se leva pour aller à la rencontre de Saül. On lui donna cette information : « Saül est allé à Karmel pour s’y dresser un monument, puis il est reparti plus loin et il est descendu à Gilgal. »
13 Samuel arriva auprès de Saül et Saül lui dit : « Béni sois-tu de Yahvé ! J’ai exécuté la parole de Yahvé. »
14 Mais Samuel demanda : « Et qu’est-ce que c’est que ces bêlements qui viennent à mes oreilles et ces meuglements que j’entends ? » —
15 « On les a amenés d’Amaleq, répondit Saül, car le peuple a épargné le meilleur du petit et du gros bétail pour le sacrifier à Yahvé ton Dieu. Quant au reste, nous l’avons voué à l’anathème. »
16 Mais Samuel dit à Saül : « Cesse donc, je vais t’annoncer ce que Yahvé m’a déclaré cette nuit. » Il lui dit : « Parle. »
17 Alors Samuel dit : « Si petit que tu sois à tes propres yeux, n’es-tu pas le chef des tribus d’Israël ? Yahvé t’a oint comme roi sur Israël.
18 Yahvé t’a envoyé en expédition et il t’a dit : « Va. Tu voueras à l’anathème ces pécheurs, les Amalécites, et tu leur feras la guerre jusqu’à l’extermination. »
19 Pourquoi n’as-tu pas écouté la voix de Yahvé ? Pourquoi t’es-tu rué sur le butin et as-tu fait ce qui déplaît à Yahvé ? »
20 Saül répondit à Samuel : « J’ai écouté la voix de Yahvé ! J’ai fait l’expédition où il m’envoyait, j’ai ramené Agag, roi d’Amaleq, et j’ai voué Amaleq à l’anathème.
21 Dans le butin, le peuple a pris petit et gros bétail, prémices de l’anathème, pour le sacrifier à Yahvé ton Dieu à Gilgal. »
22 Mais Samuel dit :« Yahvé se plaît-il aux holocaustes et aux sacrifices
comme à l’obéissance à la parole de Yahvé ?
Oui, l’obéissance vaut mieux que le sacrifice,
la docilité, plus que la graisse des béliers.
23 Car c’est une rébellion le péché de divination,
le méfait des téraphim, c’est de la présomption !
Parce que tu as rejeté la parole de Yahvé, il t’a rejeté ; tu n’es plus roi ! »
24 Saül dit à Samuel : « J’ai péché en transgressant l’ordre de Yahvé et de tes paroles, parce que j’ai eu peur du peuple et je lui ai obéi.
25 Maintenant, je t’en prie, pardonne mon péché et reviens avec moi, que je me prosterne devant Yahvé. »
26 Mais Samuel dit à Saül : « Je ne reviendrai pas avec toi puisque tu as rejeté la parole de Yahvé, Yahvé t’a rejeté ; tu n’es plus roi sur Israël. »
27 Comme Samuel se détournait pour partir, Saül saisit le pan de son manteau, qui fut arraché,
28 et Samuel lui dit : « Aujourd’hui, Yahvé t’a arraché la royauté sur Israël et l’a donnée à ton voisin, qui est meilleur que toi. »
29 D’ailleurs, la Splendeur d’Israël ne ment pas et ne se repent pas, car il n’est pas un homme pour se repentir.
30 Saül dit : « J’ai péché, cependant, je t’en prie, honore-moi devant les anciens de mon peuple et devant Israël, et reviens avec moi pour que je me prosterne devant Yahvé ton Dieu. »
31 Samuel revint en compagnie de Saül et celui-ci se prosterna devant Yahvé.
32 Puis Samuel dit : « Amenez-moi Agag, le roi d’Amaleq. » Agag vint à lui l’air satisfait et dit : « Vraiment, l’amertume de la mort s’est écartée ! »
33 Samuel dit :« Comme ton épée a privé des femmes de leurs enfants,
de même, parmi les femmes, que ta mère soit privée de son enfant ! »Et Samuel exécuta Agag devant Yahvé à Gilgal.
34 Samuel partit pour Rama et Saül remonta chez lui à Gibéa de Saül.
35 Samuel ne revit plus Saül jusqu’à sa mort. En effet Samuel pleurait Saül, mais Yahvé s’était repenti de l’avoir fait roi sur Israël.
Lire la suite:1 Samuel, Chapitre 16
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 n) Le chap. 15 ignore le premier rejet de Saül, 13.8-15, et il condamne seulement Saül, non pas l’institution royale. Mais il souligne l’opposition, inhérente à la monarchie israélite, entre la politique profane et les exigences de Yahvé, opposition qui se traduit par la lutte entre le Roi et le Prophète, ici Saül et Samuel, plus tard Achab et Élie, Ézéchias et Isaïe, Sédécias et Jérémie.


9 o) L’anathème est l’offrande faite à Dieu de tout le butin acquis par la victoire. Or Saül et le peuple ont manqué à l’anathème qui doit frapper tous les êtres vivants. Offrir le meilleur du butin en sacrifice (v. 15) ne répond pas à la prescription. Saül a agi sans prendre au sérieux l’ordre de Dieu, et c’est là le drame sa faute est d’avoir choisi, pour complaire au peuple, une autre manière d’honorer Dieu. Entre Yahvé qui l’a élu et le peuple qui l’a acclamé et reconnu, Saül a cherché un compromis, il ne s’est pas décidé exclusivement pour Yahvé.


12 p) Ville au sud d’Hébron, cf. 25.2s. Le site se trouve sur la route de Saül, du Négeb vers Gilgal.


22 q) Samuel ne condamne pas le culte sacrificiel en général. Mais c’est l’obéissance intérieure qui plaît à Dieu, non le seul rite extérieur. Accomplir celui-ci contre le gré de Dieu, c’est apporter son hommage à un autre que Dieu, c’est tomber dans l’idolâtrie, ici évoquée par la sorcellerie et les téraphim, ces idoles auxquelles on confiait la garde des maisons et des biens, Gn 31.19, 30s ; 19.13.


23 r) La condamnation des téraphim comme moyen de sorcellerie n’apparaît qu’à une époque tardive.


29 s) Incise théologique reprenant Nb 23.19.


30 t) Le rejet de Saül par Dieu ne sera pas immédiatement effectif et Saül continue à exercer la charge royale. Samuel accepte de confirmer l’autorité de Saül en paraissant avec lui au sanctuaire.


32 u) Puisque l’anathème ne lui a pas été appliqué, Agag croit avoir échappé à la mort.


33 v) Samuel accomplit ce qui avait dû être fait par Saül.


35 w) Cf. pourtant 19.22-24, d’une autre tradition.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.142 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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