Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 31 juillet 2021

La Bible de Jérusalem (fr)

Ecclésiaste (or Qohélet), Chapitre 8

Deuxième partie> 1 Maximes de sagesse et leur critique.
Qui est comme le sage et qui sait expliquer cette parole :« La sagesse de l’homme illumine son visage
et son air austère est changé » ?
Moi ! Observe l’ordre du roi,
et à cause du serment divin,
ne te presse pas de t’en écarter ;
ne t’obstine pas dans un mauvais cas,
car il fait ce qui lui plaît :
la parole du roi est souveraine,
et qui lui dira : « Que fais-tu ? »
« Celui qui observe le commandement ne connaîtra aucun mal ;
le cœur du sage connaît le temps et le jugement. »
Oui, il y a un temps et un jugement pour chaque chose,
mais il y a un grand malheur pour l’homme :
il ne sait pas ce qui arrivera,
qui pourrait lui annoncer comment ce sera ?
Aucun homme n’est maître du souffle
pour retenir ce souffle ;
personne n’est maître du jour de la mort.
Il n’y a pas de relâche dans le combat
et la méchanceté ne sauve pas son homme.
Tout cela je l’ai vu, en mettant tout mon cœur à tout ce qui se fait sous le soleil, au temps où l’homme est maître de l’homme, pour son malheur.
10 Et ainsi j’ai vu des méchants mis au tombeau ; on allait et venait depuis le lieu saint, et on oubliait dans la ville comment ils avaient agi.Cela aussi est vanité.
11 Parce que la sentence contre celui qui fait le mal n’est pas vite exécutée, le cœur des fils d’Adam est plein de l’envie de mal faire.
12 Que le pécheur fasse cent fois le mal, il survit. Mais moi, je sais aussi qu’il arrive du bien à ceux qui craignent Dieu parce qu’ils éprouvent de la crainte devant lui,
13 mais qu’il n’arrive pas de bien au méchant et que, comme l’ombre, il ne prolongera pas ses jours, parce qu’il est sans crainte devant Dieu.
14 Il y a une vanité qui se fait sur la terre :
il y a des justes qui sont traités selon la conduite des méchants
et des méchants qui sont traités selon la conduite des justes.
Je dis que cela aussi est vanité.
15 Et je fais l’éloge de la joie, car il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil que dans le manger, le boire et le plaisir qu’il prend ; c’est cela qui accompagne son travail aux jours de la vie que Dieu lui donne sous le soleil.
16 Après avoir mis tout mon cœur à connaître la sagesse et à observer la tâche qu’on exerce sur la terre — car ni jour ni nuit on ne voit de ses yeux le repos —
17 j’ai observé toute l’œuvre de Dieu : l’homme ne peut découvrir toute l’œuvre qui se fait sous le soleil ; quoique l’homme se fatigue à chercher, il ne trouve pas. Et même si un sage dit qu’il sait, il ne peut trouver.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 y) Qohélet interpréterait ce qui précède. On rapproche Qo 7.23 « je serai sage ». Mais l’hébreu est incertain ; les versions omettent ce mot.


2 z) Serment fait à Dieu soit par le roi, soit par les sujets. Il s’agit à cette époque d’un Ptolémée.


5 a) Sentence aussitôt critiquée. Tout est programmé, sans que l’homme en sache rien.


8 b) La suite du v. semble indiquer que le mot ruah (le « vent » ou le « souffle ») désigne ici le souffle vital.


10 c) Texte incertain. — Au lieu de « et on oubliait », le grec comprend « et on louera dans la ville la façon dont ils ont agi », ce qu’on peut rapprocher de Jb 21.32-33 ; mais cette correction est inutile le thème de l’égalité de tous, bons et méchants, devant la mort et l’oubli appartient bien à la pensée de Qohélet.


13 d) Qo 8.12-13 c’est la thèse traditionnelle, démentie par les faits et critiquée au v. 14.


Ce petit livre s’intitule « Propos de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». Le mot « Qohélet », cf. Ec 12, 12 ; 7.27 ; 12.8-10, n’est pas un nom propre mais un nom commun employé parfois avec l’article ; bien que sa forme soit féminine, il se construit au masculin. D’après l’explication la plus vraisemblable, c’est un nom de fonction qui désigne celui qui parle dans l’assemblée (qahal, en grec ekklèsia, d’où les titres latin et français, transcrits de la Bible grecque), en somme le « Prédicateur ». Il est dit « fils de David et roi dans Jérusalem », cf. Ec 1.12, et, bien que le nom ne soit pas écrit, il est certainement identifié avec Salomon à qui le texte fait clairement allusion, Ec 1.16 (cf. 1 R 3.12 ; 5.10-11 ; 10.7) ou Ec 2.7-9 (cf. 1 R 3.13 ; 10.23). Mais cette attribution n’est qu’une fiction littéraire de l’auteur qui met ses réflexions sous le patronage du plus illustre des sages d’Israël. La langue du livre et sa doctrine, sur laquelle on va revenir, interdisent de le placer avant l’Exil. On a souvent contesté l’unité d’auteur et l’on a distingué deux, trois, quatre et jusqu’à huit mains différentes. Mais beaucoup d’incohérences s’expliquent si l’on discerne un certain nombre de citations faites par Qohélet et ensuite critiquées par lui. L’épilogue (Ec 12.9-14) est dû à deux mains distinctes : l’une (9-11) est celle d’un disciple fervent ; la seconde (12-14), d’un juif pieux qui exhorte à craindre Dieu et à observer ses commandements.

Comme en d’autres livres sapientiaux, ainsi Job et l’Ecclésiastique, pour ne rien dire des Proverbes qui sont composites, la pensée va et vient, elle se reprend et se corrige. Il n’y a pas de plan défini, mais ce sont des variations sur un thème unique, la vanité des choses humaines, qui est affirmé au début et à la fin du livre, Ec 1.2, 12.8. Tout est décevant : la science, la richesse, l’amour, la vie même. Celle-ci n’est qu’une suite d’actes décousus et sans portée, Ec 3.1-11, qui s’achève par la vieillesse, Ec 12.1-7, et par la mort, laquelle frappe également sages et fous, riches et pauvres, bêtes et hommes, Ec 3.14-20. Le problème de Qohélet est celui de Job : le bien et le mal ont-ils leur sanction ici-bas ? Et, comme la réponse de Job, celle de Qohélet est négative, car l’expérience contredit les solutions reçues, Ec 7.25-8.14. Seulement, Qohélet est un homme en bonne santé, il ne cherche pas comme Job les raisons de la souffrance, il constate l’inanité du bonheur et il se console en cueillant les joies modestes que peut donner l’existence, Ec 3.12-13 ; 8.15 ; 9.7-9. Disons plutôt qu’il cherche à se consoler, car il est d’un bout à l’autre insatisfait. Le mystère de l’au-delà le tourmente, sans qu’il entrevoie une solution au problème du Shéol, Ec 3.21 ; 9.10 ; 12.7. Mais Qohélet est un croyant et, s’il est déconcerté par le tour que Dieu donne aux affaires humaines, il affirme que Dieu n’a pas de comptes à rendre, Ec 3.11, 14 ; 7.13, qu’on doit accepter de sa main les épreuves comme les joies, Ec 7.14 (cf. 1 S 2.6 ; Jb 2.10). À Qohélet comme à Job, la réponse ne peut être donnée que par l’affirmation d’une sanction d’outre-tombe.

Le livre a le caractère d’une œuvre de transition. Les assurances traditionnelles sont ébranlées mais rien de ferme ne les remplace encore. Dans ce tournant de la pensée hébraïque, on a cherché à discerner des influences étrangères qui se seraient exercées sur Qohélet. Il faut écarter les rapprochements souvent proposés avec les courants philosophiques du stoïcisme, de l’épicurisme et du cynisme, que Qohélet aurait pu connaître par l’intermédiaire de l’Égypte hellénisée ; aucun de ces rapprochements n’est décisif et la mentalité de l’auteur est très éloignée de celle des philosophes grecs. On a établi des parallèles, en apparence plus valables, avec des compositions égyptiennes comme le Dialogue du Désespéré avec son âme ou les Chants du Harpiste et, plus récemment, avec la littérature mésopotamienne de sagesse et avec l’Épopée de Gilgamesh où figure déjà le proverbe « le fil triple ne rompt pas » (cf. Ec 4.1), ainsi que l’exhortation au Carpe Diem (cf. Ec 9.7ss.). Mais on ne peut démontrer l’influence directe d’aucune de ces œuvres. Les rencontres se font sur des thèmes qui sont parfois très anciens et qui étaient devenus le bien commun de la sagesse orientale. C’est sur cet héritage du passé que Qohélet a exercé sa réflexion personnelle, comme le dit son éditeur, Ec 12.9.

Qohélet est un Juif de Palestine, probablement de Jérusalem même. Il écrit un hébreu tardif, semé d’aramaïsmes, et il emploie deux mots perses (pardes, Ec 2.5 ; pitgam, Ec 8.11). Cela suppose une date assez postérieure à l’Exil, mais antérieure au début du IIe siècle av. J.-C., où Ben Sira a utilisé le livret ; de fait, la paléographie situe aux environs de 150 av. J.-C. des fragments de Qo trouvés dans les grottes de Qumrân. Le IIIe siècle est donc la date de composition la plus vraisemblable. C’est le temps où la Palestine, soumise aux Ptolémées, est atteinte par le courant humaniste et ne connaît pas encore le sursaut de foi et d’espérance de l’époque des Maccabées.

Le livre ne marque qu’un moment dans le développement religieux et il ne faut pas le juger en le détachant de ce qui l’a précédé et de ce qui le suivra. En soulignant l’insuffisance des conceptions anciennes et en forçant les esprits à affronter les énigmes humaines, il appelle une révélation plus haute. Il donne une leçon de détachement des biens terrestres et, en niant le bonheur des riches, il prépare le monde à entendre que « bienheureux sont les pauvres », Lc 6.20.

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