1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
En parlant à ses disciples de son chemin et de son ministère, Jésus ne pouvait manquer de leur parler aussi du sens de la mort qui l'attendait. Il dit aux apôtres: mon chemin terrestre est achevé, le temps de la séparation est venu (v. 5-6). Mais ce n'est pas une simple séparation: Jésus part afin que le Royaume puisse se révéler au monde dans toute sa plénitude. Il dit: si je n'achève pas mon chemin terrestre et humain, ma plénitude divine demeurera elle aussi cachée au monde. Alors les apôtres eux-mêmes ne sentiront pas le souffle de Dieu et ne connaîtront pas l'Esprit-Paraclet dont Jésus leur a parlé (v. 6-7).
Pendant ce temps, le Sauveur parle aux disciples de la venue du Royaume. Il dit: venu dans le monde, l'Esprit de Dieu deviendra le témoin principal de tout ce que beaucoup n'ont pas voulu entendre de moi ni de vous: le témoin de ma mission, de la défaite des forces des ténèbres, ainsi que du péché qui consiste à rejeter le Messie envoyé par Dieu (v. 8-11). Le sens d'un tel témoignage est évident: c'est un témoignage sur le Royaume et sur Jésus comme le Messie qui a apporté le Royaume dans le monde. Aucun témoignage en lui-même ne prive évidemment personne de la liberté de choisir, et ceux qui rejettent le témoignage de l'Esprit de Dieu deviendront les persécuteurs des témoins du Royaume (v. 1-4). C'est là l'essentiel; les disciples apprendront et comprendront le reste en participant au Royaume et en recevant la révélation de l'Esprit de Dieu (v. 12-15).
Pourtant, les disciples ne semblent pas encore croire jusqu'au bout que Jésus leur parle de sa mort. Ils sont perplexes: que veut-il dire? Où veut-il aller, pourquoi veut-il se cacher d'eux (v. 16-18)? Alors Jésus parle aux apôtres de sa mort et de sa résurrection avec toute la clarté possible. Il avertit ses disciples qu'ils devront éprouver une grande tristesse, qui sera bientôt remplacée par une joie plus grande encore (v. 21-22). Il leur promet qu'un jour viendra où ils se rencontreront de nouveau, un jour où tout leur deviendra clair et où ils n'auront plus aucune question (v. 22-23). Enfin, Jésus dit directement aux disciples: je suis venu dans le monde d'auprès du Père, et maintenant je quitte de nouveau le monde et je vais vers le Père (v. 28).
Après ces paroles du Maître, les apôtres pensent avoir enfin tout compris, mais Jésus semble penser autrement. Il leur dit directement que bientôt ils se disperseront tous et le laisseront seul (v. 29-32). Mais même la fuite des disciples désemparés n'a aucune importance: la victoire sur les forces du mal qui tiennent le monde captif est remportée, et aucune souffrance des témoins du Royaume ne peut désormais l'annuler (v. 33).
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Les disciples ne peuvent pas comprendre les paroles mystérieuses de Jésus : « Encore un peu de temps et vous ne Me verrez plus, puis encore un peu de temps et vous Me verrez... ». Nous pouvons, nous aussi, partager leur perplexité. Même si nous savons qu’Il leur a dit ces paroles en pensant à la crucifixion prochaine, à la mort, puis à la rencontre après Sa résurrection, pourquoi ces paroles nous sont-elles maintenant adressées ? Nous ne L’avons vu ni avant la croix ni après la Résurrection.
Parle-t-Il peut-être de la Seconde Venue ? Peut-être... Mais ici même, nous entendons que les paroles, l’image et la présence même du Christ peuvent nous rencontrer avant la fin du monde, lorsque le Consolateur les apportera avec Lui, Lui qui parlera avec la voix de Jésus, enseignera comme le Seigneur enseignait, parce qu’Il vient Lui aussi du même lieu que le Christ : du Père.
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
Le passage du Dernier entretien du Christ avec les disciples que nous lisons aujourd’hui nous révèle comment le Seigneur Lui-même regarde les disciples. Le fait est qu’Il les assimile en réalité à Lui-même. Le monde a d’abord haï le Christ, puis Ses disciples. Ils n’appartiennent pas au monde. On a gardé la parole du Christ, on gardera aussi la parole des disciples. Enfin, témoigner de Jésus sera l’œuvre de l’Esprit de vérité, qui procède du Père, et des disciples.
Et tout cela, le Seigneur le dit en expliquant le commandement : « Aimez-vous les uns les autres ». Cela signifie que la ressemblance à Dieu et l’adoption filiale (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ne proviennent pas de qualités surhumaines particulières de ces pêcheurs galiléens, mais du fait qu’ils accompliront ce commandement. Par conséquent, les paroles du Christ s’adressent aussi à tous ceux qui suivent les disciples du Christ dans l’Église, qu’Il a Lui-même fondée précisément par ces disciples.
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
En parlant à ses disciples du Royaume, Jésus a mentionné plus d'une fois son incompatibilité organique avec le monde non transfiguré. C'est par cela, et par rien d'autre, qu'il explique aussi les persécutions qui deviendront le compagnon inévitable des chrétiens tout au long du chemin historique de l'Église. Qu'est-ce donc qui se révèle pour le monde une dénonciation absolument insupportable, provoquant une réaction aussi violente?
Avant tout, bien sûr, le témoignage que « le prince de ce monde » est déjà jugé. Si, sans doute, il était précisément question du diable, des forces obscures, des forces du mal, il n'y aurait pas une réaction aussi vive à ce témoignage. Mais il s'agit du « prince de ce monde », et donc de tout l'ordre des choses existant dans le monde. Même les justes qui suivent la Torah y sont justifiés non parce qu'ils font partie de ce monde, mais parce que, et dans la mesure où, étant justes et suivant la Torah, ils ne lui appartiennent déjà plus. Le monde voudrait s'approprier tout ce qui arrive parfois de bon en lui malgré sa propre nature, et se dissocier de tout le mal qu'il engendre lui-même en vertu de cette nature; et le Royaume, en entrant dans le monde, témoigne de sa vraie nature, corrompue par le péché, provoquant ainsi la fureur des forces de ce monde, la fureur du malfaiteur à qui l'on a publiquement arraché le masque.
Un irritant supplémentaire est le rappel de celui que le monde voudrait oublier, mais qu'on lui rappelle sans cesse. Non, bien sûr, si l'on rappelait au monde Jésus comme, par exemple, un grand théologien, un réformateur religieux ou, à la rigueur, un maître de morale, ce serait encore supportable: après tout, il n'est ni le premier ni le dernier. Mais on le désigne comme quelqu'un d'unique et d'incomparable, qui de surcroît ne veut absolument tenir compte ni du monde, ni de ses faiblesses et de ses péchés.
À ce qu'il apparaît, le conflit est provoqué par l'essence même des différences qui séparent le Royaume et le monde embourbé dans le mal. Il n'est pas étonnant qu'il dure jusqu'à la fin des temps, ne faisant que s'aiguiser au fil des années.
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
À l'approche du jour de la Pentecôte, il est nécessaire d'écouter attentivement les paroles du Christ sur la venue de l'Esprit Saint, afin de ne pas être privés de Ses dons de grâce. Deux choses sont d'une importance fondamentale pour nous. Premièrement, le fait que le Consolateur, l'Esprit Saint, convaincra le monde en matière de péché, de justice et de jugement. Cela signifie que, dans la venue de l'Esprit, nous verrons tout cela; ces réalités deviendront présentes, deviendront visibles. Dans la force de l'Esprit Saint, l'Église saura que le péché, c'est l'incrédulité envers le Christ, que la justice, c'est Sa Résurrection, que le jugement, c'est Sa victoire sur le mal.
Et la seconde chose dont nous avons tant besoin, c'est d'être guidés vers toute la vérité. Le Seigneur dit que nous ne serons plus comme des aveugles tâtonnant dans la vie, sans savoir ni comprendre où est la vie et où est la mort. L'Esprit Saint nous guidera, et en Lui nous connaîtrons la vérité et nous pourrons vivre et avancer vers Dieu. C'est précisément cela le don principal et si nécessaire de l'Esprit.
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
Le fait que le Seigneur ait Ses propres principes pédagogiques, incompréhensibles pour nous, n'a pas été inventé récemment ni par nous. Les paroles célèbres dites par Dieu par le prophète Isaïe portent précisément là-dessus : « Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55:8). Lui, le maître du temps, a Son propre moment pour chaque chose ; Il sait quand Ses disciples doivent apprendre et comprendre quelque chose.
Parfois Ses paroles peuvent sembler se contredire : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée » (Mt 10:34) et « Je ne suis pas venu juger le monde, mais sauver le monde » (Jn 12:46). Mais ce que nous essayons de percevoir de notre point de vue peut être tout autre chose pour Dieu. Et c'est pourquoi Il prend, pour ainsi dire, soin de nous, veille sur nous et attend le moment où il sera le meilleur pour nous d'entendre Sa parole, afin que nous puissions la recevoir (voir Jn 16:12).
Mais il arrive souvent que les paroles du Christ nous soient données « d'avance », pour l'avenir. Le Seigneur sait que nous ne comprendrons pas tout immédiatement, mais Il partage tout de même généreusement avec nous Sa Parole, Sa vie. Et peu Lui importe qu'il nous faille beaucoup de temps pour que le sens de ce qu'Il a dit nous parvienne, d'abord à la conscience, puis au coeur. Il nous parle quand même, afin que, plus tard, sur ce sol, l'Esprit Saint fasse pousser quelque chose de nouveau (voir Jn 16:13).
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
Jésus dit que Son départ, l'achèvement de Son chemin terrestre, n'est nullement la fin. Ce n'est que le commencement. Le commencement de ce processus que l'on peut appeler l'entrée du Royaume dans le monde. Son Royaume. Et le Royaume de Son Père. C'est pourquoi le déploiement de la plénitude de ce Royaume est lié à Son départ. Et il ne s'agit pas pour Lui de disparaître afin de céder la place à quelqu'un d'autre. Simplement, en entrant dans le monde, le Royaume devient toujours plus plein. Plus vaste. Plus profond. C'est cette profondeur que les apôtres commencent à sentir au moment de l'Ascension.
Il disparaît dans la profondeur de Son Royaume. Dans une profondeur que les apôtres ne connaissaient pas auparavant parce qu'ils ne la remarquaient pas. Maintenant, ils commencent à la remarquer. Mais Jésus avertit d'avance Ses disciples. Il ne s'agit pas du fait que ce souffle de Dieu, cet Esprit dont Il parle, Le remplace auprès des apôtres. Il s'agit d'autre chose. Il s'agit de Le suivre. Lui, le Messie. Le Roi de Son Royaume. Mais pour cela il faut d'abord entrer dans ce Royaume. Y prendre part. Il ne suffit pas simplement d'être physiquement près de Jésus. C'est comme avec le Royaume: on peut se trouver en sa présence, pour ainsi dire sur le territoire du Royaume, et ne pas le remarquer. Et pour le remarquer, il faut l'accueillir en soi.
Son souffle, qui est aussi le souffle de Dieu. Alors seulement on pourra voir en Jésus ce Roi même. Sinon, on peut se tenir à côté de Lui sans avoir aucun rapport avec Sa vraie vie. À quoi sert alors une telle proximité? Voilà pourquoi Jésus dit qu'il vaut mieux pour eux qu'Il parte maintenant. Il doit achever Son chemin terrestre. Il doit ressusciter d'entre les morts et poursuivre ce chemin déjà dans la plénitude du Royaume. Il doit faire entrer ce Royaume dans le monde. En un mot, mener jusqu'au bout tout ce pour quoi Il est venu. Et pour Ses disciples, ce sera vraiment meilleur ainsi.
Même s'il peut leur sembler que ce n'est pas le cas. Car eux veulent être auprès du Maître. Et le Maître veut les introduire dans Son Royaume, les faire participer à la plénitude de la vie dont Il vit Lui-même. Il veut qu'ils sentent eux-mêmes le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, qu'ils l'inspirent à pleins poumons. Et pour cela il faut que les apôtres entrent dans cette dynamique spirituelle du Royaume qui vient. Qu'ils en deviennent une partie, tout comme Lui-même. Car c'est aussi par eux que le Royaume entrera dans le monde. Même s'ils ne le savent pas encore: car la Pentecôte est encore devant eux.
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
Dans les versets du passage d'aujourd'hui de l'Évangile selon Jean, le Seigneur parle de l'Esprit qui viendra et nous conduira «dans toute la vérité». Et pourquoi pourra-t-Il le faire — manifester la vérité, nous libérer de notre «incapacité à porter» (voir Jn. 16:12)? Parce qu'«Il ne parlera pas de Lui-même, mais Il dira ce qu'Il entendra», Il accomplira la volonté de Celui qui L'a envoyé. C'est cela seul qui garantit le succès — non pas un succès personnel, mais l'obtention authentique de l'éternité.
On pourrait se demander à quoi cela rime, puisque l'Esprit Saint est Dieu, et qu'Il pourrait parler de Lui-même… Mais nous voyons que Jésus aussi accomplit la volonté du Père qui L'a envoyé. Le fait est, apparemment, qu'entre les Personnes de la Sainte Trinité il n'y a pas une séparation semblable à celle qui existe entre nous et Dieu, et l'accomplissement même de la volonté — cette très profonde concordance dans les actions de la Trinité — se produit d'une manière tout à fait différente. Cette volonté fait justement partie de ces réalités qui Les (les Personnes de la Trinité) unissent…
Ainsi pour nous aussi : la volonté de Dieu, ou plus précisément notre libre consentement à celle-ci, est appelée à servir de lien entre nous et le Royaume des Cieux.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
À ce qu'il apparaît, les disciples de Jésus comprennent difficilement leur Maître. Et lui continue à leur parler par sous-entendus et par images. On pourrait penser que si l'on ne te comprend pas, ou pas jusqu'au bout, il vaudrait mieux s'abstenir d'images, car dans une telle situation elles peuvent encore davantage compliquer les choses. Et pourtant Jésus continue à parler comme il parle. Pourquoi donc?
D'un côté, on pourrait dire qu'il avait déjà plus d'une fois, et peut-être ouvertement, parlé aux apôtres de ce qui l'attendait. Ils ne le comprenaient manifestement pas alors, comme ils ne le comprennent pas maintenant; c'est pourquoi Jésus recourt aux images et aux allégories pour mieux transmettre aux disciples ce qu'il leur est si important de comprendre.
Mais il ne s'agissait sans doute pas seulement de cela. Pourquoi les apôtres comprenaient-ils difficilement Jésus lorsqu'il leur parlait de sa mort sur la croix et de sa résurrection? Sans doute avant tout parce qu'ils n'étaient absolument pas prêts à entendre quelque chose de tel, et ce qu'ils entendirent fut pour eux un choc. Or dans un état de choc, l'homme n'est pas capable de percevoir ni d'analyser quoi que ce soit; il tombe simplement dans la stupeur.
Voyant cette réaction des disciples, Jésus recourt aux images, aux allégories et aux paroles figurées, car tout cela oblige l'auditeur non seulement à écouter, mais aussi à réfléchir sans cesse à ce qu'il a entendu, de telle sorte qu'il puisse lui-même parvenir aux conclusions qui, autrement, l'auraient simplement choqué. Mais lorsque l'on arrive soi-même à des conclusions choquantes, à la suite de sa propre réflexion, elles restent choquantes et demandent encore à être méditées, mais elles ne font pas perdre pied comme peuvent le faire les paroles d'un homme en qui l'on a confiance et qui expose devant soi les mêmes faits déjà tout prêts.
Et Jésus, en pédagogue sage, essaie, lors de sa dernière rencontre terrestre avec ses disciples, de les conduire à la compréhension de choses sans lesquelles on ne peut entrer dans le Royaume. Car il comprend parfaitement ce qu'ils auront à vivre dans les jours prochains, et il s'efforce de faire tout son possible pour que la perspective du Royaume qui vient dans le monde ne soit pas voilée par ce qu'ils devront éprouver.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Pour nous, ce qui se passe précisément au moment présent est souvent très important. Ce qui nous préoccupe avant tout, ce sont nos propres réactions à ce qui arrive. Et si nous avons mal, alors tout le monde autour de nous nous apparaît noir et méchant. Mais si nous nous sentons bien, notre disposition est bienveillante, le soleil brille et le monde entier nous sourit. Bien sûr, tout n'est pas toujours aussi net, mais le plus souvent nos sensations tendent vers l'un des pôles...
Le Seigneur, Lui, tente de nous apprendre un procédé sage : nous souvenir que notre état est changeant, parce que rien d'humain n'est éternel. Éternel est seulement ce qui vient de Dieu : « Ma justice demeurera pour toujours, et Mon salut de génération en génération » (Is 51:8). En parlant aujourd'hui de la femme qui se prépare à enfanter, le Christ souligne que nous ne devons pas nous appuyer sur ce que nous ressentons maintenant, ni pleurer et gémir à cause des afflictions, mais nous souvenir non de l'affliction, mais de la joie qui viendra après elle (voir Jn 16:20-22). Penser non avec le sentiment de l'instant, mais voir plus large et plus loin. Essayer de regarder ce qui arrive avec le regard de Dieu : chercher en toute chose un sens et un motif de joie et de gratitude envers Dieu.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Le Seigneur dit aux disciples qu'après la joie entrée en eux avec sa venue viendra une tristesse qui ensuite se changera de nouveau en joie. Comme deux jours séparés par une nuit. Il est très important de comprendre que cette nuit de tristesse, lorsque le Seigneur repose au tombeau et qu'il n'est plus avec nous, cette nuit d'abandon de Dieu, est ce que traverse nécessairement quiconque parcourt vraiment le chemin de la formation spirituelle. Le témoignage en est que nos grands maîtres ont eux aussi vécu un état semblable, lourd et plein de grâce. On sait que saint Tikhon de Zadonsk, qui vécut au XVIIIe siècle, connut la nuit mystique de l'âme; mais plus tôt encore, au XVIe siècle, le grand mystique espagnol saint Jean de la Croix créa une notion étonnamment profonde et riche: «la nuit obscure de l'âme». Il est impossible de l'expliquer en deux mots, mais dans le poème qui porte ce titre, il donne une allusion à l'hymne pascal «Exsultet», que les catholiques chantent le Samedi saint:
C'est la nuit,
où jadis nos pères, les fils d'Israël,
tu les as fait sortir d'Égypte
et tu leur as fait traverser la mer Rouge à pied sec.(...)
C'est la nuit,
où, brisant les liens de la mort,
le Christ est remonté victorieux des enfers. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse -
la seule qui ait mérité de connaître le temps et l'heure
où le Christ est ressuscité des enfers.
C'est la nuit dont il est écrit:
et la nuit sera claire comme le jour;
et la nuit sera ma lumière et ma joie. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse,
où s'unissent la terre et le ciel,
l'humain et le divin.
Revenons encore à l'expérience des ascètes orthodoxes. Théophane le Reclus écrit ainsi dans son commentaire de la lecture d'aujourd'hui: «On dit que toute âme, sur le chemin de la perfection, subit une semblable atteinte. Une ténèbre universelle la couvre, et elle ne sait où aller; mais le Seigneur vient, et change sa tristesse en joie». Efforçons-nous, nous aussi, lorsque nous enveloppe l'obscurité de l'abandon de Dieu, de la perte de la foi, lorsque «l'intelligence cherche la Divinité et le coeur ne la trouve pas», de ne pas perdre courage, mais de comprendre que cette nuit est inévitable, et que devant nous nous attend un Jour nouveau.
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
Jésus dit : « Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie ». Nous sommes habitués à ces paroles et nous ne remarquons plus qu'en réalité le lien logique n'est pas évident. La logique ordinaire serait en effet : « Maintenant il y aura des problèmes, mais ne vous inquiétez pas, ensuite tout s'arrangera et tout ira bien ». Or Jésus dit que ce qui était cause de tristesse deviendra précisément cause de joie ; s'il n'y a pas de tristesse, il n'y aura pas non plus de joie.
En effet, sans le Vendredi saint il ne peut y avoir de dimanche de Pâques. Et dans la vie de chacun de nous, il y a des moments où il faut traverser, vivre quelque chose de très effrayant et douloureux, parce qu'à travers cette petite mort le Seigneur donnera la résurrection.
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Un remarquable catéchiste a une réponse universelle aux questions trop subtiles: « Tu mourras, et tu le lui demanderas toi-même ». Mais dans la lecture d'aujourd'hui, Jésus prononce des paroles bouleversantes: « En ce jour-là, vous ne me demanderez rien! »
Comment cela? Pourquoi? Pourquoi toutes les questions disparaissent-elles? Parce qu'il nous verra; et remarquez bien: ce n'est pas nous qui le verrons, c'est lui qui nous verra. Et lorsqu'il regardera chacun dans les yeux, alors il ne restera plus de questions. Parce qu'il m'attendait, parce qu'il voulait me revoir, et lorsque lui me voit, la véritable Rencontre a lieu, après laquelle il ne reste plus de questions.
C'est précisément ce qu'écrit l'apôtre Paul: « Maintenant nous voyons comme dans un miroir, d'une manière obscure; alors nous verrons face à face. Maintenant je connais en partie; alors je connaîtrai comme j'ai été connu » (1 Co 13:12).
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
En vérité, quelle joie et quelle allégresse dans ce qui vient après la tristesse ! Le Seigneur dit à Ses disciples : « Votre tristesse se changera en joie » (Jn 16,20). Oui, il s’agit ici de la tristesse causée par la mort du Maître et de la joie de la Résurrection. Et la joie vient parce que le Seigneur ressuscite et Se manifeste de nouveau à ceux qui Le cherchent. Mais qu’est-ce qui nous empêche d’appliquer ce passage à nos tristesses quotidiennes ? Quelqu’un nous a offensés, lésés ou contrariés, et nous ne voyons aucune issue au ressentiment qui ronge notre âme... Mais où est le Seigneur à ce moment-là ? Notre cœur se souvient-il vraiment de Sa Résurrection et du fait qu’Il ne nous abandonnera jamais ? Alors pourquoi ne se réjouit-il pas ? Je ne peux pas croire que les petits chagrins, et peut-être même les grands, soient plus grands que la joie de Sa Résurrection ! Il existe des saints, ou simplement des personnes heureuses, qui s’en souviennent toujours et qui ne connaissent pas ces moments où elles sont tristes et doivent lutter contre leur orgueil et leur amour-propre. Mais, d’un autre côté, nous avons encore de quoi grandir, et nous avons cette possibilité merveilleuse : vivre la Résurrection de notre Seigneur chaque fois qu’après avoir surmonté le ressentiment et l’amertume, nous revenons en Sa présence.
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
De quel jour Jésus parle-t-il à ses disciples? On pourrait bien sûr penser qu'il s'agit du jour de sa Résurrection, lorsque tout deviendra enfin clair pour les apôtres et que toutes leurs questions et perplexités se résoudront. Mais se sont-elles résolues après la Résurrection de leur Maître? La question est ambiguë. Bien sûr, après la Résurrection ils comprirent ce que Jésus voulait dire lorsqu'il leur parlait de l'achèvement de son chemin terrestre, mais pour le reste les apôtres avaient encore beaucoup de questions et de perplexités, ainsi que des illusions. Il suffit de rappeler comment, le jour même de l'Ascension, ils attendent encore que leur Maître « rétablisse le royaume pour Israël ».
À ce qu'il apparaît, la compréhension n'était pas si simple, et elle n'est venue en plénitude aux apôtres qu'au jour de la Pentecôte, lorsque, sous l'action du souffle de Dieu, ils devinrent d'autres hommes en participant au Royaume. Mais cela signifie-t-il que toutes leurs questions disparurent d'un seul coup et que toutes leurs perplexités furent résolues? En partie, sans doute, oui; mais si l'on parle d'une pleine clarté, il est évident qu'elle ne peut venir qu'au jour du Jugement, lorsque le Royaume se révélera dans toute sa plénitude. Avant ce jour, parler d'une telle résolution est prématuré. Peut-être, en parlant du jour où ses disciples ne lui poseront plus aucune question, Jésus a-t-il tout de même en vue non pas le jour de sa Résurrection, mais le jour de son retour dans la gloire, le jour du Jugement et du triomphe définitif du Royaume.
En attendant, il dit aux apôtres: Je suis venu dans le monde de la part du Père, et maintenant je quitte de nouveau le monde et je vais vers le Père. Et il leur semble qu'ils le comprennent. Ils pensent sans doute qu'il les laisse pour revenir bientôt avec une armée céleste victorieuse, revenir en vainqueur triomphant, tel que, selon eux, le Messie devait apparaître à Israël. Mais lui, bien sûr, comprend parfaitement ce qu'ils attendent et ce qu'ils espèrent, et c'est pourquoi il dit que très bientôt ils se disperseront tous, le laissant seul: car il n'y aura aucune guerre victorieuse. Et de toute façon il n'y aura aucune guerre, seulement la mort sur la croix et la Résurrection, et le Royaume qui « n'est pas de ce monde ».
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Dans le passage évangélique d'aujourd'hui, nous lisons que les apôtres ont soudain décidé, pour une raison ou pour une autre, qu'ils croyaient que Jésus était sorti de Dieu. Ils annoncent au Christ que Ses paroles, qui leur avaient paru intelligibles et convaincantes, les ont enfin satisfaits. Et les apôtres ont décidé qu'ils croyaient. Mais, comme le dira plus tard l'apôtre Paul, « c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu » (Ep 2:8). C'est pourquoi le Christ doit refroidir un peu l'ardeur des disciples, en leur prédisant directement qu'ils Le trahiront bientôt.
Mais, comme le Christ Lui-même l'explique, cette prophétie n'est pas faite pour accuser, mais pour consoler. Pour que, plus tard, les disciples comprennent que le Maître allait vers la croix tout en sachant tout. Pour qu'ils aient l'espérance de Son pardon. Pour que leur coeur puisse retrouver la paix perdue (voir Jn 16:33).
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
Serait-il vraiment possible désormais de tout demander dans la prière ? Pourtant, en Jn 15:7 nous lisons : « Si vous demeurez en Moi, et que Mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ». Il en résulte que tout est finalement lié au Message de Jésus : on peut tout demander, mais à une condition : que nos désirs coïncident avec les désirs du Père céleste, révélés dans la vie et le destin de Son Fils.
Mais n’est-ce pas là fixer un niveau trop élevé ? Sans aucun doute, il est élevé, parce qu’il est éternel et ouvre une perspective infinie, vertigineuse, de développement personnel. Or cela n’est possible que dans une sortie constante hors des limites de ses propres désirs, projets et accomplissements ; cela suppose donc une ouverture constante à Dieu dans la prière et la vie quotidienne, et une croissance dans l’unité avec Lui jusqu’à Ses desseins et Ses dimensions.
Quant à l’aisance matérielle et à la prospérité, il semble que, du point de vue de Jésus, ces choses n’étaient qu’un moyen que l’on peut employer de différentes manières. En tout cas, elles ne peuvent guère être l’objet des désirs passionnés des disciples du Christ, car en elles-mêmes de telles choses ne rapprochent pas de Dieu et n’éloignent pas de Lui. En fin de compte, certains ont plus de chance dans la vie, d’autres moins ; l’un peut devenir millionnaire, un autre se retrouver au fond ; mais, parmi toutes les circonstances possibles de la vie, l’essentiel demeure la capacité de l’homme à ne pas perdre la joie et l’optimisme qui naissent du fait que nous sommes aimés de notre Père céleste, et à regarder tout malheur ou tout succès seulement comme une nouvelle tâche : changer quelque chose en soi et autour de soi, chercher à comprendre Ses désirs et Ses décisions pour la tâche la plus grandiose qui porte le nom de « vie humaine ».
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Aujourd’hui, nous lisons un passage du dernier entretien du Christ avec Ses disciples, dans lequel le Seigneur parle de ce que l’apôtre Paul appellera plus tard l’adoption par la foi. Le dessein de Dieu consiste donc à donner aux hommes un accès direct au Père grâce à l’incarnation, à la souffrance et à la résurrection du Christ. Le Seigneur, que l’apôtre appellera l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, S’est pleinement uni aux hommes en tout, à l’exception du péché. C’est pourquoi Il dit aux disciples que le Père Lui-même les aime, que ce ne sera plus le Christ qui priera pour eux, mais que le Père Lui-même les entendra.
Il s’agit donc de surmonter l’abîme que la chute a creusé entre chacun de nous et Dieu. Demandez en Mon nom, recommande le Seigneur à Ses disciples. En nous unissant au Christ par la foi, nous recevons la possibilité de nous adresser au Père au nom du Christ. En devenant un seul Corps avec Jésus dans la communion, nous devenons nous aussi enfants de Dieu, comme l’écrit si clairement l’évangéliste Jean dans sa première épître. C’est en cela que se révèle à nous la source de la vie véritable. Et tout ce qui est indigne des enfants de Dieu peut enfin disparaître de notre vie, si nous œuvrons dans ce but.
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
C'est peut-être la description la plus brève de la mission du Christ: il est venu, puis il est parti. Mais entre ces deux moments s'est accompli quelque chose de très important, qui a changé le monde pour toujours. Le monde dans lequel Jésus est venu et celui qu'il laisse derrière lui sont, en un certain sens, deux mondes différents.
Le monde d'il y a deux mille ans ressemble à une pièce avec une seule porte, derrière laquelle vient une puanteur infecte; la venue du Christ ouvre une nouvelle porte, donnant une autre sortie, et, en partant vers le Père, il laisse cette porte grande ouverte. Le jour de la Pentecôte, par cette porte ouverte, un vent frais fait irruption dans la pièce, emportant dans son courant toute la puanteur et le renfermé. La vie change qualitativement: une perspective positive y apparaît.
Lorsque nous regardons notre quotidien, nous perdons parfois cette perspective. La saleté qui rampe dans notre vie par cette première porte, à travers les commérages, les injures et les rumeurs, empêche de respirer à pleins poumons. Mais la porte vers Dieu demeure ouverte: nous pouvons nous y frayer nous-mêmes un passage et y conduire d'autres personnes.
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
Voici enfin venu le moment où Jésus parle aux disciples presque directement, à mots ouverts, du chemin qui L'attend. Il dit : Je suis venu du Père et je retourne au Père. Qu'ont alors pensé les disciples ? Il ne reste qu'à le deviner. Mais Jésus Lui-même leur dit directement que très bientôt ils se disperseront tous, Le laissant seul. Et alors il ne restera avec Lui que Son Père.
Ces paroles montrent clairement que les disciples n'ont pas réellement compris le sens des paroles de leur Maître, et les événements tout proches le confirmeront bientôt. Il s'est produit la même chose qu'avec les paroles du Sauveur sur Sa messianité et sur le Royaume messianique : les apôtres les ont comprises à leur manière, conformément aux représentations du Messie et du Royaume qui étaient propres à la religiosité populaire de l'époque évangélique. Apparemment, dans les paroles de Jésus, ils voyaient une allusion à une glorification de leur Maître, mais plutôt terrestre et purement humaine. Il est probable qu'ils aient compris les mots « je vais vers le Père » non au sens de Sa mort et de Sa résurrection, mais au sens du triomphe extérieur qu'ils attendaient. Les apôtres n'étaient pourtant pas naïfs au point de ne pas comprendre l'imagerie et le symbolisme auxquels Jésus recourt. Simplement, ce symbolisme comportait plusieurs couches de sens. La glorification comme le retour vers le Père pouvaient se comprendre de diverses manières.
On pouvait voir dans tout cela quelque chose qui correspondait aux représentations populaires traditionnelles du Royaume, ou bien ce que Jésus avait en vue. Dans le premier cas, tout était simple et clair : Jésus parle de Lui-même comme du Messie, Il parle directement et sans allégories. Dieu, Son Père céleste, L'a envoyé, et c'est de Lui qu'Il vient comme envoyé du Ciel (c'est précisément ainsi que la conscience religieuse populaire se représentait le Messie). Et maintenant Il retourne de nouveau vers le Père, de qui Il recevra enfin toute la plénitude du pouvoir pour établir le Royaume messianique. Évidemment, un royaume terrestre : la plupart des Juifs croyants d'alors ne s'en représentaient aucun autre.
Très probablement, les disciples de Jésus ont compris les paroles de leur Maître précisément ainsi. Et Jésus, bien sûr, le sait. C'est pourquoi Il dit que très bientôt ils se disperseront tous : Il prévoit leur réaction à Son arrestation, qui sera pour eux une surprise totale et absolue. Mais Il a tout de même essayé de leur parler de Son chemin aussi clairement que cela était possible, compte tenu de leurs attentes et de leur état spirituel. On ne pouvait pas en dire davantage. La suite dépendait entièrement d'eux-mêmes et de leur choix.
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Le Seigneur ne nous parle pas de la paix pour la première fois. Ce mot étonnant traverse tout l'Évangile: lorsqu'il pardonne les péchés ou guérit, Jésus renvoie l'homme « en paix » (voir par exemple, Lc 8:48), Siméon le Théophore parle aussi de paix (Lc 2:29) en quittant la vie. Mais le plus important, c'est l'appel que Jésus nous adresse: « Ayez la paix entre vous » (Mc 9:50). La paix, entre les hommes comme la paix intérieure du cœur, est ce qu'il y a de plus important dans notre vie. Les paroles de l'apôtre Paul nous le rappellent aussi: « Et que la paix de Dieu règne dans vos cœurs, à laquelle vous avez été appelés » (Col 3:15).
Oui, le Seigneur nous appelle à cette paix, qui nous aide à vivre là où nous sommes et colore de joie tout ce que Dieu nous donne; et, dans son entretien avec les disciples, il prononce des paroles terribles sur leur trahison précisément afin qu'ils aient la paix en lui (voir Jn 16:33). Contrairement à la manière dont nous avons l'habitude de vivre de telles situations, il appelle à la paix du cœur même après la trahison elle-même, afin de se lever et d'aller plus loin, en continuant à communiquer avec lui.
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Il nous semble toujours que ce que le Seigneur donne est médiocre et insuffisant. Les paraboles nous sont incompréhensibles, et les explications trop directes et trop rudes. Les apôtres ont entendu bien des choses ce soir-là, mais les paroles les plus amères étaient encore à venir. À peine avaient-ils annoncé qu’ils avaient tout compris qu’ils reçurent cette réponse : « Vous serez dispersés chacun de votre côté et vous Me laisserez seul. » Il semble si important de comprendre de quoi il est question, et nous désirons tant disposer d’instructions détaillées sur la manière d’entrer en relation avec Dieu et avec le monde. Mais la compréhension ne remplacera ni l’amour, ni le dévouement, ni la fidélité au Dieu qui va vers la Croix.
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
Dans notre monde, tout est lié : tout événement entraîne nécessairement autre chose, et nous ne pouvons pas toujours dire ce que ce sera. Par exemple, un sourire au prochain peut lui remonter le moral, ou même l'aider à comprendre qu'il existe la joie et l'amour, et lui rendre le désir de vivre. L'huile tristement célèbre renversée par Annouchka peut devenir la cause d'une mort... Tout est lié, et les conséquences peuvent être très graves. Cela nous impose le devoir d'être extrêmement attentifs dans nos rapports avec le monde et avec ceux qui nous entourent, en comprenant que seul l'Amour entraîne toujours le bien.
Dans la lecture d'aujourd'hui de l'Évangile selon Jean, Jésus parle aussi du lien entre tout ce qui arrive. Il annonce le témoignage de l'Esprit de Vérité, le Consolateur qui nous est envoyé (voir Jn 15:26). Or l'Esprit du Seigneur, qui vient remplir les coeurs de ceux qui croient en Lui, est un don de Dieu. Les paroles « Et vous aussi, vous rendrez témoignage » (Jn 15:27) disent qu'après le don vient notre travail : son emploi pour le service de Dieu, la transmission de l'Esprit aux autres, comme le faisaient les Apôtres. Si l'on ne partage pas ce que Dieu te donne, ce que tu t'es approprié disparaîtra tout simplement, comme se fane une fleur serrée fortement dans la main. Ainsi, si quelque chose est donné d'en haut, il faut l'utiliser, car rien n'est donné sans raison.
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
Le Christ ne promet pas à ceux qui Le suivent les commodités de la vie ni la prospérité terrestre. Nous sommes clairement avertis : si quelqu'un voulait voir dans le christianisme un moyen de résoudre les problèmes accumulés et un instrument pour atteindre le confort, il s'est trompé de porte. D'ailleurs, le Seigneur ne nous refuse nullement Son aide : lorsque la solution de ces problèmes est nécessaire, Il est prêt à répondre à nos demandes et nous donne le droit et la possibilité de récolter aussi des fruits terrestres. Mais en plaçant au centre de notre attention non Dieu Lui-même, mais Ses dons, nous nous détournons de Lui — peut-être involontairement, sans y penser, mais cela ne change rien au fond de l'affaire.
Si nous choisissons le Christ, il nous faut être prêts à rencontrer l'opposition. L'appel à porter sa croix, adressé à chacun des disciples, découle d'une vision claire de la réalité du mal qui domine dans le monde. On peut, si on le veut, se soustraire à cet appel; cependant, alors, nous serons inévitablement vaincus par le mal. Le mal paraît souvent attirant et séduisant, mais son poids, à la différence du poids de la croix, écrasera et enfoncera dans la boue.
Nous sommes aussi avertis que beaucoup des persécuteurs seront convaincus de servir Dieu, mais le Christ a dit clairement de tels hommes qu'ils n'ont connu ni le Père ni le Fils. Les persécuteurs eux-mêmes ne seront pas d'accord avec un tel reproche et, en réponse, commenceront à invoquer leurs propres connaissances théologiques. Mais connaître des représentations au sujet de Dieu, ce n'est pas encore connaître Dieu Lui-même, et ici l'avertissement s'adresse à nous tous : les persécuteurs ne sont pas les seuls à risquer de faire cette substitution — comme le montre l'histoire, les persécutés, lorsque les circonstances changeaient, sont eux aussi devenus plus d'une fois persécuteurs...
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