4 Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car seul tu es saint ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances. » |
La croyance au jour du Jugement et à la résurrection universelle était répandue chez la plupart des Juifs croyants avant même la venue du Sauveur dans le monde. Elle supposait que tous comparaîtraient au Jugement, qu'ils aient ou non appartenu au peuple de Dieu durant leur vie. Cette conception du Jugement découlait avant tout de la compréhension de ce fait : le Dieu d'Israël est aussi le Dieu du monde entier, et Il jugera non seulement Son peuple, mais aussi tous les autres peuples de la terre.
Mais à la lumière de la révélation néotestamentaire, les chrétiens ont commencé à envisager le Jugement d'une manière quelque peu différente de celle dont les Juifs l'envisageaient et l'envisagent encore. Du point de vue juif, ce processus, s'il n'est pas instantané, est en tout cas relativement concentré dans le temps : il suppose que les ressuscités comparaissent au Jugement afin que Dieu fasse le bilan de leur vie terrestre et prononce la décision correspondante. Pour le chrétien, en revanche, le Jugement commence avec la venue du Messie dans le monde : Jésus dit expressément que celui qui croit en Lui ne vient pas au Jugement, tandis que celui qui Le rejette est condamné par ce rejet même. On pourrait alors appeler notre époque celle du Jugement : le choix demeure possible jusqu'au jour même du retour du Sauveur, où le bilan sera dressé. En même temps, notre époque n'est pas seulement celle du Jugement, mais aussi celle du Royaume qui vient. Les deux sont liés : accepter ou rejeter le Christ signifie aussi accepter ou rejeter le Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Et, selon Ses propres paroles, ce n'est pas simplement en prenant telle ou telle décision que l'homme échappe au Jugement : c'est parce que la décision de se fier au Christ signifie aussi le choix du Royaume, et que la participation à cette vie nouvelle écarte la question du Jugement.
Mais alors, est-il seulement pertinent de parler du Jugement à propos des chrétiens ? Si nous, qui nous appelons chrétiens, l'étions pleinement et jusqu'au bout, il serait effectivement dépourvu de sens d'en parler à notre sujet, tout comme il est dépourvu de sens d'en parler au sujet de ceux que le livre de l'Apocalypse désigne comme « ayant part à la première résurrection » et sur lesquels « la seconde mort n'a pas de pouvoir ». Dans certaines Églises, on appelle ces personnes des « saints », bien qu'il serait plus exact de présenter leur vie comme un exemple de justice chrétienne, puisque les livres du Nouveau Testament appellent « saints » tous les chrétiens sans exception. Mais, dans notre vie spirituelle, nous ne sommes souvent chrétiens que par intermittence : nous participons de temps à autre à la vie du Royaume, tout en vivant principalement de la vie de « ce monde ». Au Jugement, nous devrons donc nous aussi faire le bilan de cette existence double et divisée. Et pour éviter le Jugement, il n'existe qu'un seul moyen : devenir enfin des êtres spirituellement unifiés et vivre uniquement de la vie du Royaume — autrement dit, devenir enfin des chrétiens normaux, de vrais chrétiens.
1 Puis je vis dans le ciel encore un signe, grand et merveilleux : sept Anges, portant sept fléaux, les derniers puisqu’ils doivent consommer la colère de Dieu. |
2 Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal. S’accompagnant sur les harpes de Dieu, |
3 ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau :« Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations. |
4 Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car seul tu es saint ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances. » |
« Grandes et merveilleuses sont Tes œuvres, Seigneur Dieu Tout-Puissant ! » Si nous réfléchissons à ce que sont les œuvres de Dieu, à ce qu'Il crée et à la manière dont Il agit dans le monde et dans notre vie, ces paroles constituent sans doute la meilleure conclusion possible à cette réflexion. La relation entre l'homme et Dieu se construit peut-être précisément sur cela : notre adoration de Sa grandeur. Craindre Dieu et glorifier Son nom. Le craindre ne signifie évidemment pas être effrayé. Mais si nous pensons à l'immensité de Sa grandeur, il nous sera difficile de garder notre contenance et de nous sentir à l'aise en Sa présence. Là réside le mystère de la relation entre l'homme et Dieu : dans l'union d'un respect sans limites et de la crainte de Dieu avec l'amour. Car la crainte de Dieu, contrairement à la peur humaine ordinaire, ne nous pousse pas à fuir et à nous cacher, mais à aller à Sa rencontre.
1 Puis je vis dans le ciel encore un signe, grand et merveilleux : sept Anges, portant sept fléaux, les derniers puisqu’ils doivent consommer la colère de Dieu. |
2 Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal. S’accompagnant sur les harpes de Dieu, |
3 ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau :« Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations. |
4 Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car seul tu es saint ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances. » |
5 Après quoi, ma vision se poursuivit. Au ciel s’ouvrit le temple, la Tente du Témoignage, |
6 d’où sortirent les sept Anges aux sept fléaux, vêtus de robes de lin pur, éblouissantes, serrées à la taille par des ceintures en or. |
7 Puis, l’un des quatre Vivants remit aux sept Anges sept coupes en or remplies de la colère du Dieu qui vit pour les siècles des siècles. |
8 Et le temple se remplit d’une fumée produite par la gloire de Dieu et par sa puissance, en sorte que nul ne put y pénétrer jusqu’à la consommation des sept fléaux des sept Anges. |
1 Et j’entendis une voix qui, du temple, criait aux sept Anges : « Allez, répandez sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu. » |
Désormais, depuis le Trône de gloire et depuis la Tente céleste, le sens du Jugement et de la colère de Dieu se révèle à Jean autrement qu’auparavant, lorsqu’il les voyait comme de l’intérieur de l’histoire de ce monde déchu auquel, en règle générale, se limite l’horizon spirituel de l’homme déchu. Alors le Jugement se révélait à l’apôtre comme une série de catastrophes liées au fait que le monde, n’étant pas prêt à rencontrer Dieu, se détruisait inévitablement dans son ancienne qualité en changeant et en se transfigurant.
Désormais, le Jugement est lié avant tout au témoignage et à la présence devant le Trône de gloire de ceux qui ont gardé fidélité au Christ tout au long de l’époque précédente, y compris dans les derniers temps. La force de Dieu se retourne pour le monde en plaies et en coupes de la colère de Dieu. Ce n’est pas étonnant : maintenant l’apôtre voit la situation telle qu’elle se révèle depuis la plénitude du Royaume, qui se prépare à entrer dans le monde dans cette plénitude. Le Royaume est l’espace du souffle de Dieu et de l’amour de Dieu, et depuis le Trône de gloire, depuis son centre spirituel, il se voit précisément ainsi.
Mais, vu depuis le centre spirituel du Royaume, tout le monde apparaît comme Royaume, à l’exception de la partie qui s’est trouvée arrachée au Royaume par une volonté mauvaise opposée à Dieu. Et cette partie de la création arrachée au Royaume est justement ce que l’Évangile appelle habituellement les « ténèbres extérieures ». Si l’on se trouve dans cet espace, on peut voir tout un monde demeurant, sinon dans l’obscurité complète, du moins dans la pénombre semblable aux longs crépuscules hivernaux du Nord ; mais de l’extérieur il n’est perçu que comme un abîme sombre et sans fond, que seul peut remplir Celui qui a créé le monde.
Et Il le remplit de Sa présence, de Sa force, mais non de Son amour : non parce que Son amour ne suffirait pas à l’abîme obscur ou que Son souffle n’y pénétrerait pas, mais parce que le souffle de Dieu, rejeté comme amour, devient pour ceux qui le rejettent une force destructrice qui les tue, bien qu’elle ne puisse les tuer jusqu’au bout, car Dieu ne veut pas anéantir Sa création. Ainsi l’amour de Dieu devient Jugement, et le souffle de Dieu se change, pour ceux qui demeurent dans les « ténèbres extérieures », en plaies et en coupes de la colère de Dieu.
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